Veille stratégique – Septembre 2022 (1/2)

FRANCE

France – Australie : réchauffement des relations bilatérales en matière de Défense

Jeudi 1er septembre, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a reçu son homologue australien, Richard Marles, à la base navale de Brest. Durant leurs échanges, le renforcement de la coopération franco-australienne a été abordé, notamment dans les domaines du renseignement, de la lutte contre la désinformation et de la cyberdéfense. Sébastien Lecornu a mis en avant une “intimité opérationnelle” qui s’appuie sur la proximité géographique entre les territoires outre-mer français et l’Australie, mais également sur un modèle politique commun. Le ministre a également fait part de sa volonté de réfléchir à la configuration des forces françaises présentes dans l’Océan Indien, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie dans le cadre des travaux de la prochaine Loi de programmation militaire, en tenant compte des capacités australiennes. Richard Marles a quant à lui rappelé que l’industrie de défense française avait joué “un rôle majeur” dans la modernisation du pays.

  • La coopération militaire entre les deux pays avait souffert de l’annulation de l’achat de 12 sous-marins annoncée par le gouvernement Morrison en septembre 2021, suite à la formation de l’alliance AUKUS. L’élection du nouveau chef du gouvernement australien Anthony Albanese en mai dernier et son déplacement à Paris début juillet ont permis de relancer la relation bilatérale de défense. En outre, la visite du ministre australien de la Défense au détachement français engagé dans l’exercice Pitch Black 2022 ainsi que l’organisation de l’exercice de ravitaillement tripartite avec le Japon en présence de la consule générale d’Australie en Nouvelle-Calédonie ont amorcé le début d’une réconciliation souhaitée par les deux pays.
  • La France se définit comme une puissance Indopacifique et souhaite renforcer la coopération dans la région pour défendre un ordre international basé sur la règle de droit et faire face aux défis communs qui unissent les nations insulaires. 

L’économie de guerre au coeur des discussions au sein des Armées

Mercredi 7 septembre, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu a énoncé quatre engagements pour augmenter le volume et la vitesse de production d’équipements militaires à l’occasion d’une réunion avec les dirigeants de base industrielle et technologique de défense, les chefs d’état-major, le délégué général pour l’armement et le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Le premier engagement consiste à privilégier des demandes d’équipements plus rustiques avec moins d’options pour produire plus vite, sans toutefois abandonner l’innovation. Le deuxième met en avant la simplification des procédures administratives tout en remplissant les exigences de qualité. Le troisième appelle à la relocalisation de la production sur le territoire national pour protéger le savoir-faire français et éviter la dépendance étrangère. Enfin, le ministre insiste sur l’importance de la reconstitution des stocks de matériels, de munitions et de matières premières.

  • Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le ministère des Armées a relevé la qualification du contexte stratégique au niveau de “contestation”. Cette évolution de la menace nécessite une réflexion autour des capacités de production afin de soutenir une économie de guerre et de garantir la souveraineté de la France en matière d’armement. A l’issue des échanges, Sébastien Lecornu a souligné l’importance d’une “autonomie stratégique française”, et non pas européenne, contrastant avec les discours de ces dernières années.
  • Dans le même temps, les industriels de défense doivent renforcer leur résilience face au risque d’espionnage et de sabotage des chaînes de production. A cet effet, Sébastien Lecornu a insisté sur le besoin d’établir un plan d’action sous l’autorité du ministre de l’Intérieur et de dupliquer au maximum les machines de fabrication de composants clés ainsi que les logiciels de cyberdéfense.

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EUROPE 

Nouvelles passes d’armes franco-allemandes dans le projet européen “d’armement du futur”

Dans son discours portant sur la politique générale de l’Union Européenne prononcé à Prague le 29 août, le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé de ses vœux “une meilleure synergie en Europe en ce qui concerne nos capacités de défense” et a souligné la nécessité pour les pays de l’Union de “renforcer [leur] interopérabilité”. Pourtant, plusieurs évènements ont récemment contribué à alimenter la thèse d’un enlisement de la coopération industrielle franco-allemande dans le cadre des différents projets européens “d’armement du futur”. En effet, le PDG de Rheinmetall, questionné le 22 août sur le dossier du char Main Ground Combat System (MGCS), a déclaré que celui-ci ne serait opérationnel qu’à partir de 2035 et que, par conséquent, le groupe projetait de mettre en avant son char KF-51 Panther comme candidat au remplacement du Leopard 2. En réponse, le groupe français Nexter, également associé au MGCS, s’est empressé de mettre en ligne le 2 septembre une vidéo promotionnelle du char Enhanced Main Battle Tank (EMBT), concurrent du KF-51.

  • D’un côté, le système de combat aérien du futur (SCAF), vise à concevoir un ensemble de systèmes d’armes aériens interconnectés entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. De l’autre, le Main Ground Combat System (MGCS), est destiné à produire un char de combat principal devant à terme remplacer le Leclerc français et le Léopard 2 allemand. Ces deux projets sont victimes d’une forte compétition entre entreprises françaises et allemandes, malgré les discours appelant à un renforcement de la coopération européenne en matière de défense.
  • Plusieurs commentateurs ont relevé l’absence signifiante de toute référence à la France ou aux grands projets d’armement européens (SCAF et MGCS) dans le discours du chancelier, alors même que ces derniers sont respectivement en cours depuis 2017 et 2012 et répondent pleinement à l’impératif d’interopérabilité européenne mis en avant par Scholz.

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AMÉRIQUES 

Exacerbation des tensions sino-américaines suite à l’annonce d’une nouvelle vente d’armes des États-Unis à Taïwan

Vendredi 2 septembre, le département d’État américain a notifié son accord pour trois nouveaux contrats militaro-industriels avec Taipei – transaction d’une valeur totale de 1,1 milliard de dollars. La vente nécessite encore l’aval du Congrès états-unien avant d’être officialisée dans les mois à venir. Afin de renforcer ses capacités défensives aériennes et navales, la République de Taïwan devrait acquérir 60 missiles Harpoon, 100 missiles Sidewinder et un dispositif de maintenance pour son système insulaire de radars. En réponse à ces annonces, Liu Penguy, porte-parole de l’ambassade de Chine à Washington, a déclaré que “la Chine prendra résolument des contre-mesures”.

  • L’autorisation législative ne représentant pas un obstacle, ce contrat correspondra à la plus grosse vente d’armes à Taïwan depuis l’investiture de Joe Biden en 2021. Plus précisément, les États-Unis ont vendu à hauteur de 35 milliards de dollars de matériel militaire à Taïwan depuis 2010. 
  • Cette nouvelle vente succède simultanément à l’annonce récente de la sixième augmentation du budget de défense taiwanais depuis janvier 2022 – hausse de 13% – et aux exercices militaires chinois menés en réponse à la visite officielle de Nancy Pelosi, la  présidente de la Chambre des représentants à Taipei début août 2022.
  • Cette cinquième vente d’armes sous le mandat présidentiel de Joe Biden intervient dans un climat de fortes tensions sino-américaines et confirme la volonté du chef d’État de pérenniser une “ambiguïté stratégique” à l’égard de l’Empire du Milieu. En effet, parallèlement à la reconnaissance diplomatique d’une Chine unique, les États-Unis sont légalement contraints de fournir des “armes d’autodéfense à Taïwan” selon le Taiwan Relations Act de 1979. 

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RUSSIE/NEI

Kiev lance sa contre-offensive et regagne du terrain

Lundi 29 août, l’Ukraine a lancé sa contre-attaque dans les régions de Kherson et de Mykolaïv. Plusieurs frappes stratégiques ont été réalisées sur trois axes ciblant les moyens de transport et les bases rassemblant des troupes stationnées, des équipements et des munitions. L’objectif est d’affaiblir l’armée russe en empêchant le bon fonctionnement de la chaîne de ravitaillement. Cette stratégie a été jusqu’ici relativement payante, avec la reprise de plusieurs villages, mais reste néanmoins laborieuse en raison de plusieurs assauts manqués et d’une armée russe qui a su consolider ses positions dans les territoires conquis. L’évolution sur ce front est particulièrement lente en raison des nombreux champs de mines installés par les Russes dans les villages occupés.

Le véritable coup de force de l’armée ukrainienne réside néanmoins dans la percée “surprise” lancée le 6 septembre du côté de Kharkiv, à l’est de l’Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelenski a annoncé jeudi 8 septembre, à l’occasion de la visite du secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, que l’armée ukrainienne était parvenue à récupérer la ville de Balakliïa. Le 10 septembre, c’est la ville de Koupiansk qui a été libérée, à 120 kilomètres au sud-est de Kharkiv. Néanmoins, ce succès de l’armée ukrainienne est à relativiser avec les avancées russes au nord-ouest de Donetsk. Par ailleurs, l’armée russe a annoncé le vendredi 9 septembre avoir envoyé des renforts (obusiers, bllindés) en direction de la région de Kharkiv, tout en retirant le 10 septembre ses troupes stationnant à Balakliïa et Izioum pour les regrouper autour de Donetsk.

  • Selon le sous-secrétaire du Pentagone, l’Ukraine a « infligé beaucoup de pertes aux forces russes » depuis le début de la contre-offensive. Par ailleurs, le think-tank Institute for the Study of War (ISW) suppose que cette zone à l’est du pays était certainement en sous-effectif en raison des précédents déploiements russes vers le front sud. 
  • La Russie se trouve affaiblie face à une pénurie de main-d’œuvre sur un front de près de 2000km, le Pentagone estimant les pertes russes depuis le début de l’invasion entre 20 000 à 80 000 soldats. Le gouvernement russe fait d’ailleurs face à des difficultés de recrutement au sein de l’armée, et serait à l’origine de campagnes de recrutement dans les prisons, les hôpitaux psychiatriques, dans les entreprises publiques ou auprès d’ONG d’aide aux sans-abris, officiellement menées par le groupe de mercenaires Wagner.
  • Les deux pays sont menacés de pénurie de matériel de guerre et multiplient les commandes auprès de partenaires parfois inattendus. Moscou s’est ainsi procuré des millions de roquettes et d’obus d’artillerie par la Corée du Nord ainsi que des drones iraniens de type Shahed-129 – principal concurrent du Predator américain sur le marché – ou Mohajer-6. En raison de nombreuses pannes, ces drones n’auraient pas encore été déployés sur le front. De son côté, Kiev bénéficie d’une aide des alliés américains et britanniques sous couvert d’une livraison d’obus 122 mm du Pakistan, un des seuls pays fabriquant encore des obus compatibles avec l’artillerie ukrainienne issue de la période soviétique.
Source : Le Monde

La Russie joue la carte du gaz pour pousser les Occidentaux à lever leurs sanctions

Depuis le mercredi 31 août, la Russie a suspendu le transport de gaz à travers le gazoduc Nord Stream 1 en raison d’une « maintenance programmée ». Puis, le 3 septembre, le groupe Gazprom a annoncé le démantèlement d’un moteur à turbine qui serait défectueux. Finalement le lundi 5 septembre, le Kremlin a expliqué que l’approvisionnement en gaz russe vers l’UE et expliqué que ne reprendrait pas tant que les sanctions occidentales, en particulier britanniques et canadiennes, ne seraient pas levées. Cette stratégie de déstabilisation des occidentaux sur le plan économique en jouant sur la peur de pénurie énergétique pour l’hiver, est exploitée par le Kremlin pour limiter la contraction sans précédent de l’économie russe d’ici à 2023.

  • Si le Kremlin a jusqu’ici bénéficié de la hausse des coûts des hydrocarbures pour combler le poids des sanctions internationales, la bonne santé de l’économie russe est pourtant une image de façade selon de nombreux économistes, comme Stéphane Lauer. Selon lui, les effets des sanctions commencent à se faire ressentir dans le pays avec une baisse de la consommation de 10% et une production industrielle qui a chuté de 7% (-90% pour l’automobile, poussant le gouvernement à autoriser la vente de véhicules sans airbags).
  • La suspension du transfert du gaz russe a également engendré une crise environnementale. La Russie n’a pas la capacité de stocker cette quantité de gaz non acheminée et se retrouve donc contrainte de brûler son gaz à grande échelle.

L’AIEA tire la sonnette d’alarme concernant la centrale nucléaire de Zaporijia

Mardi 6 septembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié un rapport alarmant concernant la situation de la centrale nucléaire de Zaporijia, située au sud de l’Ukraine. La délégation de l’AIEA dépêchée sur place souligne une “menace constante” des fonctions critiques pour la sûreté (confinement radioactif, refroidissement, etc.) et appelle à la mise en place d’une “zone de protection” le plus rapidement possible. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a également constaté le “niveau de stress élevé et constant” auquel les opérateurs ukrainiens de la centrale, en sous-effectif, doivent faire face. Selon lui, cette situation n’est pas “viable et pourrait entraîner une augmentation des erreurs humaines”. Le 11 septembre à l’aube, l’opérateur ukrainien Energoatom a mis à l’arrêt le dernier réacteur en activité, après le rétablissement de l’approvisionnement électrique extérieur de la centrale.

  • La centrale de Zaporijia est située dans une zone fortement bombardée depuis le début du mois d’août. La Russie et l’Ukraine se renvoient sans cesse la responsabilité quant à ces bombardements.
  • La délégation de l’AIEA est composée de 14 inspecteurs internationaux, issus de Pologne, Lituanie, Serbie, Chine, Albanie, France, Italie, Jordanie, Mexique et Macédoine du Nord. Il s’agit de la première évaluation indépendante de l’état de la centrale depuis le début du conflit, et c’est également la première fois que l’AIEA intervient sur une zone de front. Cette inspection ne s’est d’ailleurs pas réalisée sans encombre puisque les Russes ont refusé de fournir des laissez-passer et que la zone a été bombardée durant la visite.
  • Le président Emmanuel Macron s’est également entretenu avec Vladimir Poutine le 11 septembre, l’appelant à retirer les armes lourdes et légères russes de la zone.

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AFRIQUE

Prolongation de l’état d’urgence sécuritaire dans le nord du Togo jusqu’à mars 2023

L’Assemblée nationale du Togo a voté mardi 6 septembre la prolongation pour six mois de l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes au nord du pays, instauré depuis le mois de juin. Le ministre de la Sécurité, Damehane Yark, a rappelé que le prolongement de l’état d’urgence sécuritaire devrait permettre de “créer les conditions propices aux mesures administratives et opérationnelles”, en facilitant la prise de décision et le déploiement de forces opérationnelles sur le terrain. Le gouvernement togolais a également insisté sur la nécessité de renforcer “l’accès aux services sociaux de base afin de réduire leur vulnérabilité face aux chocs” afin de permettre au pays de sortir de la crise sociale induite par les attaques djihadistes, notamment de la part du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

  • Le pays, frontalier du Burkina Faso, est en proie à une augmentation des attaques terroristes sur son territoire depuis le mois de novembre 2021, dont la plus meurtrière a causé le 3 juillet dernier la mort de 15 à 20 personnes. Le Togo a subi 5 attaques terroristes depuis le mois de novembre 2021 et avait annoncé il y a trois semaines avoir repoussé une attaque dans l’extrême-nord du pays. 
  • Le pays subit la poussée des groupes terroristes du Sahel vers les États côtiers voisins comme le Bénin ou le Ghana. Ces pays servent depuis plusieurs années déjà de bases logistiques à certaines organisations terroristes sans que celles-ci n’y occupent de territoire. 

Nouvelle attaque contre la MONUSCO en RDC

La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a annoncé mardi 6 septembre l’attaque d’un convoi de Casque bleus à Béni, dans l’est du pays, par des populations locales, refusant que la mission passe par leur localité. Le convoi, victime de plusieurs tentatives de blocage au cours de la journée, a réalisé plusieurs tirs de sommation pour disperser la foule, causant la mort d’une personne. Les autorités locales ont annoncé l’ouverture d’une enquête alors que les manifestations réclamant le départ de la mission onusienne du sol congolais se sont intensifiées.

  • Lancée le 1ᵉʳ juillet 2010, la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC a remplacé la MONUC (Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo) déployée suite à l’accord de paix de Lusaka du 10 juillet 1999. 
  • La mission mobilise plus de 14 000 militaires sur le sol congolais et est vivement critiquée à l’intérieur du pays. Le 26 juillet, des manifestations populaires ont causé la mort de trois casques bleus et d’une dizaine de manifestants à Butembo dans la province du Nord-Kivu, provoquant un vif débat sur le départ ou le redéploiement de la mission dans certaines villes du pays. 

Un affrontement entre groupes terroristes dans le nord-est du Mali cause la mort de nombreux civils

Mardi 6 septembre, de violents affrontements ont eu lieu entre le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) pour le contrôle de la localité de Talataye au nord du Mali. Les combats auraient causé la mort de plus d’une trentaine de civils. L’Etat major des forces armées malienne a annoncé dans un communiqué avoir mené une “reconnaissance aérienne offensive contre les terroristes” dans la foulée de l’attaque, sans toutefois fournir le bilan de cette action.

  • Localité stratégique située à 150 km de Gao, Talataye est à la confluence des zones d’influence de différents groupes armés et est régulièrement le théâtre de combats depuis le début du conflit malien en 2012. Selon l’ONU, la ville de Talataye avait déjà été la cible d’attaques en mars dernier par des “éléments extrémistes” ayant causé la mort d’une centaine de civils.
  • Apparu en 2015, l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS) est très actif dans la région et a multiplié les assauts contre les populations locales et les groupes terroristes ces derniers mois. En mars dernier, le groupe terroriste a affronté le MSA à Ménaka et aux alentours de Gao Il est également responsable du massacre de 80 civils au Burkina Faso au mois de juin. La dégradation de la situation et la déliquescence de l’Etat inquiètent fortement les pays frontaliers du Mali.
  • La déstabilisation de cette région devenue l’épicentre de la menace terroriste a causé le déplacement forcé de dizaine de milliers de civils. Les groupes terroristes de la région se livrent également à des pillages et des saccages. Face à cette situation, les responsables civils de la région sollicitent depuis plusieurs mois l’aide du gouvernement malien et de la communauté internationale. 

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ASIE

Inauguration de l’INS-Vikrant : L’affirmation des ambitions maritimes indiennes. 

Le 2 septembre dernier, le chef du gouvernement indien, Narendra Modi, a inauguré la mise en service du premier porte-avions entièrement fabriqué par l’industrie nationale, l’INS-Vikrant. D’une taille comparable au Charles-de-Gaulle, et signifiant “courageux” en sanskrit, son lancement a été l’occasion pour le Premier Ministre de marquer une étape importante vers l’autonomie stratégique de son pays, avec, en ligne de mire, le rival chinois. Narendra Modi a par ailleurs souligné que l’Inde a désormais rejointla ligue des quelques nations qui peuvent construire des porte-avions de cette taille dans leur pays”.

  • Avec l’INS-Vikrant et le Vikramaditya – d’origine soviétique, acheté en 2004 – l’Inde dispose désormais de deux porte-avions et s’affirme en tant que concurrent militaire et géopolitique de la Chine avec une nouvelle capacité de projection maritime. A titre de comparaison, la Chine a récemment mis à l’eau son troisième porte-avions, devant passer des tests et s’équiper en armement avant de pouvoir être admis en service.
  • Le nouveau fleuron de la marine indienne a été mis en service après 17 ans de construction et la réalisation de nombreux essais souvent retardés à cause de la pandémie. Cette montée en gamme s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle donne stratégique dans l’Indopacifique, notamment avec les reconfigurations des alliances et une émergence de la puissance chinoise. Dans ce cadre, le Premier Ministre a réaffirmé que les problèmes sécuritaires de l’Indo-Pacifique et de l’océan indien étaient désormais sa “priorité absolue”. 

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AFRIQUE DU NORD / MOYEN-ORIENT

Israël – Liban :  regain de tensions et exercice militaire à la frontière libanaise

Le dimanche 4 septembre, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne Avichay Adraee a annoncé que l’armée israélienne conduisait un exercice militaire jusqu’au soir du 6 septembre à la frontière avec le Liban. Il a précisé que l’exercice avait été planifié de longue date et que des explosions pourraient être entendues dans les villes voisines ainsi que des mouvements de véhicules militaires observés.

  • Cet exercice s’est déroulé alors que les tensions entre l’Etat hébreu et le Hezbollah se sont accrues ces derniers mois. Hassan Nasrallah, le chef de l’organisation, a menacé de prendre pour cible les exploitations de gaz offshore israéliennes. Quatre drones ont été abattus par Tsahal (acronyme hébraïque désignant l’armée israélienne) alors qu’ils se dirigeaient vers la récente plateforme gazière de Karish. Au mois de juin, une simulation d’offensive terrestre directe au Liban pour attaquer le Hezbollah avait été réalisée à Chypre. Celui-ci constitue la menace militaire la plus directe pour l’armée israélienne, son arsenal étant estimé à près de 150 000 roquettes et missiles.
  • Actuellement engagés dans un processus de négociation sous l’égide des États-Unis, le Liban et Israël entendent régler leur différend concernant une zone de 860km2 en Méditerranée où se trouvent des gisements offshore de gaz naturel. Les deux pays n’ont pas de relations diplomatiques et sont séparés par une ligne de cessez-le-feu contrôlée par l’ONU. Les multiples exercices, les quelques mobilisations populaires libanaises réclamant la pleine jouissance de ces ressources par le Liban et les provocations du Hezbollah pourraient exacerber les tensions et menacer un accord qui serait pourtant sur le point d’être conclu.

Afghanistan : l’EI menace les relations diplomatiques des Talibans

Un attentat-suicide à la bombe contre l’ambassade russe à Kaboul a été pepétré le lundi 5 septembre en fin de matinée, tuant deux de ses employés et quatre afghans, a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères. L’explosion aurait également fait une dizaine de blessés. Selon le ministère de l’Intérieur afghan, ses équipes auraient neutralisé l’individu avant d’atteindre sa cible. L’Etat Islamique a revendiqué l’attentat quelques heures plus tard via un communiqué publié sur l’application Telegram. Le ministre taliban des affaires étrangères, le mollah Amir Khan Muttaqi, s’est rapidement entretenu avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, pour lui assurer que “toutes les mesures de sécurité seraient prises pour garantir la sécurité de l’ambassade”. Il a ajouté que “les autorités ne permettront pas aux ennemis de saboter les relations entre les deux pays par de telles actions”.

  • La Russie ne reconnaît pas le nouveau régime afghan mais maintient une représentation diplomatique à Kaboul depuis le retour au pouvoir des Talibans en août 2021. Moscou a par ailleurs multiplié les déclarations en faveur de la levée des sanctions touchant le nouveau régime taliban. Cette attaque a pour but de perturber les relations entre le régime islamiste afghan et les quelques pays/organisation maintenant une représentation dans le pays. 
  • Ces attaques sont de plus en plus fréquentes depuis le retrait des États-Unis. Après la récente neutralisation par une frappe de drone américain le 31 juillet, à Kaboul, d‘Ayman Al-Zawahiri, successeur d’Oussama Ben Laden à la tête d’Al-Qaida, cet attentat est une nouvelle remise en question de l’autorité du régime taliban sur son territoire. Pour Hekmatullah Hekmat, analyste afghan spécialisé en sécurité, il démontre déjà la “faiblesse du gouvernement en matière de collecte de renseignements”.
  • Pour plus de contenu concernant l’ancrage du groupe Etat islamique en Afghanistan et le défi qu’il représente pour les Talibans, n’hésitez pas à consulter notre article “L’EIIL-K : quelle menace pour le régime des Talibans ?” sur notre site.

 

Cette veille a été rédigée par Pauline, Elias, Léana, Camille, Baptiste, Raphaëlle, Rose et Simon.

Comité de rédaction

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