EUROPE
Suspension potentielle de X dans l’UE
Le 13 janvier 2025, l’Union européenne envisageait d’élargir son enquête sur X, notamment en raison des interactions d’Elon Musk avec des figures politiques d’extrême droite, comme Alice Weidel du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ces actions ont suscité des préoccupations quant à la diffusion de désinformation et à l’ingérence dans les processus électoraux européens. Le commissaire européen Thierry Breton a ainsi récemment évoqué la possibilité de suspendre temporairement l’accès de X dans l’Union européenne. Cette déclaration intervient après une série d’avertissements adressés à la plateforme, qui est accusée de laisser proliférer des contenus illicites, notamment des discours de haine et des fausses informations. Si aucune mesure corrective n’est prise par X, l’UE pourrait déclencher une suspension, bien que cette action soit envisagée comme un “dernier recours”. Avant cela, des sanctions financières pourraient être imposées, à hauteur de 6 % du chiffre d’affaires mondial de la plateforme.
- Depuis l’entrée en vigueur du Digital Services Act (DSA) le 25 août 2023, les grandes plateformes numériques opérant dans l’Union européenne sont soumises à des règles strictes. Le DSA permet à la Commission européenne d’imposer des sanctions sévères, y compris des amendes substantielles et, en dernier recours, la suspension des services non conformes aux réglementations de l’UE.
- Bien que le calendrier précis de l’éventuelle suspension de X reste à définir, les enquêtes en cours détermineront si des mesures plus strictes seront appliquées dans les mois à venir. Cette affaire constitue un test clé pour le DSA, démontrant la volonté de l’UE de faire respecter ses nouvelles normes dans un environnement numérique souvent critiqué pour son manque de régulation.
- Une enquête approfondie a été lancée par la Commission européenne, pour évaluer si X respectait ses obligations en matière de modération des contenus et de transparence des algorithmes. Cette initiative découle des controverses récentes sur la diffusion de contenus extrémistes sur la plateforme.
- Malgré les inquiétudes concernant X, le gouvernement français a déclaré qu’il n’était “pas d’actualité” de quitter la plateforme. Cette position contraste avec l’approche stricte adoptée par la Commission européenne, soulignant les différentes perspectives au sein des États membres. (Reuters, Euractiv – Enquête sur X, Zone Bourse – Suspension potentielle de X, France Info)
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AMÉRIQUES
De la conférence de Berlin à celle de Mar-a-Lago, Trump se divise l’Amérique
À quelques jours de sa prise de fonction, le 7 janvier dernier, Donald Trump a une fois de plus surpris le monde en exprimant des ambitions expansionnistes pour les États-Unis. Depuis sa résidence de Mar-a-Lago, le président élu a évoqué des mesures radicales : il souhaite transformer le Canada en 51ᵉ État américain, annexer le Groenland et prendre le contrôle du canal de Panama. Pour parvenir à ses fins, il n’exclut pas l’usage de pressions économiques (Canada) et, dans certains cas, de la force militaire (Groenland). Ces déclarations ont déclenché une vague d’indignation internationale, avec des réponses fermes de la part de dirigeants européens et des pays directement concernés. Derrière ces propos audacieux, plusieurs experts y voient une tentative de renforcer son image auprès de son électorat en redéfinissant les priorités stratégiques des États-Unis. Mais cette rhétorique, mêlant calculs politiques internes et ambitions géopolitiques, pourrait avoir des conséquences durables sur les relations internationales et la stabilité mondiale.
- Canada : bien qu’une annexion semble improbable, les menaces d’imposer des sanctions économiques pourraient affecter gravement l’économie canadienne, dont le marché dépend largement des échanges avec les États-Unis. Elles ont d’ailleurs participé à la chute de Justin Trudeau dont le parti libéral (son parti) a fustigé l’impopularité et l’incapacité de faire face à Donald Trump.
- Groenland : riche en ressources naturelles et positionnée sur des routes maritimes stratégiques, l’île est au centre des ambitions américaines (Trump parlait déjà de rachat de l’île en 2019) alors que le Président dénonce le possible accaparement chinois des ressources de cette dernière. Le refus de Trump d’exclure le recours à la force a suscité de vifs émois en Europe mais a poussé le ministre des Affaires étrangères danois, Lars Løkke Rasmussen, à rester « ouvert au dialogue » afin de « s’assurer que les ambitions américaines » dans l’Arctique soient considérées. Le Groenland, en bataille politique pour son indépendance, à lui peur de se retrouver sacrifié ou instrumentalisé.
- Canal de Panama : critiquant les droits de passage élevés, Trump accuse la Chine d’accroître son influence dans la région grâce à ses investissements. Pour remédier à cela, le président des Etats-Unis envisage des actions pour reprendre le contrôle de ce couloir maritime vital cédé par Washington en 1999 au pays d’Amérique Centrale, sous pression internationale.
- Au-delà des émois diplomatiques, pour de nombreux experts, ces annonces servent à séduire la base électorale de Trump, en jouant sur une rhétorique nationaliste et interventionniste et ne devrait pas se traduire dans la réalité. Toutefois, elles mettent en lumière une volonté de rétablir un certain expansionnisme américain qui pourrait nuire à l’image des États-Unis à l’échelle mondiale. (France info, L’Express)
Pete Hegseth ou le prochain directeur du Pentagone ?
Pete Hegseth, ancien militaire et présentateur de Fox News, a été auditionné le 14 janvier par la commission des forces armées du Sénat américain pour sa nomination au poste de secrétaire à la Défense sous l’administration Trump. Diplômé de Princeton et Harvard, Hegseth a servi comme officier en Irak, Afghanistan et à Guantanamo Bay avant de diriger des organisations de vétérans et de devenir une figure médiatique conservatrice. Lors de son audition, il a défendu sa vision d’une « culture guerrière » pour le Pentagone, proposant de moderniser l’arsenal nucléaire, de contrer la montée en puissance de la Chine, et de réduire la bureaucratie militaire. Toutefois, les débats ont été marqués par des attaques sur son manque d’expérience administrative, des accusations de comportements inappropriés, et sa gestion controversée d’organisations de vétérans. Les sénateurs démocrates ont également soulevé des préoccupations sur ses prises de position passées contre les femmes dans l’armée et son comportement personnel, tandis que ses soutiens républicains le qualifient de « nouveau souffle » pour le département de la Défense. Malgré les critiques, sa confirmation semble probable grâce à une majorité républicaine au Sénat.
- Hegseth reflète la volonté de Donald Trump de privilégier des lieutenants totalement dévoués pour son administration. Ce choix donnera une vision conservatrice et nationaliste et OTAN-sceptique pour le Pentagone, axée sur la force militaire et la critique des normes progressistes.
- Avec une majorité républicaine au Sénat, Hegseth est bien positionné pour obtenir le poste, mais sa nomination pourrait accentuer les tensions partisanes autour des institutions militaires américaines mais aussi au sein du Parti républicain qui, pour les élus non trumpiste, n’adhère pas aux slogans anti-OTAN. (BBC, France 24)
Le grand mur numérique : les États-Unis ferment le robinet à puces
L’administration américaine, sous la direction du président Joe Biden, a présenté de nouvelles règles visant à encadrer plus strictement l’exportation de technologies clés, notamment les puces utilisées pour l’intelligence artificielle (IA). Ces mesures, dévoilées à quelques jours de la transition présidentielle, reflètent une volonté claire : conserver l’avantage stratégique des États-Unis en matière d’IA tout en restreignant l’accès des pays adversaires à ces technologies avancées. Jake Sullivan, conseiller pour la sécurité nationale, a justifié cette politique en affirmant que ces restrictions visent à « empêcher les concurrents de contourner nos contrôles tout en soutenant nos alliés et partenaires dans leurs besoins en technologies de confiance ». Toutefois, cette initiative suscite des critiques de la part de l’industrie technologique et de certains partenaires internationaux, notamment l’Union européenne, qui craint des répercussions sur son accès aux puces américaines avancées. Les nouvelles mesures entreront en vigueur dans 120 jours, laissant ainsi une marge à l’administration Trump pour décider d’éventuels ajustements après la prise de fonctions du président élu.
- Les nouvelles règles imposent des licences pour l’exportation de puces d’IA vers environ 120 pays, avec des exceptions pour 18 alliés tels que la France, le Japon et le Royaume-Uni. Ces restrictions concernent particulièrement des pays comme la Chine, la Russie et l’Iran, qui subissent déjà des embargos.
- Des entreprises comme Nvidia et Advanced Micro Devices (AMD), leaders dans la fabrication de processeurs graphiques, critiquent ces mesures comme « trop larges » et potentiellement nuisibles à l’innovation américaine. Nvidia a déclaré que ces restrictions affaibliraient la compétitivité des États-Unis face à des concurrents étrangers.
- Gina Raimondo, la ministre du Commerce, a souligné l’importance de ces règles pour garantir que « l’IA mondiale repose sur des bases américaines ». Cela s’inscrit dans une politique plus large amorcée par Donald Trump et poursuivie par Joe Biden, visant à limiter l’accès de la Chine aux technologies d’avant-garde et de réduction de la dépendance à l’Asie dans la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs. A ces fins, les États-Unis avaient misé sur le Chips Act, une loi votée en 2022 qui consacrait 52,7 milliards de dollars à la relance de l’industrie locale. Mais malgré des progrès, la production américaine reste minoritaire, représentant moins de 10 % du total mondial.
- Pékin a fermement dénoncé ces nouvelles règles, les qualifiant de « violations flagrantes des normes commerciales internationales ». Pour la Chine, ces restrictions traduisent une tentative de contenir son essor technologique. (BBC, la Tribune)
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RUSSIE/ NEI
La mer Baltique, un terrain de confrontation croissant entre la Russie et l’OTAN
Ces dernières semaines, la mer Baltique est au cœur des préoccupations des pays de l’OTAN. Le 25 décembre dernier, le câble électrique sous-marin Estlink 2 reliant l’Estonie et la Finlande a été endommagé, ainsi que des câbles de télécommunication. Alors que les suspicions se tournent vers Moscou, la Finlande a saisi le pétrolier Eagle-S, qui se trouvait dans la zone concernée et avait laissé traîner son ancre sur une soixantaine de kilomètres. Plus récemment, le 17 janvier, l’avion Atlantique 2 a quant à lui été la cible d’une manœuvre d’intimidation russe. Surveillant quelque 200 navires au-dessus de la mer Baltique, l’aéronef français s’est retrouvé au cœur d’une « tentative de brouillage » et a été illuminé par le radar de conduite de tir d’un système de défense sol-air S400, vraisemblablement depuis Kaliningrad, selon le ministre des Armées Sébastien Lecornu.
- Alors que plusieurs câbles ont été endommagés à l’automne dernier, l’opération Baltic Sentry lancée le 14 janvier par l’OTAN fait suite au sabotage présumé du câble Estlink 2. L’avion de la marine française était justement déployé dans le cadre de cette opération multidomaine qui vise à protéger les infrastructures critiques et à renforcer la « capacité des Alliées à répondre aux actes déstabilisateurs ».
- Appartenant probablement à la « flotte fantôme » de la Russie, le navire Eagle-S, sous pavillon des îles Cook, fait l’objet d’une enquête par les autorités finlandaises. Bien que préexistante à la guerre en Ukraine, la flotte de l’ombre russe a considérablement augmenté depuis février 2022 et représenterait près de 10% des pétroliers opérant à l’échelle internationale (Lloyd’s List Intelligence). Permettant à la Russie de contourner les sanctions occidentales, ces navires fantômes vieillissants posent des problèmes environnementaux majeurs.
- Les actions russes de guerre hybride semblent s’intensifier alors que les pays baltes s’apprêtent à rejoindre le réseau électrique européen en février. Héritage de l’ère soviétique, le réseau électrique des trois pays était encore synchronisé avec celui de la Russie et de la Biélorussie. (Le Monde, RFI, Euractiv, Opex360, Euronews)
En difficulté face à la lente avancée russe sur son territoire, l’Ukraine intensifie ses attaques contre les infrastructures en Russie
Mardi 14 janvier, l’Ukraine a revendiqué l’attaque aérienne, lancée au cours de la nuit précédente, la « plus massive » depuis le début du conflit, ciblant des installations militaires et industrielles dans douze régions russes. Les drones ukrainiens ont notamment frappé des infrastructures énergétiques dans la région méridionale de Saratov, proche du Kazakhstan, où, la semaine précédente, ils avaient atteint, d’après les autorités de Kiev, un dépôt pétrolier utilisé par l’armée russe comme base aérienne, ainsi que des installations dans la république du Tatarstan et dans les régions de Briansk et Toula.
- Malgré l’intensité sans précédent de cette attaque ukrainienne, celle-ci s’inscrit dans la continuité des bombardements des infrastructures énergétiques russes lancés en 2024. Après une baisse temporaire du rythme de ces opérations dans la deuxième moitié de l’année dernière à cause de la pression états-unienne, depuis quelques mois, Kiev a recommencé à cibler par voie aérienne des installations sur le territoire russe à plus de 1000 kilomètres de la frontière entre les deux pays.
- L’accélération des attaques de drones sur le sol s’inscrit dans un contexte de forte difficulté de l’armée ukrainienne, affaiblie par des pertes conséquentes, l’insuffisance d’effectifs et leur faible moral, sur de nombreux secteurs du front. Au cours des dernières semaines, Moscou a repris le contrôle de plusieurs zones que Kiev avait réussi à reconquérir après la percée initiale russe en 2022.
- Face aux incertitudes liées à la stratégie étasunienne sous le deuxième mandat de Donald Trump, l’intensification des bombardements ukrainiens ciblant les installations russes est une réponse aux attaques russes qui ont lourdement endommagé le réseau énergétique ukrainien. C’est également l’opportunité pour Kiev d’exploiter la fenêtre d’opportunité créée par la transition politique américaine pour tenter de perturber l’approvisionnement de carburant russe et l’exportation d’hydrocarbures. Enfin, cela représente aussi une tentative de montrer au nouveau locataire de la Maison Blanche que l’Ukraine est encore capable de nuire à la Russie. Cependant, ces attaques de drones ne suffisent pas pour empêcher l’armée russe de subvenir à ses besoins énergétiques.
- Annonçant des ripostes d’envergure, les autorités russes ont qualifié la stratégie ukrainienne de « terrorisme énergétique », affirmant, sans que cela soit confirmé par Kiev, que des débris de drones interceptés auraient endommagé une station de gaz à Gaï-Kodzor, sur la côte méridionale de la Mer Noire, reliée au gazoduc TurkStream. Les flux de ce dernier, qui permet à la Russie de fournir son gaz aux Balkans et qui, après le refus ukrainien de renouveler son accord avec Gazprom, représente la dernière voie d’approvisionnement terrestre de gaz russe pour les pays européens, n’ont pourtant pas diminué. Si l’origine ukrainienne des drones était confirmée, il s’agirait de la première attaque de Kiev dirigée contre ce type d’installation. Le Kremlin a également affirmé que l’armée ukrainienne emploierait des missiles occidentaux pour frapper le sol russe. (France Info, France24, Les Echos, Al Jazeera )
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AFRIQUE
Rétrocession de la base de Port-Bouët en Côte d’Ivoire: une marche de plus dans le retrait des forces françaises en Afrique
Dans la continuité d’une stratégie voulue par le président Emmanuel Macron, qui visait une « diminution visible » du dispositif militaire mais aussi la mise en place de partenariats impliquant la « montée en puissance » des forces africaines, le chef d’état-major des armées Thierry Burkhard avait soutenu cette dynamique en janvier 2024. Dans un entretien, il avait mis en exergue l’importance d’adopter l’approche du « moins posé, moins exposé », soulignant la nécessité de modifier le schéma d’implantation afin de réduire les vulnérabilités auxquelles la France peut faire face sur le continent. Dans ce contexte, l’annonce faite par le président ivoirien constitue un nouveau tournant dans la présence militaire française en Afrique. Le 31 décembre dernier, Alassane Ouattara a évoqué la rétrocession de la base de Port-Bouët occupée par le 43e BIMA aux forces armées ivoiriennes, impliquant le retrait des forces françaises en Côte d’Ivoire (FFCI).
- Depuis l’annonce de la fin de l’Opération Barkhane en 2022, le déploiement des forces armées françaises connaît un tournant en Afrique. En effet, les effectifs militaires français ont fortement diminué après le retrait des personnels stationnés au Mali, en Centrafrique et au Burkina Faso en février 2023. Parallèlement, la dénonciation des accords militaires scellés entre la France et le Niger, faisant suite au coup d’Etat orchestré par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, a initié un mouvement que le Tchad a suivi et que le Sénégal semble vouloir intégrer.
- Au-delà de l’annonce du président ivoirien, les échanges entre les forces françaises et ivoiriennes ne sont toutefois pas rompus. En effet, l’armée de l’Air et de l’Espace a déployé en novembre dernier plusieurs aéronefs afin de prendre part à un exercice aéroterrestre au profit de forces ivoiriennes.
- Par ailleurs, les enjeux sécuritaires en Afrique tels que le terrorisme et la présence d’acteurs concurents comme la Russie, la Chine ou l’Iran sont toujours d’actualité. Le CEMA a relevé la nécessité de garder des « relations avec les autorités militaires locales » et de « garantir des accès stratégiques par voie maritime et aérienne ».
- Le fait que les forces françaises stationnées au Sénégal devraient être réduites à cent personnes suscite des interrogations quant aux relations entre la France et les différents acteurs du continent Africain. A cela s’ajoutent les nouvelles motivations du président Bassirou Diomaye Faye. Lors de son discours prononcé à l’occasion du Nouvel An, il a affirmé vouloir mettre en œuvre une doctrine visant la mise un terme aux présences militaires étrangères au Sénégal dès 2025. Cette ambition a tout de même été nuancée par une volonté de continuer à mener à bien une coopération dite “ouverte, diversifiée et décomplexée” avec plusieurs partenaires stratégiques.(Opex360)
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ASIE
L’arrestation du président sud-coréen entravée par ses gardes du corps
Le 2 janvier 2025, les enquêteurs sud-coréens ont tenté sans succès d’arrêter l’ancien président Yoon Suk-yeol dans sa résidence à Séoul suite à sa tentative d’imposer la loi martiale le 3 décembre. Ils n’ont pas réussi en raison de l’intervention des gardes du corps présidentiels, qui continuent de le protéger et qui avaient déjà empêché plusieurs perquisitions des enquêteurs à son domicile. Les enquêteurs ont annoncé, après plus de cinq heures de tensions, suspendre l’opération lancée dans sa résidence de Séoul. Le bureau d’enquête sur la corruption des hautes personnalités, chargé de l’investigation pour “rébellion” contre le chef de l’Etat, a déclaré dans un communiqué “en ce qui concerne l’exécution du mandat d’arrêt aujourd’hui, il a été déterminé qu’elle était matériellement impossible en raison de l’impasse persistante. Les inquiétudes pour la sécurité du personnel sur place ont conduit à la décision d’interrompre l’exécution.” Yoon Suk-yeol a, pour sa part, promis de se « battre jusqu’à la fin » contre les autorités, tandis que son équipe d’avocats a de nouveau dénoncé un mandat d’arrêt « illégal et invalide ». Des partisans de Yoon Suk-yeol se sont mobilisés autour de sa résidence.
- Le bureau d’enquête sur la corruption des hautes personnalités a demandé ce mandat d’arrêt après que l’ancien président a omis de se présenter à trois convocations consécutives pour être interrogé.
- Le service de sécurité présidentiel, en invoquant le secret-défense, a empêché également les enquêteurs d’accéder au domicile et au bureau de Yoon Suk-yeol pour effectuer une perquisition. (Le Monde, BBC)
Discours de Nouvel An : Xi Jinping renforce son message face aux tensions autour de Taïwan
Dans son discours de Nouvel An, le président chinois Xi Jinping a déclaré que la réunification de la Chine avec Taïwan était inéluctable, adressant un message ferme à ceux que Pékin considère comme des partisans de l’indépendance, tant sur l’île qu’à l’étranger. Il a affirmé que “les Chinois des deux côtés du détroit de Taïwan font partie d’une seule et même famille. Personne ne peut rompre nos liens de sang et personne ne peut arrêter la tendance historique de la réunification de la mère patrie.”
- Ces déclarations surviennent dans un contexte de tensions croissantes concernant Taïwan. L’année 2024 a été caractérisée par des manœuvres militaires d’envergure dans la région et une forte pression exercée par les avions de chasse chinois.
- Plus tôt en décembre, la Chine a déployé un vaste contingent de forces navales autour de Taïwan ainsi que dans les mers de Chine orientale et méridionale, suite à l’escale de Lai Ching-te à Hawaï et sur le territoire américain de Guam, lors d’un voyage dans le Pacifique.
- Bien que Xi Jinping n’écarte pas la possibilité d’une réunification par la force, l’état actuel de l’armée chinoise suscite des interrogations. Cela est particulièrement vrai depuis la purge de plusieurs hauts responsables militaires dans le cadre de la campagne anti-corruption qu’il a initiée. Cette campagne, visant à lutter contre la corruption au sein de l’armée, a conduit à des déstabilisations au sein des rangs militaires. (NBC News, RFI)
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AFRIQUE DU NORD/ MOYEN-ORIENT
470 jours après le 7 octobre 2023: entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le Hamas et Israël
Le 15 janvier, le Qatar et les Etats-Unis (pays médiateurs des négociations) ont annoncé un accord de cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le Hamas. Le 18 janvier, le ministère de la Justice israélien a officiellement approuvé l’accord. La trêve est entrée en vigueur le 19 janvier, avec trois heures de retard liées à la publication de la liste des trois premières otages devant être libérées par le Hamas. L’accord comprend la libération de 33 des 98 otages initialement capturés par le Hamas. En contrepartie, Israël s’engage à libérer 1900 Palestiniens détenus dans les prisons du pays. Un désengagement progressif des forces armées israéliennes sur une phase initiale de six semaines et l’accès de camions d’aide humanitaire à la bande de Gaza sont également prévus. Cette phase initiale sera marquée par la libération progressive des otages, par l’intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). De nouvelles négociations débuteront le 16ème jour concernant la deuxième phase. Les trois premières otages détenues par le Hamas ont été remises au CICR le 20 janvier; en contrepartie, 90 otages palestiniens ont été relâchés par Israël.
- L’entrée en vigueur de la trêve intervient à la veille de l’investiture du président élu américain Donald Trump, le 20 janvier. Le New York Times relève la “collaboration remarquable” entre le président sortant, Joe Biden, et son successeur républicain, qui aurait permis de réunir les conditions de cet accord après de nombreuses tentatives échouées.
- Lors d’une intervention télévisée le 18 janvier, Benyamin Nétanyahou a précisé qu’« il s’agi[ssait] d’un cessez-le-feu provisoire » et qu’il se gardait « le droit de reprendre la guerre si besoin et avec le soutien des Etats-Unis ». Ces déclarations semblent destinées à rassurer une coalition parlementaire fragmentée par cet accord, avec la démission de trois ministres issus du parti Force Juive, dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. (Le Monde, Reuters , Courrier International, Reuters, Le Figaro)
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FRANCE
La discrétion des SNLE compromise par l’application Strava ?
Le 13 janvier, une enquête du journal Le Monde révélait que la base de l’île Longue, qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) français à Brest, présentait des failles de sécurité. Alors que les téléphones et objets connectés sont interdits, certaines montres connectées échappent aux procédures de contrôle. L’application Strava est alors au cœur de la polémique puisqu’elle rend visible les performances sportives de ses utilisateurs, et notamment leur géolocalisation. Conservant les données des sous-mariniers lorsqu’ils sont en patrouille en mer, elle les synchronise et les publie une fois qu’ils sont de retour à terre. En comparant les phases d’activité et d’inactivité des militaires, les observateurs peuvent ainsi identifier, voire anticiper, les dates de patrouille en mer des SNLE. Ils peuvent par ailleurs connaître l’identité des sous-mariniers, certains d’entre eux disposant d’un profil public.
- Alors que les SNLE sont la clé de voûte de la dissuasion nucléaire, Strava pourrait permettre à des compétiteurs stratégiques d’installer des dispositifs d’écoute lors de leur départ en patrouille. Faisant fuiter des données sensibles et classifiées, l’application californienne compromettrait ainsi leur discrétion et leur posture de dissuasion.
- Si la Marine nationale réfute la présence d’un « risque majeur », elle reconnaît une « situation problématique », tout en rappelant que de nombreuses mesures de sécurité sont prises lors des départs des SNLE.
- Bien que l’application continue de poser des défis sécuritaires, ce n’est pas la première fois que Strava est mise en cause. En 2018, le quotidien breton Le Télégramme publiait un premier article. A l’automne dernier, le Monde révélait également que les gardes du corps d’Emmanuel Macron ou de Joe Biden, usagers de Strava, laissaient fuiter des informations sur les déplacements des présidents. (Le Monde)
Simplification du recrutement de la réserve militaire
La procédure de recrutement de la réserve opérationnelle a été simplifiée et modernisée le 31 décembre 2024. Alors que les aptitudes médicales constituaient le principal critère, faisant des tests des capacités physiques et cognitives une priorité, la réforme met l’accent sur l’employabilité. Les exigences médicales sont désormais ajustées en fonction de la fiche de poste, permettant à un plus grand nombre de réservistes d’exercer une mission pour laquelle ils auraient été déclarés inaptes avec l’ancienne méthode.
- Ouvrant la voie au recrutement de nouveaux profils, la réforme a aussi été pensée pour réduire le nombre de réservistes déclarés inaptes et pour raccourcir le temps d’expertise médicale.
- Une expérimentation a été conduite entre août et juin 2024 auprès de 250 candidats. Les postes ont été répartis entre ceux qui ne tolèrent « aucune restriction d’emploi », ceux qui tolèrent « une limitation des aptitudes » et les postes sédentaires.
- Alors que les mutations du contexte stratégique nécessitent une augmentation du nombre de réservistes, une étude de l’IRSEM parue en avril dernier révélait que 47% des jeunes se déclaraient potentiellement prêts à rejoindre la réserve. (Minarm, IRSEM)
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VEILLE LÉGISLATIVE
PLF 2025 : le Sénat a adopté le budget de la défense conformément à la trajectoire de la LPM 2024-2030
Sujet d’inquiétude après la censure du gouvernement Barnier par l’Assemblée nationale à la fin de l’année 2024, l’examen du projet de loi de finances pour 2025 a repris au Sénat. Le samedi 18 janvier 2025, les sénateurs ont finalement adopté les crédits de la mission Défense, marqués par une augmentation de 3,3 Md€ pour atteindre 50,5 Md€ en 2025, soit une trajectoire conforme à la loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM).
- Le rapporteur spécial de la commission des finances, Dominique de Legge (LR), a toutefois souligné des faiblesses dans la gestion budgétaire de l’année passée. Par exemple, les reports de charge du ministère, passés de 3,9 Md€ en 2022 à 7 Md€ en 2024, constituent un point de vigilance ; concrètement, le ministère a reporté d’une année à une autre nombre de ses paiements, faisant ainsi rouler une forme de dette. Le rapporteur spécial a également indiqué que le ministère des armées ne lui avait pas fait parvenir « un chiffre des surcoûts supportés par les armées en 2024, dus à la situation en Nouvelle-Calédonie, au déploiement sur le front oriental de l’Otan en Europe, aux Jeux olympiques et paralympiques et en Ukraine », qu’il estime, de son côté, à 500 M€.
- Si les sénateurs de gauche se sont abstenus, ils soulignent toutefois qu’« alors que la loi du plus fort régit les relations entre les nations, il ne nous paraît pas raisonnable de faire l’économie de l’effort de réarmement national engagé par notre pays ». La vice-présidente de la commission de la défense et des affaires étrangères du Sénat, Hélène Conway-Mouret (PS), a néanmoins pointé les « insuffisances persistantes » du budget, notamment « [face à] la haute intensité » pour préparer l’économie de guerre.
- En réaction à l’adoption du budget de la défense par le Sénat, le ministre des armées, Sébastien Lecornu (RE), a déclaré sur X que : « Nos armées ont besoin qu’un budget soit définitivement voté, pour poursuivre notre réarmement dans un contexte sécuritaire durci. » (Public Sénat)
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VEILLE BITD
Les prises de commandes d’armement dépassent les 18 Mds d’euros en 2024
Plus de 18 milliards d’euros de prises de commandes ont été totalisées en 2024 auprès des entreprises de défense françaises. Une somme bien supérieure à celle de l’année précédente, qui s’élevait à 8,2 milliards d’euros. 2024 devient ainsi la deuxième meilleure année de prise de commande en export d’armement de l’histoire française, comme l’a souligné le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, le 7 janvier à l’occasion de ses vœux.
- Sur les 18 milliards d’euros, 10 milliards concernent des plateformes majeures, comme les Rafale (contrats avec l’Indonésie et la Serbie) et les sous-marins (quatre Black Sword Barracuda commandés par les Pays-Bas).
- Sébastien Lecornu a appuyé le fait qu’« exporter nos armes est vital pour développer notre BITD ». En plus de créer des emplois et de peser dans notre balance commerciale, l’export d’armement est une « condition de notre souveraineté ». Il permet en effet la viabilité des lignes de productions et le maintien d’un savoir-faire français en matière d’armement, en s’ajoutant aux commandes gouvernementales françaises. (Minarm, Opex360)
Merci aux membres du pôle qui ont participé à la rédaction de cette veille !
