EUROPE
Von der Leyen demande aux gouvernements de l’UE d’acheter auprès des industriels européens
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a appelé mardi les gouvernements de l’UE à utiliser les 150 milliards d’euros de prêts que la Commission souhaite lever sur les marchés afin de renforcer la défense européenne en concluant des achats auprès de producteurs établis dans l’UE. Avant le Conseil européen du 20 mars, la Commission doit présenter une proposition législative visant à instaurer cette nouvelle capacité de financement. La France, fidèle à son approche « Buy European », encourage vivement ce dispositif pour stimuler la production européenne. D’autres pays, comme les Pays-Bas, insistent néanmoins pour garder la possibilité de produire sous licence avec des partenaires extérieurs, notamment au Royaume-Uni ou en Norvège. L’initiative de la Commission veut rassurer ceux qui craignent que les priorités militaires ne prennent le pas sur les urgences économiques et sociales : les prêts européens pourraient soutenir la croissance industrielle tout en évitant de trop alourdir les budgets nationaux. Par ailleurs, un groupe de vingt États membres, dont l’Allemagne et l’Italie, souhaite sceller un partenariat de défense avec le Royaume-Uni. Cette ouverture n’exclut donc pas, en pratique, que des fonds publics bénéficient aussi à des entreprises basées hors de l’UE.
- La démarche de la Commission vise à renforcer l’autonomie stratégique de l’UE et à consolider son industrie de défense. Pour autant, il demeure un équilibre à trouver entre la volonté de soutenir les industriels européens et celle de ne pas rompre toute coopération avec des partenaires extérieurs (Royaume-Uni, Norvège, États-Unis).
- La France plaide depuis longtemps pour des clauses « Buy European » afin de développer une base industrielle et technologique de défense européenne solide. Les crises successives ont mis en évidence la dépendance du Vieux Continent à l’égard de fournisseurs externes, ce qui alimente régulièrement les débats sur la souveraineté européenne.
- Si ce plan se concrétise, il pourrait influer sur la répartition des capacités de production au sein de l’Union, affecter la relation transatlantique et redéfinir la portée des partenariats hors UE. Le succès ou l’échec de cette initiative conditionnera la capacité de l’Europe à s’armer collectivement, tout en assurant une compétitivité industrielle capable de soutenir la croissance et l’emploi. (Politico)
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AMÉRIQUES
Unified Network Plan 2.0 : Une Refonte de l’Architecture Réseau Militaire
Le Unified Network Plan 2.0 (AUN 2.0), dévoilé début mars 2025, marque une évolution déterminante dans la stratégie de communication de l’Armée américaine. S’appuyant sur les fondations posées en 2021, ce plan ambitieux vise à fusionner les 69 réseaux tactiques et d’entreprise existants en un seul réseau unifié et partagé d’ici 2027, permettant ainsi de supprimer les silos informationnels qui freinaient jusqu’alors la coordination entre les différentes composantes militaires. La publication de ce document intervient après plusieurs mois d’attente, répondant à une nécessité urgente d’adaptation face aux menaces hybrides et aux cyberattaques croissantes. Le plan met également en avant l’importance de l’intégration de technologies émergentes et de la modernisation des infrastructures existantes pour garantir une réponse efficace sur le terrain. Il expose une feuille de route en trois phases successives, visant à accélérer la transition vers une architecture réseau commune. Enfin, la centralisation des données et l’adoption des principes de sécurité « zero trust » démontrent une compréhension approfondie des enjeux de la guerre moderne, où la maîtrise de l’information devient stratégique.
- Le plan intègre les exigences des opérations multi-domaines, positionnant la gestion de l’information comme levier essentiel pour les futures confrontations.
- La feuille de route vers 2030 se structure autour de cinq axes interdépendants : la mise en place du réseau unifié, la préparation aux opérations multi-domaines, l’implémentation d’une sécurité « zero trust », la transformation des investissements et la gouvernance, ainsi que l’amélioration continue du système.
- En adoptant une approche qui part du principe que toute connexion est potentiellement compromise, l’Armée cherche à réduire les risques liés aux cybermenaces, malgré les défis liés à l’implémentation d’une identité unique (ICAM).
- Le général Jeth Ray souligne que « le réseau est pour les données, et les données sont pour la guerre », illustrant l’importance stratégique d’une infrastructure agile capable de s’adapter même dans des environnements dégradés. (US Army, Breaking Defense)
Renouvellement du Leadership Militaire : Nominations Stratégiques
L’appareil de direction de l’Armée américaine est en pleine mutation avec une série de nominations clés orchestrées par l’administration Trump. Après le remplacement du Gen. Brown par le Lt. Gen. Dan Caine fin février, ces nouveaux changements, comprenant la nomination de Michael Obadal au poste de sous-secrétaire de l’Armée et celle de Katie Arrington comme acting Pentagon CIO, s’inscrivent – au-delà des enjeux politiques – dans une dynamique de modernisation pour faire face aux enjeux sécuritaires et technologiques du XXIe siècle. Les décisions prises visent à doter l’armée d’un leadership agile, capable de conjuguer expérience opérationnelle et expertise en innovation technologique, tout en modernisant les processus d’acquisition et de gestion budgétaire. Dans ce contexte, les nominations interviennent comme des réponses stratégiques aux pressions géopolitiques et aux menaces émergentes, notamment dans le domaine de la cybersécurité. La transformation du leadership est conçue pour renforcer la coordination entre les différents pôles stratégiques et dynamiser l’ensemble de l’appareil militaire. Cette réorganisation s’inscrit également dans une volonté de préparer l’armée à des conflits potentiels à grande échelle, en optimisant ses capacités de réaction et en intégrant les nouvelles technologies dans ses processus opérationnels.
- Modernisation du management militaire : la nomination de Michael Obadal, vétéran des opérations spéciales et ancien dirigeant chez Anduril, vise à combiner l’expertise terrain avec une vision innovante pour gérer un budget de plus de 185 milliards de dollars.
- Renforcement de la cybersécurité : la désignation de Katie Arrington comme acting Pentagon CIO, forte de son expérience en sécurisation des systèmes d’information, est un pilier essentiel pour renforcer la posture cyber du département.
- Vision de transformation globale : ces nominations font partie d’une réorganisation plus large, portée par le nouveau secrétaire de l’Armée, Daniel Driscoll, qui souhaite moderniser les processus d’acquisition et intégrer les technologies de pointe (IA, véhicules robotisés, systèmes hypersoniques, etc.).
- Implications stratégiques : ce renouvellement du leadership prépare l’armée à répondre efficacement aux défis posés par des adversaires stratégiques majeurs, comme la Chine et la Russie, et assure une meilleure coordination inter-services dans un contexte de compétition mondiale accrue. (Defense Scoop, Department of Defense, Defense Scoop)
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RUSSIE/ NEI
Kyiv et Moscou sur le chemin d’un cessez-le-feu ?
Le 11 mars, des délégations ukrainienne et américaine se sont rencontrées à Djeddah, en Arabie Saoudite. A l’issue de huit heures de pourparlers, Kyiv a déclaré soutenir la proposition de cessez-le-feu présentée par les Etats-Unis, ce qui a conduit Washington à annoncer la levée de la suspension de l’aide militaire et du partage de renseignements avec l’Ukraine. Tandis que Vladimir Poutine réagissait à distance en déclarant : « nous sommes pour, mais il y a des nuances », l’envoyé spécial américain sur l’Ukraine, Steve Witkoff, s’est rendu à Moscou le 14 mars. Officiellement ouvert aux discussions, le chef du Kremlin a notamment conditionné le cessez-le-feu à l’évolution de la situation dans l’oblast de Koursk. Il a fustigé l’obtention d’une trêve temporaire qui permettrait à l’Ukraine de se réarmer, une préoccupation partagée par les européens vis-à-vis de la Russie.
- Conditionnée à l’acceptation et la mise en œuvre simultanée par la Russie, la proposition de « cessez-le-feu immédiat et provisoire » est prévue pour durer trente jours. Si besoin, elle pourra être prolongée « par accord mutuel des parties ».
- Les négociations à Djeddah se sont tenues dans un contexte marqué par les échanges virulents entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche fin février, qui avaient conduit Washington à suspendre l’aide militaire américaine.
- Selon les observateurs, Vladimir Poutine, qui cherche à éviter une opposition directe à Donald Trump, entend montrer qu’un cessez-le-feu ne sera pas sans contreparties. Moscou réitère régulièrement ses objectifs maximalistes, qui incluent la reconnaissance de la souveraineté russe sur près de 18% du territoire ukrainien, ainsi que la neutralité de son voisin.
- Face aux déclarations du Kremlin, Volodymyr Zelensky a dénoncé des « propos manipulateurs », tandis que Donald Trump les a qualifiés de « très prometteur[s]», en soulignant toutefois qu’ils n’étaient « pas complet[s] ». Bien que les Etats-Unis brandissent la menace des sanctions économiques face à la Russie, Donald Trump continue d’adopter un ton conciliant envers son homologue russe. (Le Monde, Euronews, France Info, Reuters)
Les forces ukrainiennes en difficulté dans la région de Koursk
Le 13 mars, le ministre de la Défense russe a officiellement revendiqué la prise de Soudja, la principale agglomération occupée par les Ukrainiens dans la région russe de Koursk. Cette avancée survient après que les Etats-Unis aient suspendu le partage de leur renseignement militaire avec Kiev dans la nuit du 3 au 5 mars, une opportunité dont les troupes russes ont tiré parti pour avancer. Lançant des assauts au sud-est de la poche ukrainienne, elles se sont rapprochées de Soudja et ont mené une opération visant à surprendre le bastion ukrainien installé dans la ville. S’infiltrant dans un gazoduc vide, les soldats russes ont parcouru une quinzaine de kilomètres et ont attendu plusieurs jours. Lorsqu’ils sont sortis, l’armée russe était toutefois déjà entrée dans la ville le 10 mars, ce qui a conduit le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, à démentir les rumeurs d’un encerclement de ses troupes. Le 12 mars, ce dernier a cependant laissé entendre que ses soldats pouvaient se replier afin de sauver des vies. Selon l’Institute for the Study of War, les Ukrainiens, qui contrôlaient 407 km² de l’oblast le 4 mars, n’en tenaient plus que 170 à cette date-là.
- Le 6 août dernier, Kyiv avait lancé une offensive surprise dans la région de Koursk, s’emparant de 1 320 km² en un mois. Cette attaque, à forte portée symbolique, avait remonté le moral des troupes, tout en permettant à Kyiv d’avoir une monnaie d’échange pour d’éventuelles négociations avec la Russie. Les troupes russes, appuyées par des soldats nord-coréens, ont toutefois reconquis la majorité du territoire.
- Le 12 mars, Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois depuis août 2024 dans la région de Koursk. Vêtu d’un uniforme militaire, il a appelé à considérer les 430 prisonniers comme des « terroristes », en appelant toutefois à les traiter « humainement ». Il a par ailleurs exprimé son souhait de voir la région « complètement libérée » sous peu.
- Si la Russie déclare également avoir repris plusieurs villages à Koursk, l’Ukraine a progressé fin février à Toretsk, ville dans l’oblast de Donetsk qui comptabilisait 30 000 habitants avant-guerre. Alors que les Russes revendiquaient le contrôle de la ville début février, des gains territoriaux ukrainiens, bien que localisés, ont été constatés. Toutefois, Kyiv est aussi confronté à des revers dans la région de Soumy. Pour la première depuis 2022, les Russes affirment y avoir pris le contrôle d’un village. (Le Monde, Le Grand Continent, Le Grand Continent, Ouest France, France 24)
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AFRIQUE
L’ambassadeur d’Afrique du Sud déclaré “persona non grata” aux États-Unis
Le 14 mars, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a qualifié l’ambassadeur sud-africain, Ebrahim Rasool, de “politicien provocateur racial” qui “nourrit les tensions raciales, hait les Etats-Unis et hait le président” sur le réseau social X. Marco Rubio a notamment accusé l’ambassadeur d’avoir déclaré lors d’une conférence à l’Institut Mapungubwe, à Johannesburg, que Donald Trump “dirigeait un mouvement suprémaciste blanc en Amérique et dans le monde”. Le 15 mars, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a confirmé l’expulsion du diplomate, celui-ci disposant de 72h pour quitter le territoire américain.
- Cette décision rare pour les Etats-Unis intervient dans un contexte de durcissement des relations entre les deux pays. Le 7 février, Donald Trump avait suspendu par décret toute aide financière destinée à l’Afrique du Sud, suite à une loi sur l’expropriation qu’il avait jugée discriminatoire envers la “minorité ethnique des Afrikaners”. Le projet de loi, signé le 23 janvier par Cyril Ramaphosa, devrait viser selon lui à “promouvoir l’inclusivité et l’accès aux ressources naturelles” : 72% des terres sont détenues par la minorité blanche du pays.
- La plainte pour génocide déposée en 2023 par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice de la Haye est un autre écueil qui oppose Pretoria à Washington, les États-Unis étant l’un des principaux alliés d’Israël. (Le Monde, Courrier International)
Ethiopie : détérioration de la situation dans la région du Tigré, plus de deux ans après l’accord de paix
Le 11 mars, une faction du Front populaire de libération du Tigré (FPLT), qui soutient son président Debretsion Gebremichael, a pris le contrôle d’Adigrat, deuxième ville de la région, avant de s’emparer d’une ville proche de Mekele, capitale de la région du Tigré. Le 13 mars, la même faction aurait pris le contrôle d’une radio régionale et des bureaux du maire de Mekele. L’accord de paix signé le 2 novembre 2022, qui avait mis fin à deux ans de conflit entre les forces fédérales et les rebelles tigréens, a connu des retards de mise en œuvre au cours des derniers mois, ce qui a nourri les tensions internes au FPLT, le parti qui gouverne la région. Getachew Reda, qui avait signé l’accord et qui avait été placé à la tête d’une administration intérimaire par les autorités fédérales, s’oppose ainsi au numéro un du FPLT, Debretsion Gebremichael. L’Union Africaine a déclaré le 14 mars suivre avec une “profonde inquiétude” les développements au sein du FPLT.
- La région du Tigré, frontalière avec l’Erythrée, a été le théâtre d’un violent conflit entre 1998 et 2000, en lien avec des revendications économiques et territoriales découlant de la guerre d’indépendance de l’Erythrée entre 1961 et 1991, le pays ayant été reconnu par l’ONU en 1993. L’Ethiopie et l’Erythrée restent formellement en guerre jusqu’à la normalisation de leurs relations en 2018. En 2020, les troupes érythréennes soutiennent les forces fédérales éthiopiennes contre la tentative de sécession de la région du Tigré menée par Debretsion Gebremichael et le FPLT pendant la guerre du Tigré, dont l’accord de paix est signé en novembre 2022.
- Depuis 2022, l’exclusion de l’Erythrée des négociations de paix suite à la résolution du conflit participe au refroidissement des relations entre les deux pays. De plus, depuis 2023, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed évoque “le droit naturel” de son pays de disposer d’un accès à la mer, une ambition perçue comme une menace par l’Erythrée. Les déchirements internes au FPLT et les difficultés de coopération avec les autorités fédérales viennent donc s’ajouter à des tensions internationales, ce “qui pourrait enflammer toute la région de la mer Rouge”, selon Payton Knopf, l’ancien envoyé spécial de l’administration Biden dans la Corne de l’Afrique. (Le Monde, Courrier International)
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ASIE
Prise d’otages au Pakistan : l’insurrection au Baloutchistan se meut en bain de sang
L’armée pakistanaise a annoncé avoir libéré plus de 300 otages après l’attaque d’un train de passagers, mardi 11 mars, par des militants de l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA) dans la province instable éponyme. L’attaque, qui a débuté mardi, a fait des dizaines de morts, dont des civils, des militaires et des insurgés dans cette région, de loin, la plus pauvre du Pakistan. Le Jaffer Express, reliant Quetta à Peshawar, transportait environ 450 passagers lorsque des hommes armés ont ouvert le feu et fait exploser un tronçon de voie ferrée. Après plus de 30 heures de siège, l’intervention militaire a permis de reprendre le contrôle du train, bien que des passagers restent portés disparus.
- Le Baloutchistan est en proie à une insurrection séparatiste depuis plusieurs décennies, alimentée par le sentiment de marginalisation des Baloutches et l’exploitation, sans contrepartie, de leurs ressources naturelles, notamment du pétrole, par Islamabad. L’attaque du train marque une escalade dans la stratégie du BLA, qui passe d’attaques ponctuelles à une prise d’otages massive, démontrant une sophistication croissante et une hausse claire de la menace séparatiste.
- Après avoir soutenu les Talibans durant l’occupation américaine, dans l’espoir qu’ils mettraient fin aux Talibans pakistanais une fois au pouvoir, Islamabad se sent trahie. Elle accuse régulièrement l’Afghanistan d’abriter ces mêmes Talibans pakistanais ainsi que des groupes rebelles baloutches, ce qui complique davantage la gestion de la sécurité aux frontières. Aujourd’hui, Islamabad se retrouve prise en étau entre l’Inde, l’Afghanistan taliban, qui soutient les Talibans pakistanais, le régime iranien, les nombreux mouvements violents internes et les partisans d’Imran Khan, l’ancien premier ministre délogé par l’armée : les forces de sécurité sont dépassées par la multitude de menaces.
- Le Baloutchistan est un point clé des investissements chinois dans le cadre du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), Pékin ayant acquis le port de Gwadar en 2017 pour une durée de 40 ans afin d’acheminer du pétrole par l’Himalaya en contournant le détroit de Malacca. La Chine pourrait accroître la pression sur Islamabad pour sécuriser ses infrastructures et ses travailleurs, alors que ceux-ci sont victimes d’attaques régulières. (Aljazeera, BBC, CNN, The Maritime executive)
Philippines : la chute de Rodrigo Duterte pourrait-elle entraîner pays ?
L’arrestation et le transfert de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte à la Cour pénale internationale (CPI) marquent un tournant historique dans la lutte contre l’impunité des dirigeants accusés de crimes contre l’humanité. Accusé de milliers d’exécutions extrajudiciaires dans le cadre de sa violente « guerre contre la drogue », Duterte est devenu le premier ex-chef d’État asiatique à être inculpé par la CPI. Son arrestation, facilitée par un revirement politique du président actuel Ferdinand Marcos Jr, a déclenché une crise politique profonde aux Philippines.
- L’arrestation de Duterte redonne un nouveau souffle à la CPI, mise en cause par l’absence d’exécution des mandats contre Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou.
- La rivalité entre les clans Marcos (avec Marcos Jr, actuel président et fils de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos Sr) et Duterte (avec Rodrigo Duterte, président de 2016 à 2022, et sa fille, Sara Duterte, actuelle vice-présidente), alliés pendant la présidentielle de 2022, a dégénéré en une véritable « guerre de clans » alors que les élections de 2028 approchent. En effet, les deux dynasties entendent bien rafler la présidence sans concession. Dans ce cadre, le président Marcos a certainement tenté d’affaiblir les Duterte en acceptant l’extradition de Rodrigo Duterte, précédemment fermement refusée. Cette lutte pour le pouvoir divise les institutions et pourrait provoquer des violences internes voire un retour au terrorisme islamiste, alors que Mindanao, bastion Duterte dans le Sud, pourrait s’opposer à Manille et au Nord-Luzon, bastion Marcos. Par ailleurs, l’allégeance de la police nationale philippine, au cœur de la meurtrière “guerre contre la drogue”, n’est pas encore acquise.
- L’instabilité aux Philippines pourrait favoriser le crime organisé et les réseaux jihadistes en Asie du Sud-Est, à l’image du meurtrier Front Moro islamique de libération, impactant la sécurité de la Malaisie et de l’Indonésie. Cela pourrait se traduire autant par une vague islamiste sur l’île de Bornéo que par un renforcement du crime organisé se traduisant par des enlèvements et assassinats dans la région.
- Marcos Jr s’est récemment rapproché des États-Unis, tandis que Duterte entretenait des liens étroits avec la Chine. L’arrestation de Rodrigo Duterte semble ainsi confirmer le retour de Manille dans le giron étasunien. Cependant, l’instabilité politique pourrait permettre à la Chine d’avancer ses pions en mer de Chine méridionale, dans le détroit de Taïwan et même sur l’archipel, l’ASEAN. (AsiaTimes, BBC, France24, TheGuardian)
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AFRIQUE DU NORD/ MOYEN-ORIENT
Frappes américaines au Yémen en représailles aux attaques houthistes en mer Rouge
Ce samedi 15 mars, le président américain, Donald Trump, a ordonné des frappes aériennes ciblées sur des bases, des infrastructures militaires et des systèmes de défense aérienne au Yémen contre les rebelles houthis. Ces attaques ont été déclenchées en réponse à l’intensification des actions de harcèlement sur les navires commerciaux américains dans le détroit de Bab-el Mandeb, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Les frappes ont touché plusieurs sites à Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis, entraînant la mort d’au moins 53 personnes, dont des civils, et faisant près de 100 blessés. Les autorités houthies ont dénoncé ces attaques comme des « crimes de guerre » et menacent de représailles contre les navires américains dans la région.
- L’Iran, principal soutien des Houthis, a qualifié cette attaque de violation de la souveraineté yéménite, soulignant également les conséquences potentielles de ces dernières sur la stabilité régionale. De plus, le Conseil de sécurité des Nations Unies a exprimé sa préoccupation face à l’escalade des tensions et a appelé à la retenue pour éviter une aggravation du conflit.
- Face à la poursuite des hostilités dans cette zone stratégique, les routes maritimes mondiales pourraient être perturbées, notamment dans le transport de marchandises ou de pétrole entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Perturbation qui pourrait causer une modification des itinéraires empruntés par les compagnies maritimes, entraînant ainsi une augmentation des coûts et délais de livraison.
- Cette attaque met en exergue l’importance d’un effort diplomatique, notamment par l’intermédiaire des Nations unies et des acteurs régionaux afin de parvenir à un cessez-le-feu durable et à une solution politique au conflit yéménite.
- Enfin, la mort de civils dans cette action rappelle la nécessité pour les États-Unis et leurs alliés d’évaluer l’impact humanitaire de leurs opérations militaires. (The Guardian, Reuters, Le Monde)
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FRANCE
Sébastien Lecornu dénonce le comportement d’un avion de chasse russe envers un drone français
- Cette action illustre les tensions entre l’OTAN et la Russie depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
- La chaîne Telegram russe liée à l’armée, FighterBomber, a ensuite publié des photos du drone français.
- Cette manœuvre rappelle l’incident survenu en mars 2023, lorsqu’un avion de chasse russe avait percuté un drone américain Reaper lors d’opérations de routine dans l’espace aérien international en mer Noire, entraînant un crash et la perte de ce dernier. A l’époque, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de l’exécutif américain, John Kirby, avait indiqué qu’il y avait eu par le passé des interceptions de drones américains par des avions russes, tout en précisant que cet incident était « irréfléchi » et « sans précédent », en raison du crash du drone. Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe,un pays de l’OTAN reconnaissait avoir perdu un équipement qu’il avait déployé dans cette région. (Le Figaro, LCI )
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VEILLE PARLEMENTAIRE
Dépôt d’une proposition de loi RN visant à créer un statut de vétéran des armées
Le 11 mars 2025, une proposition de loi visant à créer un statut de vétéran des armées a été déposée à l’Assemblée nationale par le député RN Pascal Jenft et cent-six de ses collègues, membres du groupe RN et UDR. Elle a été renvoyée à la commission de la défense mais n’est pas encore inscrite à l’ordre du jour.
- Les signataires de la proposition de loi souhaitent la création du statut de « vétéran des armées » pour les militaires ayant servi quinze années, qu’ils aient été combattants ou non et blessés ou non. Les députés souhaitent que les anciens militaires conservent la propriété de leur grade, l’autorisation de porter leur uniforme, un accès aux hôpitaux militaires, la couverture par le régime de sécurité sociale des militaires, un accès aux cercles des armées et la gratuité des musées des armées.
- Ce faisant, les députés souhaitent que ces avantages non monétaires témoignent d’une reconnaissance aux anciens militaires et d’une volonté de renforcer le sentiment d’appartenance à un corps pour éviter une rupture « brutale » lors de la retraite militaire.
- Le même jour, la députée RN Florence Goulet et soixante-dix-huit de ses collègues RN et UDR ont déposé une proposition de loi visant à rendre gratuit l’accès aux sites mémoriels pour les anciens combattants.
Dépôt d’une proposition de loi ENS visant à l’instauration de mesures de réparation en faveur des pupilles de la Nation
Le 11 mars 2025, une proposition de loi visant à l’instauration de mesures de réparation en faveur des pupilles de la Nation, notamment aux enfants de « Morts pour la France », a été déposée par la députée ENS Danielle Brulebois. Elle a été renvoyée à la commission de la défense mais n’est pas encore inscrite à l’ordre du jour.
- La parlementaire souhaite étendre l’aide financière dont bénéficient depuis 2000 et 2004 les « orphelins dont les parents furent victimes de la barbarie antisémite, fusillés pour actes de résistance ou massacrés pour des faits politiques durant la Seconde Guerre mondiale » aux « pupilles de la Nation » et aux « orphelins de guerre ». Entre 20 000 et 25 000 personnes seraient concernées.
- La députée souligne que « des propositions de loi, issues de la majorité ou de l’opposition ont tenté de rétablir une égalité entre toutes les pupilles de la Nation et les orphelins de guerre » mais qu’« aucune d’entre elles n’y est parvenue.
Merci aux membres du pôle qui ont participé à la rédaction de cette veille !
