Veille stratégique – November 2025 – 2/2

AFRIQUE 

Signature d’une feuille de route préalable à un accord de paix entre le M23 et la République démocratique du Congo

Le 15 novembre à Doha, au Qatar, les représentants de la République démocratique du Congo (RDC) et du groupe armé M23 ont signé une feuille de route préalable à un accord de paix dans la région de l’est de la RDC. Ce document non-contraignant constitue le deuxième volet d’une négociation menée par le Qatar, les États-Unis et l’Union africaine depuis plusieurs mois. En juillet 2025, la RDC et le M23 avaient déjà amorcé une première étape vers une stabilisation des combats, par l’adoption d’une déclaration de principes en faveur d’un « cessez-le-feu permanent ». La feuille de route du 15 novembre précise les orientations de cette déclaration, en présentant huit chapitres de négociation nécessaires à la concrétisation d’un accord de paix. 

  • L’adoption de cette feuille de route, au même titre que l’accord de paix signé entre les ministres des affaires étrangères de la RDC et du Rwanda le 27 juin aux États-Unis, ou que le « cessez-le-feu permanent » déclaré en juillet, n’a eu aucun impact durable sur les affrontements. Ces derniers continuent de se dérouler dans l’est de la RDC entre l’armée congolaise, appuyée par des milices locales, et le M23, soutenu non officiellement par le Rwanda. 
  • Les deux pays ont néanmoins reconnu début novembre l’insuffisance des progrès réalisés sur les négociations entamées. Cette feuille de route fixe des objectifs clairs et détaillés, et pourrait être l’amorce d’un nouveau tournant dans un conflit qui dure depuis plus de trois ans.  

(Le Monde, Le Monde)

 

Affrontements entre Boko Haram et l’Etat Islamique au nord-est du Nigeria 

Le 9 novembre, le groupe de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et une faction de Boko Haram – Jamaat Ahl Al-Sunnah Lil Dawa Wal Jihad (JAS) – se sont affrontés dans le village de Dogon Chiku, situé sur les rives du lac Tchad et dans une zone frontalière avec le Tchad et le Cameroun. Les combats, qui ont fait au moins 200 morts, constitueraient l’épisode le plus mortifère d’une lutte d’influence entamée en 2016, lorsqu’une partie des forces des JAS s’est détachée de la mouvance Boko Haram pour former l’ISWAP et prêter allégeance à l’Etat islamique.

  • Les forces de l’ISWAP et des JAS se disputent depuis 2016 le contrôle de la zone du lac Tchad, riche en ressources naturelles et plaque tournante du commerce licite et illicite entre le Nigéria, le Tchad et le Cameroun. 
  • En mai 2021, une offensive menée par l’ISWAP, qui a provoqué la mort du chef des JAS, Abubakar Shekau, a exacerbé cette conflictualité en renforçant la position dominante de l’Etat islamique. En représailles, la faction de Boko Haram a mené plusieurs raids sur des bases de l’ISWAP, en septembre 2021, décembre 2022 et janvier 2023, provoquant des jours et des semaines d’affrontements. 
  • Les combats du 9 novembre s’inscrivent dans un contexte d’insécurité générale au Nigeria. Tandis que les factions djihadistes s’affrontent dans le nord-est, des gangs tuent, kidnappent et rançonnent la population locale dans le nord-ouest. Cette situation a récemment polarisé l’opinion internationale, lorsque le 31 octobre, le président américain Donald Trump a inscrit le Nigeria sur la liste des « pays particulièrement préoccupants » (Country of Particular Concern,) en matière de liberté religieuse. Il a également menacé le pays d’une intervention militaire si la question des « meurtres de chrétiens » par des « terroristes islamistes » ne trouvait pas de résolution. Souvent présentés comme des conflits interreligieux, les affrontements entre agriculteurs – généralement chrétiens – et éleveurs – souvent musulmans – peuvent aussi être analysés comme des rivalités autour de l’accès aux terres.

(The Guardian, Le Monde, Jeune Afrique, Global Initiative against Transnational Organized Crime, Le Monde )

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AMÉRIQUES 

La consolidation d’un partenariat stratégique entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite 

Le 18 novembre 2025, la visite de Mohammed ben Salmane (MBS) à la Maison-Blanche a mis en avant la proximité des deux pays. Washington et Riyad ont scellé un rapprochement stratégique majeur, dans le cadre duquel les États-Unis approuvent la vente de 48 F-35, ce qui permettrait à l’Arabie saoudite de devenir la première puissance arabe dotée de cet appareil. Les deux États ont également signé une déclaration commune sur le nucléaire civil et un protocole d’accord sur l’IA. Cet accord technologique offre à Riyad un accès encadré aux systèmes d’IA et aux puces américaines de pointe, tandis que Washington met en place des garde-fous pour éviter tout transfert vers la Chine. 

  • Si Donald Trump s’est engagé politiquement sur l’ensemble de ces volets, la vente des F-35 doit encore être validée par le Congrès, et les contours d’un éventuel pacte de défense bilatéral restent à préciser. Ces annonces, susceptibles de modifier l’équilibre militaire régional, suscitent par ailleurs des inquiétudes en Israël et pourraient alimenter une course régionale aux armements impliquant les Émirats arabes unis, l’Égypte ou l’Iran.
  • MBS a de son côté annoncé qu’il porterait les investissements saoudiens aux États-Unis de 600 à 1 000 milliards de dollars, répondant aux attentes américaines et inscrivant cette relation dans une logique économique et sécuritaire de long terme.
  • L’Arabie saoudite cherche ainsi des garanties de sécurité, un soutien à son programme nucléaire civil et un accès accru aux technologies de pointe dans le cadre de Vision 2030.  Tandis que Washington vise à contenir l’influence chinoise, à stabiliser le Moyen-Orient et à préserver les règles de non-prolifération et la sécurité technologique.

(US Department of Energy, The White House, Reuters)

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ASIE

Tensions diplomatiques entre la Chine et le Japon autour de Taïwan 

Les relations entre la Chine et le Japon se sont détériorées depuis plusieurs semaines. La première ministre Sanae Takaichi, qui a pris ses fonctions le 21 octobre dernier, a déclaré le 7 novembre qu’une intervention militaire japonaise sur l’île en cas d’attaque chinoise était possible au titre de la « légitime défense collective ». Plus qu’une joute verbale, des actes concrets ont suivi cette prise de parole.

  • L’article 9 de la constitution japonaise consacre une position pacifiste. L’État renonce « à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ainsi qu’à la menace ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux ». La doctrine japonaise de défense a été bouleversée par les réformes de l’ancien premier ministre Shinzo Abe (2012-2020) avec l’adoption d’une « loi sur la paix et la sécurité ». Le législateur japonais admet désormais qu’une intervention extérieure des forces armées du pays est possible pour des motifs défensifs. 
  • Les deux États ont mené des actions diplomatiques et économiques. La Chine a convoqué l’ambassadeur japonais Kenji Kanasugi à la suite de ces déclarations. En réaction, le Japon a appelé ses ressortissants en Chine à la prudence à cause d’un climat ambiant anti-japonais. Si ces actions restent largement symboliques, cette crise diplomatique pourrait avoir des effets plus larges sur les sociétés des deux pays. En effet, certains médias locaux mentionnent un possible boycott des produits de pêche japonais et le report de la diffusion de certains films japonais en Chine.

(BFM TV, Radio France, RFI, RFI)

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EUROPE 

Retrait américain en Europe de l’Est

Présentée officiellement comme un ajustement technique, l’annonce du retrait partiel de troupes américaines du flanc oriental de l’Europe a suscité de vives réactions. Le Pentagone présente la mesure comme un simple « ajustement » et il ne s’agit pas d’un retrait complet, mais de la non-rotation d’une brigade déployée dans plusieurs pays de l’OTAN (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie). En Roumanie, entre 700 et 800 des 1 700 militaires américains présents sont concernés. Lors de son annonce du 29 octobre 2025, le ministre roumain de la Défense a tenu à rassurer en précisant que les capacités stratégiques essentielles restaient inchangées, notamment le système de défense antimissile de Deveselu ainsi que les bases aériennes de Campia Turzii et de Mihail Kogălniceanu.

  • La présence américaine sur le continent est passée de 357 000 soldats en 1988 à seulement 66 000 en 2021, avant de remonter à 100 000 après l’invasion russe de l’Ukraine. L’ajustement actuel s’inscrit donc dans une tendance de fond au désengagement, seulement interrompue par la crise ukrainienne.
  • Cet ajustement préfigure une nouvelle stratégie globale du Pentagone, celle de déprioriser l’Europe et l’Afrique au profit de la zone Asie-Pacifique. Ce retrait, bien que numériquement limité, peut être perçu comme un affaiblissement symbolique de l’engagement américain. Moscou pourrait y voir un désintérêt américain pour la région stratégique de la mer Noire et être encouragé à accentuer les pressions.
  • Ce geste américain place donc l’Europe devant un dilemme stratégique : un risque de vulnérabilité accrue, mais aussi une opportunité de réaffirmer son autonomie. L’OTAN dispose par ailleurs de dispositifs comme la Enhanced Forward Presence (eFP) et continue de mener des exercices de grande ampleur. Ce repli donne également une nouvelle pertinence au concept de « souveraineté européenne ». 

 ( Zone Militaire , Ouest France, Euro-blogs , L’Express)

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FRANCE

Entraînement militaire terrestre franco-suisse

Au cours des mois d’octobre et novembre, des éléments de l’Armée de Terre ont réalisé des exercices de tir à munitions réelles avec leurs homologues helvétiques. Dans le cadre de l’exercice ZHANNIBAL, des chars Leclerc du 5e Régiment de Dragons se sont rendus au pas de tir d’Hinterrhein (canton des Grisons), alors que les CAESAR (camion équipé d’un système d’artillerie) du 40ᵉ Régiment d’Artillerie se sont entraînés dans le col du Simplon (canton du Valais). Les exercices se sont déroulés côte-à-côte avec le bataillon mécanisé 17 et le groupe d’artillerie 1 de l’Armée suisse. 

  • Les photos des séances de tir du 5ᵉ Dragons montrent des chars Leclerc rénovés, équipés de grilles espacées sur le toit, l’arrière de la tourelle et la zone moteur. Ces grilles ressemblent aux “cope cages” vues en Ukraine, destinées à faire exploser les munitions télécommandées avant qu’elles n’atteignent le blindage principal.
  • Les exercices militaires franco-suisses, déjà organisés par le passé, se sont intensifiés ces derniers mois. En mai 2025, des chars Leclerc du 501ᵉ Régiment de Chars de Combat se sont rendus à Hinterrhein pour l’exercice SAGITTARIUS 2025, aux côtés du 13ᵉ Régiment du Génie. C’était le premier déploiement conjoint de blindés Griffon et de chars Leclerc XLR au-delà du Jura. Côté aérien, des F-18 suisses se sont entraînés en août 2025 sur la base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur.
  • La coopération militaire – notamment terrestre – entre la France et la Suisse s’appuie sur le traité de 2018 sur l’instruction militaire (en vigueur depuis 2021), qui prolonge un accord de 2015 créant une zone d’entraînement transfrontalière.

(Armée de Terre [Facebook], 24h Suisse, Le Dauphiné, Tribune de Genève)

 

Annonces de fournitures d’armements français à destination de l’Ukraine

Le 17 novembre, le président ukrainien Zelensky a effectué sa neuvième visite en France depuis le début de la guerre en 2022. Il a été reçu par le président français à la base aérienne 107 de Villacoublay. Lors de cette rencontre, plusieurs annonces ont été faites sur la fourniture future d’armes françaises à Kiev, dans le cadre d’un accord stratégique prévu pour la prochaine décennie. Sont notamment prévues la livraison de munitions Hammer, de systèmes SAMP/T-NG, de munitions télécommandées pour intercepter des drones, ainsi que de drones d’observation. Une lettre d’intention a également été signée pour l’achat éventuel d’une centaine de Rafale F4.

  • La livraison des bombes AASM et la production de drones et autres effecteurs téléopérés en Ukraine sont envisagées à court-terme (2025-2026). Une présentation officielle des intercepteurs Octopus et BlackBird de l’entreprise française Alta Ares s’est tenue dans un hangar de la base, suggérant que ce sont ces systèmes qui feraient l’objet d’un accord de production locale. Quant aux ensembles SAMP/T-NG en cours de développement pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, les propos tenus lors de la conférence de presse indiquent que leur déploiement est envisagé courant 2026.
  • La lettre d’intention pour l’achat de Rafale a entraîné une forte hausse de la valorisation boursière de Dassault Aviation. L’entreprise s’est toutefois contentée d’un communiqué succinct de remerciement. Le montant estimé de cette commande, entre 15 et 20 milliards d’euros, soulève des questions sur les modalités de financement et sur les capacités industrielles nécessaires pour maintenir le rythme de production.
  • Le secteur civil est également concerné, notamment par la commande de 55 locomotives auprès d’Alstom pour renouveler un parc vieillissant, affecté par les frappes russes sur les infrastructures ferroviaires.

(Présidence de la République, President of Ukraine, Alta Ares [Linkedin], Le Nouvel Observateur, Dassault Aviation, Stéphane Audrand [X])

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Afrique du Nord/Moyen-Orient

Vote du Conseil de Sécurité en faveur de la création d’une force internationale de stabilisation à Gaza

Le 17 novembre, le Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) a adopté une résolution autorisant la création d’une Force internationale de stabilisation (International Stabilisation Force, ISF) dans la bande de Gaza, après deux ans de guerre entre Israël et le Hamas. Le texte, rédigé par les Etats-Unis, prévoit l’établissement d’un Comité de la paix et d’une ISF. Il a pour but de coordonner et de superviser les efforts de gouvernance, de sécurité, et de reconstruction dans une bande de Gaza post-conflit. La résolution, qui prévoit la présence du Comité et de l’ISF jusqu’au 31 décembre 2027, a été approuvée par 13 voix pour, et par 2 abstentions (Chine et Russie). Mike Waltz, représentant permanent des Etats-Unis à l’ONU, a déclaré que cette résolution était « forgée dans l’intense travail diplomatique mené avec le Qatar, l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Türkiye, le Pakistan et l’Indonésie », qu’elle est « [née] de la feuille de route en 20 points du président Trump ».

  • Après deux ans de guerre, un cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre, à la suite duquel le président américain Donald Trump a proposé son plan de paix en 20 points. Malgré ce cessez-le-feu, Israël a continué de mener des frappes dans l’enclave. Par exemple, le 29 octobre 2025, les frappes israéliennes auraient tué au moins 101 personnes selon un porte-parole d’une organisation de secours opérant sous l’autorité du Hamas.
  • Malgré l’adoption de cette résolution par le CSNU, et le soutien de celle-ci par l’Autorité Palestinienne (AP), certains acteurs la critiquent. Moscou a notamment reproché l’absence de calendrier pour transférer Gaza sous contrôle de l’AP, et le manque de garanties concernant le fonctionnement du Comité de la Paix et de l’ISF, justifiant ainsi son abstention pendant le vote. Le Hamas a quant à lui affirmé que la résolution « impose un mécanisme de tutelle internationale sur la bande de Gaza », et qu’elle « ne répond pas aux exigences et aux droits » des Palestiniens.
  • L’ISF prévoit d’être une force multinationale déployée à Gaza pour aider à former des policiers, protéger les frontières, assurer la sécurité en aidant à démilitariser la bande de Gaza, protéger les civils et mener des opérations humanitaires. Néanmoins, sa mise en place dépend de la démilitarisation du Hamas et du transfert de pouvoir (qu’il contrôle depuis 2006) à l’ISF. La présence française sur place servira à la mise en œuvre de cette force (300 personnels civils et militaires sont déjà au centre de coordination basé à Israël), sans toutefois s’apparenter à une mission de maintien de la paix des Nations Unis.   

(UN News, AA, Le Monde, Al Jazeera, Libération, Al Jazeera, Le Parisien)

 

Arraisonnement d’un pétrolier dans le détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution iraniens

Le 14 novembre, les Gardiens de la Révolutions iraniens ont arraisonné un pétrolier qui naviguait dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le bateau en question, le Talara, sous pavillon des îles Marshall, et parti des Emirats arabes unis (EAU), faisait route vers Singapour. Après avoir confirmé l’interception et l’escorte du Talara en eaux iraniennes, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que le pétrolier était « en infraction » en transportant à son bord « une cargaison non autorisée » de 30 000 tonnes de produits pétrochimiques. L’Iran a déclaré que l’opération avait pour but de « protéger les intérêts et ressources nationales de l’Iran ». La société responsable du pétrolier a confirmé avoir perdu contact avec celui-ci, puis a annoncé le 19 novembre que le pétrolier et ses 21 membres d’équipage avaient été relâchés.

  • Les Gardiens de la Révolution ont déjà saisi des navires commerciaux dans les eaux du Golfe ces dernières années. En 2019, l’Iran a été accusé d’une série d’attaques à la mine contre des navires. En 2021, une attaque par drone contre un pétrolier lié à Israël a tué deux membres d’équipage européens. Ces attaques ont commencé après que le président Donald Trump se soit retiré unilatéralement de l’accord nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et plusieurs puissances mondiales.
  • Les raisons avancées pour ces interceptions sont souvent des soupçons de contrebande, d’infractions techniques, ou de litiges juridiques. Téhéran a notamment renforcé son contrôle maritime ces derniers mois, notamment dans les eaux à proximité du détroit d’Ormuz et du Golfe Persique, où la contrebande de carburant reste un problème persistant en raison des différences de prix avec les pays voisins. L’Iran a également saisi par le passé des pétroliers en réponse à l’application de sanctions internationales.
  • Néanmoins, des officiers américains ont affirmé que l’incident était surprenant, puisque l’Iran n’avait pas mené d’opération similaire au cours des derniers mois, malgré la cristallisation des tensions entre l’Iran et l’Occident avec la guerre des 12 jours en juin dernier. Ainsi, plutôt qu’un signe d’escalade avec l’Occident, il pourrait s’agir d’un signal stratégique destiné à rappeler l’influence iranienne dans cette zone où transitent 20% du commerce pétrolier mondial. 

(France Info, CBC, AP News, Iran International)

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RUSSIE/ NEI

Trois actes de sabotage ont visé une ligne ferroviaire polonaise servant à approvisionner l’Ukraine

Le 15 novembre 2025, une charge de C4 – un explosif militaire – a endommagé des rails au niveau de la localité de Mika, à 100 km au sud-est de Varsovie. L’explosion a touché l’axe Varsovie-Lublin, qui contribue au soutien logistique à l’Ukraine, et est survenue sur un segment à 30 mètres d’un pont. Le 17 novembre, le Premier ministre polonais Tusk a dénoncé un « acte de sabotage sans précédent visant la sécurité de l’État polonais et de ses citoyens ». Le chef de la diplomatie ukrainienne, Andrii Sybiha, a exprimé sa solidarité envers la Pologne et a désigné la Russie comme responsable de cette attaque. Le 18 novembre, Donald Tusk a accusé deux ressortissants ukrainiens, prétendument coopérant avec les services de renseignement russes, comme responsables de l’acte. 

  • Depuis février 2022, la Pologne est un hub crucial pour le soutien occidental à l’Ukraine. Le point central de cette logistique est l’aéroport de Rzeszów-Jasionka au sud-est du pays. Cet acte de sabotage, survenu un peu plus de deux mois après l’incursion de drones russes en Pologne, s’inscrit donc dans le cadre de la guerre hybride menée par la Russie.
  • La Pologne est le premier pays d’accueil des réfugiés ukrainiens, hébergeant plus d’un million de personnes. Le Premier ministre polonais a souligné que les services russes cherchaient à attiser un ressentiment à l’égard des réfugiés en employant des Ukrainiens pour mener cet acte de sabotage. 
  • Deux autres incidents ont été signalés par le ministre de l’Intérieur Kierwinski. Le 16 novembre, la rupture d’une ligne aérienne de contact a brisé une vitre d’un train, entraînant un arrêt soudain. Par ailleurs, à quelques centaines de mètres du site de cet incident, une pince métallique avait été placée sur les rails, créant un risque de déraillement.

(X, Le Monde, Le Monde, BBC, Onet, tvn24, tvn24)

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BITD

Un potentiel abandon du projet SCAF (Système de Combat Aérien du Futur)

La pression sur le programme SCAF, l’avion du futur européen né d’une coopération entre l’Allemagne, la France et l’Espagne, continue. Les industriels, Airbus et Dassault, ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord sur le partage des tâches industrielles. Lors de leur rencontre le 18 novembre, les Présidents français et allemand ont confirmé leur volonté d’aller au bout du projet. La question de restreindre le projet à un simple « cloud de combat » a été évoquée, notamment comme une manière d’éviter l’échec total du programme. Ce cloud souverain serait commun à tous les systèmes existants, il permettrait de relier avions, drones, radars et centres de commandement. Sa mise en service pourrait intervenir dès 2030.

  • Le projet SCAF est structurant pour l’Europe, il est question de la crédibilité européenne et de sa souveraineté. Adopter un projet « allégé » serait accepter la difficulté de la coopération, sans pour autant conduire à l’échec d’un programme majeur. 
  • Produire un cloud souverain serait une avancée technologique importante, d’autant plus que d’importants investissements ont déjà été engagés. Il sera pertinent de suivre l’avancée des négociations dans le mois à venir, une décision étant attendue d’ici la fin de l’année.
  • Les programmes européens n’ont jamais été faciles à mener en commun, et certains n’ont jamais abouti. Le blocage actuel provient toutefois des industriels, alors même que les États affichent une volonté forte.

(Les Echos, Financial Times, Opex NewsL’Usine Nouvelle)

 

La France et l’Allemagne s’engagent à collaborer sur l’alerte avancée

La France et l’Allemagne concrétisent leur projet de coopération afin de doter l’Europe d’un système d’alerte avancée, c’est-à-dire la capacité à détecter des tirs de missiles. L’Europe accuse aujourd’hui un retard important par rapport aux autres puissances, et ne possède pas de moyen souverain de détecter les tirs de missiles et de suivre leur trajectoire. L’initiative Jewel (Joint Early Warning for a European Lookout), lancée conjointement entre les deux pays, s’articule autour de deux satellites en orbite géostationnaire pour la détection infrarouge des départs et de radars de longue portée au sol pour suivre la trajectoire. Cela pourra être complété par des capacités en Très Haute Altitude et des moyens d’interception dans un second temps.  

  • Aujourd’hui, les capacités d’alerte de départ de missile dépendent entièrement des Etats Unis. Ce projet permettra de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe et de consolider le pilier européen de l’OTAN. Il s’inscrit dans le cadre du réarmement à marche forcée de l’UE, mais la France et l’Allemagne prennent les devants sur le programme Odin’s Eye, financé par le FED, car ce dernier n’en est encore qu’à ses débuts. Jewel posera les bases de ce programme Cette lettre d’intention renforce également la coopération franco-allemande dans le domaine spatial.
  • L’alerte avancée est un sujet ancien : le projet figurait déjà dans la LPM 2009-2014. Cependant, en raison d’un manque de budget et d’autres priorités, il n’avait jamais été mené à son terme.
  • Bien que la lettre d’intention ait été signée, la concrétisation du projet reste encore à détailler, notamment la répartition des compétences, les industries impliquées, ou encore le budget. De plus, il faudra que l’alerte avancée soit intégrée aux systèmes existants (OTAN, américains) ainsi qu’au futur programme européen. Enfin, elle devra être couplée à des capacités d’interception pour être pleinement efficace.

(Ministère des armées, Zone militaire, Les Echos)

Manon Cohen

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