[Veille stratégique] – Semaine du 07/09 au 14/09

Par Gaspard Béquet et Claire Mabille

AMERIQUE

Les Etats-Unis ont informé l’Allemagne qu’ils ralentiraient l’habilitation aux missions nucléaires de ses futurs avions de chasse en cas d’achat de modèles non-américains. Actuellement, la flotte aérienne allemande comprend 225 avions de chasse répartis entre 140 Typhoon et 85 Tornado. Ces derniers doivent être remplacés d’ici dix ans. L’Allemagne pourrait logiquement porter son choix sur le Typhoon développé par le consortium européen Eurofighter dont sa flotte est donc déjà grandement constituée. Mais les Etats-Unis souhaiteraient pourvoir l’allié allemand du F-18 de Boeing. En cas de choix du Typhoon européen, les Etats-Unis pourrait reculer la délivrance à l’Allemagne du certificat autorisant la Luftwaffe à transporter les bombes nucléaire stockées en Europe. Cette mission de transport aérien est effectuée dans le cadre de la dissuasion nucléaire otanienne. Bien qu’essentiellement symbolique, elle fait partie des missions traditionnelles de l’armée de l’air allemande. La préservation de la capacité de la Luftwaffe à la réaliser est donc un enjeu politique pour le gouvernement d’Angela Merkel.

  • Ce comportement est l’illustration des moyens à disposition des Etats-Unis pour favoriser leur base industrielle et technologique de défense au détriment de celle des Etats européens. La stratégie américaine est claire : multiplier les contraintes des pays européens ne disposant pas de leur propre avion afin de les pousser à s’attacher les services de modèles américains. 
  • Dans ce cas précis, l’Allemagne pourrait faire fi de la menace américaine sans conséquence majeure pour l’état de sa défense. Néanmoins, elle constitue un critère qui entrera en compte au moment de la prise de décision allemande. 

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EUROPE

Josep Borrell, futur Haut Représentant de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a dévoilé certaines de ses ambitions pour le futur de la défense européenne lors de son audition par le Parlement européen le 7 octobre dernier. L’actuel ministre espagnol des Affaires étrangères y a affirmé le rôle central de l’OTAN au sein de la défense de l’Union. Mais il a aussi appelé de ses vœux une défense européenne renforcée, financée par les Etats membres afin d’être en mesure de faire intervenir des groupements tactiques dans des zones de crise. 

  • Ces premières déclarations s’inscrivent dans la continuité du Service Extérieur Européen version Federica Mogherini, lequel ne peut s’enorgueillir que d’un maigre bilan en termes de projets concrets d’une Europe de la Défense marginalisée par ce rôle central de l’OTAN réaffirmé par Monsieur Borrell. 
  • Néanmoins, le futur Haut Représentant n’a pas encore présenté de plan d’action détaillé de la politique qu’il comptait mener. Il faudra donc attendre sa prise de fonction pour en savoir davantage.

A quelques jours du conseil des ministres franco-allemand, qui se tiendra à Toulouse le 16 octobre, Dassault Aviation et Airbus Defence and Space ont publié un communiqué commun pour faire entendre leur voix. Engagées  côte à côte depuis 2017 dans le développement du système de combat aérien du futur (SCAF), les deux entreprises fustigent l’attentisme des dirigeants concernant cet ambitieux projet de l’Europe de la Défense qui n’a pas encore comblé les attentes. Elles espèrent ainsi faire pression sur les gouvernements afin que l’échéance de 2040 soit tenue.

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AFRIQUE

Le 10 octobre, les Etats-Unis ont sommé le Soudan du Sud de former un gouvernement d’union nationale d’ici au 12 novembre. La menace agitée par la diplomatie américaine n’a pas été clairement dévoilée. Il est en tout cas peu probable que les sanctions portent sur l’aide annuelle américaine d’un milliard de dollars puisque celle-ci est d’ordre humanitaire et destinée directement à la population.  Ayant acquis son indépendance vis-à-vis du Soudan en 2011, le Soudan du Sud est divisé par une guerre civile depuis 2013. Un accord de paix a été conclu en septembre 2018 entre le président Salva Kiir et son opposant Riek Machar, prévoyant la formation d’un gouvernement transitoire avant mai 2019. Le non-respect des délais prévus agace bon nombre d’Etats occidentaux puisqu’il maintient le pays dans une situation incertaine et contribue à l’instabilité d’une région perpétuellement troublée, comme en attestent les remous que connaît le Soudan voisin.

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MOYEN-ORIENT 

Les ministères français des Armées et des Affaires étrangères ont annoncé la suspension des exportations vers la Turquie des « matériels de guerre susceptibles d’être employés en Syrie». Suite au retrait des forces américaines déployées dans le nord de la Syrie, la Turquie a pu lancer, mercredi 9 octobre, une offensive de grande ampleur contre les Kurdes habitant près de la frontière turque. Cette offensive a été largement critiquée par la communauté internationale. La France est le troisième pays européen (après l’Allemagne et les Pays-Bas) à avoir suspendu ses ventes d’armes à Ankara. 

  • La réunion du conseil des affaires étrangères sera l’occasion pour les ministres européens de prendre une position commune sur l’offensive turque.
  • La fragilisation des milices kurdes pourrait permettre une recrudescence de Daesh dans la région. 

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ASIE 

Narenda Modi et Xi Jinping se sont rencontrés lors d’un « sommet informel » à Mahabalipuram (Inde). Si le premier ministre indien a salué l’ouverture d’une « nouvelle ère » des relations de son pays avec la Chine, les sujets de discorde entre les deux géants asiatiques sont nombreux. Premièrement, historiquement, la Chine est alliée au Pakistan, qui lui doit son acquisition de l’arme nucléaire. De plus, Pékin a des revendications territoriales sur le haut plateau du Aksai Chin situé au nord-est du Cachemire, région annexée par l’Inde en août dernier. Enfin, les deux pays ont des attentes très différentes l’un vis-à-vis de l’autre. Alors que l’Inde s’inquiète du surplus commercial chinois de 57 milliards de dollars dans leurs échanges bilatéraux et souhaite que la Chine achète davantage de biens et services indiens, la Chine s’inquiète, elle, du rapprochement de l’Inde avec les Etats-Unis, qui menace son hégémonie militaire dans la région.

Comité de rédaction

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