EUROPE
OTAN : Mark Rutte avance une nouvelle formule pour atteindre la cible de 5% voulue par Washington
L’actuel secrétaire général de l’Alliance atlantique propose que les membres consacrent 3,5% de leur PIB aux dépenses militaires strictes et un supplément de 1,5% aux dépenses plus larges de sécurité, telles que les infrastructures civiles adaptées aux besoins militaires et la cybersécurité. Cette approche à deux étages vise à satisfaire l’exigence portée de longue date par Donald Trump d’un effort global équivalent à 5% du PIB, tout en restant acceptable pour des gouvernements européens déjà soumis à des contraintes budgétaires élevées. Aujourd’hui, le seuil obligatoire reste fixé à 2% : 22 des 32 alliés l’atteignent, mais aucun ne franchit la barre des 5%. La proposition doit être discutée avant le sommet de La Haye prévu en juin 2025, où l’Alliance souhaite conclure un compromis.
- En séparant « défense » et « sécurité élargie », l’OTAN offre une marge de manœuvre comptable qui pourrait calmer les critiques américaines, sans obliger chaque capitale à doubler instantanément ses achats d’armes.
- Depuis les reproches publiques de Donald Trump lors du sommet de Bruxelles en 2018 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la pression pour rehausser les budgets militaires n’a cessé de croître ; l’idée d’inclure les routes, les ponts ou le soutien à Kyiv reflète cette évolution.
- L’accord nécessite l’unanimité des 32 alliés et la définition précise de ce qui comptera dans la rubrique « sécurité ». Un feu vert en juin ouvrirait la voie à des arbitrages financiers nationaux dès l’automne et profiterait aux industriels de la défense européens dont la commande pourrait bondir. (Reuters, Euractiv)
La BEI et Euronext lancent « IPOready Defence » pour ouvrir la Bourse aux PME aéronautiques et de défense
La Banque européenne d’investissement a signé le 6 mai 2025 un accord de conseil avec Euronext afin de créer le programme IPOready Defence, soutenu par la plateforme InvestEU Advisory Hub. Cette formation, qui doit débuter entre le 1ᵉʳ juillet et le 30 septembre 2025, aidera les petites et moyennes entreprises des secteurs aérospatial et défense à comprendre leurs options de financement et à franchir toutes les étapes menant à une introduction en Bourse. L’initiative, saluée par le vice-président de la BEI Robert de Groot et le directeur général d’Euronext Stéphane Boujnah, s’inscrit dans la stratégie d’autonomie stratégique de l’Union et dans l’approfondissement de l’Union des marchés de capitaux.
- En combinant l’expertise financière de la BEI et la plateforme paneuropéenne d’Euronext, le dispositif crée un canal de financement public inédit pour des entreprises souvent dépendantes des marchés privés et donc vulnérables aux cycles d’investissements.
- La BEI a élargi en mars 2025 les projets de défense éligibles à ses financements, répondant à la montée des besoins européens en sécurité ; IPOready Defence étend pour la première fois le programme IPOready existant à un secteur stratégique.
- La réussite dépendra de l’appétit des investisseurs pour les valeurs du secteur de la défense dans un contexte ESG exigeant, de la coordination réglementaire entre places financières européennes, et de la capacité du programme à générer rapidement un flux d’IPO permettant de consolider la base industrielle européenne. (European Investment bank)
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AMÉRIQUES
Trump veut sabrer le budget de la NASA : science sacrifiée, la Lune et Mars en ligne de mire
L’administration Trump a proposé une réduction historique du budget de la NASA pour l’année 2026. Cette décision, récemment officialisée, suscite de vives inquiétudes parmi les scientifiques et les élus américains. Le plan prévoit une réorientation stratégique de l’agence spatiale, en privilégiant les partenariats privés et en recentrant les missions sur la conquête lunaire et martienne, au détriment de la recherche scientifique.
- Le budget total de la NASA passerait de 24,8 à 18,8 milliards de dollars, soit une baisse de 24 %, avec un recul de 53 % des dépenses scientifiques. Des projets majeurs comme le télescope spatial Nancy-Grace-Roman et la mission Mars Sample Return sont menacés, malgré leur importance scientifique et leur avancement.
- L’administration mise sur un retour rapide des Américains sur la Lune d’ici à 2027 pour devancer la Chine. Le programme Artemis serait remanié après Artemis III, avec l’abandon du lanceur SLS, de la capsule Orion et de la station Gateway, au profit de technologies commerciales comme le Starship de SpaceX.
- Cette orientation heurte une partie du Congrès, y compris des élus républicains, inquiets des conséquences sur l’emploi, la sécurité nationale et la compétitivité américaine. Ils redoutent une perte de leadership dans l’espace au profit d’autres puissances. (Le Monde)
Mark Carney face à Trump, l’affirmation d’un Canada souverain
La première rencontre entre le nouveau Premier ministre canadien Mark Carney et Donald Trump, le 6 mai 2025 à Washington, a été marquée par la courtoisie mais aussi par la fermeté. Confronté aux provocations récurrentes du président américain sur une possible annexion du Canada, Carney a su imposer une posture de dignité, rappelant l’indépendance inaliénable de son pays tout en esquivant les pièges d’une confrontation frontale – à l’image de la rencontre Zelensky-Trump.
- Face aux allusions de Donald Trump sur l’absorption du Canada, Mark Carney a réaffirmé que le Canada « n’est pas à vendre », utilisant une métaphore immobilière pour souligner l’attachement des Canadiens à leur souveraineté.
- Trump a reproché au Canada de profiter des échanges bilatéraux, minimisant leur importance pour les États-Unis. Carney a poliment corrigé : le Canada est en réalité leur principal client. La question des droits de douane et de la renégociation de l’accord commercial nord-américain reste en suspens.
- Le dirigeant canadien a su éviter à la fois l’humiliation et la confrontation, dans un bureau Ovale devenu le principal théâtre politique mondial – à la limite d’une mauvaise téléréalité. (Le Monde)
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RUSSIE/ NEI
Signature de l’accord sur les minerais : un « nouveau chapitre » entre l’Ukraine et les États-Unis ?
Le 8 mai, le Parlement ukrainien a ratifié l’« accord sur la création d’un fonds d’investissement pour la reconstruction entre les États-Unis et l’Ukraine », signé le 30 avril par la ministre de l’Économie ukrainienne, Ioulia Svyrydenko, et le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent. Cette étape est perçue comme un réchauffement des relations ukraino-américaines, alors que les derniers mois avaient été marqués par des tensions persistantes, notamment par l’épisode du 28 février dans le Bureau ovale. Le 2 mai, le département d’État a par ailleurs autorisé, pour la première fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la vente à l’Ukraine de matériel d’entraînement et de soutien pour les F-16, d’un montant de 310 millions de dollars. Les livraisons d’armes approuvées par l’administration Biden devant toucher à leur fin cet été, Kiev espère que Washington maintiendra son soutien militaire.
- L’accord définitif se révèle plus favorable à l’Ukraine que les versions précédentes, En effet, le texte n’inclut pas le remboursement par Kiev du montant de l’aide fournie par les États-Unis depuis février 2022 – aide initialement estimée à 500 milliards de dollars par Donald Trump, puis ramenée à 100 milliards. En outre, le rapport de force est rééquilibré : Kiev conserve le contrôle total de ses ressources et le fonds d’investissement, dont les profits pourront seulement être investis en Ukraine durant les dix premières années, sera géré « conjointement » par les deux parties. L’accord laisse aussi la possibilité à l’Ukraine de rejoindre l’Union européenne, tandis que l’invasion du pays à grande échelle par la Russie est explicitement mentionnée.
- Toutefois, certaines conditions de Kiev n’ont pas été prises en compte. Le texte ne mentionne aucune garantie de sécurité, Washington considérant que les investissements américains démontrent son implication et sont suffisants pour exercer un effet dissuasif sur la Russie. Il convient aussi de noter que l’accord, qui ne concernait au départ que les minerais, couvre désormais également le pétrole, le gaz naturel ou les ressources en or.
- Selon les scientifiques ukrainiens, leur pays abriterait environ 5% des ressources minières mondiales. Celles-ci représentent un enjeu stratégique pour Washington, qui cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de Pékin. Leur exploitation reste toutefois hypothétique : la moitié d’entre elles se trouvent actuellement sous contrôle russe, tandis que les cartes les localisant remontent à l’ère soviétique.
- Alors que Vladimir Poutine avait annoncé unilatéralement une trêve de 72 heures à l’occasion des célébrations du 9 mai, Kiev a déclaré avoir recensé 734 attaques au cours des douze premières heures. Le 8 mai, Donald Trump a enjoint les deux parties à accepter un « cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours ». (Le Monde, Le Grand Continent, France Info, France 24)
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AFRIQUE
Port-Soudan ciblé par des frappes aériennes
Du 4 au 9 mai, Port-Soudan, siège provisoire du gouvernement dans l’est du Soudan, a été la cible de frappes aériennes imputées à la milice paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR). Les attaques, menées par drone, ont touché des infrastructures stratégiques de la ville, comprenant l’aéroport international, la base aérienne Osman Digna, les dépôts de carburant, la principale station électrique de la ville, le terminal pétrolier Bashayer 2, la base navale de Flamingo, ainsi que le port de Souakin. Le 6 mai, le Soudan a par ailleurs rompu ses relations diplomatiques avec les Emirats arabes unis, accusés d’avoir exporté des drones, bombes guidées et obus de fabrication chinoise employés lors des frappes à Port-Soudan. Le conflit entre les FSR et les Forces armées soudanaises (FAS), qui détenaient autrefois le monopole des airs, prend ainsi une nouvelle tournure.
- Le conflit soudanais oppose depuis 2023 l’armée du général Abdel Fattah Al-Bourhane, dirigeant de facto du pays depuis un coup d’Etat en 2021, aux paramilitaires des FSR de son ancien adjoint, le général Mohammed Hamdan Daglo. Port-Soudan, capitale de facto depuis le début de la guerre à Khartoum, abriterait environ 600 000 habitants (dont 300 000 réfugiés) et a jusqu’à présent été épargnée par le conflit.
- Dans un rapport publié le 8 mai, Amnesty International annonce avoir identifié, grâce à l’analyse d’images de débris retrouvés après des attaques à Khartoum et au Darfour, des bombes guidées GB50A et des obusiers AH-4 de 155 mm fabriqués par le groupe Norinco (également connu sous le nom de China North Industries Group Corporation Limited, une entreprise publique chinoise du secteur de la défense). Selon l’ONG, « le seul pays du monde à avoir importé de Chine des obus AH-4 de 155 mm, ce sont les Emirats [arabes unis], en 2019 », s’appuyant sur les données du Stockholm International Peace Research Institute. La Chine a appelé ses ressortissants à quitter le Soudan, tandis que le ministre adjoint pour la sécurité et les affaires militaires émirati, Salem Al-Jaberi, a rétorqué : « L’obusier cité dans le rapport est fabriqué hors des Emirats arabes unis et disponible sur le marché international depuis près d’une décennie ». (Le Monde , Amnesty International)
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ASIE
Inde-Pakistan : un cessez-le-feu fragile après une escalade inédite
Après quatre jours d’escalade militaire intense entre l’Inde et le Pakistan, les deux puissances nucléaires ont annoncé un cessez-le-feu immédiat, sous médiation américaine, dans la nuit du 9 au 10 mai. Cette trêve met provisoirement fin à une flambée de violence inédite depuis deux décennies, déclenchée par une attaque terroriste survenue le 22 avril à Pahalgam, dans le Cachemire indien, qui a coûté la vie à 26 touristes. New Delhi a accusé le groupe islamiste Lashkar-e-Taiba, basé au Pakistan, et a riposté par une série de frappes militaires transfrontalières. Au cœur de cette réponse, l’opération Sindoor, menée dans la nuit du 6 au 7 mai, a vu l’Inde frapper au moins neuf camps présumés terroristes au Pakistan et au Cachemire pakistanais à l’aide de missiles de croisière SCALP-EG, de bombes guidées HAMMER et d’avions Rafale, Mirage 2000 et Su-30MKI. Les frappes ont été conduites depuis l’espace aérien indien, pour éviter l’entrée directe en territoire ennemi. Cependant, l’opération a aussi révélé les limites de la supériorité aérienne indienne : selon plusieurs sources, au moins trois appareils indiens se seraient écrasés – dont un Rafale, qui aurait été abattu par un missile air-air chinois PL-15E, tiré depuis un chasseur pakistanais J-10. Il s’agirait de la première perte confirmée au combat d’un Rafale depuis son entrée en service en 2002.
- Les échanges ont rapidement dégénéré en une guerre de drones, marquant une nouvelle phase technologique du conflit, avec des frappes mutuelles sur des bases militaires, la neutralisation de radars, et la perte de drones israéliens et turcs de part et d’autre. Le bilan humain s’élève à au moins 43 morts (31 au Pakistan, 12 en Inde) et plus d’une centaine de blessés.
- L’Inde semble toujours maintenir la suspension du traité de l’Indus, privant le Pakistan d’une partie de ses ressources hydriques. Islamabad avait qualifié ce geste d’« acte de guerre ». Cette menace hydrique représente une pression stratégique massive, car 80 % de l’agriculture pakistanaise dépend de l’Indus.
- La perte de trois avions dont un Rafale est un revers pour l’Inde qui prouve que malgré son budget militaire neuf fois plus élevé que celui du Pakistan, sa supériorité militaire n’est pas irrémédiable.
- Si la destruction du Rafale est confirmée, ce serait un coup dur pour l’image de l’avion français comme plateforme jusque-là symboliquement « invulnérable ». Cela pourrait remettre en question l’approche « tout-en-un » du Rafale et ouvrir un débat sur la dépendance technologique à l’égard des Etats-Unis, alors que le Rafale semble démontrer son incapacité à rivaliser à parité avec les concurrents américains.
- Le cessez-le-feu annoncé grâce à la médiation des États-Unis et de leurs alliés risque de ne pas régler la situation. Le conflit entre les deux pays sera certainement éteint seulement jusqu’à la prochaine attaque. (BBCa, BBCb, BBCc, FranceInfo, Le Grand Continent)
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AFRIQUE DU NORD/ MOYEN-ORIENT
Offensive israélienne à Gaza – vers une occupation durable
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a officiellement annoncé, début mai 2025, un plan de réoccupation à long terme de la bande de Gaza, approuvé par le cabinet de sécurité israélien. Cette décision intervient après l’échec des négociations avec le Hamas et en réponse à la pression politique interne. L’objectif affiché : empêcher toute résurgence de l’organisation, en instaurant un contrôle militaire permanent sur l’ensemble du territoire, notamment à Rafah, bastion stratégique encore partiellement sous contrôle du Hamas. Cette évolution traduit une rupture stratégique majeure puisqu’Israël semble désormais viser une solution unilatérale de sécurisation durable, sans perspective de retrait à court terme. Le calendrier de cette annonce, proche des célébrations du jour de l’indépendance en Israël, a été soigneusement choisi pour en maximiser la portée politique.
- Le choix de réoccuper durablement Gaza constitue une rupture nette avec les approches précédentes, fondées sur des opérations ponctuelles et des retraits limités. Toutefois, l’absence de vision politique claire pour l’avenir du territoire laisse craindre une administration militaire indéfinie, sans transition vers une gouvernance civile locale ou internationale. Cette imprécision stratégique pourrait transformer l’objectif de neutralisation du Hamas en une impasse prolongée, alimentant instabilité et résistance sur le long terme.
- L’annonce de cette offensive coïncide avec des commémorations nationales à forte charge symbolique, traduisant une volonté de mobiliser le consensus interne autour du gouvernement. Dans un contexte de contestation politique et judiciaire, la guerre devient également un levier de légitimité pour l’exécutif. Cette instrumentalisation du contexte sécuritaire à des fins politiques internes interroge sur la part de calcul tactique dans une décision présentée comme purement militaire.
- Le lancement de l’offensive, notamment dans la zone de Rafah où plus d’un million de déplacés sont réfugiés, accroît considérablement les risques de catastrophe humanitaire. Les enjeux logistiques, médicaux et civils sont tels que la situation pourrait rapidement franchir des seuils critiques. Par ailleurs, l’absence de consultation internationale ou de garanties sur le respect du droit humanitaire pourrait détériorer les relations d’Israël avec certains de ses partenaires stratégiques, tout en ravivant les tensions régionales. (The Guardian, Le Monde, Reuters, The Washington Post)
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FRANCE
Visite du président intérimaire syrien à l’Elysée
Le 7 mai, le président intérimaire syrien, Ahmed al-Charaa, a été accueilli à l’Elysée par Emmanuel Macron avec les honneurs de la garde républicaine. C’était la première visite d’Ahmed al-Charaa en Europe depuis sa prise de pouvoir le 8 décembre 2024, après avoir renversé Bachar al-Assad avec le groupe Hayat Tahrir al-Cham. Cette rencontre a ainsi eu lieu dans un contexte particulier, marqué par de nombreux massacres en Syrie qui ont fait environ 1700 morts, notamment dans les communautés alaouites et druzes. Emmanuel Macron a demandé à Ahmed al-Charaa de « tout mettre en œuvre pour assurer la protection de tous les Syriens sans exception, quelle que soit leur origine, leur religion, leur confession, leurs opinions ».
- Cette visite marque un tournant diplomatique majeur : pour la première fois depuis plus de dix ans, la France accueille un représentant syrien de haut niveau, après avoir rompu ses relations avec le régime de Bachar al-Assad en 2012. Désigné à la suite d’un compromis fragile entre diverses factions de l’opposition et des groupes tribaux locaux, Al-Charaa incarne aujourd’hui une tentative de restauration institutionnelle dans une Syrie profondément fragmentée, où persistent de fortes tensions communautaires et l’influence de puissances étrangères, notamment l’Iran, la Turquie et, dans une moindre mesure, les forces kurdes au nord-est du pays.
- En recevant ce nouvel interlocuteur, la France cherche à réaffirmer sa présence diplomatique au Levant et à peser dans le processus de transition syrienne. Toutefois, ce soutien reste conditionné à un ensemble d’exigences claires : inclusion de toutes les composantes de la société syrienne dans le processus politique, respect des droits des minorités, mise en œuvre d’une justice transitionnelle crédible et engagement résolu contre les groupes terroristes.
- La réussite ou l’échec de la transition syrienne aura des répercussions directes sur les intérêts sécuritaires et migratoires de la France. Une stabilisation durable permettrait d’enclencher un processus de retour volontaire des réfugiés et de contenir les risques de résurgence djihadiste dans les zones grises du territoire. En revanche, une marginalisation des minorités notamment alaouite, kurde ou chrétienne ou un effondrement des institutions de transition pourrait alimenter de nouveaux foyers d’instabilité. (Elysée, Le Monde, Le Figaro, Le Parisien)
APT28, Storm-1516 : la France, la Russie et la guerre hybride
Le 29 avril, la France a officiellement attribué pour la première fois des cyberattaques à la Russie. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré sur X que « le service de renseignement militaire (GRU) déploie depuis plusieurs années contre la France un mode opératoire cyber offensif appelé APT28 ». Si le lien entre certaines activités malveillantes et l’État russe ne faisait guère de doute, cette reconnaissance formelle constitue un signal diplomatique majeur. En ce qui concerne les ingérences étrangères et le champ informationnel, VIGINUM a également publié le 6 mai un rapport sur Storm-1516, qui a mené près de 77 opérations de désinformation entre août 2023 et le 5 mars 2025.
- L’ANSSI, qui a travaillé en concertation avec la DGA, la DGSI et la DGSE au sein de l’instance interministérielle C4, détaille dans un rapport l’action d’APT28, connu en France depuis 2015 pour avoir piraté la chaîne TV5Monde. Ayant tenté de déstabiliser l’élection présidentielle de 2017, ce groupe de pirates informatiques a ciblé ou compromis « une dizaine d’entités françaises depuis 2021 », telles que des collectivités territoriales ou des acteurs de l’industrie de défense.
- Actif depuis l’été 2023, Storm-1516 a notamment visé les États-Unis, la France et l’Allemagne dans le but d’affaiblir le soutien occidental à l’Ukraine et le fonctionnement des pays démocratiques. L’une de ses spécificités réside dans l’usage de l’intelligence artificielle générative pour créer des deep fakes faisant apparaître des personnes authentiques, mais dont l’image a été instrumentalisée. L’IA et de simples prompts ont aussi permis de produire – dans cadre du réseau CopyCop – des médias alternatifs et des articles pour légitimer les fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux.
- Par ailleurs, Storm-1516 rappelle que les acteurs russes manipulent l’information davantage qu’ils ne la fabriquent de toute pièce, une méthode déjà utilisée par le KGB durant la guerre froide. Par exemple, en mai 2024, l’un des narratifs diffusés affirmait – manifestement à tort – qu’un étudiant d’origine algérienne avait été tué par la police lors des manifestations pro-palestiniennes à l’IEP de Paris. (Le Monde, ANSSI, SGDSN, Recorded Future)
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VEILLE BITD
Bilan d’activité de la DGA millésime 2024
Le 30 avril 2025, le Délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a présenté le bilan d’activité de la DGA au titre de l’année 2024. Créée en 1961, la DGA est une direction du ministère des Armées chargée depuis 64 ans d’équiper et de soutenir les armées françaises, ainsi que d’assurer la supériorité technologique et stratégique de la France. Parmi les chiffres marquants, la DGA a comptabilisé en 2024 21,7 milliards d’euros de paiements ainsi que 18 milliards d’euros de commandes provenant de l’étranger.
- Au-delà des données chiffrées, la DGA a soutenu les exportations et amélioré la réactivité de la BITD (base industrielle et technologique de défense) française en simplifiant et en adaptant ses modes d’action.
- La DGA s’adapte et se transforme pour répondre aux exigences des forces armées et respecter les attentes fixées par la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit une hausse des ressources de 40% par rapport à la loi précédente. (DGA)
Merci aux membres du pôle qui ont participé à la rédaction de cette veille !
