Veille stratégique – Novembre 2021 (2/2)

FRANCE 

La France s’affirme en tant que nation spatiale

Mardi 16 novembre 2021, la France a lancé avec succès le dernier bijou technologique de la Direction générale de l’armement,  appelé Ceres (CapacitE de Renseignement Électromagnétique Spatiale) depuis le centre spatial guyanais (CSG) de Kourou. Cette constellation de trois satellites militaires dote la France d’une capacité souveraine de renseignement d’origine électromagnétique dans l’espace particulièrement efficace puisqu’elle assurera la surveillance de zones jusqu’ici inaccessibles et traitera des centaines de milliers d’informations en simultané. La France entre ainsi dans le club très fermé des puissances militaires dotées de cette capacité, aux côtés de la Chine, des Etats-Unis et de la Russie.

  • Ces satellites ont été conçus par les industriels français Thales et Airbus, en partenariat avec le CNES (Centre national des études spatiales) et Arianespace. La résistance des engins au brouillage et aux attaques cyber a fait l’objet d’une attention particulière. Le programme a coûté près de 450 millions d’euros, hors études préparatoires.
  • Le programme Ceres s’inscrit dans la Stratégie spatiale de défense (SSD), publiée en 2019, qui vise à renforcer l’autonomie stratégique française dans l’espace. « Aujourd’hui, nos alliés et nos adversaires militarisent l’espace. Et le temps de la résilience se fait de plus en plus court, nous devons agir » avait annoncé la ministre des Armées Florence Parly lors de la publication de la SSD. Si la France a investi 4,3 milliards d’euros dans le domaine spatial sur 2019-2025, ce budget est bien en-deçà de celui des Etats-Unis (44 milliards d’euros).
  • Il ne s’agit pas du seul satellite militaire lancé par la France durant les dernières semaines. En effet, le satellite de télécommunication Syracuse IV a été lancé avec succès le 24 octobre dernier depuis Kourou. Par ces lancements, la France cherche à affirmer « son rang de nation spatiale » (Florence Parly, 24 octobre 2021).

Une coopération renforcée à la frontière entre la France et le Luxembourg

Mardi 16 novembre 2021, la France et le Luxembourg ont signé un « plan alerte frontière » à Strasbourg pour renforcer la coordination de leurs forces de sécurité (police, gendarmerie, douanes) à la frontière en cas d’événements de haute intensité – comme une attaque terrorist ou une menace nucléaire, radiologique, chimique ou biologique. L’objectif est de rendre la frontière « quasi étanche », avec un dispositif opérationnel qui pourra être déclenché sans attendre la qualification précise des actes. Ce plan devrait entrer en vigueur le 1er janvier prochain.

  • Ce plan fait suite à une réflexion engagée avec les différents pays frontaliers de la France. Un premier plan similaire avait été signé entre la province belge de Namur et le Luxembourg et était entré en vigueur le 1er novembre 2021. D’autres plans seront certainement signés avec l’Allemagne et la Suisse pour mieux coordonner les forces de sécurité le long des frontières de la Région Grand Est.

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EUROPE

Josep Borrell présente les premiers éléments de la « boussole stratégique » de l’UE

Les lundi 15 et mardi 16 novembre, les vingt-sept ministres des Affaires étrangères et de la Défense européens se sont réunis pour discuter de la sécurité des Européens. A cette occasion, Josep Borrell, le haut-représentant pour les relations extérieures, a présenté les premiers éléments de la « boussole stratégique » de l’Union Européenne – qu’il a définie comme un « guide pour agir avec des mesures concrètes » sur trois thématiques clefs : « sécuriser, agir, investir ». Josep Borrell a insisté sur l’accroissement de l’ambiguïté des états de paix et de guerre en raison de l’émergence des « attaques hybrides » – qu’illustre notamment la crise actuelle entre l’Ukraine et la Biélorussie, provoquée par le régime de Loukachenko via l’instrumentalisation des migrants à des fins de déstabilisation politique. Il a également fait mention de la création d’une force militaire européenne d’intervention rapide constituée de 5 000 hommes. Celle-ci offrirait aux Européens la capacité de se projeter, éventuellement, hors des frontières de l’Europe en cas de besoin et en dehors de l’Otan. Enfin, le haut-représentant pour les relations extérieures a insisté sur la nécessité d’investir davantage en commun.

  • L’un des défis de cette boussole stratégique est de positionner ces différentes initiatives vis-à-vis des politiques et actions réalisées dans le cadre de l’OTAN. Mardi 16 novembre, les ministres de la Défense ont accueilli le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg pour évoquer l’articulation de la nouvelle doctrine européenne avec l’Alliance nord-atlantique. Plusieurs pistes ont été évoquées ; par exemple, le Conseil de l’UE a mandaté Josep Borrell afin de créer des passerelles de collaboration entre l’Agence européenne de défense et le département américain de la Défense.
  • Cette présentation est la première étape du travail d’élaboration de la doctrine et de négociation autour du texte que vont mener les Etats membres jusqu’en mars, où ils devront décider de son adoption. La France, qui prend la tête du Conseil de l’UE en janvier, sera chargée de superviser ce processus.

Moldavie : rencontre entre les ministres des Affaires étrangères russes et moldaves pour discuter de l’acheminement du gaz russe

Mercredi 17 novembre, Sergei Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe, et Nicu Popescu, ministre des Affaires étrangères moldave, se sont rencontrés afin de discuter du contrat d’acheminement de gaz russe par Gazprom en Europe orientale. Renouvelé le 29 octobre, ce contrat avait fait l’objet d’un bras de fer entre l’UE et la Russie. En effet, l’entreprise russe Gazprom avait proposé fin septembre à la Moldavie un renouvellement du contrat d’acheminement de gaz fondé sur une augmentation des prix de 43% et l’exigence du remboursement par Chișinău d’une dette de plus de 370 millions d’euros. La Moldavie, qui avait refusé ces conditions, avait dû déclarer l’état d’urgence énergétique. L’Europe s’était alors mobilisée : la Commission Européenne s’était engagée à dégager une enveloppe de 60 millions d’euros d’ici la fin de l’année, et la Moldavie avait acheté (pour la première fois depuis son indépendance) du gaz polonais et non russe. Le contrat d’approvisionnement avait finalement été renouvelé avec Gazprom à des conditions plus favorables à Chișinău.

  • L’approvisionnement en gaz russe de plusieurs pays européens est l’une des fragilités principales de l’Union Européenne vis-à-vis de la Russie. La flambée des prix du gaz sur le continent ces derniers mois, dont la Pologne accuse Moscou d’être responsable, a accru la sensibilité des pays européens à cette question énergétique. 

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AFRIQUE

Opération Barkhane : les soldats français ont quitté la base de Tessalit

Le 15 novembre, les derniers soldats français ont quitté la base de Tessalit, située au nord du Mali. Il s’agit de la deuxième base rétrocédée aux Forces Armées Maliennes (FAMa), après le retrait français de Kidal en octobre dernier. Ce transfert, coordonné avec les FAMa et la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), constituait un véritable défi logistique et sécuritaire. En effet, cette base était la plus avancée de l’opération Barkhane et avait fait l’objet de plusieurs attaques, la dernière remontant au 15 juillet dernier. A l’occasion de la réorganisation du dispositif militaire français et une réduction des troupes sur place, une troisième base, celle de Tombouctou, sera également prochainement rétrocédée aux FAMa.  Le but de l’armée française est de se concentrer sur la zone dite « des trois frontières » à l’intersection du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

  • Si l’armée française réduit ses effectifs au Sahel, en passant de 5100 soldats à environ 3000, la France s’appuie sur une coalition européenne pour assurer la relève, notamment à travers la Task Force Takuba. Celle-ci se concentre sur les bases maliennes de Gao, Ansogo et Menaka. Composée de troupes venant de plusieurs pays européens comme l’Estonie ou la Suède, la Task Force accueillera  bientôt des soldats grecs et belges.  
  • La présence militaire française est régulièrement remise en question. D’une part, le gouvernement malien a accusé l’armée française d’abandonner le pays en « plein vol » en raison de la restructuration de l’opération Barkhane, et  a  évoqué la possibilité d’avoir recours à la société de mercenaires russes Wagner. D’autre part, une partie de la population des pays du Sahel appelle de plus en plus ouvertement à un départ de l’armée française. Un convoi militaire français a notamment été bloqué par des manifestants le 18 novembre dernier, à Kaya au Burkina Faso.

Ouganda : des attentats à Kampala revendiqués par l’EI

Le 16 novembre, deux attentats suicides ont eu lieu à Kampala, la capitale de l’Ouganda, provoquant 6 morts et 33 blessés. Si ces deux attaques ont été revendiquées par l’Etat Islamique (EI), la police ougandaise a accusé l’ ADF (Forces Démocratiques Alliées), un groupe rebelle particulièrement actif en République Démocratique du Congo (RDC), d’en être responsable. Ce groupe avait déjà été accusé d’avoir commis deux autres attentats en octobre, toujours à Kampala. Si les liens opérationnels et financiers entre l’ADF et l’EI ne sont pas avérés, les Etats-Unis considèrent que ce groupe rebelle agit comme la  « province (wilaya) d’Afrique centrale » de l’EI depuis mars dernier. Le gouvernement de Yoweri Museveni a régulièrement pointé du doigt l’ADF pour des  attaques terroristes (comme la tentative d’assassinat en juin d’un ministre) dont les modes opératoires sont pourtant très différents.

  • Les Forces Démocratiques Alliées, créés dans les années 1990, constituent à l’origine un groupement de milices ougandaises et de rebelles musulmans. Opposées au régime de Yoweri Museveni, ces forces se sont réfugiées dans l’Est congolais et pillent la région. Leur retour en force, depuis quelques années, se caractérise par une extrême brutalité envers la population, particulièrement dans les régions de Nord-Kivu et d’Ituri à l’Est du Congo. Depuis le 6 mai (qui marque le début de l’état de siège de ces régions), on dénombre la mort d’environ 1137 civils.

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AMERIQUE

Etats-Unis : signature d’un contrat pour assurer la défense face aux missiles balistiques chinois et russes

Vendredi 19 novembre, le ministère américain de la Défense a annoncé la signature de trois contrats avec les entreprises militaires Raytheon, Lockheed Martin et Northrop Grumman afin de développer des missiles intercepteurs pour lutter contre des attaques hypersoniques. A hauteur de 60 millions d’euros, ces projets visent à répondre à l’accélération des programmes de développement de missiles hypersoniques chinois et russes. 

  • Pouvant voler à plus de six fois la vitesse du son, les missiles hypersoniques sont plus mobiles que les missiles balistiques classiques, plus difficiles à détecter et capables de déjouer les systèmes de défenses antimissiles classiques. Très prisée par les armées, cette technologie de rupture est une arme de dissuasion certaine. 
  • Les Etats-Unis, la Chine ainsi que la Russie sont les trois grandes puissances à disposer de cette technologie. Les récentes révélations du Financial Times sur les deux essais de missiles hypersoniques à capacité nucléaire par la Chine dans le courant de l’été n’ont pas manqué de surprendre Washington qui a reconnu qu’il s’agissait d’un “événement très significatif”. Surpris par la rapidité avec laquelle la Chine a pu développer cette technologie, les Etats-Unis semblent avoir pris un train de retard par rapport à leurs adversaires dans cette course à l’armement. 

Les Etats-Unis s’apprêtent à lancer la première mission de défense planétaire dans l’espace 

Le 4 novembre, le département de Défense planétaire de la NASA a annoncé le lancement le 23 novembre prochain de la mission Double Asteroid Redirection Test (DART), présentée comme la première mission d’essai de défense planétaire dans l’espace. La mission sera envoyée à bord d’une fusée de SpaceX depuis la Californie et frappera 10 mois plus tard, soit en septembre prochain, un astéroïde afin de vérifier si le vaisseau spatial est capable de dévier sa trajectoire. L’objectif de la mission est d’expérimenter des façons de protéger la planète Terre contre les futures menaces d’astéroïdes qui pourraient se mettre sur sa trajectoire.

  • La mission fait partie du programme de défense planétaire de l’agence spatiale américaine lancé à la fin des années 1990. Le programme comprend également le recensement des astéroïdes présentant un risque notable de par leur taille et leur trajectoire.
  • La perception de la menace posée par les objets géocroiseurs (dont l’orbite croise celui de la Terre) a changé après la collision entre des fragments de la comète Shoemaker-Levy 9 $ et la planète géante Jupiter le 16 juillet 1994. Une telle collision avec la terre aurait provoqué une situation comparable à celle ayant amené à l’extinction des dinosaures. Perçue auparavant comme très peu probable, la menace a été par la suite prise au sérieux par les Etats Unis.

Echange entre le président américain et son homologue chinois 

Le lundi 15 novembre, les présidents américains et chinois se sont entretenus pendant plus de 3 heures par vidéoconférence. Cet appel survient dans un contexte paradoxal, marqué par des tensions accrues entre les deux pays dans la région Asie-Pacifique, mais également par la surprenante signature  d’un accord bilatéral entre les deux puissances pour renforcer leur coopération climatique lors de la COP26. 

Les deux pays avaient toutefois au préalable pris le soin de tempérer les attentes suscitées par cet entretien et aucune avancée n’a été réalisée sur les dossiers les plus sensibles. Les Etats-Unis ont exprimé leur attachement à la souveraineté de Taiwan ainsi que leur préoccupation concernant « des pratiques du régime chinois au Xinjiang, au Tibet et à Hongkong, et des droits humains en général », tandis que l’Empire du Milieu a conseillé aux Etats-Unis de « ne pas jouer avec le feu » avec la péninsule taiwanaise. 

  • Il s’agit du second échange entre le président Biden et le président Xi après leur appel en septembre dernier. 
  • L’élection de M. Biden à la présidence des Etats-Unis a mis fin aux emportements du président sortant Donald Trump vis-à-vis de la Chine mais les relations entre Washington et Pékin restent encore extrêmement tendues.

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ASIE

Chine : le PCC adopte une résolution consolidant le pouvoir de Xi Jinping 

Le sixième plénum du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) s’est tenu entre le 8 et le 11 novembre. Ce sixième plénum a été l’occasion d’adopter une résolution sur  « les réalisations majeures et le bilan historique des cent années de lutte du Parti ». Le PCC n’avait jusqu’à présent adopté que deux résolutions sur son histoire, en 1945 sous Mao et en 1981 sous Deng Xiaoping. A l’instar des deux précédentes, cette résolution a pour vocation de légitimer le dirigeant au pouvoir : elle présente Xi Jinping comme l’héritier incontestable du régime, alors qu’il devrait candidater à un troisième mandat à la tête du PCC (une première depuis Mao) lors du XXème congrès du parti prévu dans un an.

  • La résolution est essentiellement consacrée à la « nouvelle ère » lancée par Xi Jinping depuis son accession au pouvoir en 2012, dont l’importance est « décisive (…) pour promouvoir le processus historique du grand renouveau de la nation chinoise ».
  • En plus de consacrer la toute-puissance de Xi Jinping, cette résolution détaille sa vision de l’histoire, marquant ses différences avec la vision de ses prédécesseurs. Ainsi, le texte critique la Révolution culturelle de Mao (un « désastre ») et qualifie d’ « abominables » les effets de la politique de réforme et d’ouverture de Deng Xiaoping.
  • Depuis son accession au poste de secrétaire général du PCC en 2012, puis de président de la République populaire de Chine l’année suivante, Xi Jinping n’a cessé de centraliser le pouvoir entre ses mains. Après avoir fait modifier la Constitution en 2018 pour rester à la tête du pays au-delà de la limite de deux mandats, tout laisse à penser qu’il en briguera un troisième  à la tête du PCC en 2022.

Pakistan : le gouvernement et les groupes islamistes radicaux TPP et TLP parviennent à un compromis

Le 8 novembre dernier, le ministre de l’Information pakistanais Fawad Chaudhry a annoncé que le gouvernement était parvenu à un accord de cessez-le-feu complet avec le groupe Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP, « Mouvement des Talibans du Pakistan »). Cet accord a pris effet le lendemain pour une durée d’un mois reconductible en fonction des progrès des négociations. Son contenu est resté secret. Plus tôt dans le mois, le gouvernement pakistanais a levé l’interdiction qui pesait sur le groupe Tehreek-e-Labiak Pakistan (TLP, « Mouvement pakistanais Je suis là »). En échange de la libération de 800 de ses sympathisants, le LTP renonce à sa marche vers la capitale débutée depuis Lahore à l’est du pays.

  • Le TLP est un parti politique islamiste radical créé en 2015. D’obédience barelvie, il a fait de la lutte contre le blasphème son cheval de bataille, d’où l’organisation de manifestations réclamant l’expulsion de l’ambassadeur de France en avril dernier à la suite des propos du président Macron comdamnant l’assassinat de Samuel Paty. Le groupe souhaite faire du Pakistan un Etat islamique gouverné par la charia. Cet objectif est également poursuivi par le TTP, né en 2007. Celui-ci est responsable des attentats récents les plus violents dans le pays ayant causé la mort de 4 000 individus. Les deux mouvements sont placés sur la liste des organisations terroristes étrangères par le Département d’Etat américain.
  • Le ministre de l’Intérieur afghan Siraj Haqqani a facilité les pourparlers entre le gouvernement pakistanais – avec qui les Talibans afghans conservent des liens étroits, notamment au sein des services de renseignement – et les membres du TTP – dont les leaders se sont réfugiés sur le territoire afghan depuis 2014. L’arrivée au pouvoir des Talibans à Kaboul fait craindre une galvanisation du TTP et la recrudescence, déjà constatée, d’attentats.
  • D’après l’analyse du Soufan Center, un accord de paix durable entre Islamabad et le TTP pourrait provoquer une scission au sein du groupe entre les modérés, partisans du compromis, et les radicaux. Cette dernière faction pourrait nourrir les rangs de l’Etat islamique au Khorasan (IS-K) étant donné les liens étroits entre les groupes. L’IS-K a d’ailleurs été fondé en 2015 par des militants mécontents du TTP. L’aide du gouvernement afghan concernant les négociations pakistanaises avec le TTP pourrait ainsi s’expliquer par l’appui des services de renseignement pakistanais dans la lutte contre l’IS-K. 

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RUSSIE/NEI

La Russie effectue un test antisatellite

Le 15 novembre, l’armée russe a réalisé un tir de missile antisatellite qui a détruit le satellite Kosmos-1408, lancé par l’Union Soviétique en 1982 et aujourd’hui inactif. Ce tir a été réalisé grâce au système A-235, actuellement en développement et destiné à assurer la protection de Moscou et des grands centres industriels du pays contre des attaques de missiles balistiques. Si, sur le plan technique, cet essai est un succès, ses retombées diplomatiques sont bien plus négatives pour le Kremlin. En effet, les débris du satellite se sont regroupés en un « nuage » gravitant autour de la terre. Selon des données américaines, pas moins de 1 500 nouveaux débris (de quelques centimètres) ont été formés à l’issue de la destruction du satellite. Si le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Shoïgou, a affirmé que ces débris ne présentaient aucun danger, les capitales occidentales ont accusé la Russie « d’inconscience ». La ministre Florence Parly a dénoncé « les saccageurs de l’espace » tandis que le secrétaire d’État américain Antony Blinken a promis de répondre à cet « acte irresponsable ». Les débris menaçaient en effet la Station spatiale internationale (ISS), et ses astronautes ont dû mettre en œuvre des mesures préventives impliquant notamment de préparer les véhicules de départ Soyouz et Crew Dragon.

  • Si les informations américaines sont exactes, la destruction du satellite aura augmenté le nombre de débris dans l’espace traçables de 10 %. Ce type d’essai reste assez peu fréquent, seuls la Chine, la Russie, les États-Unis et l’Inde en ont revendiqué. 
  • Ce test a été conduit alors que Moscou s’est toujours déclarée opposée à toute tentative de militariser l’espace et a dénoncé par le passé les tirs d’essai comparables effectués contre des satellites par les États-Unis, la Chine et l’Inde. La diplomatie américaine a affirmé que cet acte témoignait de la malhonnêteté et de l’hypocrisie de la position russe Russie sur l’arsenalisation de l’espace

 

Tensions à la frontière polono-biélorusse

La situation demeure tendue à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie où de nombreux migrants en provenance d’Irak et de Syrie ont été massés par le régime d’Alexander Loukachenko, le président biélorusse. Le 18 novembre, les gardes-frontières biélorusses ont affirmé que les 2 000 migrants qui occupaient un camp à Bruzgi, à proximité de la Pologne, avaient été évacués. La présidence biélorusse a ajouté que sur les 7 000 migrants présents actuellement en Biélorussie, 5 000 seraient rapatriés dans leur pays d’origine et 2 000 envoyés vers l’Allemagne via un « corridor humanitaire ». Cette information a été immédiatement démentie par la chancellerie allemande. De son côté, la Pologne a affirmé que la Biélorussie, loin d’avoir cédé à la pression européenne, avait simplement changé de tactique. Selon le ministre polonais de la Défense, Mariusz Blaszczak, les migrants tentent désormais de franchir la frontière en plus petits groupes, toujours menés par des membres des services biélorusses. Si le président biélorusse a admis qu’il était possible que ses forces de sécurité eussent aidé des migrants à franchir la frontière avec la Pologne, il a nié toute responsabilité personnelle en affirmant que les biélorusses « avaient du cœur » et qu’ils ne pouvaient s’empêcher d’aider les migrants de rejoindre l’Allemagne.

  • Le régime biélorusse applique cette stratégie de pression migratoire depuis le début du mois d’août mais les flux se sont accélérés au début du mois de novembre. Les services biélorusses se sont en effet montrés plus assertifs, faisant usage de lasers et de projectiles pour désorienter les gardes-frontières polonais.
  • Ces dernières semaines, au moins treize migrants ont perdu la vie à cause du froid à la frontière polono-biélorusse.

Incident meurtrier à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Lundi 15 novembre, des affrontements ont éclaté entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, un an après la fin de la guerre dans le Haut-Karabakh qui a fait plus de 6 500 morts. Le ministère arménien de la Défense a fait état d’une « attaque des forces azerbaïdjanaises contre les positions arméniennes ». Erevan a reconnu la mort d’un soldat tandis que d’autres sources évoquent quinze morts. Douze autres soldats ont été fait prisonniers par l’Azerbaïdjan, qui affirme de son côté n’avoir que deux blessés. L’Arménie a perdu deux positions sur sa frontière avec  l’Azerbaïdjan. 

  • Le régime biélorusse applique cette stratégie de pression migratoire depuis le début du mois d’août mais les flux se sont accélérés au début du mois de novembre. Les services biélorusses se sont en effet montrés plus assertifs, faisant usage de lasers et de projectiles pour désorienter les gardes-frontières polonais.
  • Profitant de son avantage militaire face à une Arménie très affaiblie par la défaite de 2020, l’attaque azérie semble traduire la volonté de Bakou d’utiliser la force pour atteindre ses objectifs politiques. L’Azerbaïdjan cherche à faire acter une nouvelle démarcation de la frontière interétatique et la reconnaissance de sa souveraineté sur le Haut-Karabakh, alors que les discussions pour délimiter la frontière patinent. L’ONU et l’Union européenne se sont montrés profondément préoccupés par ces nouvelles tensions. 
  • Un cessez-le-feu a été décrété mardi 17 novembre, sous l’égide de la Russie. Moscou, qui fournit des armes aux deux belligérants, avait déjà négocié la fin des combats en 2020. Lors de ces quarante-quatre jours de guerre, l’Azerbaïdjan, appuyé par la Turquie, avait pris le contrôle d’une partie importante du Haut-Karabakh, encerclant les forces arméniennes. La Russie avait ensuite déployé deux mille soldats de ses forces de maintien de la paix sur la ligne de contact du Haut-Karabakh. Après les nouveaux affrontements du 15 novembre, l’Arménie a demandé l’intervention de la Russie pour défendre son intégrité territoriale dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective, dont les deux Etats sont membres.

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

Syrie : rencontre entre le ministre des Affaires étrangères des EAU et le président syrien

Le 9 novembre, Abdullah bin Zayed, le ministre des Affaires étrangères des Emirats Arabes Unis, a rencontré le président du régime syrien, Bachar el-Assad, à Damas, au cours de la première visite diplomatique émiratie depuis 2011. Plus tôt dans l’année, les Emirats ont appelé publiquement à réintégrer la Syrie dans la Ligue arabe alors qu’elle en est exclue depuis 2011 à la suite de la répression brutale du régime sur les manifestations dans le contexte des Printemps arabes. En 2018, les Emirats ont également rouvert leur ambassade à Damas. 

  • La reprise des relations diplomatiques avec Damas n’est pas le seul fait d’Abu Dhabi. La Jordanie et l’Egypte ont également montré des signes de rapprochement. En octobre, le roi Abdullah de Jordanie a rouvert les frontières commerciales entre les deux pays. Un mois avant, le ministre des Affaires étrangères égyptien avait également rencontré son homologue syrien.
  • Les motivations de l’engagement croissant des EAU auprès du régime d’Assad sont cohérents avec les objectifs régionaux du pays. D’une part, le régime s’est toujours opposé aux Frères musulmans et à tous les groupes affiliés qu’il considère comme une menace pour les gouvernements arabes établis. Le gouvernement laïc et baasiste de Bachar Al-Assad représente donc un rempart contre l’influence des groupes islamistes. D’autre part, l’engagement des EAU en Syrie répond au souhait de réduire la dépendance de Damas à l’égard de l’Iran, qui a joué un rôle déterminant dans la défaite de la rébellion armée.
  • Le porte-parole du Département d’Etat, Ned Price, a déclaré que les Etats-Unis étaient « préoccupés » par le signal envoyé par cette visite. Washington s’oppose en effet aux efforts de tous pays visant à réhabiliter le régime d’Assad tant que des progrès n’auront pas été réalisés en vue d’une solution politique au conflit interne. Les EAU s’exposent donc aux sanctions américaines déjà l’œuvre : gel des avoirs de toute personne traitant avec la Syrie, loi César soumettant aux sanctions toute entreprise qui fait des affaires avec la Syrie. 

Lybie : Khalifa Haftar et Saïf Al-Islam Kadhafi candidats à l’élection présidentielle de décembre

Dimanche 14 novembre, Saïf Al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle libyenne prévue le 24 décembre, depuis la région du Fezzan, dans le sud du pays. Deux jours plus tard, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, s’est également porté candidat dans un discours retransmis en direct à la télévision depuis son fief de Benghazi. 

  • La candidature du fils du « Guide » est une inconnue importante, capable de transcender comme de creuser les clivages existants selon les analystes. Sa candidature serait soutenue par la Russie. 
  • Ayant échoué à prendre la capitale Tripoli par la force en juin 2020, le maréchal Haftar cherche désormais à conquérir le pouvoir par les urnes. L’élection de décembre est « le seul moyen pour sortir la Libye du chaos », a-t-il affirmé. Sa candidature est soutenue par des acteurs régionaux influents tels que l’Egypte et les Émirats arabes unis. 
  • Réunie à Paris le 12 novembre, la communauté internationale a affirmé son soutien à la tenue d’élections « libres, régulières, inclusives et crédibles le 24 décembre 2021 ». « Les six semaines qui viennent sont déterminantes pour mener à bien le bon déroulement de ces opérations », a déclaré Emmanuel Macron, à l’initiative de cette conférence internationale.

Cette veille a été rédigée par Claire, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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