Sciences Po Défense et Stratégie

Association étudiante

Veille stratégique — Novembre 3.11

AFRIQUE 

L’Algérie déploie des troupes au Niger : première opération extra-frontalière depuis la guerre du Kippour

Suite à la signature de l’accord de coopération militaire et sécuritaire entre l’Algérie et le Maroc le 21 octobre 2026, les troupes algériennes sont arrivées au Niger le 25 octobre afin de sécuriser des sites de forage pétrolier exploités par le géant algérien des hydrocarbures, Sonatrach. Ce déploiement d’unités militaires algériennes arrive trois mois après la livraison de quatre avions de chasse, d’un avion ravitailleur, ainsi que d’un avion de transport militaire livré par Alger à la suite de la tentative de putsch pour renverser le régime du général Tiani. Au-delà d’un accord bilatéral concernant les intérêts énergétiques conjoints de l’Algérie et du Niger, l’Algérie cherche à renforcer ses liens diplomatiques avec les pays de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et à contrer l’influence des Émirats, qu’elle accuse « d’ingérence ».

  • En février 2026, Alger et Niamey avaient rétabli leurs relations diplomatiques. Depuis, leur rapprochement s’est traduit par un renforcement de leur coopération sécuritaire, avec pour ambition de stabiliser la frontière entre les deux pays et de donner un coup d’accélérateur au projet de gazoduc transsaharien, destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie en traversant le Niger.
  • Les unités de l’armée algérienne ont ainsi été envoyées à Bilma et Kafra, situées dans la région d’Agadez au nord du Niger, une région où circulent des armes, des drogues et des marchandises, ainsi que des groupes terroristes.
  • Après 21 ans de travaux, le site de Kafra a été inauguré en août 2026. D’une superficie de 23 000 km², ce site se situe dans une vaste région désertique au nord du Niger, à 85 km de la frontière algérienne. Sonatrach y exploite un site de forage pétrolier comprenant quatre puits.
  • Le site de Bilma se situe à 400 km de la frontière algérienne. Sonatrach y a obtenu un permis d’exploration pétrolière en août 2026. La production y est estimée à 20 000 barils par jour, un potentiel modeste, mais qui revêt une importance stratégique particulière pour le développement de ses activités au Niger.
  • Zinder, le troisième site susceptible d’être sécurisé par l’armée algérienne en vertu de l’accord se situe à proximité de la frontière nigériane. En août dernier, Sonatrach a conclu un partenariat visant à apporter son expertise technique pour la maintenance des installations de la raffinerie et à dispenser des formations aux techniciens nigériens. 

TV5MONDE, Jeune Afrique,  BBC, Les Echos

 

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AMÉRIQUES 

Accord Trump-Poutine sur le gazole russe

 

Début octobre, Donald Trump a annoncé avoir conclu un accord avec Vladimir Poutine prévoyant la reprise des exportations de carburant russe vers les États-Unis et le marché international. Cette suspension des sanctions sur le carburant, jusqu’à avril 2027,  a plutôt une visée symbolique et politique qu’économique. En effet, à quelques jours des élections de mi-mandat, où les Démocrates pourraient l’emporter selon les sondages, Donald Trump cherche à faire baisser les prix à la pompe, en hausse après l’offensive contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. La visite du ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, à Téhéran, se positionnant comme un possible médiateur entre les États-Unis et l’Iran, suggère un échange de bons procédés : modération russe vis-à-vis de l’Iran contre souplesse américaine par rapport à l’Ukraine. L’accord offre à Moscou un soutien financier dans la guerre d’attrition menée en Ukraine. Il illustre également le détachement des États-Unis vis-à-vis de l’effort européen qui vise à maintenir une pression continue sur l’économie russe. Cette situation laisse présager des tensions transatlantiques renouvelées. Le rapprochement américain avec le Kremlin s’accompagne de pressions publiques envers le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, accusé d’être un « dictateur » qui refuse d’organiser de nouvelles élections présidentielles.

 

  • Depuis décembre 2025, Donald Trump a suspendu une partie des sanctions visant notamment le géant russe Lukoil afin que ses stations-services continuent de fonctionner sur le sol américain, à condition que les recettes ne soient pas transférées en Russie. Cet accord s’inscrit donc dans la continuité de  précédentes dérogations. 
  • La Russie, anciennement deuxième exportateur mondial de diesel, a suspendu ses exportations ce mois-ci en raison de pénuries intérieures et des frappes ukrainiennes sur ses raffineries. Sa capacité à honorer les volumes promis reste donc incertaine. 
  • Le sommet de l’APEC (Coopération économique pour l’Asie-Pacifique), prévu les 18 et 19 novembre en Chine, pourrait être l’occasion de réunir le États-Unis, la Russie et la Chine afin de discuter du sort de l’Ukraine. Cela expliquerait les concessions de Donald Trump à la Russie et la possible médiation russe en Iran pour aider le président américain à en sortir. Donald Trump n’a pour le moment rien confirmé à ce sujet. 

Public Sénat, Radio France, CNN, IFRI, Le Monde

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ASIE

Le Japon intensifie ses capacités de défense et renforce ses alliances face à l’instabilité causée par la Chine en Asie du Sud-Est

 

Les relations entre le Japon et la Chine ont commencé à se dégrader lorsque la nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a sous-entendu fin 2025 que le Japon pourrait intervenir si la Chine attaquait Taïwan. Le Japon a pourtant longtemps privilégié une posture pacifiste, en renonçant à se doter de capacités offensives depuis la Seconde Guerre mondiale, notamment en raison de la garantie de protection américaine. Aujourd’hui, le Japon doute de la pérennité du soutien des États-Unis (instabilité de D. Trump, difficultés des Américains en Iran) et se tourne donc vers une stratégie de défense beaucoup plus offensive et collaborative, en réponse à l’agressivité chinoise dans la région.

  • Un exercice militaire nommé Keen Sword, organisé régulièrement depuis 1985, s’est déroulé du 19 au 29 octobre 2026, mobilisant conjointement 45 000 soldats japonais et 12 000 soldats américains. L’état-major interarmées japonais a indiqué que des missiles guidés surface-mer de type 25 à longue portée seraient déployés sur un terrain d’entraînement dans la région méridionale de Kyushu pendant l’exercice. Ces missiles ont une portée de 1 000 km et pourraient donc être utilisés pour viser des cibles à Taïwan, bien qu’aucun d’entre eux n’ait été tiré pendant l’exercice.
  • Le Japon a fait décoller ses chasseurs en urgence à 442 reprises entre le 1er avril et le 30 septembre 2026 pour intercepter des aéronefs chinois et russes. Cette activité a bondi de 67 % sur un an, d’après le bilan semestriel publié par l’état-major interarmées japonais. Parmi ces aéronefs, les appareils chinois représentent le plus gros volume, avec des incursions répétées de drones BZK-005, TB-001 et WZ-7 près d’Okinawa.
  • La coopération régionale se renforce en Asie du Sud-Est dans un contexte de développement des capacités militaires chinoises. En septembre, les Philippines ont identifié 101 navires chinois autour de l’île de Thitu et du récif de Second Thomas, sous contrôle philippin, ainsi qu’aux environs du récif Sabina et de celui de Scarborough, contrôlé par la Chine, contre seulement 56 le mois précédent. 
  • Le Premier ministre australien a donc appelé à renforcer la coopération, notamment dans le cadre du SQUAD, un partenariat informel consacré aux questions de défense et de sécurité, réunissant l’Australie, le Japon, les États-Unis et les Philippines.

Le Figaro, Iris, L’Indépendant, Le Parisien, Forum militaire

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EUROPE 

Le Royaume-Uni et la Pologne concluent un plan de défense pour trois ans

Le ministre de la défense de la Pologne Władysław Kosiniak-Kamysz et son homologue britannique  Wess Streeting, se sont rencontrés sur les bords de la Vistule, à Varsovie, pour conclure un plan de défense commun pour les trois prochaines années. Cette coopération sera focalisée sur le développement conjoint d’un large panel de technologies de défense. Cette rencontre fait suite à un précédent traité conclu en mai dernier et à une rencontre entre leurs ministres des affaires étrangères le 13 octobre dernier.

  • Cette coopération technologique est entendue de façon large avec une ambition de développer aussi bien des systèmes adaptés aux confrontations hybrides (IA, drones) que des systèmes conventionnels. À ce titre, le développement d’une ligne de production autonome d’obus de 155 mm serait en projet.
  • Cet accord est une déclinaison du Traité de partenariat de défense et de sécurité (Security and Defence Partnership Treaty) conclu le 27 mai 2026 entre les deux pays. Cet accord répond à plusieurs objectifs développés au sein du traité comme celui de se préparer face aux attaques hybrides et de consolider la défense européenne sur le front est pour contenir les agressions russes.
  • Le ministre de la défense Kosinika-Kamysz assume de s’inscrire par cet accord dans une démarche d’autonomie stratégique du continent européen. Il rappelle toutefois que cette coopération renforcée ne doit pas remettre en cause les «liens entretenus avec Washington » en matière militaire et diplomatique.

(Euronews, Gouvernement du Royaume-Uni, Reuters,  First Post, Gouvernement de la Pologne)

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FRANCE

La France renforce son dispositif de sécurité face aux manifestations des 31 octobre 2026

À la suite des violences, pillages et dégradations survenus le 17 octobre 2026 lors des mobilisations contre la vie chère et en soutien à la contestation lycéenne et étudiante, le gouvernement français décide de renforcer considérablement son dispositif de sécurité pour les manifestations des 24 et 31 octobre. En effet, les événements du 17 octobre ont montré les limites du dispositif policier traditionnel face à des groupes mobiles, organisés et capables d’agir simultanément dans plusieurs villes avant de se disperser rapidement. Pour répondre à cette menace, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez mettent en place une nouvelle stratégie fondée sur la fermeté, la réactivité et la mobilité des forces de l’ordre. Le 31 octobre 2026, considéré comme une journée à risque très élevé, notamment en raison des rassemblements prévus et des festivités d’Halloween, près de 70 000 policiers et gendarmes sont mobilisés sur l’ensemble du territoire, avec le soutien du RAID, de la BRI, du GIGN et de moyens technologiques et militaires comme les drones, les hélicoptères et les blindés Centaure. Des contrôles renforcés sont également organisés dans les gares, les transports et sur les axes routiers afin d’anticiper les débordements et de protéger les centres-villes, les commerces et les infrastructures sensibles. Malgré ce dispositif exceptionnel, le gouvernement affirme vouloir préserver la liberté de manifester : les rassemblements sont donc autorisés lorsqu’ils présentent des garanties suffisantes de sécurité, même si certains parcours sont déplacés en dehors des centres-villes. Cette situation soulève toutefois des questions sur l’équilibre entre sécurité publique et libertés démocratiques, mais aussi sur la place croissante de l’armée et des équipements militaires dans le maintien de l’ordre.

– La militarisation du maintien de l’ordre : le recours au RAID et à la BRI pour gérer les manifestations suscite des critiques, notamment de la part du syndicat Un1té, qui estime que ces unités devraient rester concentrées sur leurs missions spécialisées (prises d’otages, terrorisme), plutôt que sur le maintien de l’ordre classique.

– La protection des infrastructures sensibles : les forces Sentinelle sont mobilisées pour sécuriser les bâtiments publics, les gares, les centres commerciaux et les zones industrielles. Leur présence permet de libérer des policiers et des gendarmes afin qu’ils se consacrent davantage à l’encadrement des manifestations.

– Un test pour la sécurité intérieure française : les journées des 24 et 31 octobre doivent montrer si la France possède les moyens de renseignement, les équipements et l’organisation nécessaires pour faire face à une menace qui mélange criminalité organisée, contestation sociale et violences urbaines.

(Enderi; Ministère de l’Intérieur; Bfmtv; Boursier)

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Afrique du Nord/Moyen-Orient

Élections législatives israéliennes

Le 27 octobre 2026, les élections législatives israéliennes se sont tenues. Premier scrutin depuis les attentats du 7 octobre 2023 et les opérations militaires menées au sein de la bande de Gaza, il revêt une importance particulière pour beaucoup d’électeurs. La Knesset est dorénavant formée d’une majorité relative de 53 sièges occupés par le bloc pro-Netanyahou. Les partisans d’Eizenkot emportent quant à eux 48 sièges sur les 120 composant la chambre. Le président Herzog doit désigner un candidat qui formera une majorité dans un délai de 28 jours suivants l’élection.

  • La participation a connu un niveau inédit depuis 1977. La tranche des jeunes âgés de 18 à 22 ans est particulièrement engagée. À  l’instar de l’ensemble de la société israélienne, ils ont largement dérivé « vers le centre et vers la droite ». La participation des électeurs arabes permet une réelle percée. Avec 19 sièges, les partis arabes pèsent dans la balance pour former un futur gouvernement.
  • Gadi Eizenkot, chef du parti Yashar et ancien chef d’état-major, promet une commission d’enquête sur les dysfonctionnements étatiques lors du 7 octobre. Il entend par ailleurs imposer la conscription aux ultra-orthodoxes, les obligeant ainsi à effectuer leur service militaire. 
  • La question de la circonscription semble être en substance la seule ligne d’opposition claire. Le parti Yashar à l’instar du Likoud est un partie de droite qui rejette pour l’instant la possibilité de créer un état palestinien en bonne et du forme. Ce succès électoral peut être attribué à une contestation franche de Netanyahou et aux préoccupations en matière de perte de pouvoir d’achat.

 

(Radio France, RFI, Le Monde, France Info, La Libre Belgique)

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RUSSIE/ NEI

 

La Russie et l’Ukraine s’accordent sur un cessez-le-feu pour la ville d’Olechky

Les chefs d’état-major russe et ukrainien se sont accordés sur la mise en place d’un cessez-le-feu limité géographiquement, devant débuter le 27 octobre 2026. Ce dernier doit permettre de mettre fin à la crise humanitaire touchant la ville d’Olechky. Cette commune fait partie de l’oblast de Kherson et est située sur la ligne de front, au sud-est du pays. Elle est occupée depuis le 24 février 2022 et abritait 24 000 habitants avant la guerre. Les dernières estimations comptent encore environ 1 700 résidents, dont 47 enfants. Depuis mai, la population est confrontée à des pénuries aiguës de nourriture et de médicaments. L’objectif du cessez-le-feu serait de créer des couloirs humanitaires devant permettre d’acheminer des vivres et de laisser la population qui le souhaite de quitter la ville. 

  • Les médias soulignent le rôle diplomatique joué par la première dame américaine Melania Trump dans la mise en place de ce cessez-le-feu, alors que le président des États-Unis Donald Trump a intensifié ses efforts pour mettre fin à la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine, en entamant notamment une série de rapprochements avec Vladimir Poutine.
  • Le contour géographique précis du cessez-le-feu ainsi que ses modalités d’application demeurent actuellement flous pour les observateurs. La question principale est de savoir si la Russie fera obstacle au souhait de certains résidents de se rendre en territoire sous contrôle ukrainien.
  • La presse ukrainienne redoute que Moscou utilise l’ouverture de couloirs humanitaires pour redorer son image dans l’opinion publique occidentale.

(France 24, Kyiv Post, Le Monde, ISW)

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BITD

 

Veille stratégique BITD – Le Danemark acquiert ses premiers missiles longue portée

Le 22 octobre 2026, le Danemark a officialisé l’acquisition de missiles longue portée auprès des industriels Kongsberg (Norvège) et Covenant Industries (États-Unis), concrétisant un projet annoncé en septembre 2025 dans un contexte de dégradation de la situation sécuritaire européenne et de menace russe. La commande porte sur des missiles Joint Strike de Kongsberg, destinés à équiper les avions de combat F-35 danois, ainsi que sur des missiles sol-sol Anthem de Covenant Industries, produits en Allemagne. Cette acquisition marque un tournant pour les capacités militaires danoises, qui se dotent pour la première fois de moyens de frappe dans la profondeur. L’objectif est de renforcer la dissuasion nationale et collective de l’OTAN, tout en contribuant à l’ambition européenne de renforcer son autonomie de défense à l’horizon 2030. Cette décision a toutefois suscité une vive réaction de Moscou, qui dénonce une escalade militaire susceptible de menacer sa sécurité.

  • Le Danemark fait évoluer sa posture militaire en se dotant de capacités de frappe à longue portée, combinant vecteurs aériens et terrestres. Cette diversification renforce sa capacité à atteindre des objectifs situés derrière les lignes ennemies.
  • Cette commande confirme le positionnement de Kongsberg sur le marché européen des missiles et ouvre une opportunité commerciale à Covenant Industries. La production allemande des missiles Anthem souligne également la dimension européenne de cette coopération.
  • Le nombre de missiles commandés, le montant du contrat et le calendrier des livraisons restent confidentiels. Il conviendra de suivre les modalités d’intégration des systèmes, les éventuelles retombées industrielles en Allemagne ainsi que l’intérêt d’autres pays européens pour des capacités similaires, dans un contexte de hausse des investissements de défense.

(RFI; Zone Militaire; Zone Bourse ; 20 Minutes) 

Comité Rédaction

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