EUROPE
Bruxelles invite les citoyens de l’UE à préparer un kit d’urgence de 72 heures pour faire face aux crises
La Commission européenne souhaite renforcer la résilience des États membres face aux catastrophes naturelles, aux accidents industriels et aux menaces cyber ou militaires. Dans le cadre de la « Stratégie pour l’Union de la Préparation » dévoilée le 26 mars, Bruxelles appelle chaque pays de l’UE à fournir des consignes claires à ses citoyens pour constituer un kit d’urgence de 72 heures. L’objectif est de permettre à chacun d’être autonome en cas de rupture des approvisionnements essentiels. Ce kit, similaire à celui recommandé en France, doit inclure notamment de la nourriture, de l’eau, des médicaments, un moyen de communication (radio, téléphone avec batterie de secours), de l’argent liquide et des copies de documents importants. La commissaire à l’Aide humanitaire et à la gestion des crises, Hadja Lahbib, a souligné la nécessité de « penser différemment et plus grand » face à des menaces de plus en plus complexes. De son côté, Roxana Mînzatu, chargée de la préparation, estime que l’expérience de la pandémie de COVID-19 prouve l’importance d’une action collective et coordonnée. Outre la mise en place d’un kit standardisé pour les ménages, la stratégie comprend aussi le renforcement des stocks stratégiques (médicaments, vaccins, matières premières critiques, équipements médicaux…), ainsi qu’une meilleure coopération entre autorités civiles et militaires. Dans la foulée, la Commission prévoit de créer un nouveau centre de coordination des crises et d’établir une évaluation commune des menaces à l’échelle de l’UE d’ici fin 2026, afin d’identifier d’éventuels angles morts et d’améliorer la rapidité de réaction.
- L’expérience de la crise sanitaire et la nécessité de solidarité ont catalysé l’idée d’un kit d’urgence et la création de stocks stratégiques à l’échelle européenne.
- Pour mieux contrer les cyberattaques, la désinformation ou les actes de sabotage, la Commission souhaite clarifier les rôles de chaque autorité et réaliser des exercices conjoints de préparation.
- Au-delà de l’adoption de lignes directrices harmonisées, Bruxelles mise sur un dispositif d’alertes précoces et la constitution de réserves plus importantes, afin que l’Union reste opérationnelle lors de futures crises, quelles qu’en soient la nature et l’ampleur. (Euronews)
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AMÉRIQUES
« Signalgate » : les plans d’attaque américains au Yémen divulgués par erreur à un journaliste
Le lundi 24 mars, Jeffrey Goldberg, directeur du mensuel The Atlantic, a publié un article intitulé « L’administration Trump m’a envoyé par erreur ses plans de guerre ». Il y raconte comment, le 13 mars, il a été ajouté par erreur par Michael Waltz, conseiller à la sécurité nationale, à un groupe de discussion Signal nommé « groupe restreint Houthi PC ». Ce chat privé réunissait plusieurs hauts responsables de l’administration Trump, dont le vice-président Vance, le secrétaire d’État Marco Rubio, ainsi que des cadres du Pentagone et de la CIA. L’objet de leurs échanges : la planification et la coordination des frappes américaines contre les bastions houthis au Yémen. D’abord persuadé d’être la cible d’un piège visant à propager de la désinformation, Goldberg a rapidement compris qu’il s’agissait bien d’un groupe authentique. Deux jours après son ajout, le 15 mars, il a assisté en direct à la concrétisation des discussions : une vague massive de bombardements américains s’est abattue sur le Yémen. C’est alors qu’il a décidé de quitter le groupe. Face aux révélations du journaliste, la Maison Blanche a d’abord tenté de nier l’affaire, avant d’être contrainte de reconnaître l’authenticité des messages. Cette fuite majeure a suscité une onde d’incrédulité générale et des tensions avec les alliés européens de Washington.
- Ce scandale met en lumière la négligence dont ont fait preuve les plus hauts responsables de l’administration Trump en matière de sécurité nationale. Un contraste d’autant plus saisissant que Jeffrey Goldberg, lui, a pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas compromettre la sécurité des agents du renseignement et des militaires américains à l’étranger.
- Si Michael Waltz a assumé la responsabilité de cette erreur, l’administration a, pour sa part, tenté de minimiser la portée de la fuite. Elle a nié avoir partagé des informations classifiées, malgré les preuves avancées par Goldberg, et s’est lancée dans une violente attaque contre The Atlantic, qualifiant son directeur d’ »ennemi de Trump » menant une « chasse aux sorcières » au sein d’un « média en faillite ». L’affaire suscite d’autant plus d’inquiétudes que l’ajout d’un journaliste influent, perçu comme hostile par l’administration, est resté inaperçu pendant plusieurs jours. Mais plus encore, c’est le canal de communication utilisé qui interroge : ces discussions hautement confidentielles ont eu lieu sur Signal, une application de messagerie cryptée certes réputée, mais non approuvée par le gouvernement américain pour l’échange de données sensibles.
- En temps normal, ce type de réunions se tient dans des salles sécurisées où tout appareil électronique est interdit. En optant pour une messagerie privée, les responsables du Signalgate pourraient avoir violé plusieurs lois fédérales, dont l’Espionage Act, qui encadre strictement la manipulation d’informations classifiées. Le vendredi 28 mars, un juge fédéral a ordonné la saisie des conversations échangées sur ce groupe entre le 11 et le 15 mars. L’opposition démocrate a immédiatement réclamé l’ouverture d’une enquête et exigé la démission du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
- Par ailleurs, l’affaire a provoqué des tensions avec les partenaires internationaux des États-Unis. Outre les inquiétudes des autres membres du Five Eyes quant à la protection des informations échangées dans ce cadre, certains messages du groupe Signal qualifiaient les alliés européens de ‘parasites toujours sauvés par les Américains’. (The Atlantic, Le Monde, Corriere, The Guardian, BCC)
L’ancien président brésilien Jair Bolsonaro jugé pour tentative de coup d’État
Le mercredi 26 mars, la Chambre primaire du Tribunal Suprême Fédéral (STF) du Brésil a décidé, à l’unanimité, de retenir les charges contre l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, ouvrant ainsi la voie à un procès à l’issue duquel il sera probablement condamné. Chef de l’État entre 2018 et 2023, Bolsonaro est accusé d’avoir dirigé une organisation criminelle ayant tenté de renverser les résultats de l’élection présidentielle de 2022. Si ces accusations venaient à être confirmées, il encourrait jusqu’à 43 ans de prison.
- La décision des cinq juges de la Chambre primaire du Tribunal Suprême Fédéral, qui se sont appuyés sur une enquête approfondie menée par la police fédérale, a une portée historique, puisqu’il s’agit de la première fois qu’un ancien président brésilien est poursuivi pour des faits d’une telle gravité.
- Les magistrats ont ainsi retenu les charges visant Bolsonaro et sept de ses plus proches collaborateurs, tous issus de l’armée et de la police, dont quatre anciens ministres, telles que formulées par la Procureure générale de la République le 18 février dernier. Ces accusations incluent la direction d’une organisation criminelle armée, une tentative violente d’abolir l’État de droit démocratique et un coup d’État. Dans ce cadre, les attaques du 8 janvier 2023 contre plusieurs institutions brésiliennes, dont le Parlement, la Cour suprême et le palais présidentiel, s’inscrivaient dans un plan plus large visant à entraver la transition démocratique par la force militaire. Selon les procureurs, ce projet, qui aurait échoué faute de soutien suffisant au sein du haut commandement de l’armée, incluait également l’assassinat du président élu Luiz Inácio Lula da Silva, de son vice-président Geraldo Alckmin et d’un juge du Tribunal suprême, Alexandre de Moraes.
- Déjà interdit d’exercer toute fonction publique jusqu’en 2030 pour diffusion de fausses informations, Bolsonaro risque de voir sa carrière politique définitivement compromise en cas de condamnation. L’ancien président rejette ces accusations, dénonçant un procès qu’il juge politiquement motivé et visant à l’empêcher de se représenter aux élections. Ces dernières semaines, il a mobilisé ses soutiens, appelant à l’amnistie pour les événements du 8 janvier et organisant plusieurs manifestations en signe de protestation.
- Depuis Tokyo, où il est en visite officielle, le président Lula a commenté la décision en exprimant le vœu que justice soit faite. (CNN, BBC Brazil, ANSA, Il Post)
Washington intensifie ses pressions sur le Groenland, Copenhague et Nuuk dénoncent une ingérence
Vendredi 28 mars, le vice-président américain Vance s’est rendu au Groenland, accompagné du conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz et du sénateur de l’Utah, Lee. Initialement annoncé comme un déplacement privé pour assister à une compétition de chariots avec son épouse, le voyage a suscité une vive polémique, conduisant Vance à limiter son programme à une visite de la base américaine de Pituffik afin d’« évaluer la sécurité de la région ». Interrogé par des journalistes sur place, il a affirmé vouloir réaffirmer l’intérêt de Washington pour l’île, soulignant que la sécurité de l’Arctique « deviendra d’autant plus centrale dans les prochaines décennies ». Il a par ailleurs critiqué le manque d’investissements du Danemark au Groenland, estimant néanmoins que « le recours à la force ne sera pas nécessaire, car les Groenlandais choisiront l’indépendance et nous conclurons alors un accord de sécurité avec eux ».
- Ce déplacement s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes exercées par Washington sur le Groenland, dont les immenses ressources minérales et pétrolières, ainsi que les gisements de terres rares – essentiels pour la transition écologique et l’industrie numérique – suscitent un intérêt stratégique accru. Si Vance a exclu toute intervention militaire, le président Donald Trump a adopté un ton plus ambigu en déclarant que « les États-Unis ont besoin du Groenland » et que, si les Groenlandais et l’Union européenne « ne comprennent pas l’importance stratégique de l’île, il nous appartiendra de le leur expliquer ». Le président russe Vladimir Poutine a qualifié les ambitions américaines sur l’île de « sérieuses et avec des racines historiques ».
- Face à cette approche jugée agressive, les principaux partis groenlandais, à l’exception du Naleraq – formation indépendantiste arrivée deuxième aux dernières élections –, ont rapidement trouvé un accord de coalition pour répondre à cette pression. La visite du vice-président américain, perçue comme une provocation, a suscité de vives critiques : la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a dénoncé une « pression inacceptable », tandis que le nouveau Premier ministre groenlandais a jugé cette démarche irrespectueuse, appelant à l’unité face aux tensions croissantes. (ISPI, Il Fatto Quotidiano, Le Monde)
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RUSSIE/ NEI
Suspension des hostilités en mer Noire entre la Russie et l’Ukraine ?
Le 25 mars, les Etats-Unis ont annoncé avoir conclu des accords avec la Russie et l’Ukraine visant à suspendre les hostilités en mer Noire, après trois jours de pourparlers à Riyad, en Arabie Saoudite. Les deux pays auraient accepté “d’assurer la sécurité de la navigation, de supprimer l’usage de la force et d’empêcher l’utilisation de navires commerciaux pour des objectifs militaires en mer Noire”, selon Washington. Cependant, Moscou a annoncé conditionner l’entrée en vigueur de l’accord à la “levée” des restrictions commerciales qui pèsent sur l’exportation de produits agricoles et engrais russes, que la Maison Blanche s’est engagée à faciliter. Ainsi, dans la nuit du 25 au 26 mars, une attaque de drones russes a ciblé le port ukrainien de Mykolaïv.
- Le ministre de la Défense ukrainien, Roustem Oumierov, avait cependant prévenu : “tout mouvement de vaisseaux militaires russes au-delà de la mer Noire orientale sera considéré comme une violation de l’esprit de cet accord”. Les frappes russes sur Mykolaïv ont ainsi immédiatement mis en danger ce “cessez-le-feu maritime”, dans un esprit similaire à la trêve de trente jours concernant les frappes sur les infrastructures énergétiques, annoncée par Moscou et Washington le 18 mars, et qui n’avait jamais été réellement appliquée.
- De juillet 2022 à juillet 2023, un accord céréalier avait permis à l’Ukraine d’exporter ses céréales en passant par la mer Noire, malgré la présence de la flotte russe. La Russie s’en était retirée unilatéralement, invoquant le poids des sanctions occidentales. Ce conflit territorial entre les navires ukrainiens et russes a donné lieu à de nombreux incidents dans la zone. (EuroNews, Courrier International, Le Monde)
Moldavie : quatre mois avant les élections législatives, arrestation d’Evguenia Gutsul, gouverneure pro-russe de la province autonome de Gagaouzie
Le 25 mars, Evguenia Gutsul a été arrêtée à l’aéroport de Chisinau par le Centre national de lutte contre la corruption moldave. Elle est accusée d’avoir participé au financement illégal de la campagne du parti politique Șor – du nom de l’oligarque israélo-moldave Ilan Șor – lors des élections du bachkan (dirigeant local) de Gagaouzie, en 2023. Des perquisitions ont également eu lieu à la mairie d’Orhei : Ilan Șor y avait été élu maire en 2015. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a appelé les autorités moldaves à “accorder la liberté d’action à toutes les forces politiques du pays”.
- L’affaire a pris une ampleur médiatique le 27 mars, lorsque Evguenia Gutsul a rendu publique sur Telegram deux lettres adressées aux dirigeants turcs et russes, les interpellant sur sa situation et les invitant à s’“exprimer officiellement en faveur du statut autonome de la Gagaouzie”.
- La Gagaouzie, région au sud du pays et frontalière avec l’Ukraine, est historiquement turcophone, mais près de 90 % de la population est également russophone. Malgré des aspirations séparatistes comparables à celles de la Transnistrie, autre région frontalière à l’Ukraine, un accord signé en 1994 a garanti des droits autonomes à la région et a réduit les hostilités.
- Ilan Șor avait été condamné en 2017 pour corruption, après avoir été jugé coupable du détournement d’un milliard de dollars à trois banques moldaves. Il fuit alors la Moldavie et obtient la citoyenneté russe en 2024. Régulièrement accusé d’opérations d’influence pro-russe, il fait l’objet de sanctions économiques par l’Union européenne depuis mai 2023. Suite au référendum portant sur l’adhésion de la Moldavie à l’UE en octobre 2024, il a été accusé d’avoir corrompu 100 000 électeurs par un système d’achat de votes. Le 21 avril 2024, il fonde le bloc politique Victoria, qui rassemble des partis pro-russes et anti-européens, avec Evguenia Gutsul. (Courrier International, Le Monde, Politico)
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AFRIQUE
Conflit au Soudan : l’armée régulière reprend la capitale
- Cette victoire s’inscrit dans le cadre de la contre-offensive lancée en septembre dernier. Lorsque la guerre a éclaté en avril 2023 entre les deux généraux ayant pris le pouvoir après le coup d’État militaire de 2021, l’armée régulière a perdu la majeure partie de Khartoum. Pendant plus d’un an, les FSR ont dominé le conflit, mais la tendance s’est progressivement inversée. Ce revirement a notamment été rendu possible par l’appui de diverses milices, notamment des islamistes radicaux, des combattants du Darfour et d’anciens révolutionnaires qui ont rejoint l’armée régulière.
- Si les deux camps sont régulièrement accusés de crimes de guerre, l’armée d’al-Burhan aurait mené l’un des bombardements les plus meurtriers du conflit le 24 mars à Tora, dans l’ouest du pays. Cette frappe, qui a touché un marché tenu par les FSR, aurait fait plus de 250 morts, un bilan encore à confirmer.
- Malgré les revers subis par les paramilitaires, le conflit est loin d’être terminé. L’armée contrôle désormais l’est et le nord du pays, mais les FSR tiennent toujours l’ouest, notamment la région du Darfour, marquant de facto une partition du Soudan. Le 26 mars, elles ont annoncé la formation d’une nouvelle alliance visant à s’établir dans le sud du pays. (New York Times, France 24,Le Monde)
Le Soudan du Sud au bord de la guerre civile ?
Le 27 mars, Nicholas Haysom, chef de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minus), a tiré la sonnette d’alarme : le pays est au bord d’« une rechute dans un conflit de grande envergure ». En 2013, le Soudan du Sud a plongé dans une guerre civile qui a opposé le président Salva Kiir à son vice-président Riek Machar. Un accord de paix a été signé en 2018 entre les deux camps, mais la stabilité est restée fragile. Alors que les affrontements armés ont repris au début du mois, les forces de Salva Kiir ont placé Riek Machar sous résidence surveillée le 26 mars, poussant l’opposition à annoncer l’« abrogation » des accords de 2018.
- Indépendant depuis 2011, le Soudan du Sud a été traversé par des violences communautaires entre le camp du président, un Dinka soutenu par les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF), et les proches du vice-président, un Nuer. En cinq ans, la guerre civile a fait près de 400 000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés.
- Le 4 mars, un campement militaire des SSPDF, proche de la frontière éthiopienne, a été envahi par l’Armée blanche, des miliciens de la communauté Nuer accusés de soutenir le vice-président. Cet événement a déclenché une reprise des violences entre les deux factions, aussi bien sur le terrain que sur les réseaux sociaux, conduisant de nombreux Nuers à fuir la capitale.
- En représailles, l’armée régulière, appuyée par des soldats ougandais, a bombardé le 9 mars les comtés du Haut-Nil où se trouvent des membres de l’Armée blanche. Avec des bombes-barils hautement inflammables, cette campagne aérienne a été particulièrement violente envers les civils. Sur le plan politique, des responsables de l’opposition ont également été écartés du pouvoir.
- Alors que la situation s’aggrave et que les combats se poursuivent, de nombreux États présents au Soudan du Sud ont fermé leur ambassade ou réduit leur personnel. (Le Monde, BBC, ONU)
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ASIE
Indonésie : un archipel de crises se dévoile à l’ombre d’un autoritarisme grandissant
Le 20 mars dernier, l’Indonésie a adopté une réforme controversée permettant une implication accrue de l’armée dans les affaires civiles. Cette décision, soutenue par le président Prabowo Subianto, au pouvoir depuis octobre 2024 et ancien commandant des forces spéciales ainsi que gendre de l’ex-dictateur Suharto, suscite des craintes quant à un retour à une gouvernance militarisée. Désormais, des officiers actifs peuvent occuper des postes gouvernementaux sans devoir quitter l’armée, tandis que l’âge de la retraite pour les plus hauts gradés a été relevé.
- Les militants pro-démocratie dénoncent une remise en cause des acquis obtenus depuis la chute de Suharto en 1998. Des centaines d’activistes protestent contre cette mesure, considérant qu’elle compromet la séparation entre l’armée et le pouvoir politique. Le rôle croissant de l’armée dans des projets civils n’a cependant pas attendu la réforme pour émerger, puisqu’elle a hérité de l’organisation du programme d’aide alimentaire de 4 milliards de dollars du nouveau président, illustrant une militarisation rampante de l’administration. La nouvelle réforme rappelle la doctrine de la « double fonction » qui, sous Suharto, donnait aux militaires un contrôle sur la sécurité et l’administration.
- En parallèle, l’Indonésie fait face à un endettement en hausse, notamment dû à la construction de sa nouvelle capitale sur l’île de Bornéo, Nusantara, destinée à désengorger Jakarta, une ville qui s’enfonce dans la mer et subit une grave surpopulation, compliquant la gestion des foules en cas de révolte. Aujourd’hui, la dette dépasse 8 000 trillions de roupies (482 milliards de dollars), avec un ratio dette/PIB ayant augmenté de 20 points entre 2012 et 2022. Dans un contexte de probable déversement de la surproduction chinoise sur le reste du monde du fait des droits de douanes américains, certains économistes alertent sur le risque de crise financière (la bourse a dévissé de 14% depuis janvier), un affaiblissement de la roupie, un accès au crédit plus coûteux, et des politiques sous-estimés (le programme d’aide alimentaire étant estimé à 25 milliards et non 4) ; malgré tout, le Ministre des Finances se veut rassurant.
- Sur la scène internationale, l’Indonésie joue sur plusieurs tableaux : elle a entériné une collaboration militaire avec l’Australie en août 2024, a intégré officiellement le bloc des BRICS en janvier 2025 et a signé, le 26 mars dernier, un nouvel accord de sécurité maritime avec la France. Ce dernier vise à améliorer la stabilité dans l’Indo-Pacifique, dans un contexte de tensions croissantes avec la Chine. L’Indonésie avait d’ailleurs acheté 42 Rafale en 2024, ainsi que 2 sous-marins Scorpène Evolved et 13 radars d’interception et de contrôle au sol de Thales. (Banque Mondiale, BBC, Euronews, France24, IndonesiaBusinessPost, Le Monde, Les Echos, Revue Conflits)
Corée du Nord : la dynastie Kim mise sur l’IA pour renforcer son arsenal mortel
La Corée du Nord poursuit la modernisation de son armée en intégrant des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle. Le 26 mars dernier, Kim Jong-un a supervisé des tests de drones suicides équipés d’IA, capables d’effectuer des attaques précises. Le dirigeant nord-coréen a validé l’expansion de leur production, confirmant ainsi la volonté de Pyongyang de s’appuyer sur ces technologies pour renforcer ses capacités militaires. Parallèlement, la Corée du Nord a déployé 3 000 soldats supplémentaires en Russie en soutien à l’invasion de l’Ukraine, illustrant le rapprochement stratégique avec Moscou.
- La collaboration russe a certainement joué un rôle important dans le développement des drones et des systèmes de guerre électronique nord-coréens, démontrant les liens militaires grandissants entre les deux nations isolées, au-delà des troupes Nord-Coréennes présentes sur le front Ukrainien. Il y a fort à parier, d’ailleurs, que ces drones se retrouvent en Ukraine, aux côtés des 11 000 soldats nord-coréens initialement déployés (dont 4 000 tués ou blessés), mais aussi des nombreuses pièces d’artillerie, missiles et munitions fournis par Pyongyang.
- La modernisation des capacités militaires nord-coréennes pose un risque majeur pour la péninsule, alors que le régime a renoué avec une phase de fermeté, que des algorithmes d’intelligence artificielle mal calibrés pourraient accroître les erreurs sur la DMZ et que la Corée du Sud est déstabilisée politiquement depuis le 3 décembre 2024, à la suite du coup d’État raté du président déchu Yoon Suk Yeol dont le sort devrait être décidé par la Cour Constitutionnelle dans les prochains mois. Par ailleurs, Séoul avait toujours pu s’appuyer sur un contrôle du ciel en cas de conflit pour maintenir un équilibre de dissuasion face à l’arme nucléaire de son voisin ; la dronification de l’armée nord-coréenne pourrait largement diminuer cet avantage.
- Le rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie et le désintérêt américain pour son rôle de “gendarme du monde”, risquent de se traduire par une plus faible réaction de la Maison Blanche face aux avancées technologiques de Pyongyang. (BBC, Le Figaro, Le Journal du Dimanche)
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AFRIQUE DU NORD/ MOYEN-ORIENT
Rupture des cessez-le-feu par Israël dans la bande de Gaza et au Liban
Après deux mois de “fragile” cessez-le-feu, Israël a repris ses frappes aériennes sur Gaza dans la nuit du 18 mars. La zone connaissait une relative accalmie durant le mois sacré du ramadan grâce à la signature du cessez-le-feu initié le 15 janvier. Le bilan a été de 400 morts et plus de 560 blessés le jour de la rupture du cessez-le-feu et plus de 48 000 Palestiniens ont officiellement été tués depuis octobre 2023. Ces attaques auraient été menées avec l’approbation de l’administration étasunienne, selon la secrétaire de presse de la Maison Blanche. Par ailleurs, le 28 mars, Israël a bombardé un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, un bastion du Hezbollah soutenu par l’Iran, pour la première fois après quatre mois de trêve. La frappe a visé le quartier de Hadath, qui est densément peuplé.
- Les attaques ont eu lieu alors que la situation humanitaire dans la bande de Gaza ne cesse de se dégrader, avec le blocage des entrées de nourriture et de fournitures dans la zone par le gouvernement israélien pendant plus de deux semaines.
- La rupture du cessez-le-feu s’est faite en parallèle de discussions entre trois directeurs d’organisations palestinienne et israélienne de défense des droits humains qui ont mené une mission de plaidoyer en France avec la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) – qui a elle-même condamné l’action d’Israël.
- Pour justifier ses actes, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que le pays poursuivait ses opérations militaires à cause du rejet du Hamas de “propositions d’Israël pour un nouveau cessez-le-feu”.
- C’est la deuxième fois depuis le début du cessez-le-feu que des roquettes sont tirées du Liban vers Israël, la précédente remontant au 22 mars, au sud du pays. Le ministère de la Défense israélien justifie ainsi ses actes comme des “représailles” aux hostilités du Hezbollah, bien que celles-ci n’aient pas été démontrées.
- Sur ce point, le président Macron a déclaré le jour même « ne pas avoir eu d’informations signalant des frappes du Hezbollah et des activités militaires au Sud » et a jugé les frappes israéliennes « inacceptables », alors qu’il était en conférence à l’Elysée aux côtés du Président libanais Joseph Aoun. Quant au président libanais, il a ajouté que “tout indique” que “le Hezbollah n’est pas responsable des derniers tirs de roquettes vers Israël”. Emmanuel Macron a ensuite ajouté qu’il allait s’entretenir par téléphone avec son homologue américain, Donald Trump, d’ici deux jours concernant ces frappes. (RFI, FIDH, L’Express, Le Monde)
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FRANCE
Macron promet une aide de deux milliards d’euros à l’Ukraine
Le 26 mars, lors d’une conférence de presse à l’Élysée aux côtés de Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron a annoncé une aide militaire de 2 milliards d’euros. Il a déclaré que, face à la Russie qui manifeste « sa volonté de guerre », « la première garantie de sécurité » réside dans le renforcement de l’armée ukrainienne. Il a présenté le nouveau programme d’assistance militaire de la France, qui comporte des Mirage 2000, des missiles Mistral et Milan, des véhicules blindés de transport, des chars AMX, une quantité importante de munitions, ainsi que des drones. Emmanuel Macron a ajouté que cette aide incluait aussi « des productions d’équipements en Ukraine », « grâce aux partenariats noués avec nos entreprises de défense ».
- Cette conférence de presse s’est déroulée la veille d’un sommet de la « coalition des volontaires » à Paris au cours duquel une trentaine de pays se sont réunis afin de “finaliser des garanties de sécurité pour l’Ukraine”. Lors du sommet, la « coalition des volontaires » a discuté de leur attitude face aux sanctions occidentales contre la Russie. Vladimir Poutine avait indiqué qu’il accepterait un cessez-le-feu en mer Noire uniquement si les sanctions étaient levées, conformément aux récentes négociations avec les États-Unis. Cependant, la « coalition des volontaires » a décidé “unanimement” de ne pas lever ces sanctions contre Moscou.
- Lors de la conférence de presse, Emmanuel Macron a également évoqué la possibilité d’une « force de réassurance » que certains pays européens pourraient envoyer en Ukraine en cas de cessez-le-feu. Selon lui, cette « force de réassurance » aurait une approche pacifiste, afin de “garantir une paix durable”. (France 24, Le Monde)
Merci aux membres du pôle qui ont participé à la rédaction de cette veille !
