Sciences Po Défense et Stratégie

Association étudiante

Veille stratégique – Avril 2/2

AFRIQUE

Trois ans de guerre civile au Soudan : entre un bilan humanitaire désastreux et la poursuite des combats

 Le 15 avril dernier marque l’entrée dans la quatrième année de la guerre civile soudanaise, opposant les forces armées soudanaises (FAS) du général Al-Burhan et les Forces de soutien rapide du général Hemedi. Alors que la capitale, Khartoum, a été reprise par les FAS le 26 mars 2025, les combats se poursuivent dans le sud-ouest du pays, dans les régions du Kordofan et du Darfur.

  • Les hostilités ont débuté suite au déchirement entre les deux factions militaires qui gouvernaient le Soudan. En 2019, les généraux Burhan et Hemedi avaient renversé le dictateur Omar el-Bechir et promis le passage du pouvoir aux civils. En octobre 2021, le premier ministre Hamdok fut écarté du pouvoir par un coup d’État militaire.
  • La poursuite du conflit se déroule dans un contexte humanitaire catastrophique. Le bilan est d’environ 150 000 morts, 12 millions de déplacés ainsi que 19 millions de personnes vivant dans un état de pénurie alimentaire.

(France 24, Le Monde, Council on Foreign Relations, RFI)

Sahel : Le Bénin et le Nigéria luttent contre les groupes islamistes, tandis qu’Al-Qaïda et l’État islamique du Sahel s’affrontent au Niger

Samedi 11 avril 2026, l’armée nigériane a frappé des positions de Boko Haram dans l’État de Yobe,faisant une dizaine de victimes parmi les insurgés. Parallèlement, au Niger, des affrontements entre groupes terroristes ont opposé Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda à l’État entraînant la mort de 35 membres du JNIM.

  • Le Nigéria est confronté à une insurrection islamiste déclenchée par Boko Haram dès 2009. Elle connait une dynamique d’intensification depuis le 17 mars, lorsqu’une attaque suicide a eu lieu à Maiduguri, dans le nord-est du pays. Le 9 avril dernier, des djihadistes ont tué un général de brigade en prenant d’assaut une base militaire à 75 km de Maiduguri.
  • Le Nigéria est soutenu par les États-Unis qui déploient 200 soldats à des fins de formation et procèdent à des frappes contre les groupes islamistes.
  • Le 19 mars, le chef d’état-major des armées Fabien Mandon déclarait que les forces spéciales françaises étaient présentes au Bénin pour assurer la formation des troupes locales. Le journal « Le Monde » indique qu’elles participent également à des missions de combat contre les incursions islamistes au nord du pays.
  • L’instabilité au Sahel est exacerbée par les guerres que se livrent les factions djihadistes. Depuis 2019, les affrontements opposant l’État Islamique du Sahel (EIS) au le JNIM ont ainsi causé la mort de près de 2 100 combattants.

(Le Monde, Le Monde, Reuters, France 24)

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AMÉRIQUES 

Le Fonds monétaire international renoue avec le Vénézuéla

Le 16 avril 2026, le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé avoir rétabli des relations avec le gouvernement du Vénézuéla. Après sept années d’interruption, cette initiative vise à soutenir le pays dans sa reprise économique et rattraper les retards accumulés depuis une vingtaine d’années. 

  • Les relations avec le pays avaient été suspendues en 2019 après que le FMI ait reconnu l’opposition vénézuélienne comme seul gouvernement légitime. Même avant cela, la collaboration avec les autorités vénézuéliennes était fortement dégradée puisque la dernière évaluation économique complète du pays remonte à 2004. Le renversement de Nicolas Maduro suite à l’opération Absolute Resolve a conduit à une reprise des discussions par l’intermédiaire de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, bien qu’elle appartienne au camp de l’ancien président.
  • Ce dialogue retrouvé ouvre la voie à un soutien financier. Il est perçu comme une première étape vers une ouverture du pays à d’autres systèmes internationaux. Des discussions seraient en cours concernant son intégration à la Banque mondiale. De plus, l’action du FMI sera entreprise en collaboration avec la Banque interaméricaine de développement.
  • La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, annonce vouloir « aider le pays à rétablir la stabilité macroéconomique et financière, afin que le peuple vénézuélien voie des jours meilleurs ». Cette aide va se déployer sur le temps long puisque le pays présente de graves insuffisances dans la collecte de ses données économiques. Il s’agit dans un premier temps de rationaliser les méthodes statistiques de Caracas afin de pouvoir apporter une réponse adéquate.

(Le Monde, Le Figaro, Trading View

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ASIE

La Chine verrouille le récif contesté de Scarborough 

Des images satellites datant du 11 avril révèlent un barrage flottant de 352 mètres obstruant l’entrée du récif de Scarborough, accompagné d’un navire de guerre ou de garde-côtes, ainsi que de quatre bateaux de pêche. Selon le porte-parole de la marine philippine, Roy Trinidad, la Chine aurait déployé dix navires de garde-côtes dans la zone entre le 5 et le 12 avril. En réponse, Manille a également dépêché des navires de garde-côtes et des embarcations de pêche pour soutenir ses pêcheurs, régulièrement écartés par les patrouilles chinoises. Le récif de Scarborough est l’un des points de friction maritimes les plus disputés de la mer de Chine méridionale. Selon certains analystes, ces tensions entre Pékin et Manille, persistantes mais exacerbées depuis 2025, pourraient déboucher sur un conflit armé.

  • Le récif de Scarborough se situe à 220 kilomètres de Luçon, l’île principale des Philippines, et à plus de 800 kilomètres de Hong Kong, à proximité de voies maritimes internationales majeures. Sa valeur stratégique est également considérable en raison de ses ressources naturelles : riche biodiversité marine, importantes zones de pêche, réserves estimées à 5,4 billions de m³ de gaz naturel et 11 milliards de barils de pétrole. Manille affirme que l’atoll se trouve dans sa Zone Économique Exclusive (ZEE) (les eaux situées dans un périmètre de 200 milles nautiques (370 km) de ses côtes) en vertu du droit international. Pékin, de son côté, revendique ce territoire qu’il affirme avoir toujours été le sien, en s’appuyant sur la ligne en neuf traits, démarcation contestée par laquelle la Chine entend affirmer sa souveraineté sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale.
  • En septembre 2025, le Conseil d’État chinois a approuvé la création de la réserve naturelle nationale de Huangyan Dao, s’étendant sur plus de 3 500 hectares. Si Pékin affirme vouloir protéger le massif corallien, cette décision s’inscrit plus largement dans une stratégie de consolidation de ses revendications maritimes par des moyens juridiques et administratifs. Par ailleurs, la Chine justifie ses restrictions d’accès en invoquant les articles 56 et 73 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui autorisent le déploiement de garde-côtes au sein des ZEE du pays en question. Cette argumentation est contestée, alors que Pékin ne reconnaît pas la ZEE philippine sur ce territoire.
  • Cette escalade survient dans un contexte régional déjà tendu. Les Philippines, les États-Unis et l’Australie ont mené des exercices maritimes conjoints du 9 au 12 avril, la deuxième série de l’année. Selon l’armée philippine, ces manœuvres visaient à « renforcer la coopération de défense entre les trois nations et leur engagement commun en faveur de la sécurité régionale ». Elles précèdent l’ouverture, le 20 avril, des exercices militaires annuels à grande échelle Balikatan, auxquels participent également le Japon et l’Australie. La France, qui devait engager un contingent de 150 soldats, n’en enverra finalement que 15 à 20, en raison du redéploiement d’une partie importante de sa flotte navale vers l’Europe dans le contexte de la crise au Moyen-Orient. Pékin estime pour sa part que ces activités militaires conjointes ne font qu’attiser les tensions dans la région.

(Reuters, La Tribune, Britannica, The Diplomat, Reuters)

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EUROPE

Victoire de Péter Magyar aux élections législatives hongroises

Le 12 avril, le parti de centre-droit Tisza (“Respect et liberté”) de Péter Magyar a remporté les élections législatives hongroises face au Fidesz de Viktor Orbán, Premier ministre du pays depuis seize ans. Avec 53 % des votes, Tisza obtient les deux tiers des sièges à l’Assemblée nationale (138 sur 199). Le Fidesz n’a recueilli que 38 % des voix et 55 sièges. Seul un troisième parti, le mouvement d’extrême droite “Notre patrie” a réussi à dépasser le seuil électoral des 5 % et à obtenir 6 sièges. Le taux de participation de 79.50% confère une forte légitimité à Tisza et garantit une “super majorité” à Péter Magyar avec un Parlement uniquement composé de trois partis (contre huit avant le scrutin). 

  • 106 sièges des sièges de l’Assemblée hongroise sont attribués aux candidats locaux ayant remporté chacune des 106 circonscriptions du pays. Les 93 parlementaires restants sont désignés de manière proportionnelle, selon les scores établis nationalement par chaque parti. Tisza a obtenu 93 des 106 circonscriptions locales (comprenant notamment les 16 circonscriptions de Budapest et les principales villes hongroises telles que Debrecen, Szeged, Miskolc, Pécs), tandis que Fidesz n’a remporté que 13 circonscriptions (contre 87 en 2022). A ces scores s’ajoutent les sièges obtenus proportionnellement aux taux nationaux par chaque parti. 
  • Péter Magyar, ancien membre de Fidesz et proche d’Orbán, a rejoint Tisza en 2024 à la suite d’une crise politique impliquant une affaire pédocriminelle et des accusations de corruption au sein de Fidesz. Il annonce en avril 2024 sa candidature aux élections européennes de juin, au cours desquelles Tisza remporte de manière fulgurante 30 % des suffrages, se hissant derrière les 45% du Fidesz. Au Parlement européen, le Tisza de Péter Magyar se situe au sein du groupe Parti populaire européen, que le Fidesz a quitté en 2021. Si Magyar reste aligné avec Orbán sur un certain nombre de questions, comme celle de la politique migratoire, il a axé sa campagne sur le redressement économique du pays : réunion de la Hongrie avec l’Union européenne afin de débloquer les fonds d’aide, lutte contre la corruption, diminution de l’inflation.
  • La défaite d’Orbán constitue plus largement un recul des influences américaines, russes et chinoises sur le territoire européen. Soutenue ouvertement par J.D. Vance, point de blocage de nombreuses décisions européennes sur le soutien à l’Ukraine, porte d’entrée de flux d’investissements chinois, la Hongrie d’Orbán constituait un élément stratégique important au sein des équilibres internes européens, et sur les relations des grandes puissances avec l’Union. L’avènement de Magyar pourrait ainsi débloquer plusieurs dossiers ukrainiens, dont un prêt de 90 milliards d’euros à Kiev, bloqué par Orbán début 2026. Il reste à voir quelles seront les intentions du nouveau Premier ministre à l’encontre de ses voisins européens et des anciens alliés internationaux du Fidesz. 

(Toute l’Europe, IRIS, Le Monde)

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FRANCE

L’actualisation de la Loi de programmation militaire au cœur du débat public

Le gouvernement a annoncé mettre à jour la Loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM) cette année. L’objectif est d’adapter la programmation budgétaire aux nouveaux besoins militaires et adapter aux conflits de haute intensité. Déposé le 10 avril, le projet de texte propose une marge supplémentaire de 36 milliards d’ici 2030, ce qui permettrait au budget de la défense d’atteindre la valeur de 436 milliards, soit 2,5% du PIB français. Pour autant, des arbitrages seront faits en fonction des priorités identifiées. Des efforts considérables seront faits sur les munitions, qu’elles soient navales, terrestres ou aériennes, ainsi que sur le spatial, la dissuasion nucléaire ou encore les drones et la lutte antidrones, des axes majeurs de souveraineté stratégique. De plus, l’objectif est de construire un modèle d’armée cohérente, en axant les dépenses sur des éléments indispensables à l’efficacité des armées (soutien, grilles salariales, munitions).

  • La volonté d’augmenter le budget des armées tombe dans une période d’augmentation et d’intensification des conflits. Face aux menaces démultipliées, la France cherche à conserver sa supériorité militaire dans les domaines stratégiques essentiels. Cependant, il s’agit également d’une période de restriction budgétaire importante pour le pays qui s’oppose à la marge de 36 milliards s’ajoutant à un budget déjà élevé. D’autant plus qu’une partie du budget ne servira qu’à combler la hausse des coûts des équipements et le résultat ne sera pas forcément à la hauteur des attentes initiales. Or, il est essentiel de répondre aux besoins technologiques et de masse des armées afin de se préparer aux futurs conflits.
  • Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, le budget militaire a doublé. Il est passé de 32,2 milliards en 2017 à 50,5 milliards en 2025, à 57,1 milliards cette année puis 63,3 milliards en 2027. Les dépenses réalisées ont également évolué puisque la France n’investit plus uniquement dans de gros objets militaires tels que le Rafale ou les frégates, mais également dans de la masse et des nouvelles technologies.
  • La proposition du texte d’actualisation a été transmise au Parlement. Le texte est en cours d’analyse à la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale qui publiera une première analyse avant le vote en séance. L’objectif est d’adopter le texte avant le 14 juillet. Cependant, les difficultés financières risquent de compliquer l’adoption du texte, d’autant plus que nous entrerons bientôt dans une période d’élection présidentielle qui risque de bouleverser les équilibres définis.

(Le Monde ; Ministère des Armées ; Mer et Marine ; La Tribune)

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 MOYEN-ORIENT/ AFRIQUE DU NORD

Détroit d’Ormuz : la réouverture compromise après 24 heures

Le samedi 18 avril, l’Iran est revenu sur sa décision de rouvrir le détroit d’Ormuz, annoncée pourtant la veille. Ce revirement maintient une forte instabilité sur les marchés de l’énergie. Le contrôle de cette voie maritime, par laquelle transite un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux, reste au cœur des tensions régionales. En l’absence d’avancée diplomatique d’ici l’expiration du cessez-le-feu mercredi prochain, le passage pourrait demeurer fermé.   

  • Dès le samedi 18 avril, Téhéran est revenu sur sa décision, reprenant le « strict contrôle » du passage maritime. Ce revirement souligne la fragilité des accords dans ce conflit. L’Iran justifie ce nouveau blocage en accusant les États-Unis de violer leurs engagements et de se livrer à des actes de piraterie sous couvert de leur blocus naval. Le commandement des forces armées iraniennes, Khatam Al-Anbiya, a officialisé ce retour à l’état de siège en affirmant un  « contrôle strict » de l’Iran.
  • Ce nouveau verrouillage est une réponse directe à l’intransigeance de Washington. Vendredi soir, Donald Trump a réaffirmé qu’il maintiendrait le blocus des ports iraniens tant qu’un accord de paix global ne serait pas signé. Téhéran utilise désormais le détroit comme un levier de pression réciproque : si l’Iran ne peut plus exporter ses richesses, le monde n’y fera plus transiter les siennes. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du parlement iranien, a durci le ton sur le réseau social X, affirmant que tout franchissement exige désormais une autorisation de l’Iran. Signe de l’extrême tension sur les marchés, le Trésor américain a dû suspendre en urgence, jusqu’au 16 mai, les sanctions sur le pétrole russe pour tenter de stabiliser l’offre mondiale.
  • Un signal contradictoire a marqué la matinée du samedi 18 avril : alors que la mer se fermait, l’espace aérien iranien a été partiellement rouvert à 7h00 (heure locale). Via le système de notification NOTAM, les vols internationaux ont à nouveau reçu l’autorisation de survoler l’Est du pays. Cette gestion « à deux vitesses » révèle une stratégie calculée. En rouvrant ses couloirs aériens civils, l’Iran cherche à éviter un isolement diplomatique et économique total. En revanche, le maintien du blocus sur le flux énergétique maritime reste son arme prioritaire pour asphyxier l’économie mondiale et forcer la main de Washington.

(Ouest France ; France Info ; Le Dauphiné libéré ; Le Figaro)

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RUSSIE/ NEI

La trêve pascale, révélatrice des blocages diplomatiques persistants en Ukraine

Comme évoqué lors de la veille précédente, la guerre en Ukraine continue d’évoluer dans l’ombre du conflit au Moyen-Orient, qui accapare la médiation américaine. Dans ce contexte de désengagement relatif de Washington, la semaine écoulée a pourtant été marquée par un cessez-le-feu de 32 heures proposé par Poutine pour la Pâque orthodoxe et accepté par Kyiv. Cette trêve, massivement violée des deux côtés dès les premières heures, illustre l’écart entre les postures diplomatiques affichées et la réalité du terrain. De son côté, l’UE poursuit son soutien diplomatique et capacitaire à l’Ukraine.

  • Après avoir rejeté avec violence la proposition de trêve ukrainienne début avril, Vladimir Poutine a annoncé un cessez-le-feu de 32 heures pour la Pâque orthodoxe, entré en vigueur le 11 avril à 16 heures, ce que le président Zelensky a accepté en promettant toutefois de répliquer « coup sur coup » à toute violation. La trêve n’a cependant tenu que sur le papier : à 7 heures dimanche matin, l’état-major ukrainien recensait 2 299 infractions du côté russe, incluant assauts, tirs d’artillerie et frappes de drones, tandis que la Russie affirmait de son côté avoir comptabilisé 1 971 violations ukrainiennes. Le Kremlin a refusé toute prolongation de la trêve. Son porte-parole Dmitri Peskov exige un retrait ukrainien du Donbass comme préalable à toute paix durable. Dès la fin du cessez-le-feu, les frappes ont repris à grande échelle. Le 16 avril, la Russie a lancé près de 700 drones et des dizaines de missiles, dont 667 ont été interceptés, faisant toutefois au moins 16 morts dont un enfant de 12 ans à Kyiv et plus de 50 blessés.
  • Le 15 avril à Berlin, le secrétaire britannique à la Défense John Healey a annoncé la livraison de plus de 120 000 drones à l’Ukraine pour l’année 2026 dans le cadre d’un contrat de 752 millions de livres sterling, déclarant que « les drones ont défini cette guerre ». Dans le même temps, l’Allemagne et l’Ukraine ont signé un accord de défense de 4 milliards d’euros incluant des centaines de missiles Patriot, des lanceurs IRIS-T supplémentaires et un accord de partage de données de combat numérique. À l’issue de cette conférence, cinq pays supplémentaires ont rejoint le programme PURL (Prioritised Ukraine Requirements List) : la Norvège, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne et le Canada. Le président ukrainien a néanmoins alerté les européens sur un déficit critique en missiles Patriot, certains partenaires n’ayant pas tenu leurs engagements. En parallèle, le président ukrainien a également fait savoir le 13 avril dans une vidéo destinée aux industriels de la défense que « pour la première fois dans l’histoire de cette guerre, une position ennemie a été prise exclusivement par des plateformes sans pilote, des systèmes robotisés terrestres et des drones. » En effet, l’armée ukrainienne innove en parallèle des livraisons d’armes occidentales, particulièrement dans le secteur des drones. Elle est aujourd’hui capable de produire de nombreux types de drones de façon souveraine.
  • Le 12 avril, la défaite d’Orbán en Hongrie constitue une défaite pour la Russie. Cette dernière avait mobilisé plusieurs moyens de désinformation pour tenter de le faire réélire. Le groupe Storm-1516, groupe de propagande chargé de répandre des contenus pro-russes en ligne, s’est notamment fait remarquer pour la création d’un site web très similaire à Euronews, dont le but était la propagation de fausses informations sur Péter Magyar et son parti. Concrètement, la chute d’Orbán ouvre la voie au déblocage du prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, dont le veto hongrois avait jusqu’alors paralysé le versement.

(Ministère des Armées Franceinfo France 24 Euronews La Tribune  – Euronews Spécial Défense Ukrinform Franceinfo France 24 Euronews

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BITD 

L’actualisation de la LPM en France entérine les déconvenues des programmes en coopération

Alors que le projet de loi visant actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030 a été déposé au bureau de l’Assemblée nationale le 8 avril,  la lecture du rapport annexé au projet renseigne sur les échéances temporelles et niveaux d’acquisition envisagés des principaux matériels militaires. La partie “Forces aériennes” entérine le décalage du premier vol du NGF (Next Generation Fighter, partie véhicule aérien habité du programme franco-germano-espagnole SCAF) de 2030 à 2035 ainsi que la suspension de facto de la participation française au programme de drone EuroMALE (multi-pays européens). Les forces navales et terrestres suivent une tendance similaire. Le programme de remplacement des chars Leclerc par le MGCS (franco-allemand) ainsi que celui des frégates de surveillance classe Floréal (multi-pays européens) sont repoussés au-delà de 2035.

  • La dernière grande vague de programmes de développement d’armements en coopération date de 2017 avec la volonté du Président de la République de lancer plusieurs coopérations franco-allemandes (artillerie mobile, avion de patrouille maritime, modernisation des hélicoptères de combat, char et appareil de combat du futur). Seuls les programmes SCAF et MGCS demeurent d’actualité à date. 
  • Par contraste avec les programmes de matériels principaux, ceux portant sur les munitions complexes se poursuivent avec peu de perturbations : système franco-italien SAMPT-NG, et missiles franco-britanniques anti-navire/anti-radar STRATUS RS (ex-TR15) ou de croisière aéroporté STRATUS LO (ex-RJ10). Tous sont développés par le consortium MBDA ou sa filiale Eurosam.
  • Dans l’artillerie terrestre, domaine bénéficiant d’une hausse de cible de commande, les programmes visant au développement d’un missile balistique de portée intermédiaire (MRBM) ainsi que du système remplaçant des Lance-Roquettes Unitaires (LRU) sont en revanche développés dans un stricte cadre hexagonal.

(Assemblée Nationale, Vie Publique, Opex360, Forces Opérations Blog)

 

Signature d’un memorandum entre TKMS et Navantia dans la construction navale sous-marine

Le 15 avril 2026 les responsables des constructeurs navals allemand TKMS (ThyssenKrupp Marine Systems) et espagnol Navantia ont signé un protocole d’accord, dont une modalité serait la possibilité pour TKMS de faire fabriquer ses modèles de sous-marin dans le chantier espagnol. L’utilisation de cette capacité industrielle “louée” permettrait de satisfaire de nouvelles commandes exports, notamment dans l’hypothèse où TKMS l’emporterait face au sud-coréen Hanwha dans l’actuelle compétition pour fournir 12 sous-marins à la marine canadienne. Le constructeur allemand propose à Ottawa son Type 212CD déjà commandé par les marines allemande et norvégienne. Il s’agit d’un sous-marin d’attaque à propulsion conventionnel anaérobie, amélioration des premier Type 212 dont la conception remonte aux années 1990.

  • Le constructeur allemand à jusqu’en 2035 environ un carnet de commandes utilisant pleinement ses capacités productives de sous-marins. Face à Hanwha qui déclare pouvoir fournir le premier exemplaire à destination du Canada dès 2032, TKMS se doit d’augmenter ses capacités industrielles pour tenir la compétition canadienne tout en ne fermant pas la porte à d’éventuelles nouvelles commandes, alors que plusieurs marines utilisatrices du Type 209 (génération précédente) chercheront à les remplacer à moyen-terme.
  • Le constructeur Navantia dispose pour l’heure d’un plan de charge vide au-delà des premières années de la décennie 2030 sur son chantier de sous-marins de Carthagène, en raison de l’insuccès commercial de son modèle autochtone : le S-80. Nous pouvons voir l’accord avec TKMS comme permettant le maintien de l’activité au cours de la prochaine décennie.
  • TKMS est le principal chantier naval d’Allemagne avec plusieurs succès commerciaux, à l’inverse de son concurrent néerlandais Damen, dont le programme de frégates F126 à destination de la marine allemande subit de multiples retards. Ceux-ci ont amené Berlin à commander en mars 2026 quatre frégates MEKO auprès de TKMS au titre d’une solution de transition. Tout cela alors que la maison mère ThyssenKrupp a décidé d’introduire TKMS en bourse dans le cadre d’une plus large restructuration du conglomérat.

(TKMS, J-B Colbert de Seignelay, Le Marin, La Tribune)

Comité de rédaction

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