Sciences Po Défense et Stratégie

Association étudiante

Veille stratégique – Mai 1/2

AFRIQUE

Attaques coordonnées au Mali : la réponse de l’Alliance des Etats du Sahel

Le samedi 25 avril 2026, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une série d’attaques coordonnées sur les villes maliennes de Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Pour la première fois, les deux groupes affichent une alliance contre l’armée malienne. Cet événement représente la plus vaste offensive terroriste de l’histoire récente du Mali. L’Alliance des États du Sahel (AES),  fondée en 2023, traverse sa première mise à l’épreuve, laissant entrevoir les limites d’une coopération naissante.

  • Les retombées immédiates des attaques sont lourdes. À Kati, le ministre de la Défense malien, le colonel Sadio Camara, a été tué par un attentat kamikaze. Le chef de la transition au Mali, Assimi Goïta, a quant à lui été exfiltré de Bamako, et a pris la parole le mardi 28 avril. Il a appelé chaque citoyen à la vigilance et a salué la Russie comme partenaire stratégique, réaffirmant cette alliance après le retrait occidental. Cette coopération militaire reste à nuancer: 400 combattants russes de l’Africa Corps ont été évacués de Kidal sous escorte du FLA, tandis que des soldats maliens ont été faits prisonniers. 
  • Les limites de l’AES, fondée initialement sous la forme d’un pacte de défense mutuelle conclu entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, sont mises en lumière. La charte du Liptako-Gourma, texte fondateur de l’AES, prévoit un devoir d’assistance et de secours entre les trois pays alliés en cas d’atteinte à la souveraineté de l’un d’eux. Les pays récemment alliés avaient annoncé la création d’une force unifiée de 5 000 hommes. Néanmoins, lors de l’offensive du 25 avril, cette force s’est montrée absente, soulevant des interrogations sur sa capacité réelle d’action.
  • L’AES a dénoncé ces attaques comme un complot orchestré par des acteurs hostiles à la “lutte de libération” de la région. Selon les autorités de transition, ces offensives visaient à briser la dynamique souverainiste portée par les gouvernements militaires issus des coups d’Etat de 2020 et 2021. Toutefois, cette interprétation politique ne parvient pas à occulter les défaillances opérationnelles constatées sur le terrain et notamment l’incapacité à anticiper une action d’une telle ampleur. Désormais, la crédibilité de la stratégie sécuritaire de l’AES et son partenaire russe dépendra de leur capacité à apporter une réponse militaire efficace à cette agression. 

(Jeune Afrique, Courrier International, BBC)

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AMÉRIQUES 

États-Unis : tentative d’assassinat de Donald Trump lors du dîner des correspondants

Le 25 avril 2026, des tirs ont été signalés au Washington Hilton à Washington lors du dîner annuel de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, en présence du président Donald Trump. Le Secret Service a immédiatement évacué le président, ainsi que les autres personnalités présentes, dont la Première dame et le vice-président.Le suspect, identifié comme Cole Allen, 31 ans, originaire de Californie, a franchi un point de contrôle de sécurité avant d’être neutralisé par les forces de l’ordre à proximité de la salle de réception. Il était armé d’un fusil à pompe, d’un pistolet et de plusieurs armes blanches. 

  • Cole Allen, 31 ans, a été inculpé de tentative d’assassinat du président, ainsi que de plusieurs infractions liées aux armes à feu. Il encourt une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité. Selon les premiers éléments de l’enquête rapportés par la presse américaine, il avait préparé son déplacement depuis la Californie et laissé des écrits exprimant une hostilité envers l’administration. Les autorités indiquent qu’il s’était procuré légalement ses armes. Il aurait également opté pour le train, car il souhaitait éviter les contrôles des aéroports.
  • L’attaque a relancé les interrogations sur la sécurité des événements impliquant des responsables politiques aux États-Unis. Selon Thierry Breton, commissaire européen de 2019 à 2024,  la violence politique américaine est structurelle : près de 10 % des présidents américains sont morts assassinés et plus d’un tiers a subi une tentative de meurtre ou un complot. 
  • Dans les minutes suivant l’attaque, le mot-clé « staged » s’est rapidement diffusé sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs évoquant l’hypothèse d’une mise en scène. Par ailleurs, le climat politique américain reste marqué par une forte polarisation. Certains observateurs soulignent l’usage récurrent d’une rhétorique conflictuelle dans le débat public, notamment à travers des expressions comme « ennemi intérieur », reprise par le secrétaire à la Défense des États-Unis Pete Hegseth devant le haut commandement américain.

(Le Monde, France info  Grand continent ; L’opinion)

 

Procès de membres du MS-13 au Salvador : une procédure judiciaire d’ampleur inédite 

Le 20 avril 2026, le Salvador a ouvert un procès de grande ampleur visant des membres de la Mara Salvatrucha (MS-13), une organisation criminelle née à Los Angeles et active en Amérique centrale. Au total, 486 accusés sont jugés, en grande partie par vidéoconférence, dans le cadre d’une procédure visant à traiter de manière groupée des faits commis sur plusieurs années. 

  • Le procès cible à la fois des membres exécutants et des dirigeants présumés, notamment ceux associés à la structure de commandement du gang, connue sous le nom de « Ranfla Nacional ». Selon l’accusation, les prévenus seraient impliqués dans environ 29 000 homicides et 47 000 autres infractions commis entre 2012 et 2022. Une partie des dirigeants est poursuivie pour un nombre important de crimes, ainsi que pour des faits assimilés à une atteinte à l’ordre constitutionnel, les autorités estimant que l’organisation exerçait un contrôle territorial et une forme d’autorité parallèle dans certaines zones du pays. 
  • Les audiences ont également porté sur le fonctionnement interne du groupe, notamment sur des mécanismes de coordination présumés entre des membres incarcérés et des exécutants à l’extérieur. Certains témoignages évoquent l’existence d’ordres transmis depuis les prisons pour déclencher des vagues de violences, dont le pic observé en mars 2022, lorsqu’une série d’homicides a conduit les autorités à instaurer un régime d’exception.  
  • Ce régime, toujours en vigueur, a entraîné l’arrestation de dizaines de milliers de personnes. Selon les chiffres officiels, environ 91 000 individus sont actuellement détenus dans ce cadre, ce qui place le pays parmi ceux ayant les taux d’incarcération les plus élevés au monde. Des organisations telles que Human Rights Watch et Cristosal alertent sur les risques liés à des détentions massives, notamment en matière de respect des garanties procédurales et d’éventuelles arrestations arbitraires. 

( TV5 Monde info, Le Figaro , Sud Ouest , Brut)

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ASIE

Balikatan 2026 : lancement des exercices militaires US-Philippines en mer de Chine méridionale 

L’exercice Balikatan 2026, le plus important exercice militaire annuel organisé par les Philippines et les États-Unis, a débuté le 20 avril en mer de Chine méridionale, notamment autour de l’île philippine de Luçon, et prendra fin le 8 mai. Cette édition est marquée par la participation sans précédent du Japon, qui n’avait jusqu’alors été qu’un simple observateur. Au total, l’exercice mobilise 17 000 soldats, dont 10 000 Américains et 1 400 Japonais. La Chine, qui revendique l’entièreté de la mer de Chine méridionale, s’est opposée à ces exercices et a déployé le 24 avril une partie de sa flotte dans les eaux situées à l’est de l’île de Luçon.

  • Balikatan 2026 devrait comprendre plusieurs exercices de tirs réels. Le lundi 27 avril, les forces philippines et américaines ont par exemple organisé un exercice de lutte anti-débarquement depuis les plages de Palawan. Cette île philippine fait face à aux îles Spratleys, que Manille considère comme relevant de sa zone économique exclusive. Par ailleurs, les Philippines et les États-Unis s’apprêteraient à réaliser pour la première fois des exercices de frappe maritime sur l’île d’Itbayat, le point le plus septentrional des Philippines, situé à environ 155 km de Taïwan.
  • L’édition 2026 de l’exercice Balikatan est la plus importante à ce jour en termes de nombre de pays participants. Elle a entre autres mobilisé les forces australiennes, canadiennes, françaises et néo-zélandaises. Une telle participation a conduit certains médias chinois à parler d’ « asiatisation de l’OTAN » et d’« atlantisation de l’Asie-Pacifique ».
  • Le Japon, qui dispose du statut d’observateur depuis 2012, a pour la première fois pris part aux exercices en tant que « participant ». En 2024, il avait signé avec les Philippines un accord d’accès réciproque qui permet aux deux parties de déployer leurs forces armées sur leurs territoires respectifs. En préparation des exercices Balikatan 2026, un destroyer de la Garde côtière japonaise a traversé le détroit de Taïwan le 17 avril pour se rendre aux Philippines. Selon la Chine, il s’agit d’une provocation, car le navire aurait pu passer par la mer de Chine orientale et le détroit de Luçon. Il aurait également traversé très lentement le détroit de Taïwan : à une vitesse moyenne de seulement 15,6 nœuds, il lui aurait fallu près de 14 heures pour franchir la zone.
  • La participation du Japon a été l’élément le plus commenté par la diplomatie chinoise. Interrogé le 20 avril à ce sujet, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Guo Jiakun, s’est contenté de rappeler que le Japon avait envahi et occupé les Philippines pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 30 avril, le porte-parole du ministère de la Défense, Zhang Xiaogang, a, lui aussi, évoqué les crimes commis par Tokyo aux Philippines, ainsi que le massacre de Nankin, appelant la communauté internationale à « s’unir pour endiguer le “nouveau militarisme” japonais, afin de préserver la paix et la tranquillité dans la région Asie-Pacifique ».
  • Le Commandement du théâtre Sud de l’APL a annoncé, le 24 avril, avoir déployé un groupement tactique interarmes (“Type 107”) dans les eaux situées à l’est de l’île de Luçon afin de mener des exercices d’entraînement. Son communiqué précisait que ce déploiement militaire constituait « une mesure nécessaire face à la situation actuelle dans la région », une allusion sans équivoque à l’exercice Balikatan 2026. Les exercices de la flotte de l’APL ont notamment inclus des tirs à munitions réelles ainsi que des opérations de coordination air-mer.

(Reuters, Ouest France, Mofa, Mod, Xinhua News, South China Morning Post, Global Times, News QQ, Military affairs, AP News, Defense news)

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EUROPE

Allemagne : retour du débat sur la conscription et tensions sociétales 

Le gouvernement allemand, sous l’impulsion du ministre de la Défense Boris Pistorius, a engagé depuis 2025 une réforme profonde du service militaire afin de renforcer la Bundeswehr. Cette réorientation intervient dans un contexte de forte dégradation sécuritaire en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Suspendue en 2011, la conscription ne revient pas sous sa forme classique mais à travers un modèle hybride basé sur le volontariat renforcé, inspiré du système suédois. À partir de 2026, tous les jeunes de 18 ans recevront un questionnaire sur leurs compétences et leur disponibilité ; la réponse sera obligatoire pour les hommes. Dès 2027, les jeunes hommes nés en 2008 devront également passer un examen médical. L’objectif affiché est de porter les effectifs militaires d’environ 180 000 soldats d’active aujourd’hui à 260 000, complétés par 200 000 réservistes d’ici 2035. Parallèlement, une modification de la loi sur le service militaire impose désormais aux hommes âgés de 17 à 45 ans de signaler tout séjour de plus de trois mois à l’étranger, afin de garantir leur mobilisation potentielle en cas de crise majeure.

  • Cette réforme provoque un net regain des refus individuels. En effet, plus de 2 656 demandes d’objection de conscience ont déjà été déposées au premier trimestre 2026, contre 3 867 sur l’ensemble de l’année 2025. Si la tendance se confirme, l’Allemagne atteindrait un record depuis la suspension du service obligatoire en 2011. Ce phénomène traduit la persistance d’un rejet sociétal envers toute contrainte militaire.
  • Par ailleurs, le débat autour de l’obligation faite aux hommes de 17 à 45 ans de déclarer tout séjour de plus de trois mois hors du territoire suscite des critiques juridiques et politiques. Certains y voient une atteinte disproportionnée à la liberté de circulation, à la vie privée et au droit de travailler ou d’étudier à l’étranger sans contrôle administratif préalable.
  • Si la population allemande soutient globalement le renforcement de la défense face à la Russie, une partie importante reste opposée à un retour de la conscription obligatoire. Le poids de l’histoire allemande, la culture pacifiste d’après-guerre et la préférence pour une armée professionnelle nourrissent une forte prudence dès lors qu’il s’agit d’imposer un service national contraint.

(France Info; Euronews, Ifri; Courrier International)

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FRANCE

La France négocie avec la Grèce pour le transfert de leur Mirage 2000, contre un prix réduit sur de nouveaux Rafale

Le président de la République Emmanuel Macron, lors d’une visite officielle en Grèce les 24 et 25 avril, a discuté de la possibilité de transférer les 43 Mirage 2000 de l’armée grecque à l’Ukraine, incluant les pièces de rechange. En échange, la France propose de leur fournir un nombre équivalent de Rafale neufs à un prix réduit. Cette proposition intervient alors que l’armée grecque est en pleine restructuration, le Premier ministre grec affichant depuis 2024 la volonté d’augmenter le budget de la défense et de lancer des réformes importantes. Dans ce cadre, l’intégration de nouveaux Rafale permettrait de moderniser les escadrons de chasse. Paris accentue sa pression sur Athènes en raison de l’intensification des relations de défense entre les deux pays, et surtout, de la nécessité croissante de soutenir l’Ukraine. Cependant, la Grèce est réticente à céder une partie de sa flotte de chasse, une position déjà soutenue par le premier ministre grec en 2024, car cela pourrait « nuire aux capacités de défense » de son pays.

  • Cette visite officielle a également permis aux deux États de renouveler leur partenariat stratégique, qui arrivait à échéance cette année, ainsi que de signer un nouveau partenariat de défense. Ce texte réaffirme la clause d’assistance mutuelle et approfondit la coopération entre les industriels des deux pays en développant des programmes de coproduction, notamment dans de nouveaux domaines comme la cyberguerre et l’espace.
  • Bien que la Grèce cherche à moderniser ses capacités militaires, la cession de ses Mirage 2000 à l’Ukraine risque de créer un trou capacitaire important entre le retrait des avions de chasse et l’arrivée des premiers Rafale. Cela risquerait notamment d’affaiblir ses défenses face à la Turquie. De plus, le pays fait toujours face à des contraintes financières limitant sa marge de manœuvre. Une telle opération ne sera possible qu’avec le soutien de financements européens. Par exemple, si l’Ukraine pouvait acheter les avions de chasse grâce au prêt de 90 Md€ de l’Union européenne, cela permettrait à la Grèce de verser l’acompte pour la commande de Rafale neufs. Cependant, Dassault devrait à terme, faire un réel effort financier sur le prix final pour conclure la transaction.
  • La France et la Grèce ont signé un partenariat stratégique pour la première fois en 2021. Les relations franco-grecques s’étendent pour autant au-delà de ce partenariat : depuis plus de 50 ans, la Grèce achète des avions de chasse à la France. La première flotte de Mirage avait été livrée en 1974. 
  • Le contrat actuel de maintenance signé avec Dassault sur les Mirage de l’armée grecque arrive à échéance en 2027, leur cession à l’Ukraine n’avancera donc que de quelques années leur fin de vie. Le renouvellement de la flotte par des Rafale était initialement prévu à l’horizon 2030, ce qui permettrait de répartir la charge budgétaire et d’anticiper tout trou capacitaire. Le décalage de cette programmation dans le temps pourrait avoir un impact sur la stratégie grecque, expliquant la réticence d’Athènes à donner leur accord.

(Le Parisien, Les Echos , Euro news)

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 MOYEN-ORIENT/ AFRIQUE DU NORD

Le Congrès américain intensifie la pression sur l’administration Trump, alors que le délai légal de 60 jours de guerre en Iran touche à sa fin

Le vendredi 1er mai a marqué l’expiration du délai légal de 60 jours imparti au président Donald Trump pour mener la campagne militaire en Iran, lancée le 28 février sans l’autorisation du Congrès. Cette même semaine, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a comparu devant le Congrès à deux reprises, une première depuis que l’administration Trump a déclaré la guerre à l’Iran. Les Républicains ont exprimé en grande majorité leur soutien à l’opération en Iran, tout en examinant les détails du nouveau projet de budget militaire 2027 qui porterait les dépenses de défense américaine à un montant historique de 1 500 milliards de dollars (augmentation de 40% par rapport à 2026). Les Démocrates ont quant à eux interrogé Hegseth sur les objectifs finaux du conflit, l’explosion des coûts de la guerre, la réduction massive des munitions américaines, et le bombardement d’une école ayant tué 165 personnes dont de nombreux enfants iraniens. Hegseth a affirmé que la trêve fragile actuellement en place suspend ce délai de 60 jours, ce que le sénateur démocrate Tim Kaine a remis en question. Cette guerre lancée par les Etats-Unis a déjà coûté 25 milliards de dollars et a mené à la mort de 13 soldats américains et plus de 400 soldats blessés. 

  • L’objectif affiché par l’administration Trump de conclure les opérations en quelques semaines se heurte à la réalité du terrain. En effet, l’Iran possède toujours de l’uranium hautement enrichi, et ses capacités militaires ainsi que sa volonté de combattre sont suffisantes pour que le conflit dure. L’Iran maintient également toujours son joug sur le détroit d’Ormuz, point de passage essentiel du trafic maritime mondial, qui a chuté de plus de 90%.  La marine britannique a d’ailleurs alerté sur une “crise humanitaire imminente” dans le détroit où 20,000 marins sont bloqués. 
  • Le 30 avril, l’administration Trump aurait reçu un briefing du Commandement central (CENTCOM) envisageant de reprendre les opérations en Iran pour faire pression sur le régime islamique.  Trois options auraient été présentées. Premièrement, des frappes « courtes et puissantes » ciblant probablement des infrastructures stratégiques pour faire céder Téhéran sur certains points lors des négociations, notamment l’uranium alors que les Gardiens de la Révolution refusent tout compromis. La deuxième option serait de mener un raid sur le détroit afin que le trafic maritime reprenne. À ce titre, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé que l’initiative franco-britannique visant à sécuriser le trafic maritime passant par le détroit était sur le point d’aboutir. La troisième option présentée par CENTCOM serait une opération terrestre des forces spéciales sur les sites de stockage d’uranium hautement enrichi. Selon Donald Trump, la deuxième option, celle du blocus naval, serait « plus efficace que les bombardements ». 
  • Un cessez-le-feu a été annoncé le 8 avril grâce à une médiation pakistanaise, suivi de discussions les 11 et 12 avril à Islamabad, sans qu’un accord ne soit trouvé. Téhéran a transmis le 30 avril une nouvelle proposition au Pakistan dans un effort de relance du dialogue avec Washington, qui s’étend bien au-delà du territoire iranien. Alors que les pays du Golfe ont été touchés depuis le début du conflit par des bombardements, notamment sur des infrastructures énergétiques, l’agression israélienne contre le Hezbollah au Liban se poursuit également. La France y a perdu deux militaires le 22 avril, le sergent-chef Florian Montorio et le caporal-chef Anicet Girardin, lors d’une embuscade contre la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) attribuée au Hezbollah. 

(AP News, AP News, Le Monde, AA, BFM TV, i24)

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RUSSIE/ NEI

Multiplication des attaques de drones ukrainiens sur les complexes pétroliers russes

Ces dernières semaines, au moins quatre frappes de drones ukrainiens auraient touché les infrastructures pétrolières de Touapsé, ville côtière du sud de la Russie et quatrième terminal pétrolier du pays. Un incendie s’était déclaré dans la raffinerie et dans le port maritime après des frappes ukrainiennes le 16 avril, avant de se propager à nouveau à la suite d’une nouvelle salve de drones durant la nuit du 20 au 21 avril. Dans la nuit du 22 au 23 avril, des drones ukrainiens auraient également touché l’une des plus grandes raffineries russes, située dans la ville de Perm, dans l’Oural. 

  • Quatre réservoirs remplis à hauteur de 75 % à 85 % auraient été touchés dans le port de Touapsé, ce qui correspondrait à la dispersion ou la combustion d’une quantité comprise entre 30 000 et 50 000 tonnes de produits raffinés (principalement du naphta et du gazole). Des fuites de pétrole dans la mer et une épaisse fumée noire due à l’incendie en cours font craindre une catastrophe écologique de grande envergure, tandis que l’état d’urgence a été déclaré dans la ville et que la production a été interrompue. À Perm, dans l’Oural, l’attaque aurait endommagé la station de pompage d’une des plus grandes raffineries du producteur de pétrole russe PJSC Lukoil, laquelle dispose d’une capacité d’environ 13 millions de tonnes de brut par an (260 000 barils par jour). Celle-ci fait partie d’un des principaux réseaux d’oléoducs permettant l’acheminement du pétrole brut depuis la Sibérie occidentale.
  • Dans le contexte du conflit au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz, la stratégie de Kiev semble être de bloquer les capacités d’exportation de la Russie afin de limiter ses profits au vu de l’augmentation des prix du pétrole. La portée de ces frappes, notamment dans l’Oural, région située à 1500 km de l’Ukraine, démontre une certaine profondeur stratégique que Volodymyr Zelensky a confirmé vouloir développer. Vladimir Poutine a quant à lui accusé le président ukrainien de cibler des infrastructures civiles et d’user de « méthodes manifestement terroristes ».

(The Guardian, Le Monde)

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BITD 

Intégration de systèmes de roquettes guidées laser sur Rafale : vers la lutte anti-drone à moindre coût ?

Dans le cadre de la dégradation de la situation sécuritaire au Moyen-Orient, l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) se retrouve en première ligne pour protéger ses infrastructures et ses partenaires dans la région face à la menace des attaques de drones iraniens, notamment de type Shahed. Le chef d’état-major de l’AAE, le général Jérôme Bellanger, avait notamment évoqué le projet d’adapter le Mirage 2000D RMV (Rénovation Mi Vie) à la lutte anti-drone au mois d’octobre 2025, en amont des opérations israélo-américaines contre la République Islamique d’Iran débutées le 28 février 2026.

  • L’un des défis majeurs engendré par l’abondance de drones kamikazes sur les théâtres d’opérations est la nécessité de développer et de mettre en œuvre des systèmes d’interceptions à moindre coût. Les drones kamikazes russes et iraniens sont aujourd’hui produits en masse pour un coût par unité limité à quelques dizaines de milliers d’euros. Pour les intercepter, les armées engagées au Moyen-Orient sont forcées d’utiliser des moyens bien plus onéreux. De son côté, l’AAE a détruit plusieurs drones iraniens à l’aide de missiles air-air MICA, lancés par des avions de chasse Rafale. L’asymétrie économique de ce rapport de force rend cependant la lutte anti-drone bien trop coûteuse pour l’AAE: on estime le coût d’un missile MICA à environ 600 000 / 700 000 euros.
  • Par ailleurs, l’utilisation des canons embarqués par les avions de l’AAE représente un risque conséquent pour l’intégrité physique des pilotes et l’appareil. Il est nécessaire pour ces-derniers de s’approcher très près du drone visé pour l’abattre, qui plus est potentiellement à très basse vitesse : la vitesse de croisière des drones de type Shahed se situant entre 185km/h pour les Shahed-136 et 500km/h pour les versions équipées d’un réacteur (Shahed-238). De plus, chaque Rafale doté d’un canon Nexter 30M791 emporte une quantité limitée d’obus de 30mm, 125 par appareil seulement.
  • Ainsi, lors d’une audience parlementaire à l’Assemblée Nationale le 15 avril, le délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux a annoncé un contrat confié à Dassault pour équiper les Rafale de roquettes guidées laser de 68 mm ACULEUS-LG, développées par Thales Group. Les nacelles TELSON 12 JF utilisées peuvent contenir 12 roquettes chacune, multipliant ainsi la quantité de cibles pouvant être détruites par un appareil en une sortie. La portée de ces roquettes est annoncée jusqu’à 5 000 mètres par Thales, permettant aux pilotes de l’AAE d’engager des drones à longue distance sans risque. Leur guidage peut être assuré par la nacelle de désignation TALIOS (Targeting Long-range Identification Optronic System), également développée par Thales De plus, chaque roquette guidée est estimée entre 25 000 euros et 40 000 euros, soit un coût très similaire aux drones qu’elles sont censées intercepter. Ce système est comparable aux roquettes APKWS (Advanced Precision Kill Weapon System) développées par BAE Systems à partir des roquettes Hydra 70, équipant notamment plusieurs appareils de l’US Air Force.

(Opex360 ; Army Recognition ; Le Parisien ; Thales Group ; Conflits)

Comité de rédaction

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