Veille stratégique – Dossier estival 2020

Par Gaspard Béquet, Théo Bruyère-Isnard, Rhéa Fanneau de la Horie, Claire Mabille et Maëlle Panza

MOYEN-ORIENT

Arrestation par l’Algérie de l’ancien secrétaire particulier du général Gaïd Salah

L’adjudant-chef Guermit Bounouira, ancien secrétaire particulier du général et chef d’état-major algérien Ahmed Gaïd Salah, a été livré par la Turquie à l’Algérie le 30 juillet et placé depuis en détention provisoire. 

  • À son ancien poste, G. Bounouira disposait d’une influence importante auprès de l’homme fort de la gestion du Hirak, mouvement populaire ayant poussé le président Bouteflika à la démission. Profitant de cette influence, il aurait acquis une fortune colossale. 
  • L’élection du nouveau président algérien Abdelmajid Tebboune le 12 décembre 2019 et surtout le décès du général Gaïd Salah le 23 décembre 2019 ont poussé cet homme de l’ombre à s’enfuir, craignant d’être inquiété par les nouveaux dirigeants. Guermit Bounouira avait donc vraisemblablement quitté le pays le 5 mars pour trouver asile en Turquie où il aurait pu tenter de négocier sa naturalisation en échange de documents confidentiels. La Turquie, soucieuse de ménager l’Algérie qu’elle souhaite garder à ses côtés dans le cadre de la crise libyenne, a accédé aux demandes du président Tebboune en lui remettant ce prisonnier si dangereux pour le régime.

Cessez-le-feu en Libye

En Libye, une cessation des hostilités entre les forces du Gouvernement d’entente nationale (GEN) et l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar a été annoncée par les deux parties le 21 août. L’Armée nationale libyenne, bras armé du gouvernement de la Chambre des représentants de Tobrouk et soutenue par la Russie, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis avait définitivement échoué à conquérir Tripoli le 5 juin dernier. Sorti victorieux de cet affrontement grâce à l’appui de milices turques, le GEN a conforté son entente avec Ankara en concluant plusieurs accords commerciaux le 13 août.

  • Alors que ce cessez-le-feu semble très instable -notamment parce que le maréchal Haftar l’a dénoncé dès le 24 août- des discussions inter-libyennes ont été lancées le 6 septembre à Bouznika au Maroc. Ce processus a été salué par l’ONU, l’Union européenne et l’Union Africaine.

Accord égypto-éthiopien au sujet du barrage de la Renaissance

Après un mois de juillet riche en négociations, l’Egypte et l’Ethiopie ont convenu d’un remplissage du futur barrage éthiopien de la Renaissance en cinq ans. Lancée en 2013 et devant s’achever en 2022, la construction du plus grand barrage africain sur le Nil bleu est une source de tensions intenses entre l’Ethiopie et les pays avals que sont le Soudan et l’Egypte. Ces derniers craignent une diminution soudaine du débit d’eau nécessaire à leurs propres économies. 

  • Un remplissage progressif étalé sur cinq ans permettra vraisemblablement à l’Egypte de ne pas manquer subitement d’eau. Néanmoins aucun accord n’a encore été trouvé concernant la gestion du débit fluvial en cas de sécheresse.

Véto sino-russe à l’aide humanitaire en Syrie

Le 11 juillet, la Chine et la Russie ont posé leurs vétos au vote visant à autoriser le transit de l’aide humanitaire à destination de la population syrienne via le poste frontière turco-syrien de Bab Al Salamah. Malgré le cessez-le-feu en vigueur dans le Nord de la Syrie depuis le 4 mars, la  situation humanitaire est critique. L’approvisionnement de la population syrienne n’est désormais possible qu’à travers le poste frontière turco-syrien de Bab Al Hawa reliant Iskenderun à Idlib. Les associations tirent la sonnette d’alarme tandis que l’ONU dénonce la « pire catastrophe humanitaire au monde ».

  • Par ailleurs, le président syrien a reçu la visite du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov le 7 septembre. Celle-ci constitue le premier voyage en Syrie pour le chef de la diplomatie du principal sponsor du régime de Bachar Al Assad.

Accord diplomatique historique entre les Emirats Arabes Unis et Israël

Les Emirats Arabes Unis et Israël ont annoncé le 13 août un accord inédit préparant la normalisation de leurs relations diplomatiques. Celui-ci a été salué par les Nations-Unies mais violemment dénoncé par le Hamas, l’Autorité palestinienne, la Turquie et le Qatar.

  • Les Emirats Arabes Unis rompent ici avec la posture adoptée par la Ligue arabe en 2002 selon laquelle les Etats membres ne s’engageaient à normaliser leurs relations diplomatiques avec l’Etat hébreu que si celui-ci se pliait aux résolutions onusiennes successives votées dans le cadre des différents conflits israélo-arabes. 
  • Oman, Bahreïn et l’Arabie Saoudite ont néanmoins salué cet accord. Le président américain Donald Trump a même annoncé le 11 septembre que Bahreïn emboitait le pas aux Emirats Arabes Unis et devenait ainsi le quatrième pays arabe à normaliser ses relations avec Israël. Oman pourrait suivre même si des premières négociations entamées fin août n’ont pas encore abouti.
  • Ce rapprochement répond à une volonté politique -à savoir la consolidation d’un front anti-Iran au Moyen-Orient- mais aussi à des intérêts commerciaux. Abou Dhabi compte notamment sur un développement des échanges de matériel agricole avec Tel-Aviv afin de limiter ses importations frumentaires dont elle est aujourd’hui très dépendante.

Alliance des loyalistes et des séparatistes au Yemen

Le 29 juillet, un accord a été conclu à Riyad entre les forces loyalistes yéménites du président Abdrabbo Mansour Hadi soutenues par l’Arabie Saoudite, et les forces du Conseil de transition du Sud soutenues par les Emirats Arabes Unis. En échange du renoncement à leur autonomie, ces dernières ont obtenu un partage du pouvoir à Aden et dans les provinces voisines.

  • Les anciens séparatistes ont notamment pu placer Ahmed Lamlas -l’un des leurs- au poste de gouverneur d’Aden. Lamlas est réputé proche d’Ahmed Ali Abdallah Saleh, fils de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, que les Emirats Arabes Unis avaient envisagé un temps de promouvoir comme nouveau président du Yémen. La famille Saleh reste donc proche du pouvoir.
  • Cette alliance fait toujours face à deux ennemis majeurs dans son objectif de reconquête totale du Yémen. L’Ouest du pays et la capitale Sanaa sont aux mains des rebelles houthis parrainés par l’Iran tandis que Al Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA) contrôle une partie importante du Hadramaout à l’Est et du littoral au Sud du pays.

 

AFRIQUE

Niger : attentat contre des travailleurs humanitaires

Dimanche 9 août, huit personnes ont été abattues par des hommes à moto dans la réserve de Kouré au Niger. Il s’agissait de six travailleurs humanitaires français des ONG ACTED et Impact Initiatives, de leur chauffeur et du président de l’Association des guides de la réserve qu’ils visitaient alors. 

  • L’attaque est attribuée à « une unité de terroristes ». Pour l’heure, une enquête « des chefs d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle » a été ouverte par le parquet national antiterroriste français. 
  • Loin de leurs bases au Mali ou au Nord du Niger, les groupes terroristes semblent avoir étendu leur zone d’action en frappant aux portes mêmes de la capitale nigérienne, Niamey. Le mode opératoire tranche également avec la pratique des enlèvements, habituellement employés. Cet acte semble être le fruit de représailles contre l’engagement du Niger et de la France dans la lutte antiterroriste. La majeure partie du Niger est désormais placée en zone rouge, « formellement déconseillée », par le ministère des Affaires étrangères français. 

Mali : coup d’Etat militaire 

Mardi 18 août, un coup d’Etat militaire au Mali a entraîné la démission forcée du résident Ibrahim Boubacar Keïta (surnommé IBK), ainsi que la dissolution de l’Assemblée nationale et du gouvernement. Ce putsch survient après des mois de manifestations populaires contre le gouvernement, dans un contexte de crises sociale et sécuritaire. La nouvelle junte militaire installée au pouvoir affirme vouloir mettre en place une « transition politique civile » devant conduire à des élections générales dans un « délai raisonnable ». 

  • Depuis son indépendance en 1960, le Mali a connu six tentatives de coup d’Etat. Quatre d’entre elles se sont effectivement soldées par un renversement du gouvernement en place. Le dernier en date remonte à mars 2012.
  • Le putsch a entraîné la suspension des missions assurées par l’UE au Mali telles que le soutien aux forces armées maliennes et leur formation. De même, les Etats-Unis ont temporairement suspendu leur aide, le temps que la situation politique se clarifie. En revanche, l’opération onusienne de maintien de la paix MINUSMA et l’opération Barkhane pilotée par la France pour lutter contre les groupes terroristes au Sahel se poursuivent, malgré le putsch. En réaction, Emmanuel Macron a demandé que « le pouvoir soit rendu le plus rapidement possible aux civils » mais a rappelé que la priorité dans la région restait « la poursuite de la lutte contre le terrorisme ». 
  • Si la junte militaire a souligné qu’elle souhaitait la poursuite du travail des forces françaises sur place, certains observateurs n’excluent pas une remise en question de l’opération Barkhane. Alors que l’instabilité politique actuelle ne fait pas du pays un partenaire fiable dans la lutte antiterroriste, des voix au Mali s’élèvent contre la présence militaire internationale sur place. En outre, un incident impliquant les forces armées françaises qui a conduit au décès d’un civil pendant l’été alimente cette hostilité. En France, la mort de deux soldats français tués au Nord du pays relance également le débat sur le bien-fondé de son implication militaire au Mali. 

Soudan : un accord de paix au Darfour 

Lundi 31 août, le gouvernement de Khartoum et les groupes rebelles du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil bleu ont paraphé un accord de paix « historique » signant la fin d’une guerre civile de plus de dix-sept ans au Soudan. 

  • La guerre a débuté en 2003 lorsque deux groupes armés au Darfour se sont opposés au gouvernement central et ont revendiqué un partage du pouvoir et une meilleure redistribution des richesses. Sujette à d’intenses périodes de sécheresse et à une extrême pauvreté, la situation de cette région contraste fortement avec celle de la capitale, qui profite de la majeure partie des ressources du pays. Alimentée par des tensions ethniques, la guerre s’est propagée à d’autres régions du Soudan. Selon l’ONU, elle est responsable de la mort d’environ 300 000 personnes et de 2,5 millions d’individus déplacés.
  • Fruit d’un an de négociations, cet accord de paix est constitué de huit protocoles distincts, chacun portant sur un sujet cristallisant les tensions. Il stipule notamment que les combattants des mouvements armés devront à terme rejoindre l’armée régulière, réorganisée afin d’être représentative de toutes les composantes du peuple soudanais.
  • Si cet accord de paix est accueilli par les divers acteurs comme un premier pas vers la pacification et une démocratisation du Soudan, pour Gibril Ibrahim, chef de l’un des groupes rebelles, « le principal défi sera de mettre en application cet accord et de pouvoir le financer ». D’autant plus que deux groupes rebelles, le Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, ont refusé de parapher l’accord de paix. 

 

ASIE CENTRALE ET SEPTENTRIONALE

Combats entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Le 12 Juillet des escarmouches ont éclatées à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. 

  • Les combats ont entraîné la mort d’au moins 19 personnes, dont un général et un civil Azéris. Cet épisode s’inscrit dans le cadre du conflit du Haut-Karabagh (aussi appelé Nargony-Karabagh) qui dure depuis plus de 30 ans. 
  • Le Haut-Karabagh est une région autonome à majorité ethnique arménienne située en Azerbaïdjan. Après la dislocation de l’URSS en 1991, la région déclare son indépendance. La guerre qui s’ensuit laisse environ 30 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés. Un cessez-le-feu a été signé en 1994 sous l’égide de la Russie. Depuis, l’OSCE supervise les négociations entre les belligérants. Le conflit reste aujourd’hui non résolu, et des violences y éclatent régulièrement. En 2016 la « guerre des 4 jours » fait notamment plus de 350 morts dont plusieurs civils.
  • La situation du conflit fait craindre une escalade géopolitique. L’Arménie abrite une base militaire russe, tandis que la Turquie a promis de supporter l’Azerbaïdjan dans l’éventualité d’un conflit. Toutefois, il est notable que la Russie fournit des armes aux deux parties du conflit.Elle pourrait donc avoir un intérêt à préserver de bonnes relations avec les deux pays.

Élections présidentielles en Biélorussie

Le 9 août ont eu lieu les élections présidentielles en Biélorussie. Celles-ci donnent le président sortant Alexandre Loukachenko vainqueur avec plus de 80% des voix. Il s’agit ainsi de son 6ème mandat depuis son élection en 1994. 

  • Sa principale opposante, Svetlana Tikhanovskaïa, est créditée de 10,1% des suffrages. La campagne avait été émaillée de plusieurs incidents. Les principaux opposants au régime avaient ainsi été arrêtés ou écartés de la course, tandis que l’arrestation de 33 « mercenaires russes » jetait le trouble sur les évènements à venir.
  • Après l’annonce des résultats, des milliers de Biélorusses se sont rassemblés dans les rues de la capitale Minsk ainsi que dans d’autres localités. Ils réclament le départ du pouvoir d’Alexandre Loukachenko ainsi que la libération des prisonniers politiques. Le pouvoir a choisi la confrontation en réprimant violemment les manifestations (ce qui a entraîné la mort de plusieurs personnes). Le président développe une rhétorique militaire, se présentant comme « assiégé » par l’OTAN et s’affichant avec un fusil d’assaut.
  • Emmanuel Macron, Angela Merkel et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont engagé un dialogue avec Vladimir Poutine suite au silence de Loukachenko. La Russie est en effet un partenaire essentiel pour la Biélorussie, avec laquelle elle souhaite renforcer son union. Elle pourrait dès lors monnayer son soutien au président en échange d’une collaboration plus étroite entre les deux pays.

Empoisonnement d’Alexeï Navalny

Alexeï Navalny, principal opposant à Vladimir Poutine en Russie, est dans un état médical grave depuis le 20 août. Les médecins ont diagnostiqué un empoisonnement.

  • Après une première hospitalisation dans la ville de Omsk en Sibérie, il a été transféré à l’hôpital de la Charité à Berlin où il se trouve actuellement. Contrairement au diagnostic établi en Russie, les médecins allemands ont confirmé la thèse de l’empoisonnement en identifiant le Novitchok comme l’agent toxique responsable. Il s’agit du même poison utilisé pour l’attaque contre l’ex-agent russe Sergueï Skripal au Royaume-Uni en 2018.
  • L’empoisonnement a considérablement tendu les relations entre la Russie et les pays européens. L’Allemagne a ainsi adressé un ultimatum à Moscou, réclamant des éclaircissements sur le sujet sous peine de sanctions (qui pourraient notamment inclure le controversé projet de Gazoduc Nord Stream 2). 

Arrestation d’un militaire français

La ministre des Armées Florence Parly a annoncé qu’un militaire français avait été arrêté suite à des suspicions d’espionnage au profit de la Russie.

  • Il était affecté à Naples auprès de l’OTAN et il est soupçonné d’avoir transmis des documents sensibles aux services secrets russes. Il a été placé en détention provisoire à la prison de la Santé à Paris.

 

ASIE ORIENTALE

Démission du premier ministre Shinzo Abe

Pour des raisons de santé, le premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé le 28 août sa démission. Membre du Parti Libéral-Démocrate (la principale force de droite conservatrice du pays), Shinzo Abe a mené pendant son mandat une politique économique ambitieuse, surnommée les «Abenomics», et une politique étrangère ferme vis-à-vis de la Chine – notamment concernant les îlots Senkaku. Cependant, la révision constitutionnelle visant à moderniser le statut de l’armée est restée sans succès. 

La Chine renforce son emprise sur Hongkong

Le 30 juin, le comité permanent de l’Assemblée nationale populaire chinoise (ANP) a adopté à l’unanimité de ses 162 membres la loi « sur la sécurité nationale » destinée à lutter contre quatre types de crime : la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec des forces étrangères. Ainsi, le soutien à l’indépendance de Hongkong, Taïwan, du Tibet ou du Xinjiang est devenu illégal. Malgré les protestations des Hongkongais, les critiques émises par le Royaume-Uni, les menaces de l’Union Européenne ou les restrictions des Etats-Unis, la police n’hésite pas à faire usage de la violence et à arrêter des manifestants.

  • Cette loi va à l’encontre du principe « un pays, deux systèmes » établi lors de la rétrocession en 1997 et qui garantissait jusqu’en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.
  • Les pouvoirs de la police hongkongaise ainsi que ceux de Carrie Lam, chef de l’exécutif de Hongkong, ont été élargis en matière de surveillance, retirant ainsi une grande partie du pouvoir du contrôle judiciaire. 

La plus grande marine militaire au monde est dorénavant chinoise

La Chine est reconnue plus grande marine militaire au monde d’après le rapport du Pentagone publié le 1er septembre. Elle compte 350 navires de guerre contre 293 pour l’US Navy.

  • Les Etats-Unis restent supérieurs sur le plan technologique avec une capacité de projection inégalée grâce à leur onze porte-avions nucléaires contre deux porte-avions à vapeur pour Pékin. De plus, le réseau de bases militaires américaines dans le monde (800 bases déclarées) est bien supérieur à celui de la Chine (une seule, basée à Djibouti) bien que cette dernière compte profiter de son expansion grâce aux projets des nouvelles routes de la soie pour multiplier ses implantations.

Renaissance du conflit sino-indien à la frontière himalayenne

L’Inde et la Chine s’accusent mutuellement depuis le 5 mai de mener des actions militaires qui violent leur souveraineté territoriale à la frontière himalayenne. Dans la nuit du 15 au 16 juin, un affrontement entre l’Armée populaire de la libération et les Forces armées indiennes a eu lieu dans la vallée de Galwan (à Ladakh, région du Nord de l’Inde). Les deux pays ont opté pour une désescalade à la suite de cet épisode, bien qu’il ait conduit à un boycott de certains biens chinois exportés en Inde et à l’envoi de patrouilles supplémentaires chinoises et indiennes. Fin août, de nouveaux mouvements militaires chinois jugés provocateurs ont été dénoncés par l’Inde.

  • Ce litige frontalier ressurgit après le face-à-face des deux géants asiatiques en 2017 sur le plateau de Doklam dans la région du Sikkim, qui fait jonction avec le Bhoutan.
  • La « Ligne de contrôle effectif » opère une démarcation de 3 488 kilomètres de part et d’autre du Népal depuis la guerre éclair de 1962 à l’issue de laquelle la Chine s’était attribuée des territoires jusque-là indiens.

 

EUROPE

Les Etats-Unis réorganisent la répartition des soldats américains dans l’Union européenne

Le 29 juillet, le secrétaire à la Défense, Mark Esper, a annoncé le retrait dans quelques années de 12 000 des 34 500 soldats américains déployés en Allemagne dans le cadre de l’OTAN (6 400 seront rapatriés aux Etats-Unis et 5 600 redéployés dans d’autres pays membres de l’organisation, notamment la Belgique et l’Italie). Le commandement militaire américain en Europe (Eucom), actuellement basé à Stuttgart, déménagera à Mons, en Belgique, où se trouve le commandement de l’OTAN. Enfin, une escadrille d’avions de chasse F-16 basée en Allemagne sera envoyée en Italie. Le président Donald Trump a tempéré l’annonce du chef du Pentagone en précisant que ce retrait pourrait être revu si l’Allemagne augmentait sa contribution financière à l’OTAN.

  • L’objectif stratégique derrière cette annonce est la protection du flanc sud-est de l’OTAN à partir de la mer Noire et dans les Etats baltes. Cette protection permettra, selon Mark Esper, de relever le niveau de dissuasion des Etats-Unis et de l’OTAN contre la Russie, de rassurer les alliés et d’améliorer la flexibilité stratégique des Etats-Unis.

Convergence des tensions en Méditerranée orientale

La Méditerranée est le théâtre de vives tensions entre la Turquie d’un côté, et la Grèce, la France, l’Italie, l’Allemagne, Chypre, l’Egypte de l’autre. L’événement à l’origine de ces tensions est l’illumination de la frégate française Courbet utilisée dans le cadre de l’opération otanienne Sea Guardian en juin dernier par un radar de conduite d’un navire militaire turc venant ravitailler des combattants en Libye. Fin juillet, alors que l’Oruç Reis, accompagné de navires militaires, s’approchait des îles grecques de Rhodes et de Kastellórizo pour explorer les ressources en hydrocarbures, deux F-16 sont simultanément entrés dans l’espace aérien grec. Si un certain nombre d’Etats membres de l’Union européenne ont apporté leur soutien à la Grèce, des divergences persistent au sein de l’Union quant à la posture à adopter vis-à-vis de la Turquie.  Alors que la France a adopté un discours agressif, l’Allemagne, qui assume pour six mois la présidence de l’UE, a  choisi de miser sur la médiation. 

  • La politique agressive de la Turquie s’inscrit dans la doctrine de « la Patrie bleue » qui encourage le pays à imposer sa souveraineté sur une zone de 462.000km² en mer Noire, mer Egée et mer Méditerranée. 
  • L’intérêt turc est triple : forcer une délimitation des eaux territoriales en dehors du droit maritime international régi par la Convention de Montego Bay de 1982 (que la Turquie ne reconnaît pas, la considérant injuste), exploiter les gisements gaziers dont la zone est riche, ressouder et élargir la base électorale du Président Erdogan aujourd’hui moins solide en raison de la crise économique. 
  • Les tensions sont particulièrement fortes en raison du désaccord entre l’Union européenne et la Turquie au sujet de l’opération Irini. Menée par l’Union européenne au nom de l’ONU, celle-ci a pour but de faire respecter l’embargo sur les ventes d’armes à destination de la Libye. Mais la Turquie considère qu’elle bénéficie à l’Egypte rivale. A cela s’ajoute les traditionnelles difficultés diplomatiques liées au statut de l’île de Chypre dont la Turquie contrôle le tiers nord depuis 1974. Même si la prudence est de mise au sein de l’OTAN, la question des relations entre la Turquie et la Russie inquiète, notamment depuis que la première a déclaré se fournir en missiles S-400 auprès de la seconde.

Le Royaume-Uni anticipe la course à l’espace

Airbus Defence & Space a décroché mi-juillet le contrat Skynet 6A de 550 millions d’euros avec le ministère de la Défense britannique (MoD). Ce satellite de communications militaires sera lancé en 2025 et complètera la constellation Skynet 5 composée de 4 satellites. 

  • Pour le MoD, la résilience des communications est d’autant plus stratégique que l’espace est la dernière frontière contestée. C’est pourquoi le contrat comprend également de nouveaux systèmes de télémétrie (mesure des distances par procédés optiques) sécurisés et de développement technologique. 

 

LES AMERIQUES

Les Etats-Unis vont réduire leurs effectifs militaires en Irak

Mercredi 9 septembre, l’armée américaine a annoncé une nouvelle réduction de ses effectifs en Irak. La décision avait été prise en juin, dans un contexte de fortes tensions entre les Etats-Unis et l’Irak, nourries par l’assassinat de Qassem Soleimani et d’Abou Mahdi Al-Muhandis en janvier denier. « Reconnaissant les grands progrès accomplis par les forces irakiennes et en consultation et en coordination avec le gouvernement irakien et nos partenaires de la coalition, les Etats-Unis ont décidé de réduire leur présence militaire en Irak d’environ 5 200 à 3 000 militaires durant le mois de septembre », a déclaré le général McKenzie, chef du commandement militaire au Moyen-Orient. L’armée américaine, qui était revenue en Irak en 2014 après en être partie en 2011 pour lutter contre l’Etat islamique (EI), continuera cependant d’aider l’armée irakienne dans sa lutte contre les derniers éléments de Daesh.

  • Ce retrait est conforme aux promesses électorales du Président Donald Trump, qui avait promis lors de sa campagne en 2016 de mettre un terme aux “guerres sans fin” des Etats-Unis – un élément dont le Président américain ne manquera pas de se prévaloir auprès de ses électeurs dans le cadre de sa campagne pour sa réélection. 
  • Cependant, plus qu’à un retrait, cette réduction s’apparente davantage à un redéploiement. Ces derniers mois, l’armée américaine a en effet renforcé sa présence dans d’autres pays de la région où elle dispose de bases militaires, comme l’Arabie saoudite ou le Koweit, afin de maintenir sa pression sur l’Iran. 

L’écart se creuse entre le Président et son armée 

Tensions, oppositions et démissions ont secoué à intervalle régulier les relations de Donald Trump avec les hauts responsables militaires américains. Les manifestations et émeutes qui ont suivi le meurtre de Georges Floyd ont été une nouvelle occasion pour l’armée de prendre ses distances par rapport au Président américan. Tant l’ancien secrétaire à la défense, le général quatre étoiles du corps des marines Jim Mattis, que le secrétaire à la défense actuel, Mark Esper, ont critiqué la riposte militarisée ordonnée par Donald Trump. Apparu au côté du président américain le 1er juin dernier pour une photographie devant une église voisine de la Maison blanche, le chef d’état-major interarmes des Etats-Unis, le général Mark Milley, a déclaré regretter cette erreur. 

  • Pour Bernard E. Harcourt, professeur de droit et de science politique à l’université Columbia et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), ces prises de distances sont révélatrices d’un mouvement pouvant peut-être mener à la fin de la « contre-révolution américaine ». 
  • Théorisée par le chercheur dans « The Counterrevolution : How Our Government Went to War Against Its Own Citizens », cette expression désigne l’adoption par les forces de police américaines des pratiques et des logiques de la guerre contre-insurrectionnelle à la suite des guerres d’Irak et d’Afghanistan.

 

Comité de rédaction

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