Veille stratégique – Octobre 2025 – 2/2

AFRIQUE 

Madagascar : Le colonel Michaël Randrianirina investi « président de la refondation » après la prise de pouvoir par l’armée 

Depuis la fin de septembre, le mouvement « Gen Z Madagascar »  s’est propagé sur les réseaux sociaux pour dénoncer la corruption et réclamer une amélioration des conditions de vie. En réponse à cette contestation, le gouvernement a nommé le 6 octobre un général de l’armée de terre au poste de Premier ministre. Suite à cette décision,  les manifestations se sont intensifiées et la jeunesse a refusé toute négociation avec le président Andry Rajoelina. Le 11 octobre, la tension a atteint un nouveau seuil lorsque des militaires, conduits par le  contingent du Capsat, ont rejoint les milliers de manifestants dans la rue et ont appelé les forces de sécurité à refuser les ordres de tirer. Le 13 octobre, l’Assemblée nationale a voté la destitution du président Rajoelina. Ce dernier a fui le pays, tandis que des rumeurs faisaient état de son éventuelle extradition par l’armée française. Le même jour, le colonel Randrianirina est apparu au palais présidentiel pour annoncer la prise de pouvoir par l’armée. Le 17 octobre, il a été officiellement investi par la Haute Cour constitutionnelle « président de la refondation » de la République de Madagascar.

  • Le colonel a annoncé la tenue de nouvelles élections dans un délai de 18 à 24 mois et a rappelé lors de son discours que « le gouvernement appartient aux civils ». 
  • Le colonel Randrianirina cherche à rallier la jeunesse à sa cause : son premier déplacement a eu lieu à la JIRAMA, une société malgache de production d’électricité et d’eau, afin de répondre aux revendications concernant les services publics. Dans son discours d’investiture, il a également remercié la Gen Z.
  • Face aux événements du 13 octobre, le président Emmanuel Macron a apporté son soutien au président Rajoelina et a appelé à un retour à l’ordre constitutionnel. Il n’a toutefois pas confirmé les rumeurs d’extradition de ce dernier. La normalisation progressive des relations avec le nouveau régime est en cours puisque l’ambassadeur de France à Madagascar a été reçu par le président de la refondation et son premier ministre.
  • L’Union européenne a « appelé à un dialogue entre toutes les parties » à Madagascar afin de renouer « avec les valeurs démocratiques », tandis que l’Union africaine et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ont prévu d’envoyer des missions d’enquête sur l’île.

(Le Monde, RFI, APANews , Le Monde, Africa news, Le Monde, Le Figaro)

Cameroun: La réélection déclarée de Paul Biya plonge le pays dans une nouvelle crise politique

Le 12 octobre, des élections présidentielles se sont tenues au Cameroun. Le président sortant, Paul Biya, âgé de 92 ans, s’est une nouvelle fois porté candidat, malgré les doutes persistants quant à sa capacité à gouverner, en raison de son état de santé et de la rareté de ses apparitions publiques ces derniers mois. Il faisait face à Issa Tchiroma Bakary, représentant du Front pour le salut national du Cameroun (FNSC). Selon la Commission nationale de recensement, Paul Biya aurait remporté le scrutin avec 53,66 % des voix, contre 35,19% pour son adversaire. Ces résultats ont toutefois été contestés par Issa Tchiroma Bakary, qui a revendiqué la victoire dès le lendemain du scrutin. Quinze jours après les élections, les résultats officiels n’ont toujours pas été proclamés par le Conseil constitutionnel, seule institution habilitée à déclarer le président élu.

  • Paul Biya est aujourd’hui le plus âgé dirigeant élu en exercice dans le monde. Au pouvoir depuis 1982, il a remporté sept élections présidentielles, en comptant celle de 2025.
  • D’importantes manifestations de soutien à Issa Tchiroma Bakary ont éclaté à Garoua, sa ville d’origine située dans le Nord du pays, ainsi qu’à Yaoundé, la capitale. Ces rassemblements ont conduit à l’interpellation d’une vingtaine de personnes, qui doivent être jugées devant la cour militaire. Le pouvoir a aussi restreint l’accès à internet sur l’ensemble du territoire à partir du 23 octobre.
  • Pour tenter de désamorcer la crise post-électorale, Paul Biya aurait proposé à Issa Tchiroma Bakary le poste de Premier ministre. Cependant, selon des sources citées par Jeune Afrique, ce dernier aurait refusé l’offre, réaffirmant son exigence du respect des urnes.

(Jeune Afrique, RFILe Point , Jeune Afrique, RFI)

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AMÉRIQUES 

Pérou : L’état d’urgence déclaré à Lima et Callao dans un contexte de crise sécuritaire nationale

Le 21 octobre, le président par intérim José Jeri a déclaré l’état d’urgence dans la capitale Lima et dans le port voisin de Callao. Il est entré en vigueur pour une durée de 30 jours le 22 octobre à minuit heure locale, et confère des pouvoirs exceptionnels au président, tels que le déploiement de patrouilles de l’armée et la restriction de la liberté de réunion. José Jeri a justifié sa décision par l’expansion du crime organisé et l’aggravation de la violence qui en découle. En parallèle, le Pérou est traversé depuis le 13 septembre par des manifestations d’organisations syndicales et de jeunes de la « Gen Z » protestant contre l’insécurité, la corruption et l’instabilité politique. Dans la nuit du 15 au 16 octobre, une manifestation à Lima avait notamment fait 113 blessés – majoritairement parmi les forces de l’ordre – et un mort.

  • Le Pérou est en proie à une crise sécuritaire qui s’est intensifiée depuis 2022. Selon la police nationale péruvienne, entre 2022 et 2025, les cas d’extorsion ont augmenté de 200 % et touchent tous les secteurs (chauffeurs de bus, barbiers ou médecins). Les plaintes pour racket ont quant à elles augmenté à hauteur de 900 % dans certains quartiers de Lima. De plus, selon l’agence antidrogue Devida, la superficie des cultures de coca a augmenté de 69 % entre 2019 et 2023, et la production de l’or illégal de 39 %. Le gang Tren de Aragua, implanté dans le pays depuis 2022, semble avoir participé au développement de ces pratiques violentes.
  • Le 8 octobre, l’attentat visant l’orchestre Agua Marina dans le Cercle militaire de Chorrillos a provoqué un nouvel élan d’indignation. L’inaction générale de l’impopulaire présidente Dina Boluarte a conduit à sa destitution le 10 octobre par le Parlement, au motif « d’incapacité morale permanente ». Fin 2022, elle avait remplacé le président destitué de gauche Pedro Castillo, et elle est aujourd’hui visée par sept enquêtes pénales (enrichissement illicite, répression de manifestations…). Le président du Parlement, José Jeri, assure l’intérim de la présidence jusqu’en  juillet 2026. 
  • L’instabilité politique du Pérou remonte à l’élection de Pedro Pablo Kuczynski en 2016. Visé successivement par deux procédures de destitution pour corruption, il démissionne en mars 2018. Depuis, le Pérou a vu se succéder six présidents, démissionnaires ou destitués, ce qui a creusé un profond déficit de confiance des citoyens envers leurs dirigeants. Les manifestants appellent désormais à la dissolution du Congrès.   

(Le Monde , Courrier International, Le Monde)

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ASIE

Extension du contrôle d’exportation chinois dans le domaine des métaux rares

Le 9 octobre, le ministère chinois du Commerce a annoncé la mise en place d’un mécanisme d’autorisation préalable pour les licences d’exportation de tous les biens liés aux chaînes de production et raffinage des métaux rares. Selon le porte-parole du ministère, ces nouvelles mesures visent à assurer le contrôle d’exportations de biens à usage « dual » et à prévenir l’utilisation non autorisée de métaux rares raffinés sur le territoire chinois à des fins militaires. Cela fait suite à l’annonce, en avril 2025, de la mise en place d’un contrôle des exportations sur 5 métaux rares produits en Chine alors que le pays extrait 60 % des minerais dédiés à la production de ces métaux et assure 90 % de leur raffinage à l’échelle mondiale selon l’Agence Internationale de l’Énergie.

  • Les terres ou métaux rares constituent une famille de 17 éléments physique indispensables à la production de plusieurs secteurs industriels avancés, notamment l’électronique. Leur caractère « rare » désigne avant tout l’absence de gisements à haute teneur en minerai, ce qui oblige à extraire de grandes quantités de roches afin d’obtenir un matériau exploitable après de multiples opérations de raffinage.
  • Les premières mesures de contrôle des exportations chinoises, annoncées en avril, s’étaient accompagnées d’une mise en garde adressée aux acheteurs étrangers, leur déconseillant de procéder à des constitutions de réserves, sous peine de mesures coercitives.
  • Cette déclaration marque une nouvelle étape de la confrontation économique entre la Chine et les États-Unis. Ces derniers restreignent déjà l’exportation de composants électroniques de pointe, comme les processeurs dédiés à l’intelligence artificielle du fabricant Nvidia, vers la Chine, et ont récemment annoncé une taxation sur la flotte marchande chinoise.

(Ministry Of Commerce, Les Echos, The Economist, China Daily)

Cessez-le-feu après une semaine d’affrontements entre l’Afghanistan et le Pakistan 

À la suite d’un premier cessez-le-feu de 48h le 15 octobre, et après un peu plus d’une semaine d’affrontements frontaliers, un nouvel accord paraphé par les représentants de Kaboul et Islamabad a été conclu le 19 octobre au Qatar, avec l’appui de la Turquie. Le conflit a commencé le 11 octobre par l’attaque de plusieurs postes frontaliers pakistanais de la région du Khyber Pakhtunkhwa par les forces afghanes. Kaboul a présenté cette offensive comme une riposte à une frappe aérienne sur la capitale, attribuée au Pakistan deux jours plus tôt. Outre les échanges de tirs au sol, la force aérienne pakistanaise a mené en réponse plusieurs bombardements sur le territoire afghan, y compris à Kaboul et dans la province de Kandahar au cours des jours suivants.

  • Des bombardements menés par des appareils pakistanais avaient déjà eu lieu en 2022 et à de multiples reprises depuis 2024. Ces opérations sont motivées, du côté pakistanais, par la volonté de neutraliser les groupes terroristes organisant des attaques contre Islamabad, au premier rang desquels les Talibans pakistanais (TTP pour Tehrik-e-Taliban Pakistan).
  • Selon les services de renseignement pakistanais, ces groupes constituent un instrument de déstabilisation, soutenu par l’Inde. Cette position officielle s’inscrit dans le contexte de la résurgence du conflit indo-pakistanais depuis mai 2025, ainsi que dans la multiplication des attentats menés par des groupes autonomistes et islamistes  au Pakistan.
  • Les groupes armés islamistes du nord-ouest du Pakistan sont historiquement réfractaires à l’autorité centrale d’Islamabad. Ils profitent du relief de la zone frontalière (désignée anciennement « zones tribales » jusqu’en 2018) et de leur rôle stratégique lors des interventions en Afghanistan au cours des 40 dernières années, pour asseoir leur présence.

(The New York Times, RFI, Al-Jazeera, Hindustan Times)

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EUROPE 

Discours du ministre britannique de la Défense à Londres : l’Europe se prépare à sécuriser la paix en Ukraine

Le 20 octobre, le secrétaire d’État à la Défense britannique, John Healey, a annoncé que les forces européennes étaient prêtes à se déployer en Ukraine dans les semaines à venir, à condition qu’un cessez-le-feu soit conclu par Donald Trump avec Vladimir Poutine. Ce discours marque une nouvelle étape dans la volonté du Royaume-Uni et ses partenaires européens d’assurer la sécurité du continent indépendamment du soutien américain. John Healey a précisé que plus de 200 planificateurs militaires issus de près de 40 pays travaillent depuis six mois à mettre en place une « force multinationale ukrainienne ». Placée sous la direction du Royaume-Uni et de la France, cette force est largement soutenue par la Coalition des volontaires. 

  • La Coalition des volontaires est une alliance de 26 nations européennes, fondée en mars 2025 par le Premier ministre britannique Keir Starmer. Elle a pour objectif de garantir la souveraineté de l’Ukraine et de stabiliser le pays en cas de trêve, notamment à travers la mise en place d’une force multinationale chargée de sécuriser les frontières, les espaces aériens et maritimes ukrainiens.  Cette initiative s’inscrit dans la volonté de Keir Starmer de renforcer l’autonomie stratégique européenne. A long terme, le Premier ministre a pour ambition de constituer une « nouvelle ère pour la défense européenne »  et de porter les dépenses militaires britanniques à 5% du PIB d’ici 2035. 
  • Le Royaume-Uni prévoit d’investir plus de 100 millions de livres sterling pour préparer le déploiement de troupes en Ukraine. Une partie des fonds a déjà été mobilisée afin d’assurer la préparation opérationnelle immédiate des forces britanniques. Plusieurs États européens demeurent néanmoins réticents à un déploiement direct de troupes en Ukraine. Par exemple, la Pologne privilégie un soutien logistique et technique depuis son territoire plutôt qu’un engagement au sol.
  • Un sommet Trump-Poutine est prévu à Budapest dans les prochaines semaines pour discuter d’un cessez-le-feu. La rencontre est vue avec méfiance par Zelensky, ce dernier n’a pas été invité bien qu’ayant exprimé sa volonté d’y participer. 

(BBC; The Guardian; News Sky; TVP World; Ukrainska Pravda

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FRANCE

Audition du chef d’état major des armées à l’Assemblée nationale 

Le chef d’état-major des armées (CEMA) a été entendu lors d’une audition parlementaire le 22 octobre. Devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, il a présenté les principaux défis auxquels les armées françaises sont confrontées. Il a insisté sur la course à l’armement engagée par plusieurs puissances rivales de la France et a dressé un bilan stratégique en évoquant la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et la Russie. Il a également exprimé des doutes quant à la pérennité du soutien américain, les États-Unis pouvant être tentés par un certain isolationnisme dans les années à venir. Le général a en outre mis en garde contre la stratégie russe, déclarant que les armées françaises doivent être prêtes à un « choc » susceptible de tester nos systèmes de défense d’ici trois ou quatre ans. 

  • Le général Fabien Mandon a pris ses fonctions le 1er septembre, succédant à Thierry Burkard, qu’il mentionne dans son allocution. Pour rappel, le précédent CEMA avait déclaré, le 11 juillet, que la Russie « a désigné la France comme son premier adversaire en Europe ». Il s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur tout en mettant l’accent sur la préparation à court terme.
  • Son analyse de la menace russe rejoint celles de plusieurs homologues européens. Il cite notamment le chef d’état-major britannique Richard Knighton, qui évoque une situation d’urgence. Le général Fabien Mandon s’aligne également sur les propos du chef d’état-major de l’Armée de terre, Pierre Schill, qui a récemment déclaré que  « la Russie est un empire qui structurellement veut s’étendre. Elle va essayer de nous tester ». Selon les services de renseignement allemands, la Russie serait déjà prête à entrer en conflit militaire direct avec l’OTAN
  • Ainsi, le général souligne que l’effort financier prévu par la loi de finances pour 2026 est « fondamental ». Ce rappel n’est pas anodin puisque les députés devraient prochainement voter une augmentation de 6,7 milliards d’euros du budget de la défense. Cependant, ces avancées demeurent limitées : l’armée française fait toujours face à un grave déficit en munitions et à des délais de productions incompressibles.

(Le Figaro, Le Monde, Zone Militaire)

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Afrique du Nord/Moyen-Orient

Affrontements entre forces gouvernementales syriennes et jihadistes français 

Le 22 octobre, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une opération contre un camp de jihadistes francophones dans la région de Harem, province d’Idleb, proche de la frontière turque. Les forces syriennes ont encerclé le camp, alors qu’Oumar Diaby, un jihadiste franco-sénégalais, était accusé d’avoir enlevé une petite fille à sa mère. Il aurait refusé de se rendre aux autorités, se serait retranché dans le camp, avant de tirer sur les forces syriennes et d’utiliser des civils comme boucliers humains. Les affrontements ont commencé mercredi, juste après minuit et se sont poursuivis le jour suivant, avant que les forces gouvernementales et les jihadistes parviennent à un accord de cessez-le-feu. En plus d’un arrêt des combats, celui-ci prévoit le retrait des « armes lourdes » et de rendre le transfert de l’affaire de l’enlèvement de la petite fille au ministère de la Justice. Le sort d’Oumar Diaby et de sa famille restent pour l’instant inconnu. 

  • Oumar Diaby, alias Omar Omsen, est un délinquant franco-sénégalais faisant l’objet d’un mandat d’arrêt de la justice française. Il a été qualifié de « terroriste international » par les Etats-Unis en 2016, et est considéré comme l’un des principaux recruteurs de jihadistes français. Il serait à la tête du groupe Firqat al-Ghuraba (qui signifie « la brigade des étrangers »), composé d’une cinquantaine de jihadistes français et francophones, réfugiés dans le camp d’ Harem avec leurs familles. Comme des milliers d’autres jihadistes étrangers, les membres de Firqat al-Ghuraba ont afflué en Syrie en 2011, après le déclenchement de la guerre civile. 
  • Ces combats constituent les premiers affrontements avec des jihadistes étrangers, ouvertement revendiqués par Hayat Tahrir al-Cham (HTC), depuis que le groupe a pris le pouvoir en décembre 2024. Néanmoins, ils s’inscrivent dans la continuité d’une politique visant à éliminer toute autonomie de groupes dissidents en les intégrant à l’armée syrienne, et notamment ceux jihadistes. En effet, anciennement branche d’Al-Qaïda en Syrie jusqu’en 2016, HTC désire rompre avec son passé. 
  • Des groupes de combattants d’Asie centrale, notamment d’Ouzbeks, auraient apporté leur soutien aux jihadistes français, tout en jouant un rôle de médiation pour parvenir à une issue pacifique. Cela souligne une forme de solidarité entre combattants autonomes face à un gouvernement qui cherche leur soumission. Néanmoins, cela révèle surtout que plusieurs  groupes armés (syriens ou étrangers) échappent encore au contrôle de HTC, laissant présager de nouvelles tensions, malgré la volonté affichée du président Al-Charaa de parvenir à une Syrie « unifiée ».

(France24, TV5 Monde, Ouest-France, France24, Le Monde)

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RUSSIE/ NEI

“Harmonie” : le réseau sous-marin russe alimenté par des composants occidentaux malgré les sanctions

Le 23 octobre, l’enquête journalistique collaborative « Russia Secrets » révèle l’utilisation de matériel européen, américain et asiatique par le système de surveillance russe « Harmonie » (Гармония). Déployé progressivement entre 2018 et 2025, ce dernier est un système semi-fixe déposé dans les fonds marins de la mer de Barents, à la frontière de l’océan Arctique. Composé de milliers de kilomètres de câbles, de sonars et de capteurs, il est capable de détecter des sous-marins de l’OTAN. Son objectif est de protéger les infrastructures nucléaires russes. Cette révélation soulève de sérieuses questions sécuritaires quant à l’application des sanctions visant la Russie. 

  • L’enquête révèle que le matériel utilisé pour le déploiement du projet est d’origine internationale, et ce malgré les nombreux trains de sanctions adoptés contre Moscou ces dernières années. Ceci a été rendu possible par l’intermédiaire d’un réseau de sociétés écrans dont CJSC Perspective Technologies Agency, détenue par un proche du FSB et qui est un prestataire régulier de l’armée russe. 
  • Une partie des navires de la flotte « Harmonie » a été achetée à des armateurs européens, puis déguisée comme opérant de la recherche océanographique et associée à des navires câbliers. L’entreprise américaine R2Sonic a, quant à elle, vendu un sonar de haute précision pour les drones sous-marins. Tandis que l’entreprise publique norvégienne Kongsberg Gruppen a tenté de vendre un système de positionnement acoustique à grande vitesse. Une vente interrompue en 2024 avec l’intervention des services de renseignement du pays. 
  • Cette enquête souligne l’échec des gouvernements à prévenir l’acquisition de matériels sensibles par la Russie. 

(The Washington Post, Le Monde, Revue Défense Nationale)

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BITD

Airbus, Thalès et Leonardo s’entendent pour créer un géant mondial du spatial

Après de nombreuses discussions, les trois sociétés européennes sont arrivées à un accord pour fusionner leurs activités spatiales au sein d’une société commune. Cette dernière emploierait 25 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 6,5 milliards. Ce projet a pour objectif de « renforcer l’écosystème spatial européen, d’accroître sa capacité d’innovation [et] son autonomie stratégique ». Selon le protocole d’accord, le siège serait installé à Toulouse, et le projet devrait être opérationnel d’ici 2027, sous réserve de l’approbation de la Commission européenne. Le carnet de commandes représente déjà trois années de travail, couvrant les secteurs de la télécommunication, de la navigation, de l’observation, des capsules lunaires, de la défense, etc.

  • En réponse à une demande institutionnelle en hausse, notamment dans le secteur de la défense, les trois entreprises ont choisi d’unir leur force. Ce géant européen a également été créé afin de concurrencer l’entreprise américaine SpaceX. Cependant, certains syndicats français alertent sur les potentielles conséquences sur le marché français. La suppression de postes pourrait notamment entraîner une perte de compétence dans certains domaines.
  • Il y a 25 ans, un autre géant européen était créé entre l’Allemagne, la France et l’Espagne: l’European Aeronautic Defence and Space Company (EADS), rebaptisé Airbus en 2013. Ce succès illustre le maintien de la souveraineté européenne dans le domaine stratégique qu’est l’aviation. Aujourd’hui, c’est au tour du secteur spatial de connaître une dynamique similaire avec la création d’un groupe commun entre la France, l’Italie et les pays actionnaires d’Airbus.
  • Cependant, des incertitudes demeurent quant à la concrétisation de ce projet. Il sera nécessaire de suivre sa mise en œuvre et son impact sur le marché aérospatial en France et en Europe. En effet, une réorganisation profonde du marché spatial devrait s’opérer en raison de la redirection des flux de commandes et de la restructuration de la chaîne de valeur. Enfin, l’aboutissement de ce projet dépend de l’accord de la Commission européenne.

(Space News ; Le Figaro ; Les Echos)

Manon Cohen

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