Veille stratégique – Décembre 2021 (2/2)

FRANCE 

« Puissance, relance, appartenance », les maîtres-mots de la PFUE

Lors d’une conférence de presse le jeudi 9 décembre 2021, le président Emmanuel Macron a dévoilé son programme pour la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE) qui débutera le 1er janvier 2022, pour une durée de 6 mois. Emmanuel Macron souhaite  renforcer la place de l’Europe au rang des grandes puissances sur la scène internationale, et insiste notamment sur la nécessité de définir une « souveraineté stratégique européenne ». Il y est notamment question de l’Europe de la défense, de l’intégration ou non des Balkans dans l’UE, d’immigration et de sécurité aux frontières, de la place de l’Europe dans le marché du numérique, de relance économique et d’aide au développement, ainsi que du sentiment d’appartenance à l’UE. Néanmoins, il est à noter qu’une majorité de ces sujets sont déjà travaillés au niveau européen et, qu’à travers la PFUE, le président français prépare le terrain pour les prochaines élections présidentielles.

  • Emmanuel Macron souhaite que la PFUE permette d’avancer sur la politique de défense commune, en définissant une boussole stratégique. A ce titre, le Président français appelle les Européens à se réengager auprès des Balkans, interrogeant notamment leur possible intégration à l’UE et insistant sur la lutte contre les interférences des puissances régionales (Russie, Turquie). Enfin, pour assurer la sécurité des citoyens européens et relever le défi migratoire, Macron souhaite la mise en place d’un pilotage politique de Schengen afin de mieux organiser la gestion des migrations et de protéger les frontières européennes.
  • Si l’Europe veut être puissante, elle doit également s’engager dans le numérique. Emmanuel Macron déplore qu’aucune entreprise européenne ne figure parmi les dix plus grandes entreprises de la tech. Pour y remédier, il propose de soutenir le développement de champions européens du domaine à travers la création de fonds européens et d’un « marché intégré du numérique », tout en continuant à taxer les multinationales comme les géants du numérique.
  • Par ailleurs, l’UE doit participer activement à la relance de l’économie européenne tout en renforçant son aide aux pays en développement. Ainsi, le président français propose dans un premier temps de repenser le cadre budgétaire de Maastricht qu’il considère comme dépassé en raison de la pandémie. En outre, il propose un « new deal économique et financier » avec le continent africain, afin de renforcer la coopération entre l’UE et l’Afrique.
  • Enfin, le président français souhaite créer davantage de sentiment d’appartenance à l’UE auprès des citoyens européens. Tout d’abord, il veut créer une académie d’Europe chargée d’écrire une histoire européenne, de proposer des actions et projets culturels et de lutter contre les « révisionnismes ». En outre, Macron propose la mise en œuvre d’un service civique européen de six mois ouvert à tous les jeunes de moins de 25 ans à travers un échange universitaire, un stage, un apprentissage ou une action associative.

La France visée par une campagne d’hameçonnage attribuée au groupe d’attaquants Nobelium

Dans un rapport publié le lundi 6 décembre 2021, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) attribue le mode opératoire d’une série de cyberattaques par hameçonnage (phishing) au groupe de menaces avancées persistantes (advanced persistant threat – APT) Nobelium. Les attaquants auraient ciblé des entités françaises, notamment des diplomates et des organisations publiques, afin de compromettre leur compte de messagerie et d’envoyer, à partir de ces comptes, des courriels piégés à des institutions étrangères. En outre, l’ANSSI rappelle que Nobelium est connu pour son cyberespionnage : le groupe cherche en effet à collecter les informations stratégiques, industrielles et gouvernementales en s’infiltrant dans les systèmes informatiques des victimes.

  • Le groupe APT Nobelium, aussi connu sous le nom de Cozy Bear et APT 39, est particulièrement connu pour son opération de cyberespionnage contre le logiciel Orion de l’entreprise américaine SolarWinds en décembre 2020. En injectant du code malveillant embarqué dans les mises à jour officielles d’Orion, le groupe de cybercriminels était parvenu à accéder aux réseaux informatiques des clients de SolarWinds, notamment des administrations américaines.
  • Les Etats-Unis ont attribué Nobelium au SVR, une des branches du renseignement militaire russe. En raison de ce piratage, le président Biden avait imposé des sanctions financières contre la Russie et expulsé des diplomates russes en avril 2021. Microsoft avait ensuite averti en octobre 2021 que Nobelium menait une nouvelle offensive contre des organisations européennes et américaines.
  • La France, contrairement à ses alliés comme les Etats-Unis, n’adopte pas une politique d’attribution formelle des cyberattaques dont elle est victime. Néanmoins, la mention du groupe d’attaquants soupçonné n’est pas anodine, et c’est la raison pour laquelle l’ANSSI n’a fait qu’attribuer le « mode opératoire » des attaquants à Nobelium.

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EUROPE

L’Union européenne sanctionne le groupe paramilitaire russe Wagner

Le 13 décembre dernier, les vingt-sept ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont pris des mesures à l’encontre de huit individus liés à la société militaire privée Wagner. Parmi eux, on trouve le fondateur du groupe, Dimitri Outkine, et plusieurs de ses collaborateurs, dont l’actuel conseiller pour la sécurité du président centrafricain, Valery Zakharov. Tous sont accusés de graves atteintes aux droits de l’homme, dont des actes de torture et des exécutions et meurtres extrajudiciaires sommaires ou arbitraires, ou des activités de déstabilisation en République Centrafricaine (RCA), en Libye, en Syrie et en Ukraine, au profit du Kremlin. En outre, trois sociétés liées à Wagner impliquées dans l’exploitation d’hydrocarbures en Syrie, à savoir Evro Polis, Mercury et Velada, ont également été sanctionnées. L’objectif de cette décision est, d’après le communiqué émis par les Vingt-Sept, de « défendre ses [Union européenne] intérêts et ses valeurs dans son voisinage et au-delà, et à prendre des mesures concrètes contre ceux qui menacent la paix et la sécurité internationales et enfreignent le droit international ». Le 14 décembre, la Russie a accusé l’Union européenne d’« hystérie » dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Celle-ci témoignerait de « la jalousie de certaines anciennes métropoles européennes à l’égard des Etats d’Afrique et du Moyen-Orient ». Quant au chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, il a affiché son soutien à l’initiative européenne.

  • L’interdiction des sociétés paramilitaires par le Code pénal russe a longtemps été un argument brandi par la Russie pour nier les mises en cause du groupe Wagner. Aujourd’hui, la Russie reconnaît la présence de ces groupes, et juge acceptable leurs activités tant qu’elles n’enfreignent pas la loi russe. Ces sanctions sont donc peu susceptibles de faire évoluer le Kremlin sur ce sujet.
  • Cependant, ces sanctions pourraient décourager d’autres pays à recourir aux services du groupe Wagner. C’est en ce sens que l’UE a également approuvé un régime de sanctions liées au Mali, sans toutefois cibler d’individus en particulier, en réaction au rapprochement de la junte militaire malienne de la SMP russe depuis septembre dernier.

Sommet du Partenariat oriental à Bruxelles

Le mercredi 15 décembre se tenait à Bruxelles le sommet du Partenariat oriental, portant sur la politique de voisinage de l’Union Européenne à destination des pays d’Europe de l’Est et du Caucase. La rencontre s’est tenue dans un contexte géopolitique particulièrement chargé à l’est de l’Europe, marqué par des tensions à la frontière russo-ukrainienne entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (tous deux membres du Partenariat oriental) après la guerre du Haut-Karabagh, et par la crise migratoire provoquée par la Biélorussie.A l’issue du sommet, une déclaration commune a été publiée, dans laquelle les dirigeants européens s’engagent à mettre en place un plan d’investissement de 2,3 milliards d’euros. Le sommet a été en outre l’occasion de réaliser plusieurs rencontres d’importances. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a organisé un échange trilatéral entre le président azéri Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan pour évoquer la relation entre les deux pays du Caucase. Par ailleurs, le président ukrainien, Volodymyr Zelenski, s’est entretenu avec ses homologues français et allemand dans un format « Normandie 3 » (c’est-à-dire sans la Russie) pour discuter des tensions à la frontière est de l’Ukraine. 

  •       Le Partenariat oriental est un projet de l’Union européenne lancé en 2009 visant à développer ses liens avec six pays de l’ancienne Union soviétique : l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine. 
  •       Le 28 juin 2021, la Biélorussie a annoncé la suspension de sa participation au Partenariat oriental en réaction à la crise qui l’oppose à l’UE. Le président biélorusse, Alexander Loukachenko, n’a donc pas participé au sommet du 15 décembre.

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AFRIQUE

Burkina-Faso : démission du gouvernement 

Alors que le Burkina Faso n’arrive pas à faire face aux attaques djihadistes récurrentes qui endeuillent le pays, le Premier ministre burkinabé, Christophe Dabiré, a remis sa démission, mercredi 8 décembre, entraînant celle de son gouvernement. Cette décision fait suite au drame d’Inata, le 14 novembre, où 53 gendarmes au moins ont été tués dans leur base lors d’une attaque terroriste, alors qu’ils n’avaient plus de provisions depuis deux semaines par manque de ravitaillement. Les autorités burkinabées, qui ont reconnu des « dysfonctionnement inacceptables », étaient plus que jamais sous le feu des critiques. 

Mali : Départ de l’armée française du nord du Mali et annulation du déplacement d’Emmanuel Macron à Bamako

L’armée française a achevé de se retirer des trois bases qu’elle occupait dans le nord du Mali le 14 décembre, conformément à la transformation de l’opération Barkhane annoncée par le président de la République le 10 juin dernier. Désormais, les Forces armées maliennes (FAMa) et la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) sont seules chargées d’assurer la sécurité dans les villes autrefois protégées par la force Barkhane, ce qui fait craindre un vide sécuritaire et exacerbe les tensions entre le Mali et la France.

  • Le Mali accuse en effet la France de l’avoir « abandonné en plein vol » en décidant, sans prévenir, de réduire ses effectifs sur place. De son côté, la France presse la junte d’organiser des élections et de rendre le pouvoir aux civils, alors qu’une possible intervention du groupe paramilitaire russe Wagner la préoccupe. 
  • L’annulation de la visite du président français à Bamako, prévue pour les 20 et 21 décembre, intervient donc dans un contexte tendu ; cependant, les autorités françaises ont mis en avant des raisons sanitaires liées au Covid-19 pour expliquer cette annulation. Le média Africa Intelligence affirme de son côté que l’annulation du déplacement du président français serait liée à un désaccord de protocole, les autorités maliennes ayant refusé le format proposé par Paris. 
  • Le Mali est également un sujet de préoccupation de la Communauté économiques des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui exige des élections le 27 février 2022, comme convenu initialement, et menace la junte malienne de nouvelles sanctions si elle ne présente pas de plan pour la tenue de ces élections avant le 31 décembre.

Sommet Turquie – Afrique : l’extension de l’influence turque en Afrique par le biais de la défense

Les 17 et 18 décembre derniers se tenait le troisième sommet Turquie-Afrique à Istanbul. Une quarantaine de hauts responsables africains, dont treize chefs d’Etat et deux Premiers ministres, se sont réunis sous l’égide du président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour discuter du renforcement des coopérations économique, sécuritaire et culturelle mises en place ces dernières années par Ankara. Le sommet s’est conclu par la signature d’une feuille de route 2022-2026 déterminant les grands axes de travail. Elle prévoit de tripler le volume commercial annuel des échanges entre la Turquie et le continent. Ankara mise notamment sur la vente d’équipements militaires et de formation pour atteindre cet objectif. Outre l’envoi de 15 millions de doses de vaccins contre le coronavirus à destination des pays d’Afrique, le président turc a également annoncé l’ouverture de nouvelles ambassades, afin de porter leur nombre à 49 (contre 43 actuellement) sur les 55 pays de l’Union africaine. Un sommet similaire est prévu pour 2024 en Afrique.

  • La présence turque en Afrique à travers la vente de matériel de défense s’est accélérée depuis septembre dernier, notamment grâce aux drones de combat TB2 de la société Bayraktar. Le Maroc et la Tunisie ont commandé leurs premiers drones en septembre. L’Angola devrait emboîter le pas. En août, la Turquie a signé un accord de coopération militaire avec le Premier ministre d’Ethiopie, Abiy Ahmed, et a participé à la modernisation de l’armée togolaise. Ankara possède déjà une base militaire en Somalie.
  • Le volume d’échanges entre la Turquie et l’Afrique est passé en 20 ans de 5,4 milliards de dollars à 25,3 milliards en 2020.

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AMERIQUE

Le budget de défense américain 2022 s’élève à 740 milliards de dollars

Le budget de défense américain de l’année 2022 a été voté par le Sénat le mercredi 15 décembre. S’élevant à 740 milliards de dollars, il accroît de 24 milliards de dollars le budget initialement demandé par la Maison Blanche. L’autorisation d’engagement comprend notamment une hausse de 2,7% du salaire des militaires en 2022, l’acquisition de 12 nouveaux chasseurs F/A-18E/F Super Hornet par l’US Navy, et l’acquisition de 48 nouveaux F-35A ainsi que de 17 exemplaires supplémentaires du F-15EX de Boeing (au lieu des 12 initialement validés) par l’US Air Force. La Pacific Deterrence Initiative reçoit de son côté 2 milliards supplémentaires par rapport à la demande initiale déposée par le président Biden (portant ainsi le budget de l’initiative à 7,1 milliards). Le budget dédié au soutien militaire à l’Ukraine a également été augmenté de 50 millions de dollars, et le budget de la European Deterrence Initiative a été porté à 4 milliards.  

  • L’accroissement du budget dédié à la Pacific Deterrence Initiative fait de la zone pacifique la première en termes de dépenses, soulignant l’évolution des priorités stratégiques américaines. 

Publication d’un rapport sur le programme Coast Guard Polar Security Cutter (PSC)

Le Coast Guard Polar Security Cutter (PSC) un programme ayant pour objectif de remplacer la flotte vieillissante de brise-glaces américains. La flotte actuelle de larges brise-glaces est composée du Polar Star et du USCGC Healy (qui est le plus grand et le plus techniquement avancé des brise-glaces de la United States Coast Guard). L’objectif du programme est de les remplacer par trois Polar Security Cutter et trois Arctic Security Cutters. Le rapport propose d’accorder un budget de 170 millions de dollars pour l’année 2022 au programme afin de financer l’acquisition du troisième PSC (les deux premiers ayant été entièrement financés par le budget de 2021). 

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ASIE

Des importants délais de livraisons seront à prévoir dans le cadre du partenariat Aukus

Trois mois après l’annonce de l’alliance Aukus et du contrat de livraison de sous-marins américains à la flotte australienne, les avancées dans le partenariat anglo-saxon sont maigres et les délais de livraison impressionnants.  « Il n’y a ni design, ni prix, ni contrat. La seule certitude, c’est que nous n’aurons pas de nouveaux sous-marins avant vingt ans et que leur coût sera bien plus élevé que ceux de la conception française », déclarait déjà l’ancien Premier ministre australien Malcolm Turnbull le 29 septembre dernier. Depuis, les trois pays de l’alliance ont conclu un accord autorisant « l’échange d’information sur la propulsion nucléaire navale », sans poursuivre par d’autres moyens leur coopération. 

Les deux chantiers navals américains produisant le modèle de sous-marins devant être livrés à l’Australie (les Virginia) tournent à plein régime et les autorités américaines refusent à l’heure actuelle d’ouvrir un nouveau site.  La livraison des premiers appareils ne pourrait donc avoir lieu que durant la décennie 2040. 

  • L’Australie risque de se retrouver avec une des flottes les plus vieillissantes de la région. Canberra dispose à l’heure actuelle de seulement six sous-marins Collins qui devaient initialement cesser leur activité en 2026. Le gouvernement avait décidé au mois de juin dernier la modernisation de ces appareils pour les faire durer jusqu’à 2038, mais la livraison des submersibles américains semble peu probable à cette date. 

Décès du chef de l’état-major de l’armée indienne dans un accident d’hélicoptère

Le général Bipin Rawat, chef de l’état-major de l’armée indienne, est mort le 8 décembre 2021 dans un accident d’hélicoptère dans le sud de l’Inde avec son épouse et 12 autres personnes. Les réactions à cet évènement ont été nombreuses et beaucoup sont ceux en Inde à penser qu’il ne sera pas facile de lui trouver un successeur. Le ministre américain de la Défense, Lloyd Austin, a qualifié Bipin Rawat « d’ami et de partenaire des Etats-Unis », qui « a largement participé à bâtir le partenariat américano-indien sur la Défense ».

Une enquête a été ouverte par le Parlement indien pour tenter de déterminer les causes de l’accident de l’hélicoptère Mi-17V5 de l’Indian Air Force (IAF) de fabrication russe.

  • Le général Rawat avait rejoint l’armée en 1978 et s’était illustré dans sa carrière pour avoir affaibli une insurrection séparatiste à la frontière nord-est de l’Inde. De 2017 à 2019 il a été chef de l’armée de terre et était devenu à partir de 2019 le premier chef de l’état-major indien, un poste créé afin d’améliorer la coordination entre les différents corps de l’armée indienne. Il était un proche de l’actuel premier ministre indien Narendra Modi. 

Condamnation de l’ancienne cheffe d’Etat de la Birmanie par la junte militaire au pouvoir 

Le 6 décembre dernier, après des mois de procès, l’ex-dirigeante birmane et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi , a été condamnée à quatre ans de détention, une peine ramenée ensuite à deux années, pour incitation aux troubles publics et de violation des règles sanitaires liées au Covid-19. 

L’ancienne dirigeante s’était opposée au coup d’Etat du 1er février et avait été immédiatement arrêtée par le régime. Elle est depuis détenue dans un lieu secret. 

  • Aung San Suu Kyi avait été inculpée pour incitation aux troubles publics après deux déclarations émises au mois de février dernier par son parti, la NLD (La Ligue Nationale de la Démocratie), qui avait remporté les élections générales de novembre 2020. Elle appelait notamment les autres pays à ne pas reconnaître la légitimité de la junte militaire nouvellement au pouvoir. 
  • Aung San Suu Kyi est sous le coup de nombreuses autres inculpations et est accusée de corruption, de fraude électorale ou de violation des lois sur les télécommunications. Elle risque pour cela des peines de plusieurs centaines d’années de détention. 

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RUSSIE/NEI

Discussions entre les présidents Biden et Poutine

Les présidents américain et russe ont échangé par visioconférence le mardi 7 décembre. Cette discussion entre Joe Biden et Vladimir Poutine intervient sur fond de tensions à la frontière entre la Russie et l’Ukraine où Moscou a massé plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Après un entretien de plus de deux heures, les deux parties ont publié leur propre communiqué de presse. Le communiqué du Kremlin souligne que la plus grande partie des discussions a porté sur la situation « interne à l’Ukraine » et « l’absence de progrès dans la mise en œuvre des accords de Minsk ». De plus, il est précisé que la Russie est préoccupée par les « actions provocatrices de Kiev contre le Donbass ». De son côté, le communiqué de la Maison Blanche note que « Joe Biden a exprimé l’inquiétude des Etats-Unis et de ses alliés européens concernant la montée en puissance des forces russes autour de l’Ukraine ». En cas d’une « escalade militaire », les Etats-Unis et leurs alliés réagiraient par des « mesures économiques fortes ». Par ailleurs, le président américain a « réitéré son soutien à l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Une conférence de presse menée par le conseiller du président américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, est venue préciser ces éléments. Les Etats-Unis considèrent que « chaque pays doit pouvoir disposer du droit de choisir ses alliances militaires », ce qui semble exclure le retrait de la promesse, faite lors du sommet de l’OTAN de Bucarest en 2008, que l’Ukraine rejoindrait un jour l’alliance atlantique.

  •       Il s’agit de la seconde « rencontre » entre Joe Biden et Vladimir Poutine, la dernière ayant eu lieu le 16 juin dernier à Genève, dans un contexte également tendu à la frontière ukrainienne.
  •       Les accords de Minsk ont été signés en février 2015 sous l’égide de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine (soit dans le cadre d’un format « Normandie »). Visant à mettre fin à la guerre dans le Donbass, le cessez-le-feu qu’ils ont instauré n’est que partiellement respecté – un échec dont les deux Etats se rejettent mutuellement la faute.

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

Peu d’avancées dans les négociations sur le programme nucléaire iranien

Réunis depuis le 29 novembre à Vienne, les pays signataires de l’accord de 2015, c’est-à-dire la Chine, la Russie, la France et l’Allemagne, tentent de faire revivre l’Accord de 2015 sur le nucléaire iranien (JcPoA). Si les discussions piétinent, un progrès notable a été permis par la Russie, en marge des discussions. En effet, l’Iran a autorisé les inspecteurs de l’AIEA (Agence Internationale d’Energie Atomique) à remplacer les caméras permettant de surveiller Karaj, l’un des sites de son programme nucléaire. Néanmoins, les données seront conservées par l’Iran tant qu’un accord n’aura pas été conclu à Vienne.

  • Cette impasse est principalement due aux nouvelles demandes iraniennes ainsi qu’à l’incertitude concernant la levée des sanctions américaines. D’une part, les Etats Unis ne sont pas présents officiellement à la table des négociations depuis leur retrait de l’accord en 2018. D’autre part, les précédentes négociations avec l’Iran avaient été interrompues en juin avec l’élection du président iranien ultra-conservateur Ebrahim Raisi.
  • Téhéran est soupçonné de poursuivre son programme de fabrication de bombes nucléaires. L’Iran a installé 164 centrifugeuses IR-6 permettant d’enrichir l’uranium bien au-delà des limites de l’accord de 2015. Pour les diplomates européens, un accord doit être trouvé le plus rapidement possible, puisque les avancées iraniennes risquent de rendre l’accord obsolète.

Visite du Premier ministre israélien aux Emirats Arabes Unis

Dimanche 12 décembre, le Premier ministre israélien Naftali Bennett s’est rendu au Emirats Arabes Unis (EAU) pour s’entretenir avec le cheikh Mohammed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi. Cette visite inédite vise à « renforcer les liens entre les deux pays » et à discuter des « enjeux économiques et régionaux ».  En effet, plusieurs accords ont été signés entre Israël et les EAU depuis la normalisation de leurs relations en 2020, notamment dans les domaines du tourisme et de l’aviation. Les Emirats et le Bahreïn avaient été les premiers pays arabes du Golfe à normaliser leurs relations avec Israël en 2020. De plus, une ambassade à Abou Dhabi ainsi qu’un consulat à Dubaï ont été ouverts en juin par la diplomatie israélienne, les EAU faisant de même à Tel-Aviv.

  • Si ce voyage a officiellement pour but de renforcer les relations commerciales entre Israël et les EAU, le programme nucléaire iranien a aussi été évoqué. Alors que des négociations sont en cours pour faire revivre l’accord sur le nucléaire, Israël s’inquiète de la progression iranienne en matière d’armes nucléaires. Ces craintes ont été renforcées par le récent rapprochement entre les EAU et l’Iran. En effet, le président iranien Ebrahim Raisi a rencontré des officiels émiratis début décembre, ce qui constitue une première depuis la rupture des relations diplomatiques en 2016.

Cette veille a été rédigée par Claire, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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