AFRIQUE
Tanzanie : une répression violente après la réélection de la présidente Hassan
Le scrutin du 29 octobre est accompagné de suspicions de fraude à grande échelle. La présidente Samia Suluhu Hassan aurait été réélue avec plus de 97% des voix, après avoir écarté ses principaux opposants. Pour faire face à ce que l’opposition tanzanienne qualifie de « simulacre », d’importantes manifestations pour protester contre la réélection de Samia Suluhu Hassan se sont déroulées et ont été violemment réprimées.
- Selon un rapport de l’Union africaine, ces élections « n’ont pas respecté les principes, les cadres normatifs et les autres obligations et normes internationales de l’UA en matière d’élections démocratiques ». Des cas de bourrage des urnes, d’intimidation et d’absence de vérification de l’identité des votants ont été rapportés. En réponse aux manifestations ayant éclaté le jour du scrutin, le pouvoir en place a coupé l’accès à internet pour entraver l’organisation des protestataires.
- Les rapports de l’opposition et de diverses sources diplomatiques estiment qu’à ce jour, entre 800 et 2000 personnes auraient perdu la vie suite à la répression menée par le gouvernement. Plusieurs cas de disparitions d’opposants ont également été signalés et des familles endeuillées déplorent ne pas avoir pu retrouver les corps de leurs proches tués dans les manifestations.
- À son arrivée au pouvoir en 2021, Samia Suluhu Hassan avait pourtant contribué à élargir les libertés publiques, dans un pays soumis à un pouvoir autoritaire depuis de nombreuses années.
Soudan : la chute d’El-Fasher entraîne une vague de violences à l’encontre des civils
Le 26 octobre 2025, une offensive des Forces de Soutien Rapide (FSR) a conduit à la prise de contrôle d’El-Fasher, la capitale de l’État du Darfour-Nord. La ville était déjà sous un siège prolongé depuis mai 2024, empêchant l’acheminement des vivres, des soins et de l’aide humanitaire. Depuis l’avancée des FSR, de très nombreux civils ont été tués, blessés ou déplacés (exécutions extrajudiciaires, violences sexuelles, destruction d’infrastructures médicales).
- Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale a exprimé sa « plus profonde préoccupation » face aux rapports sur des atteintes graves aux droits humains à El Fasher. L’Organisation mondiale de la Santé a condamné un massacre à l’hôpital « Saudi Maternity Hospital » d’El Fasher : plus de 460 patients et accompagnants tués, et des personnels de santé enlevés ou portés disparus. Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a alerté lundi sur « le risque croissant d’atrocités motivées par des considérations ethniques », soulignant la gravité de la situation à El Fasher et la possibilité d’une escalade des violences ciblées.
- Le conflit entre l’armée soudanaise et les FSR a commencé en avril 2023. El Fasher était jusqu’alors l’un des derniers bastions de l’armée soudanaise dans la région du Darfour. Le siège de la ville avait depuis plus d’un an entraîné l’épuisement des ressources vitales. Désormais, le risque principal est une aggravation de la crise humanitaire : famine, épidémies (choléra, malnutrition), nouveaux déplacements de populations.
(Le Monde ; CPI ; OMS ; ONU Soudan ; The Guardian)
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AMÉRIQUES
Lutte contre le narcotrafic : l’opération policière la plus meurtrière du Brésil
Le 28 octobre, 2 500 membres des forces de l’ordre brésiliennes ont mené un raid de grande ampleur contre le groupe de narcotrafiquants Comando Vermelho, dans deux des plus grandes favelas de Rio de Janeiro, le Complexo do Alemão et le Complexo da Penha. L’opération visait initialement à exécuter 100 mandats d’arrêt, mais a causé le décès d’au moins 121 personnes, dont quatre membres des forces de l’ordre et plusieurs civils. Tandis que le gouverneur Claudio Castro, proche de Jair Bolsonaro, se félicitait d’une opération menée avec succès contre des “narcoterroristes”, le président Lula a quant à lui dénoncé un “massacre” qui doit faire l’objet d’une enquête fédérale.
- Le Comando Vermelho (« Commando rouge ») a été fondé dans les années 1970, par l’alliance de criminels de droit commun et de prisonniers politiques revendiquant de meilleures conditions de détention. Dans les années 1980, le groupe s’implante dans les favelas de Rio de Janeiro, organisant et contrôlant le trafic de drogue (marijuana, cocaïne). En 2023, le « Commando rouge » contrôlait 51,9 % du territoire métropolitain de Rio dominé par des groupes armés.
- Malgré le nombre de morts, un sondage mené par Atlas Intel révèle que 67 % des habitants de Rio semblent avoir une opinion positive de l’opération du 28 octobre. Cette opinion s’inscrit dans un contexte de croissance de l’influence du Comando Vermelho : un tiers de la population de la ville, soit 2 millions de personnes, vivrait sous le contrôle du groupe. Cependant, ce raid ne semble ni avoir atteint le fonctionnement structurel du Comando, ni avoir éliminé ses chefs de file.
- Alors que le Brésil reste l’un des principaux acteurs mondiaux du narcotrafic, derrière la Colombie, le président Lula n’a depuis 2022 pas réussi à endiguer le problème du narcotrafic. Il a récemment soumis au Congrès un projet de loi visant à réorganiser la gestion de la sécurité publique, en renforçant le rôle de l’État fédéral et en s’éloignant d’une approche fondée sur la logique du « shoot-to-kill ».
(Le Monde , The Guardian , Global Initiative against Transnational Organized Crime)
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ASIE
L’entrée de la Chine dans l’ère des trois porte-avions (三航母时代)
Le 5 novembre, le président Xi Jinping a inauguré la mise en service du troisième porte-avions chinois, le Fujian (福建). La cérémonie a pris place sur l’île de Hainan, dans un port de l’Armée Populaire de Libération (APL). Elle a été l’occasion de mettre en avant la capacité de projection maritime chinoise et de dévoiler une nouvelle technologie clé : une catapulte électromagnétique, une fonction jusqu’à lors uniquement maîtrisée par les États-Unis. La mise en service du Fujian symbolise la modernisation de l’APL, déjà mise en avant lors du défilé militaire du 3 septembre, et constitue un pas supplémentaire vers l’objectif d’atteindre une « armée de rang mondial » (世界一流军队) avant 2049.
- Depuis sa mise à l’eau en juin 2022, le Fujian a effectué plusieurs essais en mer et a été mis en service au bout d’un peu plus de 1 200 jours. D’un point de vue technique, il a un pont plat et, en l’absence d’une forme de tremplin, une catapulte électromagnétique est nécessaire pour donner aux avions une accélération suffisante. Cette catapulte permet également de faire décoller des avions plus lourds, lestés de davantage d’armes ou de carburant. Les avions embarqués sur le Fujian devraient être les chasseurs J-35 et J-15, ainsi que l’avion d’alerte précoce KJ-600. Une différence notable avec l’armée américaine est que le Fujian fonctionne encore au fioul, tandis que certains porte-avions américains sont à propulsion nucléaire, ce qui permet d’effectuer des missions plus longues.
- La base de Sanya, située sur l’île de Hainan, a un positionnement stratégique du fait de son ouverture sur la mer de Chine méridionale. Le porte-parole de la marine chinoise a affirmé que le Fujian y sera en permanence stationné. Par ailleurs, le nom de ce troisième porte-avions fait référence à la province du Fujian, située en face de Taïwan.
- Des questions se posent d’ores et déjà sur le projet d’un quatrième porte-avions chinois, sera-t-il à propulsion conventionnelle ou nucléaire ? À ce sujet, le porte-parole de la marine chinoise est resté évasif et s’est contenté de réaffirmer que la Chine visait avant tout à protéger sa souveraineté territoriale.
- Cette cérémonie a été l’occasion de mettre en avant l’innovation et la production nationale, les divers participants ont ainsi souligné que le Fujian avait été entièrement conçu et construit par la Chine.
(Le Monde, 中华人民共和国国防部, 中国军网, 凤凰网, 中国军网)
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EUROPE
Suède : conférence de l’OTAN sur la planification civile
Du 3 au 5 novembre 2025, la Suède a organisé à Stockholm la première conférence de l’OTAN consacrée à la planification civile, rassemblant plus de 200 représentants civils et militaires des pays alliés. Lors de son intervention le 4 novembre, la secrétaire générale déléguée de l’OTAN, Radmila Shekerinska, a souligné la nécessité de renforcer la conscience, la préparation et la résilience dans toutes les sociétés alliées. Elle a salué le modèle suédois de défense totale, le qualifiant d’exemple de coopération « à l’échelle du gouvernement et de la société ».
- Cet événement témoigne de la volonté de la Suède de mettre en avant son modèle de défense totale, reposant sur la coordination étroite entre défense militaire et civile. Sous la direction du ministre de la défense Pål Jonson et du ministre de la Défense civile Carl-Oskar Bohlin, le gouvernement suédois promeut une vision de la résilience nationale comme responsabilité collective. Ce modèle, déjà opérationnel en Suède, incarne la volonté d’adapter la sécurité européenne aux guerres hybrides, cyberattaques, crises énergétiques et perturbations des infrastructures critiques.
- La conférence de Stockholm s’inscrit dans la continuité des engagements pris au sommet de l’OTAN de La Haye en juin 2025. Les Alliés avaient alors adopté de nouvelles orientations pour promouvoir une coopération civilo-militaire renforcée à l’échelle du continent. Ils s’étaient également engagés à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB, dont jusqu’à 1,5 % seraient consacrés à la protection des infrastructures critiques, à la cybersécurité et à l’innovation civile au service de la défense européenne.
- L’OTAN identifie trois fonctions centrales de la préparation civile, conformément à l’article 3 du Traité de l’Atlantique Nord : la continuité du gouvernement et des services essentiels de l’État, la continuité des services vitaux à la population, ainsi que le soutien civil aux opérations militaires.
(Gouvernement suédois; Ministère de la Défense; OTAN)
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FRANCE
La France renforce son partenariat militaire avec la Roumanie
Jeudi 30 et vendredi 31 octobre derniers, la ministre des Armées et des Anciens combattants, Catherine Vautrin, s’est rendue auprès des forces françaises déployées en Roumanie dans le cadre de la mission Aigle à l’occasion de l’exercice Dacian Fall 2025. Lors de cette visite, Madame Vautrin a pu rencontrer son homologue roumain, Liviu-Ionuț Moșteanu, ministre de la Défense.
- L’exercice Dacian Fall 2025 est une mission coordonnée par l’OTAN. Plus de 5000 soldats issus de dix États européens sont mobilisés en Roumanie. Ayant lieu jusqu’au 13 novembre prochain, il se caractérise par une intensification des moyens mis en œuvre. La France, en tant que nation-cadre du dispositif, engage plus de 3 000 militaires, et des moyens de haute technologie : chars Leclerc, canons Caesar, hélicoptères Tigre et NH90.
- Les deux ministres ont abordé la question de la situation sécuritaire dans la région. Conçu comme un moyen de dissuasion, cet exercice permet de montrer que l’Europe est prête à répondre à une montée en tension du conflit à l’Est. Il témoigne de la capacité d’interopérabilité entre les armées alliées ainsi que l’efficacité logistique de l’État hôte.
- Cette rencontre a également permis de réaffirmer la relation de confiance entre les deux pays. La coopération bilatérale militaire entre la France et la Roumanie démontre un soutien solide et une posture renforcée de la France sur le flanc Est. La Roumanie a d’ailleurs annoncé son intention d’acquérir, d’ici la fin de l’année 2025, des missiles sol-air Mistral 3, produits par la France.
(Ministère des Armées ; Ouest France ; Défense zone)
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Afrique du Nord/Moyen-Orient
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution reconnaissant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 31 octobre 2025 une résolution soutenant le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental. Le texte a été adopté par 11 voix pour, tandis que la Russie, la Chine et le Pakistan se sont abstenus. L’Algérie, soutien du Front Polisario qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental, n’a pas non plus pris part au vote. Le plan marocain, présenté en 2007, prévoit une large autonomie du territoire sous souveraineté marocaine. Le Sahara occidental deviendrait une région autonome du Maroc dotée de compétences étendues, mais placée sous la souveraineté du royaume. Cette évolution marque un tournant diplomatique majeur : pour la première fois, le Conseil de sécurité appuie ouvertement la position marocaine.
- Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a affirmé que « le Conseil de sécurité vient de confirmer que l’autonomie sous souveraineté marocaine est la seule voie réaliste ». À Rabat, la décision a été célébrée comme un succès diplomatique, et les autorités ont déclaré un jour férié national en hommage au « rétablissement de la légitimité territoriale ».
- Le Front Polisario a en revanche rejeté fermement le texte, qu’il considère comme « une légitimation d’une occupation coloniale ». Alger a rappelé son ambassadeur à New York pour des consultations.
- D’autres pays africains, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ont salué le courage du Conseil de sécurité. Ces États voient dans le plan marocain une solution à un conflit africain.
- Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch, ont regretté que le texte n’inclut aucune mention claire des violations des droits humains attribuées aux autorités marocaines dans les territoires sahraouis. Par ailleurs, la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies a rappelé que le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser, mettant ainsi en lumière le décalage entre les positions des deux organes onusiens.
(Jeune Afrique , Iris France, Human Rights Watch, Le 360, Le Matin.ma, Le 360)
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RUSSIE/ NEI
Sommet du C5+1 à Washington
Le 6 novembre, les représentants du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan étaient réunis à la Maison-Blanche pour une discussion avec le président Donald Trump. Cette rencontre est la première à se tenir dans la capitale américaine. Le C5+1 est une plateforme diplomatique qui sous-tend de nombreux enjeux diplomatiques et économiques. Le département d’État américain entend avancer ses pions dans cette région sous influence historique russe et convoitée par le voisin chinois.
- Ce rapprochement a été initié en 2015 sous la présidence de Barack Obama. Le secrétaire d’État John Kerry avait alors présidé la première rencontre à Samarcande en Ouzbékistan. Ce lien avec les cinq républiques d’Asie centrale a pris une tournure nouvelle à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. L’administration Biden avait envisagé ce partenariat comme un moyen de promouvoir les libertés fondamentales et les droits humains dans la région, afin d’y contrer l’influence russe. Mais ces ambitions se sont atténuées, désormais supplantées par des priorités économiques.
- Les ressources de la région, leur exploitation et leur commerce sont les sujets majeurs de la rencontre. Par exemple, le sol kazakh est riche en cuivre, en uranium et en terres rares. La possibilité d’investissements américains pour améliorer les infrastructures de transport et d’exploitation a été évoquée. Avec un réseau ferré performant et grâce aux ports d’Aktaou et de Kourik, ces ressources stratégiques pourraient irriguer les marchés européen et occidental.
- Cette rencontre témoigne d’un nouvel alignement diplomatique dans la région. Par exemple, le Kazakhstan envoie un signal fort aux États-Unis en annonçant son adhésion aux Accords d’Abraham. La stratégie d’influence américaine semble payante et suscite de vives critiques. Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, considère que cette rencontre fait partie d’un ensemble d’« efforts de l’Occident pour arracher l’Asie centrale et le Caucase du Sud à la Russie ».
(Courrier international, Reuters, RFI, The Times of Central Asia)
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BITD
La Norvège et NHIndustries règles à l’amiable leurs litiges autour des hélicoptères NH90
Quatorze hélicoptères NH90, construits par le consortium industriel NHIndustries (Airbus, Helicopters, Leonardo et Fokker), avaient été commandés par l’armée norvégienne en 2001 pour un montant de 500 millions d’euros. Cependant, l’industriel a pris beaucoup de retard et les livraisons initialement prévues en 2008 ont été retardées de plusieurs années. De plus, un rapport interne avait mis en exergue le manque de disponibilité des appareils, ces derniers ne pouvant assurer que 40% des heures de vol prévues dans leur contrat opérationnel. Ces éléments ont conduit la Norvège, en 2022, à rompre le contrat et à demander une compensation financière. Le litige a pris de nombreuses années avant d’aboutir à une décision à l’amiable entre les deux acteurs. L’armée norvégienne devrait recevoir 305 millions d’euros de dédommagement, en plus de 70 millions déjà versés par l’entreprise. En échange, NHIndustries récupère les appareils qui pourront servir aux autres utilisateurs des NH90 pour le maintien en condition opérationnelle.
- Malgré la demande initiale de la Norvège de 2,86 milliards, ce qui correspond au montant investi pour acquérir des hélicoptères Seahawk et au remboursement intégral de la commande, NHI et la Norvège sont parvenus à un accord sans aller jusqu’au procès public. Cela s’inscrit notamment dans un contexte tendu face à la menace russe grandissante et la nécessité de présenter un front uni. Un procès pour cette affaire aurait mis en lumière les faiblesses d’un des programmes de défense phare de l’Europe, alors même que la Norvège se trouve en première ligne de la surveillance de l’action russe dans la région.
- Le programme NH90, Nato Helicopter 90, est un programme d’hélicoptères commun de transport tactique et naval. Le programme voit le jour dans les années 1980, avec la création d’un consortium industriel, dont la plus grande partie est détenue par la France (43%) en coopération avec l’Italie, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. La France a passé une commande de 101 hélicoptères NH90 dans deux versions différentes (NFH et TTH).
- Un contrat pour le développement et la qualification d’une mise à niveau des NH90 a été notifié au consortium NHIndustries en 2023. Cependant, les défauts relevés par l’armée norvégienne risquent d’impacter la réputation de l’appareil et par conséquent de limiter le nombre de ventes et d’exportations à l’avenir; ce qui pourrait se répercuter sur la filière hélicoptère française, notamment Airbus Helicopter et sa chaîne d’approvisionnement.
(Zone militaire, L’usine nouvelle,La Tribune, Ministère des Armées)
