Veille stratégique – Novembre 2023 2/2

FRANCE 

Tournée du ministre des Armées au Proche et Moyen-Orient

Le 15 novembre, le ministre des Armées a discrètement entamé une visite de quatre jours au Proche et Moyen-Orient. Alors que la position française est jugée de plus en plus incohérente depuis l’offensive du Hamas le 7 octobre, Sébastien Lecornu s’est rendu en Egypte, en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis, au Qatar et enfin en Israël. Les discussions bilatérales ont porté sur la libération des otages français, qui constitue une « priorité » pour Emmanuel Macron, ainsi que sur l’aide humanitaire française apportée à Gaza. Par ailleurs, le ministre a abordé la nécessité d’éviter une escalade régionale, notamment avec l’Iran.

  • Pour la première fois depuis vingt-trois ans, un ministre français des Armées s’est rendu en Israël, un déplacement jugé nécessaire afin de clarifier le positionnement français auprès de Tel-Aviv. Quelques jours auparavant, le président de la République française avait quant à lui réaffirmé depuis Berne « le droit d’Israël de vivre en paix et en sécurité » tout en rappelant l’importance « d’œuvrer pour une solution à deux États ».
  • Le 19 novembre, la France a annoncé l’envoi d’un deuxième porte-hélicoptère amphibie, le Dixmude, en Egypte. Spécialement transformé en bateau hospitalier, il s’inscrit dans le cadre de l’aide humanitaire à la population civile de Gaza.
  • Alors que Sébastien Lecornu est retourné au Caire et à Doha juste après sa visite en Israël pour poursuivre les négociations sur la libération des huit français qui seraient retenus par le Hamas, trois otages français ont été libérés par le mouvement palestinien le 27 novembre.

Débat parlementaire sur les partenariats renouvelés entre la France et les pays africains

La stratégie française en Afrique a fait l’objet d’un rare débat le 21 novembre lors d’une séance publique à l’Assemblée nationale. Devant une trentaine de députés, la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministre des Armées ont défendu la politique étrangère de la France. Si les divers partis d’opposition ont appelé à renforcer le rôle du Parlement sur ces questions et ont critiqué la politique de délivrance de visas, la gestion des crises au Sahel, la mission Barkhane ou encore l’approche dite militariste de la présence française, tous se sont accordés sur l’importance de repenser le partenariat franco-africain.

  • Peu après le putsch au Niger, Emmanuel Macron s’était engagé fin août à organiser un débat parlementaire. Alors qu’il s’agit traditionnellement d’un domaine réservé du président de la République, les discussions devraient se poursuivre jusqu’en 2024.
  • Le débat s’est tenu deux semaines après la publication d’un rapport parlementaire critique sur les relations entre la France et l’Afrique dont les conclusions ont permis d’alimenter les échanges.

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EUROPE

En refusant l’achat de Microtecnica par Safran, le gouvernement italien affiche ses nouvelles ambitions pour son industrie de défense

Le 20 novembre, l’industriel français Safran, spécialiste des équipements aéronautiques, a révélé que Rome avait posé son veto à l’acquisition de l’entreprise italienne Microtecnica. Cette dernière, créée en 1929 et disposant de trois usines, produit notamment des pièces destinées aux avions de chasse et hélicoptères de combat. Le gouvernement de la péninsule a motivé sa décision par un impératif de protection de la souveraineté nationale en matière de défense. Toutefois, le groupe hexagonal reste sceptique devant cette décision : Microtecnica est en effet une filiale de l’industriel américain Collins, dont l’activité européenne portant sur les systèmes de contrôle de vol doit être cédée à Safran en vertu d’un accord passé en juillet dernier.

  • Parmi les diverses raisons avancées par Rome pour justifier son veto, apparaissent la protection des emplois nationaux, mais surtout le risque d’une rupture potentielle d’approvisionnement en pièces détachées de l’avion de chasse Eurofighter en cas d’acquisition par Safran de l’entreprise Microtecnica. Cette dernière motivation a notamment reçu l’aval de l’Allemagne.
  • L’événement révèle plus largement les ambitions nouvelles de Rome mais aussi de Berlin dans le domaine de la défense. Souhaitant favoriser une montée en puissance de leur armée et de leur base industrielle, les deux pays cherchent en effet à se protéger de toute volonté hégémonique française sur le Vieux Continent.

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AMERIQUES

La tension monte en mer Rouge entre les forces américaines et la rébellion houthiste

Le 23 novembre, un navire américain qui patrouillait en mer Rouge, l’USS Thomas Hudner, a intercepté des drones lancés depuis une zone contrôlée par les rebelles houthistes, au Yémen.

  • Ce même bâtiment avait déjà neutralisé un drone lancé par les Houthistes le 15 novembre.
  • La rébellion houthiste, d’obédience chiite, contrôle aujourd’hui le Nord du Yémen et est soutenue par l’Iran. Les forces houthistes ont revendiqué le lancement de plusieurs missiles de croisière vers Israël après l’attaque du Hamas du 7 octobre. Le 8 novembre, le mouvement rebelle avait détruit un drone américain MQ-9. Les Houthistes ont également revendiqué le 19 novembre la capture d’un cargo appartenant à un homme d’affaires israélien.
  • Les États-Unis ont considérablement renforcé leur présence navale en Méditerranée orientale et en mer Rouge en y envoyant deux porte-avions, afin de porter assistance à Israël. Ces déploiements visent à constituer des bulles de protection autour de l’État hébreu afin d’intercepter les menaces qui pourraient le frapper.

Après plus d’un an, Joe Biden et Xi Jinping se sont de nouveau entretenus

Le 15 novembre, les présidents américain et chinois Joe Biden et Xi Jinping se sont rencontrés à San Francisco, après plus d’un an. Les deux pays ont notamment annoncé la réouverture des canaux de communication entre leurs armées. De même, Pékin s’est engagé à lutter contre les exportations illégales de fentanyl. Toutefois, la question centrale de l’île de Taïwan n’a logiquement pas été résolue, les deux pays campant sur leur position respective. Enfin, les deux dirigeants ont programmé de mener de futures discussions sur l’intelligence artificielle.

  • Les deux armées avaient rompu toute communication après la visite à Taïwan en 2022 de Nancy Pelosi, qui était alors speaker de la Chambre des représentants.
  • Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis avaient sanctionné des laboratoires chinois accusés de produire des composants du fentanyl. Cette drogue fait chaque année des milliers de morts sur le sol américain.

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RUSSIE/NEI

Sur fond de tensions avec la Russie, l’absence de l’Arménie domine le sommet biélorusse de l’OTSC

Le 23 novembre 2023, le président de la Fédération russe, Vladimir Poutine, s’est rendu à Minsk pour assister à une réunion de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC). D’après le service de presse du Kremlin, les échanges ont tourné autour du perfectionnement du système de sécurité collective et du rôle du groupe dans le maintien de la paix et la stabilité régionale, sans négliger les principaux enjeux de l’actualité internationale. Rassemblant, en plus du maître du Kremlin et de son hôte, le président bielorusse Loukachenko, leurs homologues kazakhe, kirghise et tadjik, la rencontre a été marquée par l’absence du premier ministre arménien, Nikol Pashinyan.

  • L’Organisation du Traité de sécurité collective, constituée en 2002 sur les cendres du Pacte de Varsovie par six Etats post-soviétiques (Russie, Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizstan et Tadjikistan) est l’équivalent de l’OTAN à traction moscovite. Parmi les activités principales de cette alliance militaire intergouvernementale se trouvent des exercices militaires conjoints réguliers et des opérations de maintien de la paix, notamment dans les Républiques d’Asie Centrale.
  • Le sommet de l’OTSC a représenté pour le maître du Kremlin l’occasion de rendre visite à Minsk à son homologue biélorusse pour la première fois depuis décembre 2022, lorsque des négociations bilatérales se sont déroulées entre Poutine et Loukachenko.
  • Annoncé au préalable, le refus de se présenter au rendez-vous a suscité la colère de son organisateur, le président Loukachenko, et a été attribué par Moscou, à travers la porte voix du Ministère des Affaires Étrangères russe, à l’ingérence occidentale motivée par la volonté d’éloigner l’Arménie de la sphère d’influence russe.
  • Loin d’être inattendu, le choix du leader arménien s’inscrit dans le contexte d’une détérioration progressive de la relation de confiance entre l’Arménie et la Fédération russe, culminée par la reprise du contrôle du Haut-Karabakh de la part de l’Azerbaïdjan. Face au déplacement forcé de centaines de milliers d’Arméniens, une partie de ces derniers pointe du doigt le manque de soutien et de protection russes.
  • Cette désertion ne se traduira pas pour autant automatiquement par un prochaine abandon de l’OTSC. Tout en dénonçant l’échec multiple de cette dernière face à la menace sécuritaire azerbaïdjanaise, l’abandon définitif de l’alliance reste peu probable.

La Finlande accuse la Russie d’instrumentaliser le passage des migrants et renforce les contrôles transfrontaliers

Depuis le 22 novembre 2023, la Finlande ne maintient désormais qu’un seul poste-frontière ouvert, celui de Raja-Jooseppi, avec la Fédération russe. La seule frontière franchissable se situe dans la partie orientale de la Finlande, d’où il est encore possible d’accéder, au moins pour l’instant, à la région de Mourmansk, dans l’Arctique russe. Helsinki a néanmoins menacé Moscou de fermer bientôt tout passage frontalier commun, en cas d’intensification de celle qu’elle qualifie de guerre “hybride”. À l’origine des tensions ayant conduit à la fermeture des sept autres passages par les autorités finlandaises, se trouverait, d’après ces dernières, l’orchestration russe d’un flux de migrants en provenance du Moyen-Orient en direction de la Finlande.

  • Pendant le mois de novembre, environ 600 personnes, sans documentation, issues notamment d’Irak, Syrie et Yémen, ont franchi la frontière entre les deux pays. En comparaison, dans les deux mois précédents, seulement quelques douzaines de migrants avaient atteint le sol finlandais.
  • Moscou a jusqu’à présent, fermement rejeté les accusations des responsables politiques finlandais, selon lesquelles le Kremlin est en train d’utiliser l’arme de la pression migratoire afin de punir le voisin pour son entrée récente dans l’OTAN. Des experts ont cependant mis en exergue l’improbabilité que l’accroissement soudain de l’ampleur de ces flux ait pu se produire sans une volonté russe délibérée.
  • Cette tactique fait écho à celle déjà mise en place par la Russie en 2015-2016 contre la Norvège et la Finlande, ou, plus récemment, par la Biélorussie à l’égard de pays baltiques. Dans les deux cas, des migrants ont été poussés vers les territoires voisins et empêchés de rentrer en Russie et en Biélorussie à travers la fermeture des frontières.
  • Ces opérations de déstabilisation touchent directement à la souveraineté finlandaise et sa capacité de contrôler l’accès sur son propre territoire. Beaucoup plus concrètement, les représentants institutionnels du pays se sont surtout montrés préoccupés par le risque que Moscou essaie, par cette tactique, d’introduire sur le sol finlandais des soldats et des criminels de guerre.

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AFRIQUE

Les offensives du M23 continuent en République démocratique du Congo, à l’approche des élections présidentielles

Ce jeudi 22 novembre, Mweso, ville de l’Est de la RDC, est tombée aux mains du mouvement rebelle M23, au terme de plusieurs jours de combat avec les milices d’autodéfense locales. La ville se trouve à 100 km de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, de laquelle les combattants du M23 se rapprochent en coupant de nombreux axes de communication causant par la même occasion la fuite de milliers de civils. Au-delà d’une situation humanitaire précaire et globalement ignorée et de la déroute des Forces armées de la RDC (FARDC), émerge aujourd’hui un enjeu démocratique. En effet, les élections présidentielles et législatives se tiendront dans le pays le 20 décembre. Le Président Félix Tshisekedi, candidat à sa réélection, a reconnu qu’il serait difficile de les mener dans le Nord-Kivu, pourtant deuxième région la plus peuplée du pays.

  • Le Mouvement du 23-Mars a émergé lorsque, en 2012, d’anciens membres du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, une faction rebelle pro-tutsie), censés s’intégrer aux forces régulières, se sont mutinés. Après avoir pris Goma en novembre 2012, le M23 a essuyé de lourdes défaites face aux FARDC et subi une forte pression internationale, ce qui a amené à sa dissolution en 2013. Depuis fin 2021, la RDC connaît une résurgence du M23.
  • En 2022, un rapport de l’ONU, a confirmé l’existence de liens entre le Rwanda et le M23. Le régime rwandais dirigé par le Président Kagame est ainsi accusé d’instrumentaliser les rebelles du M23, pro-tutsis, pour déstabiliser la RDC voisine. Cela donne au conflit une dimension fortement ethnique, dont la région des Grands Lacs portait déjà le terreau. L’Ouganda soutiendrait également le M23.
  • Les nouvelles offensives du M23 mènent ainsi à de fortes tensions entre la RDC et le Rwanda, qui traversent une importante crise diplomatique.

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ASIE

Un satellite espion nord coréen espionnerait des bases militaires américaines et sud coréennes

Mardi 21 novembre, la Corée du Nord a annoncé que son satellite espion, baptisé « Malligyong-1 » était entré en orbite, bien que son voisin, la Corée du Sud, a précisé qu’il était trop tôt pour déterminer s’il fonctionnait réellement. Samedi 25 novembre, l’agence d’État nord coréenne KCNA, a annoncé que le régime était parvenu à examiner des régions ciblées, grâce à des images obtenues par le satellite. Si les bases américaines de Pearl Harbor ou celle de Hicham à Honolulu ont pu être observées, le président nord coréen aurait également eu accès à des images satellites prises au-dessus de la Corée du Sud.

  • La mise en orbite de ce satellite a entraîné la suspension, partielle par le Sud et totale par le Nord, d’un accord militaire conclu il y a cinq ans pour apaiser les tensions bilatérales.
  • Après avoir affirmé que Pyongyang avait reçu l’aide de la Russie pour le lancement de son satellite militaire espion, la Corée du Sud a condamné cet « acte de provocation qui enfreint de manière flagrante les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ».
  • Le lancement a également été condamné par le Japon et les États-Unis pour « son effet déstabilisateur de la région ».
  • L’agence de presse gouvernementale de la Corée du Nord, KCNA, a enfin annoncé que d’autres satellites seraient lancés « dans un court laps de temps ».

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AFRIQUE DU NORD/MO

Israël et le Hamas conviennent d’un cessez-le-feu en échange de la libération d’otages

Après plus de six semaines de combat, le gouvernement israélien et le Hamas ont annoncé mercredi 22 novembre qu’ils respecteraient un bref cessez-le-feu dans la bande de Gaza, à partir du vendredi 24 novembre, grâce à la médiation du Qatar. L’accord prévoit une pause dans les combats et la libération par le Hamas de 50 des otages qu’il a capturés lors de son raid du 7 octobre contre Israël. Le Hamas a, quant à lui, déclaré qu’Israël libérerait 150 Palestiniens otages dans les prisons israéliennes.

  • Si le cessez-le-feu est maintenu, il s’agira de la plus longue interruption des hostilités depuis les attaques du Hamas, le 7 octobre, et les bombardements et l’invasion terrestre de la bande de Gaza par les forces armées israéliennes.
  • Selon les termes de l’accord, 50 femmes et enfants israéliens seraient libérés en échange de la libération de 150 femmes et enfants palestiniens. Le communiqué du Hamas précise également qu’Israël aurait accepté de laisser entrer davantage d’aide à Gaza, de continuer à permettre aux civils d’évacuer le nord de la bande de Gaza et d’interrompre ses vols au-dessus de Gaza, à l’exception d’une fenêtre de six heures par jour.
  • La déclaration d’Israël ne mentionne pas ces détails, mais des responsables ont déclaré qu’Israël avait accepté que les troupes israéliennes resteraient sur leurs positions actuelles. Les civils qui se trouvent actuellement dans le sud de la bande de Gaza ne seront pas autorisés à retourner dans le nord, selon des sources israéliennes.
  • Au premier jour du cessez-le-feu vendredi 24 novembre, plusieurs Gazaouis ont tenté de regagner le nord de la bande afin de s’assurer de l’état de leurs domiciles, prendre des nouvelles ou enterrer leurs proches. Selon plusieurs sources, les forces armées israéliennes auraient ouvert le feu sur ces derniers. Tsahal n’a pas confirmé ces informations mais a affirmé que ses forces étaient “stationnées le long des lignes opérationnelles désignées de la trêve conformément à l’accord”.
  • Benjamin Netanyahu a rappelé cette semaine que la libération des otages était une “mission sacrée et suprême” et n’a eu cesse de faire face à des pressions publiques pour parvenir à un accord. Ce mois-ci, les familles de certains otages ont défilé de Tel-Aviv au bureau de M. Netanyahu à Jérusalem, brandissant des affiches des captifs, l’implorant de faire davantage pour ramener les otages.
  • Une pause dans les combats, aussi brève soit-elle, pourrait apporter un soulagement certain aux civils de Gaza. Environ 14 000 personnes auraient été tuées à Gaza depuis le début du conflit armé. Plus d’un million de Gazaouis ont été déplacés à la suite de frappes aériennes intenses, et beaucoup manquent cruellement de produits de première nécessité, comme la nourriture, les médicaments et l’eau.

Elias B.

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