AFRIQUE
Escalades dans la région du Tigré : le spectre d’un nouveau conflit à grande échelle
Ce vendredi 9 octobre, l’Éthiopie et l’Érythrée se sont mutuellement accusés d’agression, alors que les relations entre les deux pays sont acrimonieuses depuis plusieurs années, les deux camps s’accusant régulièrement de tentatives de déstabilisation. Cette nouvelle escalade verbale intervient deux semaines après que les combats aient repris au nord de l’Éthiopie, dans les régions d’Afar, du Tigré, et d’Amhara, notamment entre les forces fédérales éthiopiennes et les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), soutenu par l’Érythrée. Trois ans après la fin d’un conflit ayant fait 600 000 morts, ces mêmes acteurs sont à nouveau à couteaux tirés. Une escalade qui inquiète les observateurs internationaux, l’ONU et l’UE alertent notamment sur la possibilité d’une nouvelle guerre à grande échelle :
- Le 20 septembre, le TPLF s’est joint à six autres mouvements armés, parmi lesquels la milice Fano et d’autres groupes armés régionaux, pour former la “Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie”, dont le but déclaré est de destituer le gouvernement du premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Les combats ont ainsi repris le 23 septembre par un assaut conjoint des rebelles à la frontière entre le Tigré et l’Érythrée ou la coalition a réussi à s’emparer de plusieurs villes.
- L’Érythrée a déployé ces derniers jours, entre 5 000 et 8 000 soldats dans la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie. La présence de ces soldats a été dénoncée par le ministre des affaires étrangères ethiopien qui y voit un “acte d’agression flagrant qui justifie l’exercice par l’Éthiopie de son droit inhérent à la légitime défense”. Addis Abeba accuse depuis plusieurs mois Asmara de soutenir les forces du TPLF et les deux capitales ont depuis décidé de rompre leurs relations diplomatiques.
- L’armée fédérale éthiopienne, accompagnée de la force de paix du Tigré (TPF), est rentrée le 3 octobre dans Mekele, la capitale régionale, désertée par les forces rebelles tigréennes. Le trafic aérien a pu reprendre dans la région, montrant ainsi une consolidation sécuritaire dans les alentours de la ville, de la part des forces fédérales. Toutefois les forces rebelles ont annoncé continuer le combat ailleurs. Certains observateurs craignent que le premier ministre ethiopien ne s’arrête pas à la frontière et continue l’offensive en Érythrée.
- L’Éthiopie accuse aussi ses voisins tels que le Soudan et l’Égypte d’également soutenir les rebelles au Tigré, entraînant une détérioration importante de ses relations avec ses voisins de la Corne d’Afrique. En effet l’Éthiopie et l’Égypte se sont livrés à un renvoi de balle diplomatique en expulsant tour à tour un diplomate égyptien et éthiopien. Par ailleurs, alors que le Soudan voisin est lui-même en proie à un important conflit interne, des craintes émergent de voir tous ces conflits se transformer en un conflit régional.
(tv5monde, Le Dauphiné Libéré, France 24, BBC, africanews, Courrier International)
**
AMÉRIQUES
La création de l’Autonomous Warfare Command (AUTOWARCOM) aux Etat-Unis
Aux États-Unis, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a annoncé ce mercredi 30 septembre la création de l’Autonomous Warfare Command (AUTOWARCOM). Il s’agira d’un commandement interarmées quatre étoiles qui sera pleinement opérationnel le 1er octobre 2027. Les premiers bataillons équipés de systèmes autonomes devraient être déployés lors d’exercices interarmées, au printemps 2027. Le Pentagone accélère donc sa transformation vers des capacités permettant de mener des opérations multi-domaines, fondées sur l’autonomie et l’intelligence artificielle. Cette nouvelle structure doit coordonner l’intégration des drones, véhicules autonomes terrestres, systèmes navals robotisés et essaims aériens. En parallèle, le secrétaire à la Défense a également annoncé le lancement du Projet Meridian, qui a pour but d’identifier les domaines de conflits futurs. Il a assigné cette mission à Elon Musk, Palmer Luckey et Newt Gingrich. Ils disposeront de 120 jours pour “cartographier” les futures menaces et champs de bataille de 2030 à 2050. Ces réflexions autour des conflits de demain s’articuleront autour de quatre dimensions : espace, cyberespace, autonomie et guerre souterraine. Cependant, l’autonomisation du champ de bataille soulève plusieurs défis : fiabilité des systèmes en environnement dégradé, multiplication des vulnérabilités cyber, incertitudes juridiques et éthiques liées aux décisions autonomes, et adaptation de la formation des militaires.
- Les armes autonomes sont des armes capables de calculer, sans assistance, leur trajectoire jusqu’à l’objectif, de repérer et d’identifier leurs cibles, puis de décider seules de déclencher l’attaque. Les premiers systèmes autonomes ont été expérimentés par les États-Unis dès les années 1960.
- Jusqu’à présent, l’US Army, l’US Navy, l’US Air Force, l’US Marine Corps et l’US Space Force conduisaient directement leurs programmes de robotisation et d’autonomisation. L’AUTOWARCOM ne remplacera pas ces programmes, il les complètera et centralisera les technologies.
- Le Projet Agincourt, en référence à la bataille d’Azincourt, préparera la transition. Il sera dirigé pendant un an par Owen West, directeur de la Defense Innovation Unit, et Max Strasiser, sous-officier supérieur des forces spéciales navales américaines.
(CNN, U.S. Departement of War, Armées, MetaDefense)
**
ASIE
Guerre Afghanistan-Pakistan : Escalade de violence lors du dernier cycle d’affrontements.
Le dernier cycle de violences transfrontalières entre le Pakistan et l’Afghanistan a franchi un nouveau seuil lors de frappes aériennes nocturnes menées par l’armée pakistanaise dans les provinces afghanes de Helmand et de Kounar dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. Ce récent échange d’hostilités avait été entamé le 18 septembre après qu’un groupe affilié au Tehrik-e-Taliban Pakistan (mouvement des talibans pakistanais) ai commis un attentat causant la mort de 31 personnes, ce qui avait immédiatement provoqué une réponse de l’armée pakistanaise alors que le conflit s’était considérablement amoindri à la suite d’un accord de trêve passé en mars entre les deux parties. Bien que le ministère pakistanais de l’Information ait affirmé que ces opérations ciblées visaient des repaires armés, rapportant la mort de 22 militants et assurant avoir pris toutes les précautions pour éviter les dommages collatéraux, la Mission des Nations Unies et les autorités locales soulignent que ces bombardements ont détruit trois habitations, tuant au moins 10 civils, en majorité des enfants, et faisant 9 blessés. Face à cela, plusieurs figures majeures de la diplomatie et de la sécurité internationale, tels que Richard Bennett (Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan) ou Zalmay Khalilzad (ancien représentant spécial des Etats-Unis pour la réconciliation en Afghanistan), ont fermement condamné ces pertes civiles et demandé une désescalade immédiate.
- La détérioration des relations entre le Pakistan et le gouvernement taliban repose sur les accusations d’Islamabad concernant la présence de sanctuaires du TTP en Afghanistan et le manque d’action de Kabul face à leurs attaques répétées sur le territoire pakistanais.
- Les affrontements s’inscrivent dans un contentieux territorial ancien lié au tracé de la ligne Durand, établie sous l’époque coloniale britannique, qui est devenue le théâtre régulier d’échanges de tirs et d’incursions armées.
- Malgré les appels de la Mission des Nations Unies en Afghanistan, Islamabad a maintenu que ses opérations ciblent exclusivement des infrastructures terroristes et se poursuivront pour éliminer toute menace terroriste.
(Radio France Internationale, The Kabul Tribune, AP News, The Morung Express, Foundation for Defense of Democracies).
**
EUROPE
Union Européenne – Adoption du paquet législatif « Omnibus V » sur la défense
Le 9 octobre 2026, le Conseil de l’Union européenne a donné son feu vert définitif au paquet « Omnibus V », destiné à simplifier les règles applicables à l’industrie de défense et à accélérer les investissements capacitaires européens. Le dispositif repose sur trois textes portant sur le financement de la défense, les procédures d’autorisation et les transferts de produits ainsi que les marchés publics. Il prévoit notamment un accès facilité au Fonds européen de défense, une rationalisation des procédures administratives et un délai maximal de 102 jours ouvrables pour certaines autorisations. Cette initiative s’inscrit dans les efforts de renforcement de la compétitivité industrielle et de la préparation de défense de l’Union européenne.
- Publication et entrée en vigueur : suivre la publication des trois textes au Journal officiel de l’Union européenne et l’entrée en vigueur prévue 20 jours après leur publication.
- Mise en œuvre nationale : observer les modalités d’application par les États membres, notamment les règles d’autorisation, les conditions d’approbation tacite et les éventuelles dérogations nationales.
- Effets pour les industriels : évaluer les conséquences concrètes sur les délais de passation des marchés, les transferts intra-européens et l’accès des PME aux financements européens.
(Consilium Europa ; Agefi ; Insight EU Monitoring)
La Lituanie s’apprête à lever l’interdiction constitutionnelle des armes nucléaires
Le 6 octobre 2026, le Seimas, le Parlement lituanien, a franchi la première étape vers la suppression de l’article 137 de la Constitution. Cet article interdit la présence d’armes de destruction massive et de bases militaires étrangères sur le territoire lithuanien. Il avait été adopté par référendum en 1992, peu après l’indépendance du pays vis-à-vis de l’Union soviétique : l’amendement pour le supprimer a été adopté en première lecture par 106 voix pour, 18 contre et 6 abstentions.
La procédure de vote est stricte : le changement exige une majorité de deux tiers lors de deux votes parlementaires successifs, tenus à minimum trois mois d’intervalle. Il faut au moins 94 des 141 députés se positionnant en faveur de l’amendement à chaque vote, une majorité qui semble facilement atteignable compte tenu du contexte géopolitique complexe dans la région. Une large majorité semble émerger parmi les députés : l’article 137 avait été écrit afin d’adapter la Lituanie à un contexte géopolitique aujourd’hui révolu, ce qui justifierait sa suppression. Le vote final est prévu pour le 12 janvier 2027.
- Selon le président du Seimas Juozas Olekas, l’article 137 de la Constitution tel qu’il existe aujourd’hui empêche les Alliés d’inclure la Lituanie dans la planification nucléaire de l’OTAN : modifier la constitution rendrait la position lituanienne sur la dissuasion nucléaire plus proche de celle de ses alliés européens.
- Le premier vote intervient aussi après la proposition par Vilnius d’une base américaine en Lituanie, que le président Trump souhaite étudier.
- Le Kremlin a déclaré voir dans le projet d’amendement et de base militaire une nouvelle escalade significative des tensions, ainsi qu’une tentative de déstabiliser la région. Reste à savoir si l’amendement permettra de dissuader Moscou d’une attaque ou contribuera à renforcer les vues russes sur les États Baltiques.
(Euronews, Reuters, LRT, Newsweek)
**
FRANCE
Le projet HypAIRion : moderniser l’aviation de chasse française en englobant toutes les initiatives d’intelligence artificielle.
Afin de préserver l’avantage opérationnel, la France a lancé en juillet 2026 le projet HypAiRion qui entend intégrer tous les champs de l’IA afin de moderniser l’aviation de chasse. Ce programme expérimental, porté par l’AMIAD (Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense) et par la DGA (Direction Générale de l’Armement), veut transformer le combat aérien futur. Celui-ci porte à la fois la modernisation de l’avion de chasse et le vol de drones de combat collaboratifs commandés par IA aux côtés des avions de chasse, et ce d’ici 2028. Le développement et l’utilisation des systèmes de “command and control” suppose des technologies entièrement souveraines (capitalisation sur le projet Pendragon de ADT).
- Dans un contexte de montée en intensité des conflits, il faut concevoir des moyens plus efficaces et moins coûteux que le Rafale, d’où l’intérêt des drones de combat collaboratifs. Ils permetteront d’apporter de la “masse” à la flotte française (on le constate aujourd’hui en Ukraine car des milliers sont détruits chaque semaine).
- L’IA intégrée permet d’analyser les données plus rapidement que l’adversaire, et donc de décider et d’agir avant lui. Le pilotage, souvent qualifié de charge cognitive phénoménale, sera confié à une IA souveraine. Des questions éthiques se posent quant à la délégation à une IA de décisions engageant des vies humaines, notamment sur la responsabilité en cas d’erreur et sur le maintien d’un contrôle humain réel.
- Délégation d’une partie des tâches dans un souci d’efficacité opérationnelle : livraison dès 2027 du pod de désignation Talios : nacelle optronique multifonction fabriquée par Thales qui permet, grâce à l’IA de détecter et de catégoriser automatiquement des cibles au sol. Cette nacelle fait du rafale le laboratoire de l’IA embarquée. Nécessité d’une nouvelle architecture ouverte et modulaire adaptable en tout temps et en tous lieux (comme le démontre le drone russe Geran qui en est déjà à sa cinquième génération).
- À l’horizon 2040, l’intelligence artificielle demeurera un soutien et non un substitut. Pour des raisons éthiques, la responsabilité d’engager l’armement incombera toujours à l’humain, qui restera au centre du système.
(ministère des armées et des anciens combattants, 20 minutes , commando magazine, le monde)
**
Afrique du Nord/Moyen-Orient
Activation du « Pacte de la Mecque ».
Le 5 octobre 2026, l’Arabie saoudite a convoqué, à Riyad, ses alliés pakistanais et turc pour faire face aux attaques houthistes dans la péninsule arabique. Il s’agit ainsi de la première activation du « Pacte de la Mecque » conclu le 7 août dernier. Ce pacte reprend en grande partie les dispositions de l’ « Accord stratégique de défense mutuelle » pakistano-saoudien de 2025, en incluant cette fois-ci la Turquie. Il entérine une défense commune des membres qui seraient attaqués.
- L’Arabie saoudite en convoquant ses alliés n’est plus qu’un simple soutien du régime yéménite, elle s’affiche aujourd’hui, sans retenue, comme un belligérant à part entière du conflit. Les opérations aéronavales du 5 octobre témoignent de cet engagement assumé.
- Le soutien turc se fait pour l’instant au titre d’autres accords bilatéraux , puisque l’Accord de défense conjointe de la Mecque n’a pas encore été ratifié par la Grande Assemblée nationale de Turquie. La ratification turque devrait être achevée dans les « prochains jours » et pourrait amorcer d’autres initiatives de la part d’Ankara.
- Le Pakistan quant à lui a déjà aurait déjà engagé 20 000 soldats au sol à la frontière saoudo-yéménite et des conseillers militaires à Aden. Il aurait par ailleurs participé aux frappes aériennes sur les positions houthistes selon plusieurs sources.
(TV5 Monde, Le Monde, Reuters, Der Spiegel)
**
RUSSIE/ NEI
L’Ukraine frappe deux data centers russes de Yandex
Vendredi 9 septembre, dans le cadre d’une deuxième attaque en seulement quelques jours, l’Ukraine a frappé un data center de l’entreprise russe Yandex en Russie. L’attaque s’est produite dans la région de Kalouga au sud de Moscou, tandis que la première attaque a eu lieu dans la région de Sasovo, au sud-ouest de Moscou, sur le même type d’infrastructure.
-
Quel impact ? L’accès à Yandex, souvent considéré comme le Google russe (aussi utilisé pour les taxis, les gps et les livraisons), a été interrompu. Les pertes exactes de data sont floues, mais l’entreprise a perdu 4% de parts en échange russe, du fait de la perte de confiance en la fiabilité de l’investissement. La frappe a notamment ciblé le bâtiment d’entraînement en IA de YandexGPT. L’effet de causalité précis entre les frappes ukrainiennes et les dommages causés aux services reste à prouver.
-
Contexte : Ces attaques s’inscrivent dans une réponse “miroir” selon le président Volodymyr Zelensky. La Russie comme l’Ukraine ont intensifié leurs frappes de longue portée, en particulier sur des sites stratégiques (Entreprise Wildberries, Data Centers etc.). Ce type d’attaque est témoin de l’attrition de cette guerre, dont les négociations de paix semblent avancer lentement.
-
Comment ? L’attaque a été menée par un drone “FP-1 one way” pour mener l’attaque. Celui-ci désigne un drone kamikaze de longue portée, notamment conçu par l’entreprise ukrainienne Fire Point. Il peut atteindre des cibles allant de 1 600km à 3 400km. Son prix est estimé à 55 000 euros.
TV5 Monde – Ouest France – Reuters – Les Echos
**
BITD
Tir réussi du missile M51.3 par la France
Le mardi 6 octobre au matin, au large du Finistère, le sous-marin lanceur d’engins (SNLE) Le Vigilant a tiré un missile balistique M51.3, sans charge nucléaire. Ce tir était planifié depuis octobre 2023, date du début de l’indisponibilité périodique pour entretien et réparation (IPER) du SNLE. Il marque le début officiel de la mise en service opérationnelle du M51.3, une nouvelle version du M51 censée offrir une meilleure pénétrabilité face aux défenses anti-missiles adverses. Cet essai représente une réussite pour la Direction générale de l’armement (DGA) et la Marine nationale, ainsi que pour ArianeGroup, maître d’œuvre industriel du programme M51, et pour Naval Group, constructeur du sous-marin Le Vigilant.
-
Ce tir, planifié de longue date, a reçu une couverture médiatique inédite. Emmanuel Macron a assisté à l’essai depuis la frégate multimissions (FREMM) Auvergne. C’est la première fois qu’un président de la République assiste en direct à un tir de missile balistique, à proximité du lieu de l’opération. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de la présidentialisation de la dissuasion.
-
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réagi à ce tir en dénonçant la volonté de l’Union européenne de se transformer en bloc militaire. Il a notamment critiqué la posture de dissuasion avancée conceptualisée par la France lors du discours de l’île Longue en mars 2025, signe de sa crédibilité pour le pouvoir russe.
(IFRI, Le Point, ArianeGroup, Ministère des Armées)
