Veille stratégique – Janvier 2022 (2/2)

FRANCE 

Revendication d’une cyberattaque contre le ministère de la Justice français par le groupe de rançongiciel Lockbit 2.0

Ce jeudi 27 janvier, les cybercriminels du groupe de rançongiciel Lockbit 2.0 ont revendiqué sur leur site Internet avoir attaqué le ministère de la Justice. Ils menacent de publier toutes les données volées d’ici au 10 février à moins que le ministère de la Justice ne paye une rançon, dont le montant n’a pas été précisé. Le ministère indique avoir pris connaissance de l’alerte et s’être organisé pour procéder aux vérifications nécessaires avec les services compétents (ComcyberGend, ANSSI, etc.). Selon certains experts en cybersécurité, il pourrait néanmoins s’agir d’un « coup de bluff » et les données volées seraient certainement des données publiques, non sensibles. D’autres, au contraire, considèrent que les groupes cybercriminels ont tout intérêt à éviter un « coup de bluff » afin de ne pas perdre en crédibilité dans un marché hyperconcurrentiel du rançongiciel.

  • Un rançongiciel est un logiciel malveillant conçu pour bloquer l’accès à des utilisateurs aux systèmes informatiques et lever le blocage en échange d’une rançon.
  • Lockbit 2.0 est un groupe de rançongiciel qui attaque des acteurs dans le monde entier depuis 2019 : les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, l’Ukraine, et désormais la France. Thales en a d’ailleurs récemment fait les frais puisque le groupe a été victime d’une cyberattaque par Lockbit 2.0 en janvier 2022. Néanmoins, Thales a refusé de payer la rançon et a indiqué que les dossiers qui avaient été publiés par la suite contenaient des données à faible niveau de sensibilité.

Clap de fin pour la deuxième édition de la Fabrique de la Défense

Du vendredi 28 au dimanche 30 janvier, la Grande Halle du Parc de la Villette a accueilli le forum La Fabrique de la Défense, chaperonné par le ministère des Armées. Cet événement rassemble un large panel d’acteurs de l’écosystème de la défense : think tanks, associations, universités, entreprises, armées, directions et services du ministère des Armées. Plusieurs activités étaient proposées telles que des serious games, des reconstitutions historiques, des expériences immersives (réalité virtuelle, simulations), des tables rondes et des conférences. Sciences Po Défense et Stratégie faisait notamment partie des 140 exposants.

  • Initié en 2020, cet événement s’adresse aux jeunes de 15 à 30 ans et mobilise des acteurs français et européens. Il s’inscrit désormais dans l’ambition de la PFUE de créer une culture stratégique européenne commune auprès de la jeunesse européenne.

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EUROPE

Le Parlement européen sonne l’alerte sur les ingérences étrangères

Mardi 25 janvier, la commission spéciale sur l’ingérence étrangère et la désinformation a conclu ses travaux après dix-huit mois d’enquête. La commission alerte sur le « défaut flagrant de prise de conscience » de la part des citoyens européens et de leurs responsables politiques de la gravité de la menace que représentent les régimes étrangers autocrates, comme la Russie et la Chine. Elle relève que ces ingérences passent par une multitude de moyens (manipulation des réseaux sociaux, cyberattaques, menaces, financements…) et ont des effets particulièrement délétères : « ces attaques trompent et induisent en erreur les citoyens, accroissent la polarisation et divisent la société, aggravent la situation des groupes vulnérables, faussent l’intégrité des élections et référendums démocratiques, et sèment la méfiance à l’égard des pouvoirs publics et de la démocratie ». Afin de lutter contre ces ingérences, la commission propose notamment de mieux sensibiliser l’opinion publique, de créer un régime de sanction contre la désinformation, ou encore de renforcer les règles s’appliquant aux plateformes de médias sociaux.

  • Les mouvements militaires russes à la frontière ukrainienne sont également accompagnés d’une campagne de désinformation de la part de Moscou, que l’Union Européenne, par le biais du projet EUvsDisinfo, tente régulièrement de contrer en relevant les « mythes » qui accompagne la communication russe sur le conflit russo-ukrainien : la Russie est en position de légitime défense face à l’agressivité des Occidentaux ; l’Ukraine appartient à la sphère d’influence russe ; l’UE a abandonné les Ukrainiens ; si l’OTAN avait respecté ses promesses et n’avait pas cherché à l’élargir, la Russie ne se sentirait pas menacée ; la Russie est encerclée par l’OTAN ; l’Ukraine a délibérément violé les accords de Minsk et les Occidentaux lui fournissent des armes, donc la provocation vient d’eux ; l’UE est faible et ne mérite pas qu’on l’inclut dans les négociations.

Alliance militaire renforcée entre Paris et Athènes

Mercredi 19 janvier, six avions de combat Rafale commandés par la France à la Grèce ont atterri sur la base militaire grecque de Tanagra. Confrontée à l’accroissement des tensions avec la Turquie, Athènes avait conclu en 2021 un contrat de livraison de dix-huit Rafale (douze d’occasion et six neuf) avec Paris. Les six avions qui ont été livrés sont d’occasion ; six avions de combat neufs seront livrés à la Grèce à partir de l’été 2022, et six autres avions d’occasion le seront en 2023. Outre le contrat de livraison de Rafale, Athènes a également passé commande de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) construites par Naval Group. Ces frégates devraient être livrées à la marine grecque en 2025 et 2026.

  • Ces achats participent et révèlent le changement de statut de la Grèce sur la scène internationale. Marquée par ses difficultés face à la crise économique de 2008, puis par la crise migratoire de 2015, Athènes est progressivement parvenue à faire évoluer la perception que les grandes puissances ont d’elle, et à redevenir un partenaire attractif pour des contrats.
  • Le rapprochement entre la France et la Grèce inquiète et irrite la Turquie, avec laquelle les deux pays sont en froid. Pour le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar, « la Grèce se sert de son appartenance à l’Union européenne pour forger des alliances et créer une menace artificielle ». La tension entre Athènes et Ankara est d’autant plus délicate que les deux pays sont membres de l’OTAN, et pourraient donc tous deux, en cas de menace territoriale, faire appel à la clause d’assistance mutuelle.  

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AFRIQUE

Coup d’État au Burkina Faso

Lundi 24 janvier, des militaires ont pris le pouvoir au Burkina Faso, après un week-end de tensions et de mutineries dans plusieurs casernes du pays. Se présentant sous le nom de Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), regroupant « toutes les composantes des forces de défense et de sécurité », les putschistes ont annoncé la fermeture des frontières aériennes et terrestres, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale ainsi que la suspension de la Constitution. Le président Roch Marc Christian Kaboré, à la tête du pays depuis 2015, a été arrêté et placé en résidence surveillée. A la suite de l’annonce du coup d’État, quelques centaines de partisans sont sortis dans la rue pour clamer leur joie.

  • Pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés terroristes (GAT), le Burkina Faso est en proie à une grave crise sécuritaire. Avec plus de 2 000 morts et 1,5 millions de déplacés, la population burkinabé est excédée par les violences djihadistes. Accusé d’impuissance, le président Kaboré était de plus en plus impopulaire. Le drame d’Inata (novembre 2021), où 53 gendarmes ont été massacrés, avait profondément ébranlé l’armée. Cet évènement avait conduit le chef de l’État à opérer d’importants changements dans la hiérarchie militaire, limogeant certains cadres pour en promouvoir de nouveaux.
  • Leader des putschistes, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba avait été nommé gouverneur de la troisième région militaire en décembre 2021. Cet ancien membre du régiment de la sécurité présidentielle de Blaise Compaoré, président déchu en 2015 suite à une insurrection populaire, est un ancien élève de l’École de guerre française et auteur d’un essai sur la lutte antiterroriste. Dans sa première allocution, il a dit comprendre les « doutes légitimes » suscités par le coup d’Etat et a assuré sa volonté d’un « retour à la vie constitutionnelle normale », « lorsque les conditions le permettront », sans toutefois préciser d’agenda. 
  • Vendredi 28 janvier, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a suspendu le Burkina Faso de ses institutions. Elle a dépêché une délégation sur place, composée des chefs d’état-majors des armées ouest-africaines. A l’issue de cette mission, la Cédéao se réunira pour discuter de sanctions, à l’instar de celles mises en place contre la Guinée et le Mali après les récents coups d’État.
  • Alors que la Russie apporte un soutien inavoué à la junte malienne, Evgueni Prigojine, homme d’affaires russe soupçonné d’être en lien à la société militaire privée (SMP) Wagner, a salué le putsch au Burkina Faso comme le signe d’une « nouvelle ère de décolonisation » en Afrique. 

Mali : la junte obtient le retrait de soldats danois de la force Takuba

Jeudi 27 janvier, le Danemark a annoncé le retrait d’une centaine de soldats déployés la semaine précédente au sein de la coalition de forces spéciales européennes Takuba. Cela fait suite à la demande de la junte malienne, lundi 24 janvier, de retirer « immédiatement » les troupes danoises au motif que leur déploiement était « intervenu sans son consentement ». Rétorquant être présent dans le pays suite à une « invitation claire », le Danemark a demandé au régime de clarifier sa demande. Après que les autorités de Bamako aient réitéré « avec insistance » leur souhait de voir les soldats danois partir, le Danemark a annoncé le retrait de ses troupes tout en expliquant ne pas pouvoir « rester quand le gouvernement malien ne veut pas de nous ».

  • La ministre danoise des Affaires étrangères, Jeppe Kofod, a dénoncé un « jeu politique sale » de militaires maliens au pouvoir, retirant leur invitation « parce qu’ils ne veulent pas d’un plan rapide de retour à la démocratie ». Plus tôt ce mois-ci, la junte malienne avait annoncé vouloir reporter la transition démocratique avec des élections en décembre 2026, à l’encontre de ses engagements précédents. 
  • Cet épisode constitue une nouvelle entrave à l’action militaire française et européenne au Mali. Ce retrait inédit du contingent danois interroge l’engagement de la task force Takuba au Mali. Créée en 2020 à l’initiative de la France, cette coalition de forces spéciales est destinée à accompagner les soldats maliens au combat face aux djihadistes. Outre la France, elle comprend les Pays-Bas, l’Estonie, la Suède, la Belgique, la République tchèque, la Norvège, le Portugal, l’Italie et la Hongrie. « Vu cette situation, vu la rupture du cadre politique et du cadre militaire [au Mali], nous ne pouvons pas rester en l’état » a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, vendredi 28 janvier, sans toutefois annoncer pour l’instant de retrait du Mali. « Avec nos alliés, nous devons examiner quelle est la décision la plus sage » a annoncé la chef de la diplomatie danoise.
  • Alors qu’elle entend renégocier les accords de défense conclus avec la France en 2014, le Mali adopte une posture radicalement différente avec la Russie. 600 instructeurs et paramilitaires de la société militaire privée (SMP) Wagner ont été déployés dans le pays depuis décembre 2021. Selon certaines sources, ce chiffre pourrait atteindre le millier d’ici quelques semaines.

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AMERIQUE

Brésil : coup d’envoi du programme « Cidade Integrada » à Rio de Janeiro

Le 19 janvier, à Rio de Janeiro, plus d’un millier de policiers militaires ont été déployés dans la favela de Jacarezinho afin d’y assurer la sécurité des habitants contre les activités des gangs de narcotrafiquants. Cette opération s’inscrit dans un programme plus vaste lancé par le gouverneur de Rio, Claudio Castro, appelé « Cidade Integrada » (« ville intégrée). Ayant pour objectif l’amélioration profonde des conditions de vie dans les favelas, le programme prévoit dans un premier temps la sécurisation des quartiers, puis la mise en œuvre des volets social et urbanistique.

  • Une favela désigne, en brésilien, un bidonville. Un quart des 6,7 millions d’habitants de Rio de Janeiro vit dans des favelas. Jacarezinho, un quartier de la zone nord de Rio regroupant 90 000 habitants, concentre l’une des plus grandes favelas de la ville. Il serait également l’un des QG du Comando Vermelho, la plus importante organisation criminelle de Rio qui se consacre principalement au trafic d’armes et de drogue. En mai dernier, la police y a mené un raid meurtrier qui fait l’objet d’une enquête indépendante de l’ONU au sujet d’accusations d’exécutions sommaires.
  • Jusqu’en 2014, les 28 Unités de Police Pacificatrices, une police de proximité, avaient rencontré un grand succès dans leur mission de sécurisation des favelas de Rio de Janeiro. La criminalité avait remarquablement baissé pour le Mondial de football. En revanche, en 2016, les UPP ont fait l’objet de vives critiques au sujet de leurs débordements, auxquels s’est ajouté un sentiment de collusion avec les trafiquants, aboutissant à leur désintégration progressive.

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ASIE

Corée du Nord : de nouveaux tirs balistiques  considérés comme les plus puissants depuis 2017 

Dimanche 30 janvier, le chef d’état-major sud-coréen a annoncé avoir repéré le lancement d’un missile balistique de moyenne portée depuis la Corée du Nord vers l’océan. Selon les autorités sud-coréennes, il s’agit du missile le plus puissant lancé par Pyongyang depuis 2017, période à laquelle les tensions entre les deux pays étaient à leur comble. Le Japon a également fait part de ses préoccupations vis-à-vis de l’attitude nord-coréenne, accusant le pays de « menacer sa paix et sa sécurité ». En effet, par cette manœuvre, la Corée du Nord semble reprendre le chemin des essais nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux, alors qu’elle s’était engagée à ne plus employer ces technologies.

  • En 2017 la Corée du Nord avait déjà testé un missile comparable capable, selon certaines analyses, de parcourir plus de 4500 kilomètres de distance, et donc de toucher des territoires américains dans l’océan Pacifique depuis le territoire nord-coréen.
  • Ce tir intervient dans un climat relativement tendu depuis quelques mois. Le président nord-coréen a refusé toute main tendue par le président américain Joe Biden depuis son élection l’an dernier, et a réaffirmé sa volonté de moderniser l’arsenal de son pays. Depuis le début de l’année 2022, le pays a déjà effectué sept essais d’armement et se défend de réagir aux pressions des pays alentours et des Etats-Unis. 

Soutien de la Chine aux revendications russes dans la crise ukrainienne 

La Chine a apporté cette semaine son soutien à son voisin russe dans le dossier ukrainien, affirmant que « les préoccupations raisonnables de la Russie doivent être prises au sérieux et recevoir une solution ». Si les deux pays se sont fortement rapprochés ces derniers mois et font bloc face à la puissance américaine et certains pays européens, la Chine s’était jusqu’à présent abstenue de tout soutien officiel dans le dossier entre Kiev et Moscou.

Mardi, des représentants chinois et russes se sont entretenus par visioconférence et ont conclu un accord de coopération.  Vladimir Poutine se rendra quant à lui la semaine prochaine en Chine à l’occasion des Jeux olympiques d’Hiver dans le pays.  

  • Les Etats Unis ont de leur côté appelé la Chine à user de son influence afin de dissuader Moscou d’attaquer l’Ukraine, brandissant les répercussions sur l’économie et notamment le secteur énergétique que pourrait entraîner un tel évènement.

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RUSSIE/NEI

Tensions entre l’Ukraine et la Russie

La crise diplomatique entre la Russie et l’Ukraine se poursuit alors que les dirigeants de plusieurs capitales occidentales multiplient les déclarations et les initiatives diplomatiques sur le sujet. Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni ont évacué cette semaine le personnel non-essentiel et les familles des diplomates de leurs ambassades à Kiev, tout en indiquant à leurs ressortissants d’éviter tout « voyage non-essentiel » en Ukraine. Les États-Unis ont par ailleurs saisi le Conseil de sécurité des Nations unies afin de convoquer une réunion pour discuter de la situation en Ukraine – la Russie prendra la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU en février 2022. En outre, Joe Biden a déclaré vendredi 28 janvier que les États-Unis enverraient prochainement des troupes en Europe de l’Est et dans les pays de l’OTAN qui viendraient renforcer les 8 500 militaires américains en Europe déjà placés en état d’alerte.

De son côté, le 28 janvier, Emmanuel Macron s’est entretenu avec Vladimir Poutine puis avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. L’Élysée a déclaré que la France réaffirmait la « pleine solidarité de la France envers l’Ukraine » et que malgré le « dialogue difficile » avec la Russie, elle souhaitait maintenir les canaux de communication ouverts. La présidence française a ajouté que Vladimir Poutine n’avait pas, dans son dialogue avec Emmanuel Macron, exprimé des intentions offensives. Cet entretien entre les présidents russe et français fait suite à une réunion « au format Normandie » (ie. France, Allemagne, Russie, Ukraine) entre les conseillers diplomatiques des quatre pays.

De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky a appelé les pays occidentaux à ne pas « semer la panique » et a remarqué que si la probabilité d’une attaque de la Russie sur son pays n’avait pas disparu, « l’escalade n’est pas supérieure à celle de la fin 2021 ». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que la Russie ne voulait pas la guerre, mais qu’elle ne permettrait pas aux autres gouvernements de nuire ou d’ignorer ses intérêts. Il a ajouté que les négociations avec les pays occidentaux sur une nouvelle architecture de sécurité en Europe n’étaient pas terminées, alors que les États-Unis ont donné une réponse écrite aux demandes de garanties de sécurité de la Russie.

  • Depuis la fin de l’année 2021, la Russie a positionné environ 100 000 hommes et du matériel militaire en masse à la frontière est de l’Ukraine ainsi qu’en Biélorussie, au nord de l’Ukraine, faisant craindre une invasion du pays.
  • Moscou réclame la mise en place d’une nouvelle architecture de sécurité en Europe : (1) la garantie écrite que l’Ukraine et la Géorgie ne deviendront jamais membres de l’OTAN ; (2) le retour de l’OTAN à ses frontières de 1997 (i.e. sans l’Europe de l’Est) ; (3) la limitation des activités militaires (exercices et déploiements de troupes et de missiles) de l’Alliance atlantique à proximité des frontières russes.

Kazakhstan :  le ministre de la Défense limogé suit à sa gestion des émeutes début janvier

Mercredi 19 janvier, le président du Kazakhstan Kassim-Jomart Tokaïev a limogé  le ministre de la Défense, Mourat Bektanov, mettant en cause son attitude indécise et insuffisamment proactive et l’accusant de ne pas avoir fait preuve de “qualités de commandement” dans la gestion des émeutes ayant secoué le pays au début du mois. Au total, au moins 164 civils et 16 policiers ont perdu la vie au cours des violents affrontements qui ont entraîné la démission du gouvernement. Dans l’incapacité de  maîtriser les émeutes, les autorités avaient dû faire appel au concours des forces de l’Organisation du traité sur la sécurité collective (OTSC) afin d’apaiser la situation.  

  • En réaction aux émeutes, le président Kassim-Jomart Tokaïev a lancé une purge au sein de l’appareil de sécurité de l’Etat, d’où résulte l’éviction de  Noursoultan Nazarbaïev, l’ancien président du pays, de la tête du Conseil de sécurité nationale du Kazakhstan. Cet organe détient les principaux leviers du pouvoir du pays. 
  • Le président a nommé Rouslan Jaksilikov, ancien vice-ministre de l’Intérieur et chef de la Garde nationale, afin de remplacer Mourat Bektanov à la tête du ministère de la Défense.

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

Attaque de l’Etat Islamique contre une prison en Syrie

Pendant une semaine, l’organisation Etat Islamique (EI) a assiégé le centre de détention de la province d’Hassaké au nord-est de la Syrie, contrôlée par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS). L’attaque, lancée le 20 janvier, a consisté en une combinaison de deux attentats suicides : d’une part, un assaut mené par environ 200 insurgés; et d’autre part, une mutinerie à l’intérieur de la prison. Mercredi 26 janvier, les FDS, soutenues par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, ont affirmé avoir repris le contrôle de la zone de Ghwayran où se situe le centre. Néanmoins, des affrontements ont toujours lieu, certains jihadistes refusant de se rendre. Le nombre de morts est estimé à 235 personnes, principalement du côté jihadiste. Certaines estimations évaluaient à 3 500 le nombre de jihadistes de l’EI au sein de la prison d’Hassaké, dont 850 mineurs selon l’UNICEF.

  • Environ 12 000 combattants de l’EI seraient détenus dans des prisons dans le Nord-Est de la Syrie. L’instabilité de la région, sous contrôle kurde, rend les prisons d’autant plus vulnérables aux attaques. Des milliers d’étrangers venus combattre au sein de l’EI y sont encore emprisonnés, avec environ 60 nationalités représentées. Les Kurdes et l’ONU demandent ainsi aux pays occidentaux de rapatrier leurs ressortissants enfermés dans les prisons ou dans les camps de réfugiés. Pourtant, même pour les mineurs, la France continue de rapatrier au cas par cas et refuse de prendre en charge les combattants terroristes français en Syrie.
  • Il s’agit de l’attaque la plus importante et sophistiquée de l’EI depuis la chute du califat en 2019. Toujours très présente dans la région syro-irakienne avec environ 10 000 membres selon l’ONU, l’organisation terroriste revendique entre 100 et 150 attaques par mois. 

Les rebelles Houthis attaquent les Emirats Arabe Unis

Les Houthis yéménites ont directement attaqué le territoire émirati à deux reprises en une semaine, les 17 et 24 janvier, en réponse à une attaque de la coalition saoudienne contre une prison à Saada. L’attaque par drones du 17 janvier a entraîné la mort de 3 personnes sur un site de stockage de pétrole.Le 24 janvier, les autorités émiraties ont annoncé avoir détruit des drones visant Dubaï et la base aérienne d’Al-Dhafra, où sont basées des troupes américaines et françaises. Une attaque houthie a aussi blessé deux personnes dans le Sud de l’Arabie saoudite.

  • Les forces gouvernementales yéménites soutenues par les Émirats arabes unis ont remporté des succès majeurs ces dernières semaines en repoussant les Houthis de la province de Shabwah, riche en pétrole dans le Sud-Est du pays, et en progressant vers Marib au Nord. Ces avancées ont incité les Houthis à cibler directement Abou Dhabi. Depuis l’attaque du 17 janvier contre l’aéroport et les installations pétrolières de l’émirat, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a frappé les zones du Yémen contrôlées par les Houthis. 
  • Impliqués dans le conflit terrestre au Yémen, les Émirats arabes unis représentent une cible de choix pour les Houthis, et ce, malgré l’annonce d’un retrait de leurs forces en 2019.

Cette veille a été rédigée par Claire, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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