Veille stratégique – Octobre 2021 (1/2)

FRANCE 

Le CEMA dévoile sa vision stratégique

Vendredi 1er octobre, le général d’armée Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées (CEMA), a présenté sa Vision stratégique à l’ensemble des grands commandeurs des armées, directions et services réunis pour une journée d’échange à l’Ecole militaire. Cette Vision stratégique a également été présentée aux députés de la commission de la défense de l’Assemblée nationale mercredi 6 octobre, lors d’une audition à huis-clos. Le CEMA a affirmé son ambition de rendre les armées capables de « gagner la guerre avant la guerre », et de s’engager dans des affrontements de haute intensité.

  • L’expression « gagner la guerre avant la guerre » est liée à une nouvelle conceptualisation des conflits : « Avant, les conflits s’inscrivaient dans un schéma “paix-crise-guerre”. Désormais, c’est plutôt un triptyque “compétition-contestation-affrontement” », a affirmé le général. Devenue « l’état normal », la compétition entre grandes puissances se déroule sur tous les terrains possibles : militaire, diplomatique, informationnel, spatial, économique, juridique…
  • Cette nouvelle vision s’inscrit dans un contexte plus global. D’ici la fin octobre, le ministère de la Défense rendra publique sa doctrine en matière de lutte dans le champ informationnel. Vers la même période, le service de vigilance de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM), rattaché au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), devrait devenir opérationnel. Ces différents éléments témoignent d’une évolution globale de la manière dont sont envisagés les conflits.

Thalès et Google Cloud s’allient pour développer une offre de cloud souverain répondant aux critères du label « Cloud de confiance »

Mercredi 6 octobre, Thalès et Google Cloud ont annoncé avoir noué un « partenariat stratégique » dans l’objectif de « co-développer, au sein d’une nouvelle société, une offre de cloud souverain répondant aux critères du label français “Cloud de confiance” ». Afin de répondre à ces critères, la nouvelle société, filiale de Thalès, aura ses propres serveurs, son réseau et son personnel. En revanche, les data centers seront ceux de Google. Par ailleurs, Thalès détiendra la majorité de son capital et exercera un « contrôle clair de la gouvernance », selon Marc Darmon, directeur général adjoint de Thalès chargé de l’activité systèmes d’information et de communication sécurisés. L’entité devrait démarrer son activité en 2022.

  • Créé en mai 2021 dans le cadre de la stratégie « Cloud au centre », le label « Cloud de confiance », décerné par l’Agence national de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), a pour objectif d’assurer que les données soient hébergées sur le territoires français et échappent aux lois étrangères – au premier rang desquelles le Cloud Act américain, qui prévoit que les autorités américaines peuvent accéder aux données stockées par des entreprises américaines quelle que soit leur localisation.
  • Dans ce contexte, le marché de l’hébergement et du traitement de données critiques voit déjà émerger une compétition entre différents acteurs. L’offre de Thalès et de Google Cloud s’oppose en effet frontalement au projet « Bleu » de Capgemini, Orange et Microsoft, présenté au printemps dernier, ainsi qu’aux services des français OVH cloud, Outscale et Scaleway.
  • L’annonce du partenariat entre l’entreprise française et le géant américain a été saluée par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, et par le secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O. Selon eux, une solution hybride permettra aux entreprises et administrations françaises d’accéder à une offre de qualité. Cependant, certains acteurs du secteur du numérique français déplorent qu’une telle solution puisse obtenir le label gouvernemental – son hybridité ne répondant pas, selon eux, à l’objectif de souveraineté numérique fixé par le gouvernement.

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AMERIQUE

Première rencontre entre une délégation américaine et des représentants des Talibans depuis le retrait de Washington d’Afghanistan

Le 9 octobre à Doha, une délégation américaine a rencontré des représentants du régime taliban au pouvoir en Afghanistan. C’est la première fois depuis le départ américain du pays que des pourparlers directs sont engagés entre les deux parties. Durant leur entrevue, les représentants américains ont exhorté les Talibans à « respecter les droits de tous les Afghans, dont les femmes et les filles » et à former un gouvernement inclusif susceptible de bénéficier d’un large soutien. La question du rapatriement des citoyens américains et afghans ayant aidé les Etats-Unis lors du conflit a été également évoquée, et l’administration américaine a indiqué que les Talibans avaient jusqu’ici coopéré pour permettre le rapatriement des ressortissants américains. Les représentants américains ont également demandé  aux Talibans de permettre la venue d’ONG internationales sur leur territoire.

  • Washington a insisté sur le fait que cette rencontre ne signifiait en aucun cas une reconnaissance du régime installé depuis le mois d’août, et a rappelé que la « légitimité doit être méritée à travers les actions des Talibans »
  • De leur côté, les Talibans ont rappelé aux Etats-Unis que toute tentative de déstabilisation du gouvernement en Afghanistan engendrerait de graves problèmes dans la région et pour le peuple afghan. Le contexte de la rencontre, intervenue le lendemain d’un attentat suicide revendiqué par l’État islamique dans une mosquée chiite de Kunduz en Afghanistan qui a fait plus de 60 morts, illustrait cet avertissement.

 

Poursuite du partenariat stratégique entre Washington et Canberra

Après la signature le mois dernier d’un partenariat stratégique avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni incluant la livraison de sous-marins américains à propulsion nucléaire pour contrer les ambitions de la Chine dans le bassin Indo-pacifique, l’Australie va également acquérir 12 hélicoptères d’attaque Seahawk et un avion de guerre Growler auprès des Etats-Unis.  Les hélicoptère Seahawk, capables d’être utilisés en mer à bord d’un navire pour des opérations anti-surface et anti-sous-marines, renforceront les capacités de projection maritimes de Canberra. Dans le communiqué annonçant la validation de ce contrat de vente par le Congrès, le département d’Etat Américain a rappelé que « l’Australie était l’un de ses alliés les plus importants dans le Pacifique », et qu’il était « vital pour les intérêts nationaux des Etats-Unis d’aider leurs alliés à développer et à maintenir une capacité d’autodéfense robuste et opérationnelle». Le montant de ce nouveau contrat militaire est estimé à 985 millions de dollars.

  • Les Etats Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont annoncé en septembre, après 18 mois de négociations secrètes, la signature du partenariat stratégique AUKUS. Ce partenariat a notamment pour objectif de contrer les ambitions territoriales de la Chine.   

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AFRIQUE

Passes d’armes verbales entre la France et le Mali

Ces deux dernières semaines, le ton est monté entre Paris et Bamako au sujet de la fin de l’opération Barkhane et de la situation politique malienne. Samedi 25 septembre, le Premier ministre du Mali, Choguel Maïga, a fustigé à la tribune de l’ONU un « abandon en plein vol » de la France, obligeant le Mali à « explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires ». Ces propos intervenant au lendemain de la mort d’un cinquante-deuxième militaire français au Sahel, le sergent Maxime Blasco, la France a vivement réagi par la voix de la ministre des Armées Florence Parly, lundi 27 septembre, qui a qualifié ces accusations d’« inacceptables » et d’« indécentes », revenant « à s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français ». Quelques jours plus tard, jeudi 30 septembre, le président Emmanuel Macron a qualifié de « honte » les propos du Premier ministre malien et appelé à ce que « l’Etat revienne » au Mali, soulignant « qu’on ne peut pas demander à nos soldats de remplacer ce qui est le travail de votre Etat ».

  • Outre les tensions liées à l’hypothétique recours par la junte malienne au groupe Wagner (ce dont Paris – et les Européens – ne veulent pas), la discorde porte également sur la question de la transition politique au Mali. Issue de deux coups d’État (l’un le 18 août 2020, l’autre le 24 mai 2021), la junte militaire actuellement au pouvoir à Bamako est censée organiser des élections avant le 27 février 2022. Le leader des putschistes, le colonel Assimi Goïta, s’y était engagé devant la communauté internationale. Or, il semblerait que les autorités maliennes veuillent aujourd’hui repousser la date d’une transition démocratique. C’est pourquoi, dans ses propos tenus le 30 novembre dernier, Emmanuel Macron dit attendre des dirigeants de la junte « qu’ils respectent leurs engagements : qu’en février il y ait des élections, qu’ils arrêtent de mettre en prison les opposants politiques, qu’ils fassent leur travail, c’est-à-dire le retour de l’Etat, ce qu’ils ne font pas depuis des mois ». A la suite de ces propos, le ministère malien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de France au Mali. 
  • Alors que la situation malienne est marquée par les violences et l’insécurité, l’intérêt de la Russie pour ce pays continue de se matérialiser. Le 30 septembre, quatre hélicoptères de type Mi-171 ont été livrés à l’armée malienne, dans le cadre d’un contrat signé en décembre 2020. Sur le plan diplomatique, Moscou refuse aujourd’hui de valider les noms soumis à l’ONU pour renouveler des comités d’experts enquêtant dans plusieurs pays africains (Centrafrique, RDC, Soudan du Sud, peut-être bientôt au Mali). Pour rappel, l’un de ces comités d’experts avait pointé Wagner du doigt pour des « violations du droit international humanitaire » dans un rapport du 30 juin dernier. 

Un sommet Afrique-France d’un nouveau genre à Montpellier 

Vendredi 8 octobre, le sommet Afrique-France a rassemblé 3000 participants à Montpellier, autour de rencontres et de tables-rondes entre sociétés civiles africaine, française et de la diaspora. Pour la première fois depuis 1973, aucun dirigeant africain n’a été convié à cette rencontre d’un nouveau genre qui marque un changement de méthodologie de Paris. L’Elysée a mis en avant un « sommet renversé » destiné à « ceux qui d’habitude ne sont pas invités dans ce type d’événements internationaux », expliquant que « le positionnement de la France sur les enjeux démocratiques n’est pas une tractation entre chefs d’Etat ». Prenant la parole lors du sommet, le président Emmanuel Macron a affirmé que la France devait assumer « sa part d’africanité », soulignant que « près de sept millions de Français sont intimement, familialement liés à l’Afrique ».

  • Suivant des recommandations du rapport sur les relations Afrique-France élaboré par l’intellectuel camerounais Achille Mbembe, le président français a annoncé la création d’un fonds pour le développement de la démocratie en Afrique, doté de 30 millions d’euros sur trois ans, afin de soutenir les acteurs du changement, notamment sur les questions de gouvernance et de démocratie. Il s’est également engagé à restituer 26 œuvres d’art pillées au Bénin d’ici la fin octobre. La création d’une « maison des mondes africains et des diasporas » sera mise à l’étude.
  • Ce nouveau format illustre la volonté du président français de tisser une nouvelle relation avec le continent, orientée vers sa jeunesse et sa société civile, comme il l’a indiqué dans le discours de Ouagadougou du 28 novembre 2017. Selon l’Elysée, un sommet Afrique-Europe entre chefs d’État devrait se tenir en 2022, sous la présidence française de l’Union

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ASIE

Reprise du dialogue entre les deux Corées 

Lundi 4 octobre 2021, l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA a fait savoir que le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, souhaitait « rétablir les canaux de communication » avec la Corée du Sud. Des responsables des deux pays se sont ainsi entretenus lundi matin. Kim Jong-un s’est montré réceptif à la proposition de son homologue sud-coréen, Moon Jae-in, de signer une déclaration mettant officiellement fin au conflit coréen, jusqu’ici uniquement suspendu par un armistice. Selon Moon-Jae-in, cela permet d’envisager une possible amorce des négociations sur la dénucléarisation de la péninsule.

  • Les canaux de communication entre les deux Corées avaient été coupés en août 2021 à la suite des exercices militaires conjoints des Etats-Unis et de la Corée du Sud, quelques jours à peine après leur rétablissement le 27 juillet 2021.
  • Répondant aux exercices conjoints de Washington et Séoul, Pyongyang a procédé à des tirs répétés de missiles la semaine passée. La RPDC (République populaire démocratique de Corée) a en effet testé un missile hypersonique le mardi 28 septembre, puis tiré un missile antiaérien le jeudi 30 septembre. Ces essais attestent d’avancées technologiques importantes, notamment parce que le missile hypersonique est particulièrement difficile à détecter et à intercepter par les systèmes de défense antimissiles américains basés en Corée du Sud.
  • Si la Corée du Nord choisit ce moment pour reprendre le dialogue avec la Corée du Sud, c’est aussi pour obtenir rapidement une levée ou un assouplissement des sanctions internationales. En effet, en raison de la pandémie de Covid-19, la RDPC a vu ses importations de Chine chuter et l’aide internationale a été suspendue. Le pays se retrouve aujourd’hui confronté à une « crise alimentaire », comme l’a reconnu le dirigeant nord-coréen en septembre.
  • Par ailleurs, il semblerait que la stratégie américaine dans ce conflit soit mise en échec. Pyongyang refuse l’offre de Washington de reprendre les négociations et les rencontres diplomatiques sous prétexte que les Etats-Unis mènent une politique de « fourberie et [d’]hostilité ». Par ailleurs, les sanctions internationales imposées depuis 2017 ne semblent pas faire plier le régime nord-coréen, qui parvient à réaliser des progrès techniques importants en balistique.

Des sénateurs français en mission à Taïwan sur fond de hautes tensions avec la Chine

Du mercredi 6 au lundi 11 octobre 2021, une délégation de sénateurs français, conduite par l’ex-ministre de la Défense Alain Richard, rencontre les parlementaires et la présidente taïwanaise. Cette visite, originellement prévue pour mars 2021 mais repoussée en raison des conditions sanitaires, se réalise dans un contexte de fortes tensions entre la Chine et Taïwan, et a fait l’objet de vives critiques par les autorités chinoises. Pékin a en effet menacé la France de représailles si la visite était maintenue.

Vendredi 1er octobre, la Chine a célébré sa fête nationale avec l’incursion record de 38 avions militaires chinois, dont des bombardiers H-6 ayant une capacité nucléaire, au-delà de la zone médiane de l’ADIZ (zone d’identification de défense aérienne) taïwanaise. Ce record a été battu à deux reprises les jours suivants, avec 39 avions survolant l’ADIZ samedi 2 octobre, et 56 avions le lundi 4 octobre. En tout, près de 150 avions militaires chinois ont pénétré la zone en quatre jours pour effectuer des démonstrations de force et éprouver la flotte vieillissante d’avions de chasse de Taiwan.

Taipei a fermement condamné les multiples provocations de Pékin, et la présidente Tsai Ing-wen a assuré dans une tribune publiée dans le magazine Foreign Affairs le mardi 5 octobre que « Taiwan fera tout pour se défendre ». Néanmoins, le ministre de la Défense taiwanais Chiu Kuo-cheng a manifesté son inquiétude au Parlement mercredi 6 octobre concernant les capacités de Pékin à lancer une attaque de grande envergure d’ici à 2025 : « La Chine en est capable dès maintenant mais elle doit calculer le coût qu’elle devra payer et le type de résultat qu’elle souhaite obtenir. Après 2025, le coût et les pertes seront réduits au minimum ».

  • Les incursions d’avions militaires chinois dans l’ADIZ de l’île ne constituent pas une nouveauté : depuis l’arrivée de Xi Jinping à la tête du pays en 2012, les franchissements de la ligne médiane de l’ADIZ taïwanaise sont quotidiens. Néanmoins, depuis deux ans, ces incursions s’intensifient. A titre de comparaison, l’an dernier, 380 avions militaires chinois avaient été détectés dans l’ADIZ de Taiwan. Or, depuis janvier 2021, on en a décompté plus de 600. Leur nombre a donc presque doublé en moins d’un an.
  • Ces démonstrations de force interviennent peu de temps après la publication par Taïwan en août dernier d’un rapport annuel traitant de la capacité d’invasion de l’île par Pékin. Dans ce rapport, le ministre de la Défense taiwanais alertait déjà sur les capacités de la Chine à neutraliser les défenses aériennes et maritimes ainsi que les systèmes de contre-attaque de l’île, et à s’emparer des îles environnantes.
  • Depuis, les tensions ne cessent de croître. Dimanche 10 octobre, jour de la fête nationale de Taïwan, la présidente Tsai Ing-wen a réaffirmé la volonté de l’île de défendre sa souveraineté, répondant aux propos du dirigeant chinois exprimés la veille. Durant la commémoration du 110ème anniversaire de la révolution de 1911, le président Xi Jinping avait ainsi promis une « réunification » avec Taïwan par des moyens pacifiques.

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RUSSIE/NEI

L’OTAN expulse huit diplomates russes

L’OTAN a décidé de réduire de moitié la Représentation russe auprès de l’Alliance atlantique en expulsant huit diplomates russes et en supprimant deux postes supplémentaires. La Représentation permanente russe auprès de l’OTAN ne comptera désormais plus que 10 personnes, au lieu de 20 auparavant. Selon l’OTAN, les personnes expulsées travaillaient en réalité pour les services de renseignement russes sans en avoir informé les autorités otaniennes. Cette décision constitue une surprise pour Moscou. En effet, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait rencontré le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre et rien n’avait – semble-t-il – été annoncé. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Aleksandr Groushko, a réagi à cette expulsion en affirmant qu’elle démontrait l’hypocrisie de l’OTAN qui, quelques jours plus tôt, appelait à renouer le dialogue au sein du conseil Russie-OTAN. Il a ajouté qu’il s’agissait d’une tactique de diversion pour faire oublier l’échec de « l’épopée afghane » en attisant les tensions avec Moscou. La Russie prépare des mesures en réponse à l’expulsion de ses agents qui pourraient aller jusqu’à la fermeture de sa représentation à l’OTAN.

  • Selon certains médias russes, la mission militaire de l’OTAN à Moscou, chargée de représenter l’Alliance Atlantique auprès de la Russie, pourrait être touchée par des mesures miroirs d’expulsion.

 

La Russie réussit un tir du missile « Tsirkon » depuis un sous-marin 

Le 4 octobre, un sous-marin nucléaire d’attaque de la flotte du Nord russe, le « Severodvinsk » (classe Iassen), a réalisé avec succès un tir de missile hypersonique « Tsirkon » depuis la mer de Barents. Selon les informations du ministère russe de la Défense, le missile a été tiré à une profondeur de 40 m. Les essais précédents avaient été réalisés seulement depuis des bâtiments de surface de la flotte du Nord. Selon plusieurs experts militaires, il est pour le moment difficile de dire si cet essai constitue une phase prévue du développement du missile ou une réponse aux démonstrations analogues des États-Unis.

  • Le Tsirkon fait partie des trois missiles hypersoniques présentés par Vladimir Poutine dans son discours de politique générale en 2018. Il s’agit du missile de croisière anti-navire Tsirkon, du missile air-air Kinjal et du planeur hypersonique Avangard (c’est-à-dire que le module rentrant dans l’atmosphère ne suit pas une trajectoire balistique mais orientable, donc plus difficile à arrêter pour les défenses anti-missiles ennemies).
  • Le Tsirkon avait été testé en version de surface en juillet 2021 et était retourné au centre de l’attention à la fin du mois d’août 2021 quand le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, avait annoncé un projet de modernisation des armes afin d’en améliorer la précision, la portée et la vitesse. 

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

Algérie: Crise diplomatique avec la France

Dimanche 3 octobre, l’Algérie a interdit aux avions militaires français de survoler son territoire. Le porte-parole de l’état-major des armées françaises, le colonel Pascal Ianni, a indiquéqu’il n’y aurait « pas de conséquences sur les opérations » de l’armée française au Sahel. Cette décision succède au rappel par l’Algérie de son ambassadeur en France, en réponse à des déclarations d’Emmanuel Macron jugées « irresponsables » par le gouvernement de Abdelmadjid Tebboune. Alors que le sujet de la guerre d’Algérie reste un point important de tension entre les deux pays, Emmanuel Macron avait affirmé que le régime algérien reposait sur « une histoire officielle totalement réécrite ». Ces propos controversés avaient empiré une situation déjà tendue, après la décision française de réduire de moitié les visas accordés aux ressortissants algériens. La France a justifié cette réduction par le fait que l’Algérie délivre peu de laissez-passer consulaires, nécessaires dans les procédures d’expulsion d’immigrés arrivés clandestinement sur le sol français. 

  • L’impact immédiat de l’interdiction de transit des avions militaires a été limité, puisque seuls deux vols logistiques ont dû modifier leur parcours. Néanmoins, l’Algérie joue un rôle très important au Sahel, surtout dans le cadre de la transformation du dispositif militaire français. Par exemple, l’Algérie avait permis à un accord entre l’Etat malien et des groupes armés d’aboutir en 2015. De plus, le ravitaillement des troupes françaises dans le nord du Mali dépend en partie de la coopération de l’Algérie. Cette crise intervient aussi à une période critique pour la France, puisque le départ des troupes françaises des bases de Tessalit, Kidal et Tombouctou est prévu pour le début de l’année 2022. 
  • La France n’est pas le seul pays à subir les foudres du régime algérien. En effet, l’Algérie avait déjà rompu toutes relations diplomatiques avec le Maroc en août. Le ministre des Affaires étrangères algérien avait accusé le pays voisin « d’actions hostiles ». Historiquement, les relations entre le Maroc et l’Algérie ont toujours été tendues, notamment en raison de la situation du Sahara occidental, revendiqué par le Maroc.

 

Iran:  Manœuvres militaires importantes aux frontières avec l’Azerbaïdjan

Vendredi 1er octobre, l’Iran a déployé des pièces d’artillerie, des hélicoptères et des drones le long de sa frontière avec l’Azerbaïdjan. Le régime de Téhéran accuse l’Azerbaïdjan de coopérer trop étroitement avec l’Etat hébreu, et a annoncé qu’il  ne « tolérerait pas la présence du régime sioniste près de ses frontières ». Cette accusation a été immédiatement démentie par le gouvernement azéri, qui a fermé dans les jours suivants le bureau de la représentation de l’ayatollah Khamenei. Pourtant, Israël est un partenaire économique et stratégique important pour l’Azerbaïdjan depuis 1992, ainsi que son principal fournisseur en matière d’armement. De fait, l’élection en août du président iranien Ebrahim Raïssi a entraîné un durcissement de la position iranienne envers l’Azerbaïdjan. Par ailleurs, la démonstration de force du régime iranien survient aussi à un moment où l’Azerbaïdjan restreint fortement le passage de camions iraniens sur le territoire du Karabagh. En imposant notamment des droits de douanes, et en arrêtant deux chauffeurs iraniens début septembre, Bakou bloque le ravitaillement de l’Arménie, ainsi que l’accès de l’Iran à la mer Noire.

  • Cette décision intervient quelques semaines après l’exercice militaire dit des « Three Brothers». Conduites conjointement par le Pakistan, la Turquie et l’Azerbaïdjan, ces manœuvres militaires visaient à renforcer la coopération entre armées. Le Pakistan, la Turquie et Israël avaient déjà été des soutiens déterminants au régime de Bakou lors de la guerre au Haut-Karabagh.
  • La guerre opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan de septembre à novembre 2020 avait pour objet le contrôle de la zone du Haut-Karabagh. L’accord du 10 novembre 2020 a officialisé l’extension territoriale de l’Azerbaïdjan aux dépens de l’Arménie, qui a notamment perdu sa frontière avec l’Iran. Or, l’Arménie est historiquement un allié important du régime iranien.
  • Depuis cette victoire, l’Iran cherche à sécuriser ses 700 km de frontière avec l’Azerbaïdjan. Le but est aussi de contenir les velléités séparatistes d’une partie de sa population. En effet, un quart de la population iranienne est azérie, et partage une grande proximité religieuse et culturelle avec l’Azerbaïdjan.

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EUROPE

La France et la Grèce nouent un partenariat stratégique bilatéral

Le mardi 28 septembre, Paris et Athènes ont signé un accord de coopération en matière de défense et de sécurité comprenant la vente de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) dont la livraison est prévue en 2025 et 2026 pour un total de 2,9 milliards d’euros. La commande comprend les armements de toute dernière génération et trois ans de garantie d’entretien. La marine grecque sera étroitement associée à la construction des bâtiments. Ce contrat complète une série d’achats militaires : le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a annoncé courant septembre l’achat de six avions de chasse français Rafale en sus des 18 commandés en janvier. L’article 2 de l’accord prévoit une clause d’assistance mutuelle en cas d’une agression armée contre leur territoire.

  • Les Etats-Unis souhaitaient vendre à Athènes leurs frégates SLSI. Interrogé sur ce choix, le Premier ministre grec l’a justifié en mettant en avant non seulement la nécessité de construire une autonomie stratégique européenne – une vision que partage le président français – mais aussi la convergence des besoins matériels grecs et de l’offre française.
  • Le président Emmanuel Macron a souligné que l’accord devrait permettre à Paris et à Athènes d’agir ensemble « pour la paix et la sécurité en Méditerranée, au Moyen-Orient, en Afrique et dans les Balkans ». Il appelle l’Europe à « sortir de sa naïveté » pour anticiper la défense d’un pays de l’Union. En contrepoint, cet accord a été dénoncé par Ankara, qui estime qu’il menace la stabilité régionale à cause de l’isolement volontaire de la Turquie.
  • La France et la Grèce étaient déjà liées par une clause de défense mutuelle par leur appartenance à l’OTAN. Par ailleurs, l’article 42-7 du traité de l’Union européenne prévoit l’assistance mutuelle entre les pays membres. 

La Turquie évoque une coopération avec la Russie dans le domaine des sous-marins

Mercredi 29 septembre, le président turc Erdogan s’est entretenu avec son homologue russe à Sotchi à propos d’une coopération militaire pour la construction d’avions de combat et de sous-marins. Cette annonce intervient alors que les Etats-Unis ont exhorté la Turquie à renoncer à sa volonté de se procurer à nouveau des missiles antiaériens S-400 russes en raison de son incompatibilité avec les systèmes de l’OTAN. La Turquie n’ayant pas abandonné son dessein, le président américain n’a pas accueilli le président turc à la 76e session de l’Assemblée générale de l’ONU.

  • Cette annonce renforce l’ambiguïté de la politique étrangère turque, et les tensions qui en résultent. D’un côté, Ankara dénonce l’accord de défense bilatéral franco-grec et réitère sa volonté de coopérer militairement avec la Russie ; d’un autre côté, elle approfondit sa coopération militaire avec l’Ukraine avec l’installation d’un centre d’entraînement et de maintenance pour ses drones Bayraktar et s’oppose à la Russie dans la ville d’Idlib en Syrie. Or, cette position ne semble pas pouvoir tenir dans le temps au regard des avertissements américains et russes envers la Turquie sur les conséquences de ses décisions.

Report des négociations commerciales entre l’UE et l’Australie

Le 1er octobre, l’Union européenne a reporté d’un mois les négociations prévues de longue date sur un possible accord de libre-échange avec l’Australie, en réaction à la rupture de confiance due à l’annulation du contrat des sous-marins français.

  • L’Union européenne est le 3e plus grand partenaire commercial de l’Australie. En 2020, les échanges de biens entre les deux économies étaient évalués à 36 milliards de dollars et à 26 milliards pour les services.
  • Les représentants de l’Union européenne avaient dénoncé la rupture du contrat franco-australien : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait jugé « inacceptable » la manière dont la France a été traitée, le président du Conseil européen Charles Michels avait fustigé un « manque de loyauté » de la part des Etats-Unis en marge de l’Assemblée de l’ONU.

 

Cette veille a été rédigée par Claire, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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