AFRIQUE
Éthiopie : Inauguration du plus grand ouvrage hydroélectrique d’Afrique et tensions avec l’Égypte
Après quatorze années de chantier, le Grand barrage de la Renaissance (GERD), construit sur le Nil Bleu, a été officiellement inauguré le 9 septembre par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. La cérémonie s’est déroulée à Addis-Abeba en présence d’une dizaine de chefs d’État africains. Alors que 45 % de la population éthiopienne n’a pas accès à l’électricité, l’ouvrage devrait doubler la production nationale et permettre à plus de 30 millions de personnes d’être raccordées au réseau. Le projet a représenté un investissement d’environ 4 milliards d’euros.
- Le barrage représente un intérêt pour les pays voisins. Le président kényan William Ruto a déclaré que ce projet « n’est pas seulement un lieu de production, mais une déclaration panafricaine ». Le président sud-soudanais Salva Kiir a indiqué que son pays était impatient de conclure un accord pour bénéficier de cette énergie, soulignant que cette coopération pourrait renforcer la stabilité régionale.
- L’inauguration a suscité un vif enthousiasme en Éthiopie. Elle a été saluée aussi bien par le Parti de la prospérité d’Abiy Ahmed que par le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), qui revendiquent tous deux la réussite du projet.
- Le barrage a été fortement critiqué par l’Égypte. Le Nil Bleu fournit 85 % du débit du Nil et l’Égypte dépend à 97 % de ce dernier pour ses besoins en eau. L’Égypte a adressé une lettre au président du Conseil de sécurité des Nations Unies, affirmant se réserver le droit de recourir à toutes les mesures prévues par le droit international et la Charte des Nations Unies pour protéger ses intérêts vitaux.
- En 2020, des plaintes avaient déjà été déposées par l’Égypte auprès des Nations unies. Des tentatives de médiation avaient alors été menées sous l’égide des États-Unis, de la Russie, des Émirats arabes unis et de l’Union africaine, mais elles se sont toutes soldées par un échec.
(Le Monde, Africanews, Ahraminfo)
Soudan : Après une longue accalmie, plusieurs sites stratégiques de la région de Khartoum ont été ciblés par des attaques de drones.
En mai 2025, l’armée régulière avait repris la capitale Khartoum aux mains des groupes paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Cette accalmie a été brisée le 9 septembre, lorsque des drones ont frappé la centrale électrique d’Al-Markhiyat, la raffinerie de Bahri et des installations militaires dans le nord de l’État de Khartoum. Les frappes ont notamment atteint un bâtiment militaire à Kafouri, près de Bahri, provoquant des blessés parmi les soldats et des dégâts matériels.
- L’armée régulière avait entrepris un programme de reconstruction de la capitale.
- Les FSR, principale force d’opposition, n’ont revendiqué aucune des attaques.
- Au-delà de la ville de Khartoum, les combats se poursuivent à El Fasher, capitale du Darfour du Nord, qui est assiégée depuis mai 2024 par le FSR.
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AMÉRIQUES
Assassinat de Charlie Kirk, militant américain proche de Donald Trump
Charlie Kirk, militant du mouvement « Make America Great Again » (MAGA), a été tué par balle le mercredi 10 septembre lors d’une prise de parole à l’université Utah Valley, à Orem, dans l’État d’Utah. Donald Trump a exprimé dans la soirée sa volonté de lutter contre la « violence politique de la gauche radicale ».
- Proche de Donald Trump et de son fils Donald Jr, Charlie Kirk avait lancé son organisation « Turning Point USA » en 2012. Il sillonnait depuis les universités américaines pour y porter les idées du mouvement MAGA. Très actif sur les réseaux sociaux, il aspirait à provoquer un « éveil générationnel » sur des enjeux clivants tels que l’avortement, les dispositifs de discrimination positive, ou la légalité du port d’armes.
- Ce meurtre sur un campus universitaire met à nouveau en perspective les lois de régulation des armes à feu aux États-Unis : au 10 septembre 2025, CNN avait comptabilisé 47 fusillades dans des établissements scolaires, ayant causé 19 morts.
- Ces dernières années, plusieurs personnalités politiques ont été ciblées par des tirs aux États-Unis : Donald Trump a été victime d’une tentative d’assassinat en juin 2024, deux employés de l’ambassade d’Israël ont été tués en mai 2025, et en juin 2025, une double attaque a blessé le sénateur démocrate John Hoffman et sa femme, et a tué l’élue démocrate Melissa Hortman et son mari.
Narcotrafic : bras de fer américano-vénézuélien
Le 2 septembre, une frappe américaine visant un navire parti du Venezuela a tué onze narco-terroristes de Tren de Aragua, un gang criminel vénézuélien, selon Donald Trump. Le 1er septembre, Nicolas Maduro avait dénoncé la « menace » américaine et affirmé être prêt à la « lutte armée pour la défense du territoire national ». Le 5 septembre, Washington a envoyé dix avions de combat F-35 à Puerto Rico dans un objectif affiché de lutte contre le trafic de drogue.
- Les relations américano-vénézuéliennes se sont dégradées depuis l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir en 1999, puis de son successeur Nicolas Maduro, inculpé en 2020 pour narco-terrorisme aux États-Unis, et réélu en 2024 pour un troisième mandat malgré de fortes suspicions de fraude électorale.
- Le 8 août 2025, l’accusant de collaboration avec le Tren de Aragua et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), les États-Unis portent la prime pour l’arrestation du président vénézuélien à 50 000 millions $. En parallèle, Washington augmente sa présence militaire au large des Caraïbes.
- Suite aux pressions américaines, Nicolas Maduro annonce le 19 août le déploiement de 4,5 millions de miliciens dans le pays. Face au risque de déstabilisation de la région, le président colombien Gustavo Petro a à son tour annoncé le déploiement de troupes additionnelles à la frontière vénézuélienne.
(Courrier International , Le Monde , Le Figaro)
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ASIE
Chine : Pékin fait sa rentrée militaire et stratégique
Le 3 septembre 2025, la Chine a commémoré le 80e anniversaire de la victoire de la guerre sino-japonaise (抗日战争) et de la seconde guerre mondiale contre le fascisme. Lors de cette cérémonie, le président Xi Jinping n’a pas manqué de souligner que cette victoire contre le Japon constituait pour la Chine « la première victoire totale de l’époque moderne contre des envahisseurs étrangers » (Xi, 2025). L’événement a rassemblé 61 dirigeants étrangers et représentants de haut niveau à Pékin. Parmi les pays représentés figuraient notamment la Russie, la Corée du Nord, le Cambodge et le Vietnam. Lors d’une parade militaire de 70 minutes, 10 000 soldats ont défilé place Tiananmen. La majorité des armes et des équipements exposés étaient présentés pour la première fois au public.
- Une ouverture internationale à géométrie variable : dos tourné à l’Ouest, bras ouverts à l’Est. Parmi les 26 chefs d’État et de gouvernement étrangers présents, deux figuraient comme invités d’honneur : Vladimir Poutine et Kim Jong-un. Un changement dans l’organisation protocolaire mérite d’être relevé : lors de la précédente parade militaire, Xi Jinping était entouré d’un côté par les officiels chinois et de l’autre par les représentants étrangers. Le 3 septembre 2025, ce sont les dirigeants russe et nord-coréen qui ont été placés de part et d’autre du président chinois. Par ailleurs, un seul dirigeant occidental était présent : le premier ministre slovaque, Robert Fico, allié de Poutine au sein de l’Union européenne.
- Le défilé militaire du 3 septembre a mis en avant la modernisation de l’Armée Populaire de Libération (APL). Cette évolution s’inscrit dans l’objectif affiché par Pékin de faire de l’APL une force militaire de premier rang mondial (世界一流军队). Il a par ailleurs été souligné que les technologies présentées ont été développées et produites en Chine.
- Le processus de renforcement de l’armée par la science et la technologie (科技强军过程) a également été mis à l’honneur. Du côté des forces terrestres, tous les soldats sont désormais équipés de « smart » casques (智能头盔). Des véhicules d’assistance sans pilote, destinés au ravitaillement en munitions et au transport de blessés, ainsi que des technologies lasers anti-drones (激光武器) ont été exposés. La Chine a également souligné ses avancées en technologie hypersonique (高超声速技术) avec ses missiles hypersoniques, comme les YJ-21 et les Dongfeng (东风, signifiant « le vent de l’est »). Du côté des forces aériennes, le défilé a mis en avant des avions ayant pour objectif la protection des porte-avions (comme le KJ-600) et des aéronefs embarqués renforçant les capacités de projection de l’armée chinoise à longue distance (comme les J-35 et J-15T).
( 中新网, 凤凰网, 中国政府网, 中国日报网, 网易订阅)
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EUROPE
OTAN : Face aux incursions de drones russes en Europe, le lancement d’une nouvelle opération
Suite à une incursion de drones dans l’espace aérien polonais dans la nuit de mardi 9 à mercredi 10 septembre, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Ruttle, annonce le lancement de l’opération « Sentinelle orientale ». Cette dernière vise à renforcer les capacités de défense aérienne et terrestre sur le flanc est des Etats membres, tout en évitant l’escalade.
- Elle s’inspire de l’opération « Baltic Sentry ». Lancée en début d’année, elle avait pour objectif d’aider les Alliés à améliorer leur capacité de réponse aux actes de déstabilisation et de protéger les infrastructures critiques de l’alliance en mer Baltique.
- Le jeudi 11 septembre, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement de trois chasseurs Rafale sur l’espace aérien polonais. L’Allemagne a quant à elle décidé de doubler le nombre d’avions Eurofighter déployés sur le pays, qui seront désormais au nombre de quatre.
La Pologne, premier Etat européen à bénéficier du programme européen SAFE
Le mardi 9 septembre, la Commission européenne a dévoilé son projet de faire bénéficier à la Pologne un prêt de 43,7 milliards d’euros dans le cadre de son nouveau programme SAFE (Security for Action for Europe) ayant pour objectif de financer les achats conjoints de matériel militaire. De leur côté, la France et la Hongrie devraient compter sur un prêt de 16,2 milliards d’euros chacun, la Roumanie de 16,7 milliards et l’Italie de 14,9 milliards.
- Le programme SAFE, présenté en mars 2025, a pour objectif d’aider les pays européens dans le financement de leurs achats conjoints d’équipements militaires. Doté de 150 milliards d’euros, ce mécanisme inédit permettra aux bénéficiaires d’investir dans les secteurs clés de la défense (drones, défense antimissile aérienne, munitions, cyberdéfense) tout en soutenant l’industrie européenne. Les programmes doivent en effet prendre en compte un minimum de 65% de composants élaborés au sein de l’UE ou dans des pays signataires des accords de sécurité de l’Union.
- Les Etats européens ont encore jusqu’au 30 novembre pour soumettre leur demande d’assistance à la Commission, avant que les prêts finaux soient approuvés par le Conseil européen. Pour l’heure, 19 Etats membres ont sollicité un prêt auprès de l’UE.
(Les Echos, Le Monde, France Info)
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FRANCE
Réunion de la « Coalition des volontaires » depuis Paris
Le jeudi 4 septembre 2025, 26 États étaient réunis depuis Paris en visioconférence pour converser avec Donald Trump sur le soutien diplomatique et militaire apporté à l’Ukraine. Il s’agit de tracer les grandes lignes de l’avenir du pays à l’issue du conflit. Si elle a réuni des représentants japonais, canadiens et australiens, la plupart des délégations étaient européennes. Le chancelier allemand Merz, le premier ministre anglais Starmer et la présidente italienne du conseil Meloni étaient présents aux côtés des présidents Macron et Zelensky depuis le salon des ambassadeurs de l’Elysée. La France se place en relais des voix européennes.
- Née lors du sommet de Londres sur l’Ukraine du 2 mars 2025, cette alliance politique est une garantie du soutien européen à l’Ukraine à la suite du relatif gel des relations américano-ukrainiennes causé par l’entrevue du Bureau ovale des présidents Zelensky et Trump du 28 février 2025.
- Trois axes stratégiques se dégagent de cette réunion. Il s’agit de renforcer l’armée ukrainienne, d’établir des traités de protection et de délimiter les contours d’un éventuel déploiement de troupes sur le sol ukrainien à la fin du conflit. Ursula von der Leyen convoque l’image d’un « porc-épic d’acier » ukrainien qui devrait se dresser face à toute nouvelle agression russe. Ce réarmement irait de pair avec des traités d’assistance mutuelle en cas d’attaque calqués sur l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord.
- Si Emmanuel Macron n’hésite pas à défendre un déploiement d’une « force de réassurance » chargée de garantir la sécurité de l’Ukraine à la fin du conflit, l’Allemagne et la Pologne n’envisagent pas une telle intervention sans l’aval et le soutien des Etats-Unis. L’Italie est réticente et ne conçoit aucun déploiement de troupes sur le territoire ukrainien mais plutôt une aide extérieure de formation. Malgré la présence de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du président du Conseil européen Antonio Costa, les voix des membres sont discordantes. Par ailleurs, la Hongrie et la Slovaquie n’adhèrent pas à ce mouvement de coalition et continuent d’acheter du pétrole russe au grand damne de la diplomatie américaine.
(Le Figaro, Le Grand Continent, Le Monde)
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Afrique du Nord/Moyen-Orient
Gaza : Israël lance l’opération « Chars de Gédéon II »
Le 20 août 2025, le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a approuvé le plan opérationnel pour la conquête complète de la ville de Gaza afin de s’emparer du « dernier grand bastion du Hamas ». Dès le lendemain, l’armée a commencé à appeler les hôpitaux et organisations internationales du nord du territoire, leur demandant de se préparer à évacuer vers le sud. La stratégie de Tsahal lors de cette « opération prolongée », est d’encercler complètement la ville, et de progressivement pénétrer jusqu’au cœur des zones encore contrôlées par le groupe islamiste. L’armée israélienne mobilisera cinq divisions régulières et compte utiliser des moyens combinés (infanterie, blindés, artillerie, génie). Cette nouvelle offensive prévoit la mobilisation de 130 000 réservistes au total, qui devront suivre des entraînements intensifs de préparation opérationnelle. Selon le calendrier annoncé par Tel-Aviv, ces déploiements de réservistes seront organisés en plusieurs vagues succinctes, s’étalant de septembre 2025 à mars 2026. Le 9 septembre, l’Etat hébreu a émis un ordre d’évacuation pour toute la ville de Gaza, tout en poursuivant ses bombardements. L’armée israélienne a notamment prévenu qu’elle procéderait avec une « puissance accrue » afin de vaincre définitivement le Hamas.
- « Chars de Gédéon II » est la continuité de l’opération « Chars de Gédéon », lancée le 16 mai 2025 par Israël. Cette première phase de l’opération n’a pas atteint son objectif initial qui était de vaincre définitivement le Hamas et de libérer tous les otages restants (49 dont 27 déclarés morts par l’armée israélienne). Le 4 août, date de fin de l’opération, Israël contrôlait 75% de la bande de Gaza.
- L’ordre d’évacuation de la ville de Gaza, annoncé le 9 septembre, encourage les habitants à se diriger vers la « zone humanitaire » d’Al-Mawasi, près de Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza. Les ordres d’évacuation ne concernaient que certains quartiers jusqu’à maintenant, signalant une incursion terrestre imminente. Le déplacement de 800 000 à un million de personnes en cas d’offensive directe à Gaza-ville accentuera d’autant plus la situation humanitaire, qui empire de jour en jour, alors qu’Israël utilise la faim comme une arme.
- Alors qu’Israël a l’air de se préparer à une invasion terrestre, le Qatar est un pays médiateur dans les négociations pour obtenir une trêve. Néanmoins, le 9 septembre, Israël a ciblé des hauts responsables du Hamas à Doha, dont le chef Khalil Al-Hayya, et la délégation de négociateurs du groupe islamiste, alors que ceux-ci discutaient du plan de cessez-le-feu proposé par les États-Unis. Les explosions ont fait 6 morts, sans pour autant toucher les dirigeants visés. La communauté internationale, y compris Washington, a condamné cette attaque. Suite à l’atteinte à la souveraineté nationale du Qatar, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, a déclaré que Doha réévaluait son rôle de médiateur. Cette nouvelle violation du droit international par Israël risque de largement fragiliser tout espoir de trêve, et de mettre la vie des otages restants davantage en danger.
(France24, Le Parisien , i24news, i24news, Courrier International, Armées, The Times of Israel, Le Monde, BFMtv, Rfi, France24)
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RUSSIE/ NEI
Nouvelle campagne ukrainienne de frappes contre l’industrie pétrolière russe
Régulièrement touchée par des salves de bombes et missiles à longue portée tirés par les forces russes, l’Ukraine développe progressivement son outil industriel de défense afin d’être en mesure de riposter avec la même allonge. Depuis le mois d’août 2025, elle fait la démonstration de ces progrès en ciblant les infrastructures pétrolières de son adversaire. Plus d’une dizaine d’installations de raffinage ou de transport auraient été touchées – majoritairement situées le long de la Volga. Selon l’exécutif états-uniens , les installations actuellement hors-service représentent 20 % des capacités de raffinage du pays. Avec les perturbations dans la production, le prix des carburants routiers a augmenté d’entre 40 et 50 % à la bourse de Saint-Pétersbourg. Alors que le gouvernement russe a décrété un moratoire sur l’exportation de produits raffinés pendant la période estivale et jusqu’à fin septembre, des épisodes de pénuries localisées dans certaines régions éloignées des sites de production ont été observés.
- En 2023, les forces armées ukrainiennes avaient déjà conduit des frappes sur les installations pétrolières russes, mais leurs effets avaient été moindres. Les campagnes précédentes avaient en outre souvent touché des dépôts plutôt que les installations de raffinage elles-mêmes.
- Les livraisons de pétrole russe à la Hongrie et la Slovaquie ont été perturbées en août à la suite d’attaques ciblant l’oléoduc Droujba (« Amitié » en russe) dans la région de Briansk. Ces deux pays sont officiellement les seuls à continuer de se fournir directement en pétrole russe par voie terrestre au sein de l’UE.
(L’Express, Courrier International, BBC, TASS)
Signature d’un accord de paix entre Arménie et Azerbaïdjan
Le 8 août dernier, le président azerbaïdjanais Aliyev et le premier ministre arménien Pachinian ont signé à Washington un accord de paix entre leurs deux pays, sous les auspices du président états-unien Trump. Cet accord entérine le retour sous l’autorité de Bakou de la région sécessionniste du Haut-Karabagh, revendiquée par Erevan. Cependant la mention de cette revendication dans la constitution arménienne se devra d’être supprimée afin que l’accord revête un caractère définitif. L’Azerbaïdjan obtient également des garanties de passage par le « corridor de Zanguezour » qu’il promeut et qui relierait la plus grosse partie du pays à la région azerbaïdjanaise de Nakhitchevan, enclavée en territoire arménien. Des accords commerciaux profitables aux entreprises états-uniennes notamment pétrolières ont également été conclus avec Bakou. Cet accord illustre la perte d’influence relative russe dans cette région du sud-Caucase ex-soviétique.
- La région du Haut-Karabagh est une région azerbaïdjanaise au sens des frontières héritées de l’URSS, mais autrefois à population majoritaire arménienne. Elle fut l’objet d’un conflit entre les deux pays entre 1992-1994, dont l’issue favorable à Erevan permit une autonomie de facto de la zone sous le titre de République d’Artsakh. Les positions de cette dernière furent fragilisées en 2020 lors d’un second conflit à l’initiative victorieuse de Bakou. En 2023, malgré une tentative de médiation russe, la totalité de la région est reprise par les forces armées azerbaïdjanaises.
- Bien que tâchant de ménager les deux camps et de préserver le statu quo depuis la fin de l’URSS, la Russie a vu ses relations avec l’Azerbaïdjan se dégrader depuis plusieurs années. Ce dernier pays cherchant à nouer des liens de coopération économique et militaire avec la Turquie et Israël pour emporter la décision au sujet du Haut-Karabagh. L’Arménie demeure quant à elle une zone d’influence forte de Moscou.
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BITD
Inauguration d’un supercalculateur dédié à la défense française
Le jeudi 4 septembre, la France a inauguré son premier supercalculateur classifié dédié à la défense nationale sur le site de Mont Valérien à Suresnes (Hauts-de-Seine). Il est considéré comme le plus puissant d’Europe et le troisième plus puissant au monde. Cette acquisition s’inscrit dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 qui prévoit 100 millions d’euros chaque année dédiés à l’Intelligence artificielle afin de ne pas se laisser distancer par les autres puissances dans ce domaine, notamment la Chine et les Etats Unis. Ce supercalculateur a été conçu par l’entreprise américaine Hewlett Packard en coopération avec Orange. Il a pour ambition de permettre à la France de traiter des données confidentielles souverainement. Il sera au service des armées, qui pourront par exemple l’utiliser dans les systèmes d’armes ou pour le renseignement. Les entreprises de défense françaises y auront également accès. C’est l’Agence ministérielle de l’Intelligence artificielle de défense (AMIAD) créée en 2024 qui aura la charge d’exploiter la machine.
- Le développement de ce supercalculateur présente un avantage évident pour la défense nationale de la France et pour l’armée française. En effet, l’IA a révolutionné la manière de faire la guerre, comme cela a été démontré durant la guerre en Ukraine. En se procurant son propre supercalculateur, la France s’assure un accès souverain à cette technologie. De même pour la BITD française qui pourra employer la machine afin de gagner en efficacité. Cela place donc la France au troisième rang mondial dans le domaine de l’intelligence artificielle, et elle compte conserver cette place en travaillant d’autant plus au développement des nouvelles technologies en lien avec l’intelligence artificielle.
- L’acquisition de ce supercalculateur n’a pas été sans ambages, puisque lors de l’appel d’offres, le groupe français Atos avait fait une proposition mais le choix des autorités s’est porté sur une entreprise américaine. Cela pose question quant à la réelle indépendance de la France vis-à-vis de l’accès à cette technologie. D’autant plus que les puces, indispensables au bon fonctionnement de la machine, sont produites par l’entreprise américaine NVIDIA, qui a par ailleurs un quasi-monopole dans ce secteur industriel.
- Maintenant que la France a obtenu cette technologie de pointe, se pose la question du maintien en condition opérationnelle. En effet, la durée de vie du supercalculateur est estimée entre 2 et 3 ans seulement, ainsi, le maintien de cette compétence sur le long terme risque de représenter un enjeu majeur dans le futur, notamment par rapport aux budgets alloués à ce secteur.
