Témoignage – Officier renseignement au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace

Coralie* est actuellement lieutenant au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace. Elle est of icier renseignement en escadron ,après avoir ef ectué un master 2 en gouvernance des Relations Internationales à l’IEP de Toulouse. Elle revient dans ce témoignage sur ce qui l’a poussée à tenter le concours des admissions sur titres pour intégrer l’armée de l’Air et de l’Espace, sur son parcours et ses fonctions actuelles. 

Peux-tu nous décrire ton parcours académique ? 

J’ai eu un parcours pour le moins éclectique ! J’ai tout d’abord fait une licence en langues étrangères appliquées, puis une première année en master en commerce international mais cela ne m’a pas plu. J’ai alors débuté une première année de master pour étudier les sciences politiques et enfin un master 2 à l’IEP de Toulouse en gouvernance des Relations Internationales. J’ai eu connaissance trop tard de l’admission sur titres pour intégrer le corps des officiers de l’armée de l’Air et de l’Espace, j’ai donc postulé en septembre 2018 à l’issue de mon master pour intégrer l’Ecole de l’Air et de l’Espace (EAE) près d’un an après ; le dossier est à renvoyer pour décembre, les décisions d’admissibilité en mars, l’oral d’admission en juin et la réponse en juillet. J’ai donc fait une année de prépa CPAG (Classe Préparatoire Administration Générale) pour « occuper » cette année de concours, dans le but de ne pas faire une année blanche. A l’issue de mon admission j’ai fait mes classes pendant un an à Salon-de-Provence à l’EAE et enfin neuf mois à Strasbourg au Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR) qui est maintenant situé à Creil. 

Savais-tu dès le début que tu te dirigeais vers une carrière militaire dans l’armée de l’Air et de l’Espace ou est-ce que cela s’est construit au fur et à mesure ? 

Je savais très tôt que je voulais faire carrière dans l’armée, mais je ne saurais pas du tout expliquer pourquoi ! Je n’ai aucun membre de mon entourage proche dans l’armée, mais dès mon plus jeune âge je me suis rapprochée de l’institution ; à 16 ans j’ai fait ma PMIP-DN et à 17 ans ma FMIR. Même si ma carrière était toute tracée pour moi, j’ai préféré avoir un bagage académique suffisant pour pouvoir occuper des postes à responsabilités. 

Pour être honnête, le choix de l’AAE a été influencé par les a priori sur les différents corps de l’Armée. L’armée de Terre était réputée pour être un milieu peu ouvert aux femmes et l’univers marin ne m’a jamais vraiment attirée, c’est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers l’AAE. 

Que t’a apporté ta scolarité à l’Ecole de l’air et de l’espace ? 

J’ai beaucoup apprécié mon année à Salon-de-Provence. On est directement intégrés dans une promotion de 140 personnes qui possèdent le même objectif mais qui viennent d’horizons différents et c’est très enrichissant sur tous les plans ! Les élèves officiers admis sur titres sont intégrés à la nouvelle promotion composée de « directs » (les étudiants qui font tout le cursus à l’AAE après deux années de classe préparatoire) et des « EMA » (les sous-officiers qui ont réussi la passerelle pour devenir officiers) qui apportaient leurs connaissances militaires. 

Les cours dispensés sont assez simples et généralistes pour ceux qui ont suivi un cursus à SciencesPo, il s’agit principalement de principes généraux sur l’organisation de l’armée, sur le commandement et les spécificités de l’AAE. Mais c’est aussi beaucoup de sport et beaucoup de « militaire » avec tout ce que cela comporte ! J’ai donc appris le maniement des armes, le combat, la rusticité et bien d’autres notions qu’on a pu mettre en pratique lors de « sorties terrain ». Pendant cette année on alterne

périodes académiques classiques et périodes sur le terrain. J’ai vraiment appris à me dépasser pendant ces périodes de mises en pratique de la vie du combattant et c’est ce que j’ai préféré ! J’ai fait environ une sortie d’une semaine sur le terrain tous les deux mois, et encore ma formation est tombée pendant la crise sanitaire. Ces expériences fortes et cette année en « internat » m’ont vraiment permis de nouer des relations fortes et j’en garde un très bon souvenir. 

A l’issue de ta formation à Salon-de-Provence tu as dû te former à ta spécialité, peux-tu revenir sur ta formation renseignement militaire ? 

A l’issue de cette année j’ai rejoint le CFIAR pour 9 mois afin de suivre la formation pour les officiers « rens ». La formation est décomposée en deux parties, la première période théorique revient sur l’organisation du renseignement dans les armées, des cours d’identification et de reconnaissance… Tout cela était un peu aride et plus scientifique que ce à quoi je m’attendais ! Nous sommes notés pendant huit mois en contrôle continu mais la mise en pratique lors de la deuxième partie de la formation m’a permis d’assembler ces différentes notions lors de d’exercices de préparation de missions, un savant mélange entre le partiel et le TP qui compte pour près de 60% de la note finale. 

Quelle est la spécificité de « rens » en escadron ? Peux-tu évoluer par la suite ? 

Être « rens » ne veut rien dire en soi, il y a tellement de spécialités ! Tout d’abord il y a trois niveaux pour le renseignement au sein de l’AAE : 

– Le premier niveau est celui du capteur, c’est la prise de renseignement qui se fait au niveau de l’escadron. Les officiers admis sur titres doivent obligatoirement passer par cet échelon et peuvent décider par la suite de passer au deuxième ou troisième échelon. 

– Le deuxième est l’échelon qui regroupe les informations au CRA (Centre Renseignement Air) situé à Lyon. 

– Le troisième et dernier c’est la DRM (Direction Renseignement Militaire), l’organe interarmées dont le centre de réflexion est à Paris. 

En fonction du niveau, un officier « rens » n’aura pas les mêmes missions. Mais ces missions peuvent varier au sein d’un même niveau en fonction du poste ou du vecteur exploité. 

Ce sont les missions du premier échelon qui m’intéressent le plus et pour moi ce niveau est essentiel pour pouvoir ensuite comprendre les informations aux autres niveaux. Je n’y ai pas encore passé beaucoup de temps mais j’aimerai rester en escadron pour garder cette proximité avec l’information et l’action. 

Est-ce que le métier correspond à tes attentes ? 

Pour l’instant oui, c’est exactement ce à quoi je m’attendais. Les officiers renseignement sont au service du personnel naviguant pour la préparation de mission, mon rôle c’est de faire en sorte que le PN (Personnel Navigant) puisse accomplir sereinement sa mission, c’est de dire que tel système sol-air est orienté de telle direction, de me renseigner sur l’ennemi et de connaître tout ce qui pourrait impacter la mission. 

Comme je le disais le métier de « rens » dépend aussi beaucoup du vecteur de l’escadron : un officier « rens » dans un escadron de Rafale pourra analyser des images qu’un Mirage n’aura pas forcément. De même pour les escadrons de drones qui ont encore des missions différentes. Mais il y a aussi d’autres missions transversales comme des briefings géopolitiques pour tenir les pilotes informés des grands enjeux stratégiques, les « rens » sont plus à même de fournir ces renseignements approfondis. 

Pour faire simple être « rens » c’est donner une information et la vérifier sans cesse. On a un rôle non seulement pour les personnels navigants et leurs missions mais également pour les autres échelons qui s’appuient sur notre relation directe au terrain pour être le mieux informé de la situation réelle.

*le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée 

Propos recueillis par Margaux Leyral, le 05/08/2021

Si vous souhaitez découvrir l’armée de l’Air pendant une année de césure, nous vous invitons à jeter un coup d’œil à notre témoignage sur les volontaires aspirants (VASP). Si votre avenir dans la grande famille de l’armée de l’Air est déjà tout tracé, nous vous invitons à lire notre article sur le concours d’officier aviateur en spécialité sciences politiques pour en connaître davantage sur les différentes voies d’accès au grade d’officier.

Comité de rédaction

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