Témoignage – Commissaire des Armées, ancrage santé

Marie Diémé a intégré Sciences Po après le bac en envisageant déjà une carrière dans les armées. Après son année d’échange aux Etats-Unis à l’Université de Floride, elle intègre le Master Finance et Stratégie. Lors de son année de césure entre son M1 et son M2, elle réalise un Volontariat Aspirant Commissaire (consultez le témoignage d’Oscar à ce sujet) durant lequel elle est affectée à la direction centrale du Service de Santé des Armées (SSA) à Vincennes. Forte de cette expérience, elle prépare le concours sur titre pour devenir Commissaire des armées lors de sa seconde année de master et intègre l’École de Commissaire des Armées (ECA) à l’issue.

  • Pourquoi as-tu choisi de devenir commissaire des armées ? 

Au lycée, j’envisageais déjà d’intégrer les écoles d’armes. J’ai finalement intégré Sciences Po pour les différents parcours que l’école me permettrait de réaliser  si jamais je décidais de ne plus m’engager dans une carrière militaire. . L’autre alternative aurait été de faire une classe préparatoire pour intégrer les écoles militaires. A Sciences Po, j’ai fait un master en Finance et stratégie plutôt qu’un master en Sécurité internationale – à l’époque le master Sécurité et Défense n’existait pas – qui me permettait là encore d’avoir une seconde option en cas de changement d’avis.

J’ai découvert le métier de commissaire au gré de mes recherches sur Internet car je m’intéressais beaucoup aux métiers des armées. En césure entre mon M1 et mon M2, je cherchais un poste en tant que contrôleur de gestion et j’ai trouvé un Volontariat Aspirant Commissaire (VAC) d’un an qui correspondait à mes attentes et qui m’a permis de me familiariser avec le métier avant de m’engager. 

  • Quelles sont les modalités du concours de commissaire des armées et quelles sont les difficultés notables ? 

Il existe plusieurs voies pour devenir commissaire des armées : 

  • le concours interne pour des personnes qui sont déjà militaires et décident de changer de corps ou d’armée
  •  le concours externe pour les autres cas. Il y a deux voies possibles : 
  1. Premièrement, le plus courant, le concours sur épreuves qui compte des épreuves d’admissibilité écrites puis des épreuves d’admission orales globalement calquées sur les épreuves écrites. 
  2. Deuxièmement, le concours externe sur titre que j’ai passé et qui est ouvert à partir de bac+5. Pour ce dernier, la phase d’admissibilité consiste essentiellement en l’examen du dossier du candidat ; parcours et lettre de motivation. Cette option est généralement ouverte aux personnes au profil un peu atypique ; des étudiants qui viennent d’écoles de commerce, des ingénieurs…  Ayant déjà effectué un VAC et étant en Master finance, j’ai passé le concours sur titre. De plus, je manquais de temps pour préparer les épreuves écrites de la voie classique puisque j’étais en stage de fin d’étude en banque. Une fois l’admissibilité passée pour le concours sur titre, il y a pour épreuves d’admission ; un oral de motivation, un oral de métier avec une question sur un sujet choisi à l’avance parmi les sujets proposés et des épreuves sportives.

Selon moi, le concours externe ne présente pas de réelles difficultés mais il faut bien savoir justifier le choix de commissaire lors de l’oral de motivation. Grâce à mon VAC, j’avais déjà une idée du métier de commissaire mais pour un candidat qui n’a pas eu d’expérience dans l’armée auparavant, cela peut être le point difficile.

Après le concours, en fonction du classement et des vœux formulés en amont, notre ancrage est déterminé. J’ai eu la chance d’avoir celui que je souhaitais ; l’ancrage santé. 

  • Comment t’es-tu préparée aux épreuves ? As-tu des conseils pour les candidats ? 

Pour la préparation aux épreuves, il s’agissait essentiellement de travailler un sujet d’oral métier. J’ai choisi « L’administration publique peut-elle être gérée comme une entreprise ? » ; sachant que je travaillais dans la finance d’entreprise, ce sujet  me permettait de faire un lien entre les deux et d’apporter un regard un peu frais sur la question. En parallèle, je devais  préparer les épreuves sportives.

Mon conseil est de bien travailler les sujets à l’avance, bien se renseigner sur le corps des commissaires, ne pas hésiter à contacter des anciens de Sciences Po qui sont commissaires ou ont un temps envisagé de l’être et se donner à fond tout simplement ! Il faut aussi s’entraîner pour les épreuves sportives qui, si elles n’ont pas un coefficient majeur, peuvent faire la différence au niveau d’un concours. 

  • Quelles étaient tes options en dehors de ce concours ? 

J’aurais certainement travaillé en banque d’affaires ou dans un poste relatif à la finance, qui est la filière que j’avais choisie initialement pour mes études.

  • Quel est le profil des autres admis ?

Etant donné les différents types de concours, on retrouve des personnes qui ont déjà été dans l’armée d’active mais qui sont particulièrement minoritaires (deux dans ma promotion), 10 personnes admises sur titre : des ingénieurs et des personnes diplômées d’écoles de commerce, ainsi que 30 personnes recrutées par le concours externe sur épreuves. Cette majorité est essentiellement composée de juristes ainsi que de quelques personnes provenant des IEP. 

  • Comment se déroule les années en école ? En quoi consiste la formation ?

La formation de commissaire se décompose en quatre temps. 

Premier temps

Une incorporation de 10 jours à Salon-de-Provence.

Deuxième temps

Deux/trois mois en école de milieu ; à l’Ecole navale, à Saint Cyr ou à l’Ecole de l’air. Le SSA et la DGA n’ayant pas d’école de formation initiale, les ancrages santé et DGA rejoignent soit l’Ecole de l’air soit l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr. Pour ma part, étant ancrage santé, je suis allée à l’École Spéciale Militaire (ESM) de Saint Cyr pour une période très instructive durant laquelle nous sommes dans la peau du soldat et apprenons les rudiments de la vie militaire ; bivouaquer, tirer… Les milieux Terre et Air sont incorporés directement avec la jeune promotion qui vient d’entrer en école. J’étais ainsi dans le troisième bataillon de l’ESM avec les futurs officiers de l’armée de terre. Cela permet de nouer un premier contact et puisque les commissaires sont au service des différentes armées il est important d’être dans cette démarche d’intégration… En effet, un reproche qui est souvent formulé au commissaire est d’être un administrateur et de méconnaître le métier de terrain. 

Troisième temps

Après ces deux/trois mois passés en dehors de l’École des Commissaires des Armées (ECA), nous retournons sur la base aérienne 701 de Salon-de-Provence pour un an de formation commune à tous les ancrages. Cette formation d’administrateur nous enseigne les achats, la finance, la logistique ou encore les ressources humaines car bien que le commissaire choisisse un ancrage, il est très rapidement amené à basculer vers de l’inter-armée. A l’issue de cette année, nous rejoignons les écoles d’ancrage pour huit mois de formation finale. Les ancrages santé se retrouvent à Paris à l’Ecole du Val de Grâce et les ancrages armement à la DGA. Cette dernière période qui compte des stages permettant de s’acculturer au milieu dans lequel nous serons intégrés, constitue la vraie différenciation entre les commissaires de chaque ancrage. 

Quatrième temps

A l’issue de ces huit mois d’ancrage vient l’heure de la première affectation. Il peut s’agir de postes en finance, en management…  Si nous ne savons pas sur quoi nous travaillerons en sortie d’école, nous avons en revanche une idée globale de notre environnement de travail futur. Les ancrage Terre seront ainsi en régiment et les ancrages Santé dans les hôpitaux d’instruction des armées, les Centres médicaux des Armées (CMA) ou les établissements du ravitaillement sanitaire. 

  • Quel a été ton ressenti concernant ton passage de la vie civile à la vie militaire ? 

La transition s’est bien passée car j’avais été VAC en année de césure. Une fois arrivée à l’ECA « pour de vrai », il n’y a pas eu de choc, ni même lors de la formation de VAC d’ailleurs. Pour ma part cela s’est fait assez naturellement, j’étais familière du milieu militaire qui m’a toujours beaucoup plu. Il y a néanmoins quelques détails qui changent, lors du passage à Saint Cyr pendant deux mois et demi notamment. On y acquiert une autre manière de concevoir la vie militaire, de faire du sport… Vous apprenez à prendre du plaisir à faire des choses pour lesquelles vous n’aviez pas d’appétence particulière auparavant.  

  • Quelles sont les qualités à avoir pour rejoindre le corps des commissaires ?

Je pense qu’il faut être curieux car nous sommes dans un métier qui possède un aspect humain et lorsque l’on exerce des professions dites administratives, on a très souvent tendance à se replier derrière les bureaux. Or dans l’armée, le contact humain est crucial et fera la différence dans vos relations avec vos collaborateurs qu’ils soient subordonnés ou d’autres services.

  • Pourquoi avoir choisi l’ancrage Santé parmi les ancrages Terre, Air, Marine et Armement ? 

J’ai poursuivi avec l’ancrage Santé car ma formation de VAC à la Direction centrale du service de santé des armées (DCSSA) à Vincennes m’avait énormément plu. C’est un ancrage qui n’est pas forcément connu de tous mais qui a une vocation assez large du fait des différentes branches du SSA : la médecine des forces, le ravitaillement sanitaire ou encore la médecine hospitalière dont près de 80% des personnes prises en charge sont civiles.

  • Quelles sont les missions d’un commissaire ?

Un commissaire est un officier polyvalent ; il peut occuper des fonctions financières, des fonctions de logisticien, d’auditeur, de juriste ; c’est un peu le « couteau-suisse » des armées. Il a une casquette de technicien qui est telle que ses collaborateurs vont le voir pour des points sur les domaines qu’ils ne maîtrisent pas et qui relèvent au moins approximativement de l’administratif. Le commissaire, même s’il est à dominante financière, se doit d’avoir un parfum juridique pour pouvoir répondre ou au moins orienter les différentes personnes qui feront appel à lui.  

  • Dans quel environnement seras-tu amenée à travailler ? 

Tout dépend des affectations. Dans un hôpital d’instruction des armées ou les centres médicaux, il y aura des médecins, des infirmiers, tous les corps médicaux et paramédicaux du Service de Santé des Armées (SSA). Mes camarades de l’armée de terre, eux, vont travailler en régiment avec des officiers ou des sous-officiers qui ont une casquette administrative mais qui sont intégrés à une armée et ne sont pas rattachés nécessairement au commissariat.

  • Quelles sont les perspectives d’évolution au sein du corps des commissaires ? Quelles sont tes ambitions professionnelles pour les années à venir ? 

Un commissaire fait généralement une ou deux affectations dans son ancrage d’origine et bascule très rapidement sur de l’inter-armée ; en groupements de soutien base de défense, en détachement au niveau de l’économat des armées, ou sur des postes un peu plus opérationnels comme le Centre interarmées d’administration des opérations (CIAO). Énormément de possibilités s’offrent aux commissaires. Il faut donc bien se renseigner sur ce à quoi on peut aspirer et ce que l’on désire faire. 

Personnellement j’aimerais beaucoup aller en OPEX car c’est le côté aussi aventure que nous sommes venus chercher à l’armée. Il existe également des missions courte durée de trois-quatre mois sur des postes permanents en territoires ultramarins ou de présence qui permettent de voir des choses se rapprochant de l’opérationnel et qui ne sont pas des OPEX. C’est le cas d’endroits comme Djibouti où des ravitaillements contribuant aux besoins opérationnels sont réalisés sans pour autant faire partie de l’OPEX en tant que tels. 

Propos recueillis par Chloé Mazari

Comité de rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page