Veille stratégique – Novembre 2019

Par Adam Galler et Claire Mabille

AMÉRIQUE

En Bolivie, la cheffe d’Etat par intérim Jeanine Añez a déclaré  le 15 novembre que l’ex-président Evo Morales pourrait rentrer dans son pays sous réserve de « répondre devant la justice » des irrégularités constatées lors du dernier scrutin présidentiel et d’accusations de corruption. Evo Morales s’est en effet exilé au Mexique suite à l’ampleur qu’ont prises les manifestations demandant sa démission et le ralliement de l’armée aux manifestants. Premier président indigène élu en Bolivie, au pouvoir depuis 2006, l’ex-président a laissé, en quittant son pays, un vide politique comblé rapidement par la vice-présidente du Sénat Jeanine Añez, élue de droite qui s’est autoproclamée présidente par intérim en attendant la tenue d’élections.

  • Coup d’Etat militaire ? Révolution populaire ?  Ce brusque changement de pouvoir en Bolivie fait débat. Tandis que certains analystes soulignent la dérive autoritaire de la Bolivie ces dernières années et le caractère volontaire de la démission d’Evo Morales, d’autres mettent l’accent sur le rôle joué par l’armée, sur les violences policières et sur le musellement des médias.
  • La personnalité de Jeannine Añez suscite des inquiétudes. Ses détracteurs lui reprochent des tweets racistes en 2013 (elle avait alors qualifié Evo Morales de « pauvre Indien accroché au pouvoir »). Son entrée dans le palais du gouvernement en saluant la « gloire de Dieu » avec une Bible à la main a fortement frappé les esprits

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AFRIQUE

A l’issue de la rencontre entre les ministres soudanais, égyptiens et éthiopiens, le président Donald Trump, sous l’égide duquel celle-ci se déroulait, a simplement déclaré qu’elle « s’est bien passée ». Néanmoins aucun communiqué n’a été diffusé pour confirmer que les tensions entre ces trois pays seraient en voie de résolution. Elles trouvent leur origine dans la construction par l’Ethiopie d’un barrage, nommé barrage de la Renaissance, sur le Nil bleu, principal affluent du Nil. Or le risque de conflit est réel : en effet, le Caire dépend à 90% du Nil pour son approvisionnement en eau. L’avancée des travaux est donc une menace pour ses capacités agricoles et pour les emplois qui en dépendent.

  • Outre la dimension conflictuelle liée à l’approvisionnement en eau, le conflit est également, selon le chercheur Alexandre Taithe, un « conflit de fierté », qui témoigne d’un changement de rapport de pouvoir dans la région. L’Egypte, historiquement la puissance forte de la région, voit d’un œil méfiant la transformation de l’Ethiopie en géant démographique et hydroélectrique.
  • Si le niveau de tension entre les deux pays est très élevé, la probabilité qu’un conflit ouvert ait lieu est faible.  D’une part l’armée égyptienne n’aurait pas les moyens de traverser le Soudan, et d’autre part l’Ethiopie est une puissance militaire aguerrie, en témoigne le long conflit avec l’Erythrée voisine.

Un chef de la rébellion hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) a été tué le 9 novembre par l’armée congolaise dans la région du Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Kinshasa déploie depuis deux mois des moyens diplomatiques et militaires dans cette région. Cette intervention de l’armée congolaise est la deuxième en moins d’un mois. En effet, en octobre déjà une offensive avait été menée contre les Forces démocratiques alliées (ADF), à majorité ougandaise. 

  • La région du Kivu est en proie à l’insécurité depuis 25 ans. Parmi les groupes armés qui y sévissent, deux en particulier créent de fortes tensions entre la RDC et ses voisins : les milices ougandaises des Forces démocratiques alliées (ADF) et les Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR). L’absence (jusqu’à récemment) d’intervention de l’armée congolaise pour les empêcher de sévir avait conduit le Rwanda et l’Ouganda à accuser la RDC de favoriser les milices leur étant hostiles.
  • Ce soudain revirement de la RDC en matière de sécurité peut être lu au prisme de la nomination de Xuang Xia comme envoyé spécial de l’ONU dans la région des Grands Lacs en janvier. Si la Chine avait  déjà des liens privilégiés avec les Etats de la région des Grands Lacs, la nomination de Xuang Xia lui offre la possibilité de promouvoir encore davantage ses intérêts dans la région. Pékin s’est en effet montré très intéressé par l’extraction des ressources minières présentes dans la région du Kivu. Or, le développement d’une industrie d’extraction est conditionné par la pacification de la région.

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 EUROPE

La France va participer à un projet européen de drone anti sous-marin dans le cadre de la Coopération Structurée Permanente  (CSP). Appelé MUSAS (Maritime Unmanned Anti-Submarine), ce programme consiste à développer un drone anti sous-marin devant « tirer parti des technologies de pointe et de l’intelligence artificielle » afin de « contrer les méthodes de déni des adversaires. ».  Le MUSAS renforcera la protection des infrastructures sous-marines à haute valeur ajoutée et celles des systèmes énergétiques installés en mer, en fournissant une réponse rapide avec des niveaux de force appropriés en cas d’intrusion ou de menace pour les lignes de communication maritimes. Ce programme sera coordonné par le Portugal.

  • La CSP est un cadre politique qui engage de façon contraignante les pays qui y souscrivent à augmenter leurs dépenses militaires et à coopérer sur des projets d’équipements opérationnels. Les projets  retenus peuvent être éligibles à un financement du Programme européen de développement de l’industrie de Défense, qui sera remplacé en 2021 par le Fonds européen de défense. Celui-ci est doté de 13 milliards d’euros pour la période 2021-2027.
  • Une troisième série de projets a également été récemment  validée par les ministres de la Défense des pays membres de la CSP. Au total, 47 projets ont déjà été lancés. La France est particulièrement engagée en la matière puisqu’elle participe à 60% d’entre eux. 

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PROCHE-ORIENT

La Turquie n’entend pas renoncer à déployer les systèmes de défense antimissiles russes S-400 achetés à Moscou, a déclaré le 14 novembre le président Recep Tayyip Erdogan. Malgré la proposition américaine d’une vente de missiles Patriot en alternative aux S-400, la Turquie n’a pas changé sa décision de se placer sous le parapluie russe.

  • Pilier oriental de l’OTAN depuis 1952, la Turquie a sidéré ses alliés en achetant à la Russie des batteries de missiles S-400, conçues à l’origine pour déchiffrer et abattre les avions de l’OTAN. Leur déploiement est un vrai casse-tête pour l’Alliance Atlantique, car il suppose la présence de techniciens militaires russes sur le sol turc, lesquels auront donc obligatoirement accès aux données captées par les puissants radars dont sont dotés les S-400. Moscou pourrait ainsi plus aisément percer certains secrets technologiques des équipements des pays de l’OTAN, notamment ceux du nouvel avion furtif américain F-35.

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RUSSIE

Après l’accord trouvé par le président russe et son homologue turc pour suspendre l’opération de la Turquie contre les milices kurdes syriennes, les forces aérospatiales russes viennent de s’établir à Qamichli, capitale du Kurdistan syrien, situé dans le nord-est de la Syrie. Selon Zvezda, l’une des principales chaîne de télévision russe, « C’est le premier groupe d’hélicoptères de combat russe dans le nord de la Syrie. Le moment est historique : notre groupe aérien sera désormais constamment présent dans l’aéroport de la ville de Qamichli » Leur protection au sol est assurée par un système antiaérien Pantsir S1 et un détachement de la police militaire russe.

  • Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les forces américaines seraient encore présentes non loin de Qamichli, précisément dans le secteur de Rmeilane, plus à l’est. Cela signifierait que Washington aurait donc décidé de maintenir une présence alors que la Russie étend son influence sur la Syrie. 

Comité de rédaction

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