AFRIQUE
Opérations terrestres et aériennes menées par l’armée nigériane
Depuis 2015, les armées nigérianes et tchadiennes poursuivent leur combat contre le groupe djihadiste Boko Haram et sa faction indépendantiste, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Le 9 mai, l’armée nigériane a déclaré avoir mené une opération destinée à repousser une attaque de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO ou ISWAP) dans l’État de Yobe, au nord-est du pays. Cinquante djihadistes auraient été tués au cours des combats. Le 10 mai, elle a poursuivi ses opérations aériennes et terrestres dans l’État de Zamfara, au nord-ouest. Des bombardements auraient touché un marché dans la ville de Tumfa, causant la mort d’une centaine de civils.
- Boko Haram est implanté dans les États de Borno, Adamawa et Yobe (États BAY) depuis 2009. Cette zone, bordée à l’est par le lac Tchad, accueille plus de 2,3 millions de personnes déplacées.
- Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a demandé une enquête sur ces frappes et sur l’ensemble des attaques menées par les armées nigérianes et tchadiennes contre des camps de Boko Haram, situés sur des îles du lac Tchad dans le nord-est du Nigeria, qui auraient également touché des civils au cours des dernières semaines.
- Les attaques de Boko Haram et de l’EIAO ont gagné en intensité ces dernières semaines. La stratégie de l’armée nigériane de regroupement de ses forces dans des « super camps » fortifiés semble avoir facilité la circulation des groupes armés dans les zones limitrophes du lac Tchad (États BAY, Cameroun, Niger, Tchad).
(Le Monde, Le Monde, ONU News)
Africa Forward Summit : la volonté française de renouer ses liens de coopération avec le continent africain
Les 11 et 12 mai, le président français a réuni trente-deux chefs d’État ou de gouvernement africains lors de l’Africa Forward Summit, co-organisé avec le Kenya à Nairobi. À Paul Kagame, Alassane Ouattara ou William Ruto, se sont joints plus de 1 500 chefs d’entreprise français et africains, dont Aliko Dangote et Rodolphe Saadé. Au total, 23 milliards d’investissements ont été annoncés, dont 14 milliards d’investissements français en Afrique et 9 milliards d’investissements africains. L’Africa Forward Summit a également marqué une étape importante en vue du sommet du G7 qui se déroulera en juin à Evian.
- Le choix du Kenya, pays anglophone, témoigne d’une volonté française de nouer des liens avec de nouveaux alliés, notamment depuis la fin successive des accords de coopération militaire avec le Mali (2022), le Burkina Faso (2023), le Niger (2023), le Tchad (2024), et le Sénégal (2025).
- L’Africa Forward Summit se situe dans la lignée des sommets France-Afrique, dont la première édition s’était tenue en France, en 1973, puis en alternance entre la France et des pays francophones. La dernière édition, baptisée « Nouveau sommet Afrique-France », avait eu lieu en 2021 à Montpellier et n’avait pas rassemblé de chefs d’État africains, le président français ayant souhaité s’entretenir de manière privilégiée avec des membres de la société civile. Cette décision avait été vivement critiquée.
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AMÉRIQUES
États-Unis : un contrat historique de 3,5 milliards de dollars pour cinq nouveaux brise-glaces arctiques militaires d’ici 2035
Le 13 mai 2026, United States Coast Guard a officiellement finalisé un contrat de 3,5 milliards de dollars avec Davie Défense pour la construction et la livraison de cinq Arctic Security Cutters (ASC), une nouvelle génération de brise-glace polaires destinés à renforcer la présence stratégique des États-Unis dans l’Arctique. Cette entente représente une étape majeure dans le vaste programme américain visant à moderniser et agrandir sa flotte arctique afin de répondre aux enjeux croissants de souveraineté et de sécurité maritime dans cette région devenue essentielle sur les plans militaire, énergétique et commercial. Selon le calendrier prévu, le premier navire sera livré dès 2028, tandis que les cinq unités doivent être entièrement remises à la Garde côtière américaine d’ici février 2035.
- Dans le cadre de ce programme, trois navires seront construits dans les installations de Gulf Copper situées à Galveston et Port Arthur, au Texas, tandis que les deux autres seront assemblés au chantier naval affilié d’Helsinki, en Finlande. Cette coopération internationale s’inscrit directement dans le pacte Icebreaker Collaboration Effort (ICE) signé en 2024 entre les États-Unis, le Canada et la Finlande. Cet accord trilatéral vise à mutualiser les connaissances, les ressources industrielles et l’expertise technologique en matière de construction de brise-glace polaires. En effet, Davie Défense est la branche américaine du groupe maritime britannique Inocea, qui possède des activités au Canada, en Finlande et aux États-Unis.
- Les autorités américaines considèrent ce contrat comme une avancée stratégique majeure. L’amiral Kevin E. Lunday, commandant de la Garde côtière américaine, a déclaré que ces nouveaux navires permettraient aux États-Unis de mieux défendre leur souveraineté dans l’Arctique face aux ambitions économiques et militaires croissantes des puissances rivales. Les ASC auront pour mission de sécuriser les frontières nord du pays, de maintenir l’accès aux routes maritimes polaires et d’assurer une présence opérationnelle permanente dans des conditions climatiques extrêmes. De son côté, James Davies, cofondateur d’Inocea, a souligné que l’Arctique était devenu une région cruciale pour la sécurité mondiale et la résilience économique, affirmant que la fiabilité et la capacité opérationnelle de ces brise-glace seront essentielles pour les missions futures de la Garde côtière américaine.
- Le programme ASC fait partie d’un investissement massif financé par les 25 milliards de dollars accordés dans le cadre du budget fédéral américain de 2025 destiné à moderniser les capacités navales et industrielles du pays. Selon le département de la Sécurité intérieure, plus de 13 milliards de dollars ont déjà été engagés pour l’acquisition de nouvelles capacités maritimes et de nouveaux navires. À terme, les États-Unis prévoient de construire un total de 11 ASC afin de renforcer durablement leur flotte polaire et de relancer l’expertise américaine en construction de brise-glace, un domaine longtemps dominé par d’autres puissances arctiques.
(MarineLink; MilitaryTimes; Defence Industry Europe; United States Coast Guard News (Department of Homeland Security); Homeland Security)
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ASIE
Sommet Trump-Xi : un appel à éviter le « piège de Thucydide »
Les jeudi 14 et vendredi 15 mai, le président des États-Unis Donald Trump s’est rendu à Pékin pour rencontrer son homologue chinois Xi Jinping. Il s’agissait de la première visite d’un président américain en Chine depuis neuf ans, la précédente remontant à 2017, lors du premier mandat de Trump. Malgré de fortes attentes autour de l’Iran et de la guerre commerciale, la rencontre n’a débouché sur aucune avancée majeure. À l’issue du sommet, la visite de Xi Jinping à Washington, prévue le 24 septembre prochain, a été annoncée.
- Depuis la dernière visite de Donald Trump, le rapport de force a évolué. Alors qu’en 2017 la Chine se considérait encore officiellement comme un pays « en rattrapage », elle se présente désormais comme une « superpuissance ». Sa perception des États-Unis a également changé : ils ne sont plus vus comme un modèle, mais, selon les autorités chinoises, comme une puissance en déclin. La visite de Donald Trump en Chine intervient par ailleurs dans un contexte de fortes tensions sino-américaines. Une semaine avant le sommet, les États-Unis avaient sanctionné trois entreprises chinoises accusées de soutenir militairement l’Iran en fournissant des images satellites.
- Lors de son discours, Xi Jinping a mobilisé le concept du « piège de Thucydide » afin d’inciter la Chine et les États-Unis à s’efforcer d’éviter la confrontation. Il y a près de 2 400 ans, l’historien grec Thucydide, dans son récit de la guerre du Péloponnèse, avançait que lorsqu’une puissance montante défie une puissance établie, la guerre est inévitable. L’expression de « piège de Thucydide » a toutefois été popularisée en 2017 par le politologue américain Graham Allison, durant le premier mandat de Donald Trump. L’usage de cette référence par Xi Jinping n’est donc pas anodin : il acte la Chine comme puissance rivale des États-Unis tout en mettant en garde Washington contre toute tentative d’endiguement. Le président chinois appelle néanmoins à dépasser ce paradigme.
- Un point de tension majeur demeure : Taïwan. Xi Jinping a présenté cette question comme l’enjeu le plus sensible des relations sino-américaines et a averti qu’une mauvaise gestion du dossier pourrait conduire à un conflit entre les deux puissances. Le sommet s’est tenu dans un contexte marqué par les ventes d’armes américaines à Taïwan : un premier paquet avait été annoncé en décembre 2025, tandis qu’un second aurait été mis en attente afin de ne pas compromettre la rencontre entre Xi et Trump. Son devenir dans les prochains mois constitue donc un test important pour Washington. Sans modifier publiquement la position américaine, Trump a toutefois déclaré, dans un entretien enregistré avant son départ pour la Chine : « Nous ne voulons pas que quelqu’un se dise : “Proclamons l’indépendance puisque les États-Unis nous soutiennent.” » En réaction, le ministère taïwanais des Affaires étrangères a affirmé dans un communiqué que Taïwan était une nation « indépendante ».
- L’ouverture du détroit d’Ormuz et la volonté d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire semblent constituer les principaux points de convergence entre Pékin et Washington sur la crise iranienne. Par ailleurs, le président américain Donald Trump a affirmé que la Chine s’était engagée à ne pas vendre d’armes à Téhéran et qu’elle était prête à acheter du pétrole américain. Ces informations n’ont toutefois pas été confirmées par Pékin.
- Une importante délégation de dirigeants d’entreprises américaines accompagnait Trump, parmi lesquels les PDG d’Apple, de Tesla et de Boeing, ainsi que le directeur de Nvidia. Illustrant la volonté de Trump d’ouvrir davantage le marché chinois aux entreprises américaines, le président des États-Unis a évoqué une promesse de commande de 200 avions Boeing. L’action de l’avionneur a toutefois chuté de 5 % après cette annonce, les marchés ayant anticipé une commande potentielle d’environ 600 appareils.
(Mofa, Mofa, Mofa, Courrier international, France Inter, France Inter, Le Monde, Le Monde, Le Monde, Le Monde, Le Monde , Le Monde)
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EUROPE
Huitième Sommet de la Communauté politique européenne (CPE)
Le lundi 4 mai s’est tenu à Erevan le huitième Sommet de la Communauté politique européenne (CPE). Si sur le plan géographique, l’Arménie se situe en Asie occidentale, le pays est culturellement, historiquement et politiquement considéré comme faisant partie de l’Europe et cherche activement à renforcer ses liens avec l’UE, tout en étant membre du Conseil de l’Europe depuis 2001. Ce sommet s’est tenu dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, marqué par la guerre en Ukraine et les tensions persistantes au Moyen-Orient. Ce rendez-vous, destiné à renforcer les liens entre les États membres de l’Union européenne et les autres pays du continent (de l’Europe du Nord aux Balkans jusqu’au Caucase) a réuni près de quarante délégations. Les chefs d’État et de gouvernement ont échangé autour des principaux enjeux de souveraineté européenne : sécurité et défense, compétitivité et sécurité économique, mais aussi démocratie et résilience face aux menaces hybrides et aux manipulations de l’information.
- Créée en 2022 à l’initiative d’Emmanuel Macron, dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la CPE constitue une instance informelle de coopération intergouvernementale visant à renforcer le dialogue stratégique entre États européens et à répondre aux grands défis de sécurité et de stabilité du continent.
- Le sommet organisé par l’Arménie a également mis en lumière le rôle croissant du pays au sein de la famille européenne et son importance stratégique dans le Caucase du Sud.
- À cette occasion, le secrétaire général du Conseil de l’Europe a rappelé que la sécurité du continent ne pouvait être envisagée uniquement sous l’angle militaire. Selon lui, l’Europe ne peut investir massivement dans la défense tout en reléguant au second plan les questions de démocratie, de droits humains et d’État de droit. La sécurité européenne repose également sur la résilience démocratique et sur la solidité de son espace juridique commun. Face aux menaces hybrides, qu’aucun État ne peut affronter seul, la réponse passe par la garantie de la sécurité démocratique par le droit.
- Dans un contexte régional sensible, Erevan cherche à consolider son ancrage européen tout en préparant les élections législatives prévues en juin prochain. Celles-ci font déjà l’objet de menaces hybrides, notamment de campagnes de désinformation et de tentatives d’ingérence comparables à celles observées dans plusieurs pays européens. Le Secrétaire général du Conseil de l’Europe a ainsi souligné que ce scrutin constituerait « un nouveau test de la solidité de la démocratie dans une Europe soumise à une forte pression, venant de l’extérieur comme de l’intérieur ».
(Conseil de l’Europe; Elysée; Toute l’Europe)
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MOYEN-ORIENT/ AFRIQUE DU NORD
Le département d’État américain approuve la vente de systèmes de défense aérienne Patriot au Qatar
Le 1er mai, le département d’État américain a approuvé la vente de 500 missiles Patriot PAC-2 et Patriot PAC-3 MSE, ainsi que de 10 000 roquettes APKWS (Advanced Precision Kill Weapon System), au Qatar, pour un coût total de 4 milliards de dollars. Selon Washington, cette vente répond à une « situation d’urgence » nécessitant une « vente immédiate », afin de soutenir les objectifs de « politique étrangère et de sécurité nationale des États-Unis » et d’améliorer « la sécurité d’un pays ami qui continue d’être une force importante pour la stabilité politique ». Quelques semaines plus tôt, Washington avait approuvé la vente d’armes et d’équipements militaires (radars, missiles air-air, systèmes de lutte anti-drones) à destination d’Israël, du Koweït et des Émirats arabes unis.
- Ces nouvelles ventes d’équipements militaires interviennent alors que plusieurs pays du Golfe, dont le Qatar, ont été la cible de frappes iraniennes à la suite du déclenchement de l’opération Epic Fury par les États-Unis le 28 février 2026. Le Qatar avait annoncé avoir intercepté des missiles et des drones iraniens à plusieurs reprises au début de la guerre et avoir abattu deux bombardiers Su-24. Doha n’a pas été visée depuis le 18 mars, date à laquelle l’Iran avait ciblé l’immense installation gazière du pays, qui représente 80 % des recettes de l’État qatari.
- Cette autorisation du département d’État américain révèle un approfondissement de l’alliance sécuritaire entre les États-Unis et le Qatar. En septembre 2025, à la suite de l’attaque israélienne contre le siège du Hamas à Doha, Donald Trump s’était engagé à défendre la sécurité du Qatar, une promesse de type “article 5” de l’OTAN dont aucun autre pays du Moyen-Orient ne bénéficie. Cette relation repose également sur la présence militaire américaine sur la base d’Al-Udeid, la plus importante installation américaine de la région, et sur une coopération étroite en matière de sécurité aérienne. Enfin, le Qatar joue depuis plusieurs mois un rôle de médiateur avec l’Iran, ce qui en fait un partenaire utile, au-delà de l’aspect militaire. Ainsi, alors que le Qatar et l’Iran avaient des relations bilatérales relativement bonnes, notamment du fait que les deux pays sont d’importants exportateurs de pétrole et de gaz, cette guerre au Moyen-Orient fragilise cette bonne entente, tout en consolidant le partenariat stratégique entre Washington et Doha.
- Pour la France, cette vente confirme la position américaine de principal fournisseur de sécurité des pays du Golfe et leur dépendance aux systèmes américains. Cela réduit la marge de manœuvre commerciale pour les offres européennes concurrentes, dont les offres françaises, et souligne l’influence politique américaine, alors même que Donald Trump affirme vouloir diminuer la présence militaire américaine au Moyen-Orient. Bien que la France entretienne une coopération sécuritaire robuste avec le Qatar, structurée autour de la fourniture d’équipements militaires, d’exercices conjoints et d’une aide en matière de contre-terrorisme, elle doit maintenir sa crédibilité stratégique en restant un partenaire fiable et de confiance face à une politique étrangère américaine ambivalente et transactionnelle.
(Opex360, Le Figaro, US State Government , Jerusalem Post, Le Monde)
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RUSSIE/ NEI
La Russie déclenche sa plus vaste offensive aérienne depuis 2022 selon l’Ukraine
À peine la trêve de trois jours accordée pour les commémorations du 9 mai était-elle expirée, la Russie a déclenché ce que les autorités ukrainiennes qualifient de « plus vaste attaque aérienne depuis le début de la guerre ». Plus de 1 500 drones et missiles ont été lancés en l’espace de 48 heures sur plusieurs villes ukrainiennes, faisant au moins 24 morts dans la seule capitale. Le président Zelensky a accusé Moscou d’avoir délibérément synchronisé ces frappes avec l’arrivée du président américain Trump en Chine, cherchant à agir dans un angle mort diplomatique. Le président français Macron a déclaré à ce sujet : « En bombardant des civils, la Russie démontre moins sa force que sa faiblesse : elle est à court de solutions sur le front militaire et ne sait pas comment mettre fin à sa guerre d’agression ». Sur le plan juridique international, une avancée majeure se dessine en parallèle, avec la formalisation du tribunal spécial chargé de juger la guerre d’agression russe.
- Moscou a pilonné plusieurs villes ukrainiennes, dont la capitale Kyiv, à l’aide de plus de 1560 drones et une cinquantaine de missiles sur deux jours, les 13 et 14 mai. Dans le quartier de Darnytsia, des secouristes ont cherché sous des dalles de béton des survivants après l’effondrement d’un immeuble résidentiel de neuf étages, qui a détruit la totalité de ses 18 appartements. Le président ukrainien s’est rendu sur les décombres et a déclaré : « Nous sommes pleinement fondés à répondre en visant l’industrie pétrolière russe, sa production militaire et ceux qui sont directement responsables des crimes de guerre ». En riposte, des drones ukrainiens ont frappé la raffinerie de pétrole de Riazan, au sud-est de Moscou, faisant au moins 4 morts et 12 blessés.
- Le 14 mai, un convoi du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a été frappé à deux reprises par des drones russes dans la région de Kherson. La mission, préalablement notifiée aux deux parties belligérantes, acheminait de l’aide vers une zone non desservie depuis plusieurs mois. Quatre véhicules blancs portant les sigles des Nations Unies ont été délibérément pris pour cible dans la commune de Bilozerka, à proximité du fleuve Dniepr. Un des véhicules a été détruit par le feu, un autre sérieusement endommagé. Le responsable d’OCHA Ukraine, Andrea De Domenico, a précisé qu’aucun blessé n’était à déplorer et que le personnel avait pu être évacué. L’OCHA a qualifié l’attaque de « violation flagrante du droit international humanitaire pouvant constituer un crime de guerre », soulignant que les civils de cette zone « dépendent fortement de l’aide humanitaire ». Le ministère des Affaires étrangères ukrainien a dénoncé « le mépris total de Moscou pour la vie des civils et ses obligations internationales ».
- Le 15 mai, réuni à Chisinau en Moldavie, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a approuvé une résolution posant les bases du « comité de direction » du futur Tribunal spécial pour la guerre d’agression contre l’Ukraine. Trente-quatre pays membres du Conseil de l’Europe, ainsi que l’Union européenne, l’Australie et le Costa Rica, ont déclaré vouloir rejoindre cette instance. La Commission européenne a annoncé une contribution de 10 millions d’euros à sa création. Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, l’ancien conseiller fédéral suisse Alain Berset, a salué « une étape décisive » en déclarant que « le moment où la Russie devra rendre des comptes pour son agression approche ». Douze pays, dont quatre membres de l’UE (Hongrie, Slovaquie, Bulgarie, Malte) et la Turquie, n’ont pour l’heure pas rejoint l’initiative.
(Franceinfo, RTBF, RTS, Le Temps, Euronews, La Presse, France 24, La Libre, ONU)
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BITD
Missile longue portée : ArianeGroup et Thales franchisse un nouveau jalon
Le 5 mai 2026, le consortium industriel composé d’ArianeGroup et de Thales a réussi son tir d’essai de missile longue portée. Ce tir intervient quelques semaines seulement après le premier tir, qui a eu lieu le 14 avril, du Thundart, la solution proposée par leurs concurrents Safran et MBDA. Ce programme vise, à terme, à remplacer les lances-roquettes unitaires (LRU) de l’armée de terre. Thales et ArianeGroup proposent une solution balistique qui semble sortir des programmes de défense français habituels. En effet, ils basent leur modèle de roquette, FLP-t 150 à destination du LRU, sur celui du missile balistique nucléaire M51 produit par ArianeGroup. De manière complémentaire, Thales est chargé du lanceur, de la conduite de tir, et de l’intégration dans la chaîne de commandement. L’objectif est de répondre aux « exigences actuelles des forces françaises pour le combat de haute intensité et ouvre la voie à des missiles balistiques de plus grande portée et capacité de pénétration des systèmes de défense ». Les deux industriels ont également construit le lanceur X-Fire, modulable et adaptable à toutes sortes de munitions, y compris des munitions non souveraines, permettant ainsi aux armées de se projeter dans le temps. Les deux tirs d’essai ont été réalisés avec succès sur les sites de lancement de la DGA. Il revient désormais à la DGA de trancher pour la solution qui correspond le mieux à ses besoins pour espérer une livraison avant 2030. Cependant, l’État fait toujours planer la possibilité d’une solution étrangère (israélienne, américaine, coréenne…) pour remplacer les LRU et ainsi obtenir ces capacités plus rapidement.
- Ces essais réussis marquent une étape importante dans le renouvellement des capacités de frappe en profondeur. En effet, il s’agit d’une technologie stratégique indispensable dans la guerre de haute intensité. Il est donc essentiel que la France possède les compétences et les chaînes de production de manière souveraine.
- Les lances-roquettes unitaires actuels, présents au sein de l’armée de terre, ont été construites par l’américain Lockheed Martin. Ils permettaient à l’armée française d’effectuer des frappes en profondeur avec une portée jusqu’à 80 km. Cependant, ils arrivent en fin de vie en 2027, et à ce jour, aucune solution de remplacement n’est prévue. Ainsi, pour trouver une solution souveraine de remplacement, la DGA a lancé un appel à projets en 2024.
- N’ayant toujours pas de solution de remplacement, la France risque d’avoir un trou capacitaire de plusieurs années, pouvant forcer les autorités à se tourner vers des technologies sur étagère. Cependant, la solution proposée par ArianeGroup et Thales s’inscrit dans une ambition de temps long puisqu’elle sera capable de porter jusqu’à 150 km, et aura une vitesse supersonique. Ces compétences pourraient, par exemple, être réutilisées par la France pour reconstruire une filière balistique conventionnelle souveraine.
