Veille stratégique – Février 2024 1/2

FRANCE 

La future interruption de service du Charles de Gaulle se précise

Le 1er février, via un communiqué, la Direction générale de l’armement (DGA) a fourni un ensemble de détails relatifs au troisième – et théoriquement dernier – arrêt technique majeur (ATM) du porte-avions Charles de Gaulle. Un arrêt dont le contrat avait déjà été notifié à Naval Group le 28 décembre dernier et qui devrait débuter en 2027. Outre le remplacement des combustibles nucléaires servant à la propulsion du bâtiment, l’interruption visera à la modernisation des systèmes de combat de ce dernier, notamment anti-missiles. Pour une durée d’environ 18 mois, la Marine nationale devra donc se passer de son vaisseau amiral, une absence amputant fortement ses capacités opérationnelles.

  • Bien qu’aucun chiffre officiel n’ait été donné par la DGA, le coût de la future phase de travaux du porte-avions devrait dépasser les 500 millions d’euros.
  • L’un des enjeux majeurs de cet arrêt sera, en fonction de l’état des cuves des deux réacteurs nucléaires, d’analyser la possibilité de maintenir le Charles de Gaulle en mer après 2038, date de sa fin théorique de service. Dans pareil scénario, la Marine française aurait l’occasion d’employer pour un temps deux vaisseaux de ce type, avec le futur porte-avions de nouvelle génération (PANG).

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EUROPE

L’UE parvient finalement à débloquer une aide de 50 milliards d’euros à destination de l’Ukraine

Le 1er février, après des mois d’âpres négociations, le Conseil européen a validé à l’unanimité une nouvelle aide financière de 50 milliards d’euros à destination de l’Ukraine. Lors de ce sommet extraordinaire, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 Etats membres se sont accordés sur un prêt de 33 milliards d’euros et un don de 17 milliards d’euros à Kiev jusqu’en 2027. D’après le ministre de l’Economie ukrainien, la première tranche, d’une valeur de 4,5 milliards d’euros, sera débloquée en mars, une fois que l’aide sera approuvée par le Parlement européen. Au cours du sommet, sur proposition de la Commission, une aide militaire supplémentaire de 5 milliards d’euros a également été débattue, sans parvenir pour le moment à une décision.

  • A l’origine de l’échec du vote de l’aide de 50 milliards d’euros à l’Ukraine en décembre dernier, le premier ministre hongrois Viktor Orban a finalement levé son veto.
  • En contrepartie, la Hongrie pourrait voir les fonds européens gelés par Bruxelles en raison de ses violations de l’État de droit être débloqués. Orban a également obtenu la rédaction d’ un rapport annuel de la Commission suivi d’un débat sur l’utilisation de l’aide à l’Ukraine, ainsi que la possibilité de réexaminer l’aide dans deux ans en cas d’unanimité. Le Premier ministre ne pourra cependant pas opposer à nouveau son veto au cours du processus.
  • En ce qui concerne le soutien militaire, l’Allemagne est en train de planifier des livraisons d’armes à hauteur de 7 milliards d’euros et réfléchit à l’envoi de missiles Taurus. L’Allemagne reproche toutefois à ses partenaires européens et américain de la laisser assumer seule le poids du soutien militaire à Kiev.

Le renseignement danois alerte sur la volonté russe de défier l’OTAN d’ici 5 ans

Vendredi 8 février, le ministre de la Défense danois, Troels Lund Poulsen, a rappelé la nécessité pour son pays d’accélérer les investissements dans sa défense à la suite de l’alerte lancée le 1er février par les services de renseignement dans un document intitulé “Évaluation actualisée de la menace”. Ce dernier met en avant le risque que la Russie décide de défier l’OTAN d’ici 3 à 5 ans.

  • D’après le document du renseignement militaire danois, une agression russe contre un pays de l’OTAN paraît improbable. Cependant, la Russie devrait continuer dans sa stratégie d’activités militaires “en-deçà du seuil de déclenchement de l’article 5 de l’OTAN”. Si l’entrée dans l’Alliance atlantique de la Suède et de la Finlande a considérablement affaibli la position russe dans la Baltique, la Russie devrait disposer des capacités militaires pour y constituer de nouveau une menace.
  • Quelques semaines auparavant, le commandant de la British Army, le général Sanders, et son homologue roumain, le général Vlad, avaient exprimé leur inquiétude au sujet de l’extension de la menace russe en cas de victoire russe en Ukraine. Selon eux, les pays de l’OTAN doivent s’y préparer.

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AMÉRIQUES

Dix-sept rebelles houthistes tués par des frappes américaines en mer Rouge

Jeudi 8 février, les Etats-Unis ont annoncé avoir mené de nouvelles frappes visant quatre drones de surface et sept missiles de croisière « prêts à être lancés contre des navires en mer Rouge » par les houthistes au Yémen. D’après le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), ces drones et missiles représentaient « une menace imminente » pour la navigation. Dix-sept rebelles houthistes ont été tués par ces frappes selon l’agence de presse Saba.

  • Mercredi 7 février, des frappes ont également été menées sur des sites des Houthis proches de l’Iran, des « frappes d’autodéfense » d’après le Centcom.
  • Désignés comme une entité terroriste par les Etats-Unis, les Houtis continuent de viser les navires en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, qu’ils estiment liés à Israël.
  • La coalition internationale lancée par les Etats-Unis pour « protéger le trafic mondial » n’ayant pour l’instant pas permis un arrêt des attaques, les forces américaines (parfois avec les britanniques) mènent plusieurs frappes contre les Houthis depuis la mi-janvier.

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RUSSIE/NEI

Vote d’une loi sur la mobilisation en Ukraine

Mercredi 7 février, un projet de loi sur la mobilisation a été voté par le parlement ukrainien. Il prévoit d’augmenter l’effort de guerre pour tenir sur le long terme face à la Russie. La loi porte à la fois des mesures quantitatives et qualitatives. D’une part, l’enrôlement dans l’armée sera facilité, les exemptions seront moins nombreuses (notamment pour les fonctionnaires, qui en bénéficiaient auparavant) et des sanctions seront instaurées contre les récalcitrants au service. D’autre part, davantage de périodes de repos seront prévues pour les militaires (deux semaines par an environ) et l’entraînement des nouvelles recrues sera augmenté à deux ou trois mois. Toutes ces mesures sont possibles dans le cadre de la loi martiale actuellement en vigueur, et dont l’extension pour 90 jours supplémentaires a été validée mardi 6 février.

  • La loi sur la mobilisation n’a été votée qu’en première lecture par la Verkhovna Rada, le Parlement monocaméral d’Ukraine. Une seconde lecture par les députés puis une promulgation par le président Volodimir Zelensky seront nécessaires pour que la loi soit définitivement adoptée.
  • Les enjeux ne sont pas uniquement militaires : l’Ukraine doit concilier l’effort de guerre avec la survie économique du pays, mise à mal par l’augmentation de la mobilisation. Le pays dépend donc beaucoup des aides américaines et européennes.
  • La question démocratique s’impose également : l’Ukraine ayant fourni d’importants efforts pour respecter les normes européennes nécessaires à une future intégration dans l’UE, elle doit prêter attention à l’acceptabilité de certaines mesures prises dans le cadre de la mobilisation. Ainsi, ce projet de loi sur la mobilisation indique qu’un tribunal devra approuver les sanctions contre les réfractaires, mesure qu’un précédent projet, non validé, ne prévoyait pas.

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AFRIQUE

Au Sénégal, crise politique après le report de l’élection présidentielle

Abrogeant le décret qui convoquait les électeurs le 25 février, Macky Sall a annoncé le 3 février le report de l’élection présidentielle. Alors qu’une commission d’enquête sur les allégations de corruption au sein du Conseil constitutionnel venait d’être créée, le président de la République sénégalaise a appelé à la mise en place d’un dialogue national visant à garantir des élections « libres, transparentes et inclusives ». Une loi repoussant le scrutin au 15 décembre a ainsi été adoptée à la quasi-unanimité. La séance a notamment été marquée par l’expulsion par la gendarmerie des députés de l’opposition qui demandaient la tenue d’un débat préalable au vote.

  • Remplaçant d’Ousmane Sonko, principal opposant dont la candidature a été invalidée, Bassirou Diomaye Faye figurait parmi les favoris du scrutin, bien qu’il soit lui-même en prison. Le candidat du parti au pouvoir, l’actuel Premier ministre Amadou Ba, était quant à lui peu populaire et contesté au sein de son propre camp. Pour les observateurs, le report de l’élection est un moyen d’éviter la défaite de la majorité, le président Macky Sall ayant renoncé à un troisième mandat à l’été 2023.
  • Si le Sénégal a connu des crises successives depuis la condamnation en 2021 d’Ousmane Sonko, la tradition démocratique du pays est régulièrement mise en avant. Dénonçant un « coup d’État institutionnel », une partie de l’opposition a tout de même souhaité démarrer la campagne électorale le 4 février lors de rassemblements qui ont mené à des confrontations avec les forces de l’ordre.
  • L’élection était surveillée de près par la France, confrontée à la montée du sentiment anti-français et accusée de soutenir Macky Sall. Depuis 2011, elle déploie au Sénégal près de 350 forces prépositionnées. Bien que les effectifs soient en voie de réduction, la présence française est conditionnée au soutien du pouvoir en place.

Fractures croissantes au sein de la Cédéao

Le 28 janvier, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont annoncé dans un communiqué conjoint leur « retrait sans délai » de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). L’organisation régionale a toutefois rappelé que, sur la base du l’article 91 du traité la Cédéao, les pays membres étaient tenus d’envoyer une notification formelle, tout en restant ensuite soumis à leurs obligations pour une durée d’un an.

  • Les relations entre les trois pays et la Cédéao étaient au plus bas depuis l’arrivée des juntes au pouvoir. Appelant à restaurer un gouvernement civil, la Cédéao avait imposé des sanctions économiques et avait menacé d’utiliser l’emploi de la force au Niger.
  • Dénonçant le poids des sanctions et l’inefficacité de la lutte antiterroriste, Bamako, Niamey et Ouagadougou avaient créé en septembre dernier l’Alliance des Etats du Sahel. Cette coopération sécuritaire pourrait désormais s’étendre à d’autres volets. Bien que les trois pays restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui garantit la libre circulation des biens et des personnes, le retrait de la Cédéao devrait s’accompagner de difficultés économiques et sociales.
  • Alors que les observateurs soulignent l’impuissance croissante de l’organisation, la réaction de la Cédéao sur la crise au Sénégal est surveillée.

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ASIE

Deux porte-avions indiens mèneront les marines de 50 pays lors des exercices de Milan 2024

À la fin du mois de février 2024, l’Inde mènera des exercices militaires de grande ampleur dans le golfe du Bengale. La tenue de ces exercices s’inscrit dans une démonstration de force, localisée dans une zone stratégique, face à l’approche belliqueuse de la Chine dans la région Indo-Pacifique.

  • Outre les pays du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (États-Unis, Japon et Australie), les marines de plusieurs pays d’Asie du Sud Est participeront également à l’exercice maritime de Milan. L’Inde déploiera ses deux porte-avions – INS Vikramaditya et INS Vikrant – pour l’exercice qui se déroulera du 19 au 27 février. En outre, 20 navires de guerre, des avions de patrouille maritime tels que le P-8I et des sous-marins participeront à l’exercice.
  • Les marines des États-Unis, du Japon, de l’Australie, de la France, du Bangladesh, de la Corée du Sud, du Viêt Nam, de l’Indonésie et de la Malaisie figurent parmi les pays qui devraient participer à l’exercice. Ce dernier vise à aider les marines alliées de la région à créer des synergies et à réitérer leur engagement en faveur d’un ordre international ouvert, inclusif et fondé sur des règles dans la zone indo-pacifique.

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AFRIQUE DU NORD/MO

Frappes de représailles contre les milices pro-iraniennes en Irak et en Syrie

Le 2 février 2024, le président américain Joe Biden a lancé une campagne militaire de représailles en Syrie et en Irak contre les milices chiites proches du corps des Gardiens de la Révolution iraniens. Depuis les attaques du Hamas et la riposte israélienne dans la bande de Gaza à la mi-octobre 2023, ces milices auraient mené près de 165 attaques contre les forces de la coalition internationale de lutte contre l’organisation État islamique, principalement américaines, du fait de la proximité entre Washington et Tel Aviv. Les Brigades du Hezbollah, l’une de ces milices chiites affiliées à Téhéran, ont notamment tué trois soldats américains et blessé quarante autres le 28 janvier dans une attaque au drone sur une base en Jordanie, près de la frontière syrienne. Le 7 février, les États-Unis répliquaient en éliminant par drone au cœur de Bagdad Abou Baqir Al-Saadi, le commandant des Brigades du Hezbollah chargé des opérations en Syrie. Deux autres chefs de ce groupe armé ont été tués dans une seconde frappe à Bagdad le même jour.

  • Les autorités irakiennes ont vivement condamné ces frappes qui violent leur souveraineté et souhaiteraient amorcer le départ de la coalition internationale du sol irakien.
  • Les États-Unis, de leur côté, ne veulent pas partir précipitamment pour éviter une débâcle comparable à celle qu’ils avaient vécu en Afghanistan en 2021. Les forces américaines seraient de 2500 en Irak et de 900 en Syrie et auraient déjà entamé un processus de retrait.
  • Les États-Unis souhaitent éviter une escalade régionale et une confrontation avec l’Iran.
  • Les États-Unis continuent par ailleurs de frapper les milices houtistes, alliées à l’Iran, et qui perturbent le trafic maritime en mer Rouge.
  • Enfin, le 28 janvier, l’Iran a lancé simultanément trois satellites pour la première fois. Les Occidentaux craignent que les systèmes de lancement puissent également servir pour des missiles à capacité nucléaire.

Elias B.

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