Veille stratégique – Avril 2025 1/2

EUROPE

Tendances scientifiques et technologiques 2025-2045 : vers une nouvelle ère de compétition et d’innovation

Le 9 avril, l’Organisation OTAN pour la science et la technologie (STO) a publié le premier volume de son rapport « Tendances Scientifiques et Technologiques 2025-2045 ». Ce document met en évidence six grandes tendances qui dessinent l’avenir stratégique de l’OTAN dans un contexte de compétition croissante entre puissances, d’évolution de la confiance du public et d’intégration rapide de technologies émergentes et de rupture (dont l’intelligence artificielle, le quantique et la biotechnologie). Destiné aux décideurs civils et militaires, ce rapport (Volume 1) offre une vue d’ensemble des enjeux liés à l’investissement dans l’IA, aux arbitrages nécessaires pour maintenir la supériorité technologique et à l’importance d’une vision à long terme pour la défense de l’Europe. Sa table des matières couvre notamment l’introduction des grandes tendances, une analyse détaillée de chacune (comme la course à l’IA et aux technologies quantiques ou l’érosion de la confiance du public), et se conclut sur les implications pour la sécurité collective et la préparation de l’Alliance à l’horizon 2045. Le rapport précise également que ces analyses ne reflètent pas nécessairement les positions officielles de l’OTAN ou de ses Alliés, mais visent à éclairer les orientations stratégiques futures.

  • Le rapport souligne que la compétition technologique est devenue un élément clé de la rivalité géopolitique. Les travaux de la STO montrent combien l’adoption de l’IA et du quantique peut transformer l’économie, la défense et la société, tout en posant des questions éthiques, juridiques et opérationnelles.
  • Les pays capables de maîtriser ces technologies – ainsi que la biologie de synthèse – auront un avantage décisif en matière de résilience et de sécurité économiques. En parallèle, la dépendance accrue au secteur privé complexifie le cadre stratégique et soulève des défis de souveraineté.
  • Depuis plusieurs décennies, la supériorité scientifique et technologique alimente l’équilibre des forces, particulièrement dans le domaine de la dissuasion. L’OTAN et ses partenaires ont déjà tiré parti de l’innovation pour maintenir une posture de défense robuste.
  • Les précédents rapports sur les tendances S&T montraient une progression rapide de la compétition stratégique dans les domaines du cyber, de l’espace et, plus récemment, de l’IA. Aujourd’hui, l’essor de la biotechnologie et du quantique accentue encore ces dynamiques.
  • L’arrivée de systèmes d’armes autonomes et d’approches hybrides a déjà suscité des débats sur le plan éthique, la réglementation et la sécurité collective, ouvrant la voie à de nouveaux défis pour les années à venir.
  • Les responsables politiques et militaires devront envisager divers scénarios de crise, allant de la guerre de l’information à la militarisation accrue de l’espace, tout en intégrant les risques liés au climat et à la pénurie de ressources technologiques critiques.
  • Les besoins en données massives et en infrastructures de stockage, le recrutement de talents spécialisés et la gestion de la propriété intellectuelle deviendront des facteurs essentiels de la supériorité militaire et économique. (OTAN)

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AMÉRIQUES

La Défense réorganise ses effectifs civils et déploie de nouveaux ajustements budgétaires

Le Département de la Défense (DoD) a lancé de nouvelles directives pour transformer sa main-d’œuvre civile, visant à simplifier ses opérations et aligner chaque fonction sur les priorités stratégiques. Un mémo du secrétaire adjoint à la Défense, Stephen Feinberg, insiste sur l’élimination des redondances, l’intégration de l’automatisation et la contribution directe de chaque poste à l’état de préparation opérationnelle. L’initiative comprend une réduction des fonctions dupliquées, une rationalisation hiérarchique et la réaffectation des budgets vers les résultats opérationnels. Ces mesures visent à créer une structure plus agile face aux enjeux de sécurité actuels. Parallèlement, le Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé des coupes budgétaires de 51 milliards de dollars ciblant les inefficacités internes pour rediriger les ressources vers des domaines stratégiques prioritaires. L’objectif est de soutenir l’innovation technologique et renforcer les capacités de combat. Cette démarche traduit un engagement double : optimiser la performance de la main-d’œuvre civile et maintenir une discipline budgétaire rigoureuse. Ces réformes préparent le DoD à affronter un paysage de défense en constante évolution.

  • La refonte de la main-d’œuvre civile vise à éliminer les redondances et intégrer l’automatisation pour améliorer la réactivité opérationnelle, nécessitant une adaptation profonde des mentalités.
  • La réduction des niveaux hiérarchiques favorise des décisions plus rapides en déléguant davantage aux échelons inférieurs, tout en posant des défis pour la supervision traditionnelle.
  • Les coupes budgétaires de 51 milliards reflètent une volonté de recentrer les investissements sur des secteurs stratégiques, soulevant des questions sur les ressources disponibles pour les fonctions de soutien.
  • Ces initiatives signalent une transition vers une structure de défense plus légère combinant innovation, agilité et discipline financière pour maintenir l’excellence militaire. (Defense News, Defense Gov)

Le Congrès approuve un coup de pouce de 150 milliards de dollars pour la défense

Le Congrès a adopté une résolution budgétaire républicaine accordant jusqu’à 150 milliards de dollars supplémentaires pour la défense, suite à des votes serrés de 216-214 à la Chambre et 51-48 au Sénat. Cette adoption déclenche un processus de réconciliation qui facilitera l’approbation législative des futures mesures associées. Dans le détail, la résolution autorise la Commission des services armés de la Chambre à augmenter le déficit fédéral de 100 milliards de dollars, tout en accordant au Sénat une enveloppe de 150 milliards destinée à moderniser les équipements militaires. Ces fonds seront dirigés vers six priorités stratégiques, notamment la défense antimissile, la construction navale et le développement de chasseurs de nouvelle génération. Cette augmentation budgétaire pour la défense s’inscrit dans un contexte fiscal complexe, puisque le Congrès prévoit simultanément de réduire les dépenses fédérales de 1,5 milliard de dollars tout en relevant le plafond de la dette. Les réductions d’impôts instaurées sous l’administration Trump seront par ailleurs maintenues, créant une tension supplémentaire sur les finances publiques. Des obstacles potentiels subsistent toutefois : les analystes soulignent que les divergences entre les plans budgétaires de la Chambre et du Sénat risquent de retarder l’allocation effective des fonds. Quant à la mise en œuvre, les experts de l’industrie anticipent un déploiement progressif, avec des contrats s’étalant sur quatre ans et un financement global réparti sur une décennie, permettant ainsi une modernisation graduelle des capacités militaires tout en maintenant une gestion contrôlée du déficit.

  • Le processus de réconciliation facilite l’adoption des priorités de défense, renforçant cependant le clivage partisan sur les mesures fiscales. Il assure une approbation rapide mais expose des divisions qui pourraient compliquer les réformes budgétaires.
  • Le supplément de 150 milliards de dollars révèle une reconnaissance bipartite des besoins en modernisation, malgré les inquiétudes sur l’expansion du déficit. Ce financement pourrait être crucial pour l’innovation militaire mais exige une gestion financière prudente.
  • La répartition des fonds sur six priorités offre l’opportunité de moderniser des secteurs vitaux comme la défense antimissile et la construction navale, tout en posant des défis de coordination. La diversité des investissements complexifie les arbitrages entre domaines stratégiques.
  • La réduction prévue de 1,5 milliard de dollars de dépenses fédérales, associée au maintien des réformes fiscales, pourrait créer des tensions dans d’autres secteurs. Cette approche témoigne d’une volonté de discipline budgétaire, mais soulève des questions sur l’impact à long terme pour les programmes sociaux et économiques. (Breaking Defense, NPR)

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RUSSIE/ NEI

Poursuite des négociations bilatérales entre la Russie et les Etats-Unis au sujet de la résolution de la guerre en Ukraine

Après plusieurs tentatives de négociations en Arabie Saoudite, les négociations bilatérales au sujet d’une résolution du conflit en Ukraine se sont poursuivies, cette fois-ci directement en Russie. Celles-ci ont lieu alors que les chefs d’Etats européens avaient rappelé en février dernier qu’elles ne pouvaient se tenir sans les Ukrainiens, ni sans leur participation. La Chine avait quant à elle réaffirmé que ces négociations devaient être multilatérales. Le 24 mars 2025, les négociations s’étaient poursuivies à Riyad en Arabie Saoudite. Plus récemment, ​le 11 avril 2025, Steve Witkoff, envoyé spécial du président américain Donald Trump, a rencontré le président russe Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg pour discuter des « aspects d’un règlement ukrainien ». La réunion, qui a duré plus de quatre heures, s’est tenue à la bibliothèque présidentielle et a été confirmée par le Kremlin via une photo officielle des deux hommes se serrant la main. Avant cette rencontre, Witkoff s’était entretenu avec Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Poutine pour les investissements internationaux. Ce dernier a été nommé à son poste en février 2025 et est également directeur du fonds souverain russe RDIF. Dmitriev a qualifié les discussions de « productives », sans que le porte-parole du Kremlin ne souligne d’avancées majeures après les discussions.

  • Les pourparlers surviennent alors que les négociations bilatérales russo-américaines sur un cessez-le-feu en Ukraine semblent se crisper. Le président Trump, exprimant son impatience, a exhorté Moscou à « passer à l’action » et a menacé d’imposer des sanctions secondaires aux pays achetant du pétrole russe si la Russie ne progresse pas sur un accord de paix .​
  • De son côté, Poutine s’est déclaré prêt à accepter un cessez-le-feu total, mais a posé des conditions strictes : l’Ukraine ne doit pas adhérer à l’OTAN, son armée doit être limitée, et la Russie doit obtenir le contrôle total des quatre régions ukrainiennes qu’elle revendique, même si elle ne les contrôle pas entièrement . Le Kremlin estime que sa position militaire actuelle lui confère un avantage dans les négociations, tandis que Kiev considère ces exigences comme une capitulation inacceptable.​
  • Parallèlement, la Russie a lancé une offensive dans les régions ukrainiennes de Soumy et Kharkiv, comme l’a confirmé le commandant en chef ukrainien, le général Oleksandr Syrsky. Selon lui, la Russie cherche à créer une « zone tampon » dans ces régions frontalières . Le 13 avril, une frappe de missile russe sur la ville de Soumy a tué 32 personnes et en a blessé plus de 80, marquant l’attaque la plus meurtrière en Ukraine cette année.​
  • Malgré ces tensions, des signes de coopération subsistent, comme le récent échange de prisonniers entre les États-Unis et la Russie. Cependant, les perspectives d’une résolution rapide du conflit restent incertaines. (​ReutersReutersThe Moscow TimesL’Orient le JourTASSTASS)

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AFRIQUE

Tanzanie : le leader de l’opposition arrêté à six mois des élections 

Tundu Lissu, chef de file du parti de l’opposition Chadema, a été arrêté et placé en détention le 8 avril à l’issue d’un meeting politique dans la ville de Mbinga, dans la région de Ruvuma (sud du pays). Selon le parti, Tundu Lissu a été « arrêté au côté d’autres membres », suite à la dispersion de la foule par les forces de l’ordre. L’un des avocats de Tundu Lissu, Jebra Kambole, a déclaré qu’il avait « été accusé de trahison sans possibilité de libération sous caution, et de publication de fausses informations ». Le commandant de la police régionale, Marco Chilya, a annoncé que le chef de l’opposition était poursuivi pour « incitations à bloquer les élections » législatives et présidentielles prévues en octobre. En Tanzanie, l’accusation de trahison est passible de la peine de mort.

  • Tundu Lissu avait remplacé Freeman Mbowe à la tête de Chadema (Parti de la démocratie et du développement) en janvier. Avocat de formation, il a été parlementaire entre 2010 et 2017, avant de survivre à une tentative d’assassinat par balle. Il a régulièrement fait l’objet d’interpellations suite à ses prises de parole critiquant le régime. Il avait notamment été arrêté en novembre 2024, quelques jours avant les élections locales, au motif d’une violation du calendrier des rassemblements. Le parti au pouvoir, Chama Cha Mapinduzi (CCM) avait remporté ces élections avec 99 % des voix, un scrutin que Chadema qualifie de truqué. 
  • Chadema accuse la présidente Samia Suluhu Hassan d’intensifier la répression politique de l’opposition, à l’image de son prédécesseur, John Magufuli, président de 2015 jusqu’à sa mort en 2021. Ils imputent au régime la disparition de plusieurs membres du parti et la mort d’un membre de leur secrétariat national, Ali Mohamed Kibao. Son corps avait été retrouvé à Dar es-Salaam en septembre 2024, à la suite d’un « kidnapping » par des hommes armés lors d’un trajet en bus. (Le MondeRFI)

Soudan : les Forces de soutien rapide s’emparent d’un camp de déplacés dans le Darfour du Nord

Le 13 avril, le porte-parole des Forces de soutien rapide (FSR) a annoncé la prise du camp de Zamzam (ouest du Soudan) qui abriterait plus de 500 000 réfugiés selon l’ONU. Il s’agit de l’un des trois camps en périphérie de la ville d’El-Fasher, assiégée depuis mai 2024. A la suite de la reprise de Khartoum par l’armée en mars dernier, les combats se sont intensifiés à El-Fasher, dernière capitale provinciale du Darfour qui échappe aux FSR. Le gouverneur du Darfour Minni Minnawi a déclaré qu’entre le 11 et le 13 avril, « 450 personnes ont été tuées à El-Fasher et [dans] ses environs » par les opérations aériennes et terrestres coordonnées des paramilitaires.

  • Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné la famine observée dans le camp de Zamzam, conséquence d’un conflit rentrant dans sa troisième année et d’un siège « privant des centaines de milliers de personnes d’une aide humanitaire vitale ». 
  • L’Arabie Saoudite a « fermement condamné » les attaques sur les camps de déplacés dans un communiqué publié le 13 avril. Le 9 avril, les chefs de la diplomatie américaine et saoudienne, Marco Rubio et Fayçal ben Farhane, avaient appelé à une relance des négociations entre les deux parties. (Le MondeONU)

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ASIE

De la surenchère à l’absurde : Washington et Pékin partent en guerre commerciale 

Après une semaine de chaos financier, malgré une trêve temporaire de 90 jours annoncée par Washington, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine s’intensifie, provoquant une onde de choc dans toute l’Asie. Si Trump a abandonné la guerre contre le reste du monde, il entend bien faire plier Xi Jinping. Vendredi 11 avril à 11h, les surtaxes mutuelles – atteignant des niveaux inédits de 145 % côté américain et 125 % côté chinois – constituent désormais un véritable mur tarifaire entre les deux premières puissances économiques mondiales. Si la Chine a déclaré qu’elle ne répondrait pas à une nouvelle augmentation des droits de douane par les américains, rien n’est moins sûr. L’Organisation mondiale du commerce alerte sur les effets systémiques d’un tel découplage (réduction à long terme du PIB réel mondial de près de 7%), tandis que la Chine réorganise ses alliances et que les États-Unis tentent d’isoler Pékin, même au prix de tensions avec leurs propres alliés.

  • Si sous Biden, les États-Unis tentaient de rediriger les flux commerciaux vers leurs alliés pour affaiblir la Chine, cette stratégie se heurte dorénavant à une réalité : le Japon, Taïwan, Singapour ou même le Mexique n’ont pas été épargnés par les nouvelles taxes. Résultat : certains partenaires hésitent entre fidélité stratégique à Washington et pragmatisme économique avec Pékin. 
  • Face à la vague de méfiance mondiale envers Washington, Xi Jinping accélère son agenda régional. Son déplacement imminent au Vietnam, en Malaisie et au Cambodge vise à renforcer l’ancrage de la Chine en Asie du Sud-Est et à consolider une coalition alternative à l’ordre commercial centré sur les États-Unis alors qu’un accord commercial avec la Corée du Sud et le Japon est en discussion. Similairement, Pékin cherche à séduire l’Union européenne comme partenaire de rééquilibrage, notamment dans les secteurs stratégiques comme les véhicules électriques. Mais les tensions commerciales latentes avec Bruxelles (dumping, subventions) rendent un accord peu probable à court terme.
  • Bien que certains pays comme le Vietnam aient profité de la délocalisation partielle des chaînes de valeur, l’ensemble de l’Asean reste vulnérable à une fragmentation du commerce mondial. Dépendante des exportations et des investissements étrangers, la région pourrait basculer dans une stagnation si la récession s’installe alors que l’afflux d’exportations chinoises vers l’Asie du Sud-Est, conséquence du repli occidental, exacerbe les déséquilibres locaux. En Thaïlande, la fermeture de milliers d’usines illustre les effets délétères d’une dépendance asymétrique à l’économie chinoise. Similairement, l’Europe, face à une Chine ne pouvant plus exporter aux Etats-Unis, craint un déversement de la surproduction chinoise sur son marché, qui pourrait s’avérer fatal pour son industrie. (BBCLe MondeFranceInfo)

Corée du Sud : divisé, le pays est à la croisée des chemins

À peine destitué par la Cour constitutionnelle suite à son coup d’Etat manqué de décembre 2024, le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a laissé place à un vide politique comblé dans l’urgence. Le pays, plongé dans une polarisation inédite depuis des décennies, se prépare à élire un nouveau président le 3 juin. Tandis que le Parti démocrate (PD) pousse la candidature de Lee Jae-myung, fort de son avance dans les sondages (34% d’opinions favorables) et de la crise institutionnelle favorable à son camp, les conservateurs du Parti du pouvoir populaire (PPP), divisés et affaiblis, cherchent une figure capable de redorer leur blason. Dans les rues comme sur les réseaux sociaux, partisans et opposants de Yoon s’affrontent dans une guerre d’influence, et les fractures politiques s’ancrent plus profondément dans la société sud-coréenne.

  • Historiquement, la Cour a eu à se prononcer sur deux destitutions : la première, en 2004, visant Roh Moo-hyun, fut rejetée, tandis que celle de 2017 contre Park Geun-hye, également membre du PPP, fut validée. La destitution de Yoon Suk-yeol marque ainsi la deuxième chute d’un président conservateur en moins de dix ans. 
  • L’opposition propose de coupler l’élection présidentielle à un référendum constitutionnel. L’objectif est clair : corriger une hyper-présidentialisation du régime et une justice jugée complice du pouvoir exécutif, illustrée par les liens entre Yoon, ancien procureur, et les institutions judiciaires.
  • La brève tentative de Yoon d’instaurer la loi martiale a nourri le récit d’un État menacé par des forces intérieures « pro-Nord » et a profondément fracturé la société. Ce discours de crise, emprunté au trumpisme, a redonné à Yoon une aura auprès d’une frange nationaliste, anti-communiste et anti-Pékin. L’après-Yoon met donc au jour deux droites. D’un côté, une base militante radicalisée, nourrie aux influenceurs conspirationnistes, glorifiant Yoon ; de l’autre, une élite conservatrice institutionnelle tentant de reprendre le contrôle avec des figures comme Hong Joon-pyo ou Han Dong-hoon.
  • La bataille ne se joue plus seulement dans les urnes mais aussi sur les écrans. Des chaînes ultra-populaires structurent désormais l’opinion, remplaçant les médias traditionnels, alimentant une polarisation algorithmique, et devenant un relais puissant de désinformation politique.
  • Une victoire de Lee Jae-myung, actuel favori et candidat pour l’opposition, pourrait chambouler la géopolitique régionale alors qu’il est connu pour son ouverture au dialogue avec Pyongyang et Pékin, une ligne plus dure envers Tokyo. Si le candidat a essayé de calmer les peurs en donnant des assurances, dans un contexte de méfiance généralisée envers Washington après la déclaration de guerre commerciale (ajournée) tous azimuts, la préparation d’un accord commercial Chine-Japon-Corée, rien n’est moins sûr.
  • Derrière la bataille électorale, la Corée du Sud traverse une crise identitaire. L’essor des discours extrêmes reflète des clivages générationnels, sociaux et culturels profonds, dans une société marquée par le vieillissement le plus rapide de l’Histoire. L’élection de juin ne désignera pas seulement un président : elle définira le cap démocratique et géostratégique du pays pour les années à venir. (BBCaBBCbLe MondeRFITLDR News Global)

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AFRIQUE DU NORD/ MOYEN-ORIENT

Relance diplomatique sur le nucléaire : Washington et Téhéran renouent le dialogue sous tension

Le 12 avril 2025, les États-Unis et l’Iran ont entamé à Mascate, capitale d’Oman, des pourparlers indirects sur le programme nucléaire iranien, marquant une première depuis le retrait américain de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien par Donald Trump en 2018. Ces discussions, facilitées par le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaïdi, interviennent dans un climat de tensions régionales exacerbées, notamment en raison des conflits en cours dans la bande de Gaza, au Liban et au Yémen. Téhéran, affaibli par les revers subis par ses alliés régionaux et confronté à une économie étranglée par les sanctions, cherche à obtenir un allègement de celles-ci en échange de concessions sur son programme nucléaire. De son côté, Washington, tout en maintenant une posture de « pression maximale”, n’exclut pas le recours à la force si les négociations échouent. Ainsi, les deux parties ont convenu de poursuivre les discussions le 19 avril en Europe, toujours sous médiation omanaise.

  • Une divergence soulève des interrogations concernant la sincérité et la viabilité de ce processus diplomatique en cours. En effet, l’Iran insiste sur des pourparlers indirects, malgré les déclarations de Donald Trump évoquant des discussions directes. 
  • De plus, les déclarations de Donald Trump évoquant la possibilité d’une intervention militaire, avec une implication israélienne en cas d’échec des négociations, suscitent de vives inquiétudes en matière de risque d’escalade dans une région déjà très instable.
  • Ces négociations interviennent en l’absence de la participation des signataires européens de l’accord de Vienne, soulignant la possibilité d’une marginalisation des acteurs européens dans la gestion du dossier nucléaire iranien. (Le MondeReuters)

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FRANCE

Un attentat déjoué à Dunkerque

A Dunkerque, deux hommes ont été interpellés, soupçonnés de préparer un projet d’attentat à la ceinture explosive. Le 6 avril, ils ont été mis en examen pour “association de malfaiteurs terroriste et détention de produit explosif” et placés en détention provisoire. Un troisième homme a été mis en examen pour “non-dénonciation d’un crime terroriste” et placé sous contrôle judiciaire.

  • L’alerte a été lancée la veille de l’arrestation du principal suspect par le Raid, dans le foyer pour jeunes adultes où il résidait, par un proche qui “redoutait un acte imminent”.
  • Le principal suspect était inconnu des fichiers de signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Cependant, le renseignement territorial le connaissait pour avoir menacé Mila. 
  • Sur les réseaux sociaux, le principal suspect avait posté de nombreux messages se réjouissant des attentats du 13 novembre 2015 et postait des vidéos dans lesquelles il avait une arme factice. 
  • Les perquisitions ont révélé un gilet explosif artisanal, une lettre d’allégeance à Daesh ainsi qu’une lettre dans laquelle le principal suspect avait répertorié plusieurs cibles potentielles, telles qu’une boîte de nuit et un site appartenant à la communauté juive.
  • Selon le ministère de l’Intérieur, c’est le troisième attentat empêché depuis le début de 2025. (Ouest FranceRadioFrance)

Pacific Steller : le Charles-de-Gaulle aux Philippines 

Dans le cadre d’un exercice commun de douze jours appelé Pacific Steller, la France a déployé le porte-avions Charles-de-Gaulle aux Philippines, en partenariat avec le porte-avions américain Vinson et le porte-aéronefs japonais Kaga.

  • C’est la première fois que le Charles-de-Gaulle est déployé aussi loin à l’est. 
  • Cet exercice militaire est considéré comme une démonstration de force dans la région vis-à-vis de la Chine, tout en illustrant la capacité de la France, du Japon et des États-Unis à réaliser des opérations militaires conjointes.
  • Cet exercice est d’autant plus symbolique qu’il s’agit d’une région dans laquelle il y a eu de nombreux accrochages entre la Chine et les Philippines, en nette augmentation depuis 2023. (France Info)

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VEILLE BITD

Le Danemark officialise l’achat de 250 missiles MISTRAL 3 produits en France

En marge d’une visite d’Etat danoise en France, le Danemark a signé le 1er avril un accord-cadre officialisant l’acquisition de 250 missiles MISTRAL 3, suite à une acquisition conjointe initiée lors de la Conférence européenne de défense aérienne et antimissile de juin 2023. L’accord prévoit une possibilité d’acquisition jusqu’à 1000 exemplaires. Le MISTRAL 3 est un missile anti-aérien produit par la branche France du groupe multinational européen MBDA. Ni le calendrier ni l’ampleur financière de la commande n’ont été divulgués.

  • Cet accord intervient alors que MBDA atteint ses objectifs d’accélération de production définis l’an dernier, à savoir la production de 40 missiles MISTRAL par mois, contre 10 auparavant.
  • L’acquisition du MISTRAL 3 bénéficie du financement EDIPRA (European Defence Industry Reinforcement through Common Procurement Act), un mécanisme européen visant à soutenir les acquisitions conjointes en matière d’armement. (FOB, MBDA, MBDA, Journal aviation)

Salon des forces spéciales Sofins 2025

Du 1er au 3 avril s’est déroulée la 7e édition du séminaire international dédié aux forces spéciales, le Sofins, au camp de Souge en Gironde. Organisé tous les deux ans et placé cette année sous le thème des « opérations spéciales face aux stratégies hybrides », l’Agence innovation de défense (AID) et la Direction générale de l’armement (DGA) y furent présentes. La DGA y a notamment exposé en avant-première le prototype de l’hélicoptère NH90 Caïman Standard 2.

  • Le NH90 Caïman Standard 2 étendra les missions actuelles du NH90 Standard 1 avec l’insertion et l’extraction de commandos, et proposera des capacités d’appui-feu et de communication tactique. Ces dernières incluront un kit de radiocommunications permettant la conduite d’opérations en interarmées et en coalition. (DGA)

Merci aux membres du pôle qui ont participé à la rédaction de cette veille !

L. R.

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