Veille stratégique – Mars 2022 (2/2)

FRANCE 

La France a livré des équipements militaires à la Russie jusqu’en 2020 

Lundi 14 mars, le média indépendant d’investigation Disclose a publié deux documents « confidentiel défense » du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) attestant que la France a continué de livrer des équipements militaires à la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014. L’Union européenne avait voté le 12 septembre 2014 un embargo non-rétroactif (clause dite du « grand-père », prévoyant que les contrats signés antérieurement pouvaient être honorés) autorisant la France à accorder, jusqu’en 2020, 76 licences d’exportation pour un montant total de 152 millions d’euros (comprenant notamment des caméras thermiques dites Matis STD et le système de navigation de Safran Sigma 95N).

  • Selon Disclose, les caméras thermiques équipent aujourd’hui les chars russes T-72, T-90 et T-80 BVM présents sur le front ukrainien. Les journalistes de Disclose dénoncent le fait que la France ait continué à livrer des équipements militaires à la Russie, alors que cette dernière aurait utilisé des armes chimiques pendant la guerre en Syrie, et que ces équipements sont aujourd’hui utilisés dans le conflit en Ukraine.
  • Les livraisons françaises d’armes à la Russie sont passées d’une valeur de 80 millions d’euros en 2014 à 300 000 euros en 2020. En parallèle, celles à destination de l’Ukraine sont passées de 0 en 2015 à 97 millions d’euros en 2020.

Le président ukrainien exhorte les entreprises françaises à quitter la Russie

Lors de son discours aux parlementaires français le mercredi 23 mars, le président ukrainien Volodymyr Zelenksy a accusé les entreprises françaises encore présentes sur le territoire russe comme Auchan, Leroy-Merlin, Decathlon (groupe Mulliez) et Renault d’être « les sponsors de la machine de guerre de la Russie ». Pour Renault, Société Générale et TotalEnergies, le marché russe représente une grande partie de leur chiffre d’affaires annuel, et la mise en place des installations industrielles nécessaires à leur activité a requis de leur part des investissements massifs. En outre, TotalEnergies étant en partie détenu par des capitaux russes, le groupe doit obtenir l’autorisation préalable du gouvernement russe pour quitter le pays. La position du gouvernement français est de laisser la liberté aux entreprises de choisir de rester ou non en Russie.

  • Mercredi 23 mars au soir, en réaction au discours du président ukrainien, Renault a annoncé mettre fin à ses activités en Russie. Ses trois usines étaient déjà à l’arrêt depuis début mars. Le marché russe est le deuxième plus important pour le groupe, puisque Renault est propriétaire à 67,7% du constructeur russe AvtoVAZ. Il est possible que les autorités russes se tournent vers les investisseurs automobiles chinois pour reprendre AvtoVAZ.

La France relève son niveau d’alerte en matière de dissuasion nucléaire

La semaine du 21 mars a été marquée par plusieurs événements laissant penser que la France, en réaction au conflit russo-ukrainien, a rehaussé sa posture en matière de dissuasion nucléaire. Lundi 21 mars, le journal Télégramme a signalé qu’un troisième sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) avait pris la mer pour rejoindre les deux autres actuellement en mission, situation inédite depuis 1980. En parallèle, le mercredi 23 mars, un tir de qualification du missile stratégique Air-sol moyenne portée amélioré (ASMP-A) rénové, à capacité nucléaire mais ici dépourvu de sa charge militaire, a été réalisé avec succès. La production de ces missiles va ainsi débuter et leur mise en service au sein des Forces aériennes stratégiques (FAS) et Force aéronavale nucléaire (FANu) sera effective d’ici quelques mois.

  • Un SNLE dispose de 16 missiles balistiques d’une portée de 8 000 à 10 000km, composés chacun de 6 ogives nucléaires, soit un total de 96 ogives nucléaires par sous-marin. La puissance de feu théorique combinée des trois SNLE est estimée à 2 000 fois la bombe d’Hiroshima.
  • L’ASMP-A est le successeur de l’ASMP mis en service en 1980. Long d’environ cinq mètres, il peut être muni d’une tête nucléaire de 300 kt avec une portée d’environ 500km. L’ASMP-A rénové sera remplacé en 2035 par le missile air-sol nucléaire de quatrième génération (ANS4G). D’après le ministère des Armées, « ce programme d’armement répond à la volonté du président de la République qui s’est engagé pour ces forces ‘à prendre les décisions nécessaires au maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau de stricte suffisance requis par l’environnement international’ ».

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EUROPE

​​L’UE adopte de la « boussole stratégique », livre blanc de la défense européenne

Lundi 24 mars, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne (UE) ont adopté la « boussole stratégique » de l’UE. Ce document de 47 pages, négocié depuis plusieurs mois au Conseil, constitue le livre blanc européen de la défense. Il présente l’analyse commune des menaces auxquelles l’UE est confrontée (l’environnement stratégique) avant de définir la façon dont l’Union y fera face d’ici à 2030, autour de quatre piliers : les opérations (« Agir »), la résilience (« Assurer la sécurité »), l’investissement dans la défense (« Investir ») et les partenariats (« Travailler en partenariat »). 

  • La « boussole stratégique » prévoit, entre autres, la mise en place d’une capacité de déploiement rapide susceptible de mobiliser jusqu’à 5 000 hommes, l’élaboration d’une stratégie spatiale commune pour la sécurité et la défense et des exercices communs de cybersécurité à partir de 2022. 
  • L’article 42-7 des traités de l’UE, portant sur l’assistance mutuelle des États membres, est cité à plusieurs reprises, laissant entendre que les pays de l’UE n’appartenant pas à l’OTAN (Autriche, Chypre, Finlande, Irlande, Malte et Suède) seraient aidés en cas d’éventuelles attaques.
  • Alors que les perceptions en matière de défense varient beaucoup d’un pays européen à l’autre, l’adoption, pour la première fois, d’un document cadre présentant la vision commune de l’UE est un pas important vers la création d’une culture stratégique européenne. 

L’Allemagne choisit de se doter d’avions américains F-35

Lundi 14 mars, la ministre allemande de la Défense a annoncé que son pays allait acheter jusqu’à 35 avions furtifs F-35, du constructeur américain Lockheed Martin, pour remplacer une partie de sa flotte de 85 Tornado, en service depuis quarante ans. En tant que seuls avions homologués pour transporter des bombes nucléaires américaines, les F-35 allemands devraient principalement servir à transporter des missiles atomiques dans le cadre des opérations de dissuasion de l’OTAN, mission que remplissent aujourd’hui les Tornado

  • La guerre en Ukraine a poussé l’Allemagne à opérer un volte-face historique en matière de défense. Fin février, Olaf Scholz a annoncé une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d’euros pour moderniser son armée. L’annonce de l’achat des F-35, très probablement accélérée par l’agression russe de l’Ukraine, clôt quant à elle deux ans de débat sur la succession des Tornado. 
  • Cette décision de se doter d’avions de chasse américains est un coup dur pour la coopération militaire européenne : l’Allemagne développe avec la France et l’Espagne un avion de combat 100% européen, le SCAF (Système de combat aérien du futur), censé entrer en service à l’horizon 2040. Alors que ce projet clé pour l’ « Europe de la défense » était déjà dans la tourmente ces derniers mois, l’achat de F-35 risque de crisper la partie française.  
  • Pour dissiper les doutes sur la participation de l’Allemagne dans l’effort de défense européen, la ministre allemande de la Défense a aussi indiqué qu’elle achèterait 15 avions de type Eurofighter, fabriqués par Airbus, pour des missions de guerre aérienne électronique.

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AFRIQUE

Ethiopie : vers un arrêt durable et négocié des hostilités

Vendredi 25 mars, les rebelles de la région du Tigré, au Nord de l’Ethiopie, ont publié un communiqué dans lequel ils « s’engagent à mettre en œuvre une cessation des hostilités, effective immédiatement » et appellent le gouvernement éthiopien à « prendre des mesures concrètes pour faciliter l’accès sans restrictions au Tigré ». La veille, le gouvernement éthiopien avait décrété une « trêve humanitaire unilatérale » permettant aux convois humanitaires de ravitailler la population, qui n’a perçu aucune aide depuis le 15 décembre 2021 en raison des combats, de la pénurie de carburant et de liquidités sur place. L’Union européenne et les Etats-Unis ont salué les décisions des deux parties.

  • Selon le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, 4,6 millions de personnes, soit 83% des 6 millions d’habitants de la région, étaient en situation « d’insécurité alimentaire », tandis que 2 millions souffraient d’une « pénurie extrême de nourriture » en janvier au Tigré.
  • Les forces pro-gouvernementales et les rebelles du Tigré s’affrontent dans le Nord de l’Ethiopie depuis novembre 2020, le Front populaire de libération du Tigré ne reconnaissant pas l’autorité du Premier ministre Abiy Ahmed. Un premier cessez-le-feu avait déjà été décrété en juin 2021, mais les combats avaient repris immédiatement après sa fin.

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AMERIQUE

Signature de la loi d’appropriation 2022 par le président Joe Biden

Mardi 15 mars 2022, le président Joe Biden a signé la loi d’appropriation pour l’exercice budgétaire 2022. Celle-ci prévoit d’investir 782,5 milliards de dollars dans la défense nationale, soit une augmentation de 14,3 milliards par rapport au budget prévisionnel signé en décembre 2022. 

  • La loi d’appropriation 2022 prévoit également un fond d’urgence de 13,6 milliards de dollars pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine. Une partie de cette somme est destinée au Pentagone, qui pourra mobiliser 3 milliards de dollars pour financer les déploiements et les opérations en Europe, et 3,5 milliards pour la reconstitution des stocks d’armes et d’équipements américains transférés aux Ukrainiens. Le reste de l’enveloppe est attribuée au Département d’Etat (DoS) pour assister économiquement l’Ukraine et certains pays d’Europe (3,9 milliards) et à l’USAID pour contribuer à l’aide humanitaire (2,7 milliards).
  • Après des mois de lutte politique, une disposition en matière de cybersécurité a également été ajoutée. Désormais, les opérateurs d’infrastructures critiques et les agences fédérales devront signaler les cyber-incidents dans un délai de 72 heures et les demandes de rançons dans un délai de 24 heures auprès de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA). La cyber-agence américaine devra également publier, dans un délai de deux ans, un programme visant à avertir les entreprises privées et les administrations publiques des vulnérabilités exploitées par les acteurs cyber et élaborer des règles fédérales.

Sommet extraordinaire de l’OTAN

Le 24 mars, un mois jour pour jour après le début de l’agression russe en Ukraine, les dirigeants occidentaux se sont réunis à Bruxelles à l’occasion d’un sommet extraordinaire de l’OTAN, puis d’une réunion du G7 suivie d’un Conseil européen. Dans son communiqué, l’Alliance a rappelé sa condamnation de l’invasion russe dans la lignée de la résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 2 mars dernier. Elle exhorte ainsi la Russie à se conformer à la décision du 16 mars de la Cour internationale de justice. Les pays membres ont annoncé un renforcement de leur posture de défense terrestre, maritime et aérienne. Plusieurs mesures en découlent, dont l’envoi de 40 000 soldats sous le commandement de l’OTAN dans le cadre de sa force de réaction à la frontière Est de l’Europe. Quatre nouveaux bataillons tactiques vont être déployés en Hongrie, Slovaquie, Bulgarie et Roumanie. Les Etats membres ont aussi promis un appui aux pays proches comme la Géorgie et la Bosnie. Au regard de la forte probabilité des menaces NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique) et cyber, les Alliés ont également prévu de renforcer leur assistance dans ces domaines auprès de l’Ukraine et de leurs propres contingents. De surcroît, afin d’assurer une continuité dans la stratégie otanienne, le mandat de son secrétaire général, Jens Stoltenberg, a été prolongé d’une année. Le président Biden a poursuivi sa participation aux trois réunions par une visite officielle en Pologne.

  • Contrairement à une « ligne rouge », autrefois fixée par le président Obama au moment de la guerre en Syrie, les Alliés ont préféré adopter l’ambiguïté stratégique face à la menace d’une attaque NRBC. Le président Joe Biden n’exclut pas une riposte militaire, mais il précise que « la nature de la réponse dépendra de la nature de l’utilisation ». 
  • L’absence de fermes mesures économiques prises à l’issue des trois sommets souligne les limites de la coopération entre les Etats-Unis – en faveur du durcissement des sanctions – et les pays de l’Union européenne, dont certains sont très dépendants du gaz russe.

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ASIE

Proposition d’un accord de sécurité entre les Îles Salomon et la Chine

Jeudi 24 mars, un projet d’accord de sécurité entre les Îles Salomon et la Chine a été rendu public. S’il venait à être adopté, cet accord autoriserait Pékin à déployer des forces de sécurité afin de protéger ses ressortissants et d’appuyer l’action des forces locales. Il autoriserait également la Chine à établir une base navale sur les Îles afin de soutenir sa marine et d’assurer les besoins logistiques de sa flotte, lui offrant une capacité de projection bien au-delà de ses côtes.  

La parution de ce document inquiète fortement les autorités australiennes et américaines qui, ces dernières années, n’ont cessé de vouloir contenir la progression de l’influence chinoise dans l’Océan Pacifique sud. Séparée de l’archipel par seulement 2000 kilomètres, l’Australie voit dans ce rapprochement une menace directe pour sa propre sécurité ainsi que pour la stabilité des États du Pacifique. 

  • Ancien protectorat britannique, les Îles Salomon sont un archipel de près de 700 000 habitants situé dans l’Océan Pacifique sud. Fortement exposé aux catastrophes naturelles qui ont, à de multiples reprises, ravagé son territoire, l’archipel est miné par les conflits internes, la corruption, des problèmes de santé publique et des difficultés économiques qui remettent en cause sa viabilité. 
  • En novembre 2021, le pays a été en proie à des fortes émeutes motivées par les difficultés citées précédemment ainsi que par la décision du gouvernement de rompre ses liens diplomatiques avec Taïwan au profit de la Chine en 2019. Le gouvernement, vivement critiqué à l’intérieur de l’archipel, se rapproche en effet beaucoup de Pékin, y trouvant un soutien de poids pour se maintenir au pouvoir – au risque de brader l’autonomie de l’archipel.

La junte militaire birmane promet d’anéantir ses opposants 

Dimanche 27 mars, la junte birmane a célébré la journée de forces armées, occasion pour ses dirigeants de faire une démonstration de force en organisant dans la capitale Naypyidaw un imposant défilé militaire. A cette occasion, Monsieur Min Aung Hlaing, chef des armées et du pays, a déclaré qu’il “ne négociera plus (…) et anéantira jusqu’au bout” les groupes de résistance qui luttent pour le renversement de la junte.  

Plus tôt dans la semaine, les États-Unis ont officiellement accusé l’armée birmane de génocide contre les Rohingyas en 2016 et 2017, et ont renforcé leurs sanctions contre le régime et ses soutiens présumés.

  • La junte militaire est au pouvoir depuis le 1er février 2021. Depuis le putsch, l’Assistance Association for Political Prisoners (AAPP) estime à 1700 le nombre de civils tués et 13 000 le nombre de personnes arrêtées par la junte.
  • Il y a un an, lors de la dernière célébration de la journée des forces armées, 163 personnes avaient perdu la vie à la suite de manifestations d’opposition. Cette répression sanglante avait conduit certains opposants, pourtant traditionnellement adeptes des manifestations pacifiques,à prendre les armes contre les régimes. 
  • Le régime birman reste soutenu par la Russie et la Chine, qui lui fournissent notamment du matériel militaire. 

Premier tir d’un missile balistique intercontinental de la Corée du Nord depuis 2017 

Ce jeudi 24 mars, la Corée du Nord a réalisé un tir de missile balistique intercontinental (ICBM) jusque dans la ZEE du Japon.  Depuis le début de l’année, les tensions entre Pyongyang et ses voisins sont très vives, et la Corée a déjà réalisé près d’une dizaine de tirs de missiles durant les quatre derniers mois. Le 30 janvier dernier, Pyongyang avait notamment lancé un missile balistique de moyenne portée capable, selon certaines analyses, de parcourir plus de 4500 kilomètres de distance, et d’atteindre des territoires américains dans l’océan Pacifique.

Le lancement du jeudi 24 mars marque toutefois une vraie rupture. En effet, c’est la première fois que la Corée du Nord utilise des missiles balistiques intercontinentaux depuis 2017, date à laquelle elle avait signé un moratoire interdisant ce type de technologie, en application des sanctions de l’ONU à son encontre.

  • Un missile balistique intercontinental est un missile balistique dont la portée est supérieure à 5 500 km. 
  • Fumio Kishida, le Premier ministre japonais, a qualifié cet acte « de scandaleux et impardonnable », et déclaré que la Corée du Nord menace « la paix et la sécurité du Japon (…) et de la communauté internationale ».
  • Les Etats-Unis ont annoncé vouloir présenter une résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU afin de renforcer les sanctions existant à l’égard du pays prises en 2017 à la suite d’un premier tir de missile balistique intercontinental. La Russie ainsi que la Chine se sont toutefois fermement opposées à toute sanction supplémentaire, les représentant chinois appelant au contraire à un “allègement des sanctions au moment opportun”. 

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RUSSIE/NEI

Tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Le 22 mars, le gouvernement arménien a accusé l’Azerbaïdjan de « mener jusqu’au bout une politique d’épuration ethnique ». Selon Erevan, Bakou bloque délibérément les livraisons de gaz vers le Haut-Karabagh, qui sont principalement réalisées par le biais d’un gazoduc partant d’Arménie mais traversant des territoires désormais contrôlés par l’Azerbaïdjan – et notamment la ville de Choucha (ou Chouchi), qui est passée sous contrôle des forces armées azéries après la guerre de 2020. De son côté, Bakou réfute les accusations arméniennes et recommande à l’Arménie de « respecter les communiqués trilatéraux [Arménie, Azerbaïdjan et Russie] et de retirer ses forces armées restantes de la région ». Les porte-paroles du ministère russe des Affaires étrangères et du service de l’action extérieure européen ont appelé à trouver une issue permettant la reprise des livraisons de gaz. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, s’est successivement entretenu avec ses homologues arménien et azéri en lien avec la situation dans la région. En effet, selon le journal russe Kommersant, plusieurs incidents entre les forces armées arméniennes et azéries se sont produits sur la ligne de contact au Haut-Karabagh. Quelques heures plus tard, le ministère russe de la Défense a publié un communiqué selon lequel l’Azerbaïdjan aurait violé l’accord de cessez-le-feu avec l’Arménie au Haut-Karabagh.

Dimanche 27 mars, le gouvernement azéri a déclaré que les livraisons de gaz à destination du Haut-Karabagh reprendraient dès le 28 mars.

  • Les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan restent vives, un an et demi après le début de la guerre entre les deux pays, en 2020. À la suite de la victoire azérie, Bakou a pris le contrôle des zones entourant le Haut-Karabagh et réduit le territoire de l’enclave au sein de l’Azerbaïdjan. Le coût humain de la guerre de 2020 s’est révélé élevé : les pertes sont estimées à 3 400 soldats pour l’Arménie et 2 800 pour l’Azerbaïdjan. 
  • Des forces russes de maintien de la paix sont présentes aux points de contact entre les deux pays ainsi qu’à proximité du corridor de Latchin, qui assure le lien entre le Haut-Karabagh et l’Arménie.

Transition du pouvoir au Turkménistan

Serdar Berdimuhammedov été institué président du Turkménistan, succédant à son père Gurbanguly Berdimuhammedov, au pouvoir depuis 2006. A la suite des élections présidentielles du 12 mars 2022, Serdar Berdimuhammedov a en effet remporté, sans surprise, 73 % des voix avec 97 % de participation. La situation politique du pays, classé 178ème sur 180 pour son respect de la liberté de la presse (devant l’Erythrée et la Corée du nord) par Reporters sans frontières laisse toutefois planer le doute sur la légitimité du scrutin. Selon certains analystes, la succession au pouvoir d’un père et de  son fils constitue une tentative de sécuriser la transition politique – dont l’exercice est régulièrement périlleux dans les pays d’Asie centrale – par une forme dynastique de légitimité.  

  • Cette transition politique n’est que la deuxième depuis l’indépendance du pays en 1991. Les présidents précédents, Saparmyrat Nyyazow et Gurbanguly Berdimuhammedov s’étaient distingués par l’instauration d’une répression politique sévère et d’un culte de la personnalité.

Guerre en Ukraine

La progression de l’armée russe semble globalement ralentie depuis la dernière veille et les fronts se cristallisent. La ville de Kiev n’est pas encore tombée et les forces ukrainiennes se préparent au contraire à  une contre-offensive. Au sud-ouest, se dessine également une contre-offensive ukrainienne à proximité de la ville de Mykolaev.

Les efforts de l’armée russe se cristallisent autour de deux objectifs principaux. D’abord, la ville de Marioupol, au sud de l’Ukraine, qui est la cible de bombardements constants (visant notamment de nombreux bâtiments civils). Environ 100 000 personnes restent bloquées dans la ville, qui est encerclée par l’armée russe. Selon les informations de la mairie, plus de 2 000 civils auraient été tués. Par ailleurs, le Donbass semble repasser au premier plan de la stratégie russe. Le ministère russe de la Défense a précisé dans une communication du 25 mars que la première étape de « l’opération militaire spéciale » était achevée et que l’armée se concentrerait désormais sur la « dénazification » du Donbass. En conséquence, on observe une poussée russe dans les Oblast de Donetsk et de Lougansk. Selon certains commentateurs, l’objectif de la Russie serait de prendre le contrôle de ces deux régions avant d’entamer plus sérieusement des négociations.

Les pertes totales du conflit restent difficiles à estimer. Selon l’OTAN, 7 000 à 15 000 soldats russes seraient morts au combat. Le ministère russe de la Défense avance, de son côté, des chiffres bien inférieurs, puisque seuls 1 351 soldats ont été reconnus décédés. Du côté ukrainien, la dernière communication du gouvernement, le 12 mars, annonçait la perte de 1 300 soldats.

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

Frappes de représailles de l’Arabie Saoudite contre les Houthis au Yémen

Les rebelles yéménites Houthis ont lancé environ seize attaques contre le territoire saoudien vendredi 25 mars, provoquant un incendie sur un site de la compagnie pétrolière Aramco. Dimanche dernier déjà, plusieurs frappes de drones et missiles avaient visé une raffinerie d’Aramco dans la ville de Yanbu. En réponse, la coalition militaire dirigée par l’Arabie Saoudite a mené des attaques aériennes contre le port de Hodeida et Sanaa, la capitale du Yémen. Selon l’Arabie Saoudite, ces frappes visent à « protéger les sources d’énergie mondiales ». En effet, à la suite  de ces attaques, le royaume a diminué sa production de pétrole et a dû puiser dans ses stocks. Les Houthis ont annoncé vendredi un cessez-le-feu de trois jours dans le cadre d’une initiative de paix.

  • Les Houthis attaquent régulièrement les territoires saoudiens et émiratis depuis janvier 2022. Les deux monarchies sont les principaux membres d’une coalition militaire combattant le groupe rebelle depuis 2015 au Yémen, plongé dans la guerre civile depuis 2014.
  • Cette baisse de la production saoudienne, alors que le royaume est le premier exportateur brut au monde, aggrave la crise énergétique mondiale. 

Sommet régional entre les Etats-Unis, Israël, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et le Maroc

Samedi 26 mars, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken est arrivé à Tel Aviv afin de participer à un sommet régional avec les pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël. Depuis les accords d’Abraham en 2020 entre les Emirats Arabes Unis (EAU) et Israël, le Bahreïn et le Maroc ont à leur retour rétabli des relations diplomatiques avec Tel Aviv en 2021. Le sommet se tient jusqu’à lundi. Le programme nucléaire iranien, la chute des approvisionnements en blé et l’explosion des prix de l’énergie doivent être abordés.

  • L’invasion de l’Ukraine par la Russie provoque une crise énergétique pétrolière mais aussi alimentaire avec une chute des exportations de blé. Les Etats-Unis et l’Iran négocient depuis des mois pour conclure un nouvel accord sur le nucléaire iranien. Néanmoins, ces tentatives de faire revivre l’accord de 2015 (JcPOA) sont suspendues depuis la guerre en Ukraine. Un sommet tripartite qui portait sur ces deux sujets a déjà eu lieu mardi 22 mars entre l’Egypte, Israël et les EAU.
  • La visite du secrétaire d’Etat vise aussi à réaffirmer le soutien américain dans la région. Les tensions entre les États-Unis et les Emirats sont multiples : visite historique de Bachar el-Assad, ancien président syrien pourtant mis au ban de la communauté internationale, ou encore l’abstention des EAU lors de la résolution de l’ONU condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Cette veille a été rédigée par Pauline, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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