Veille stratégique – Février 2022 (2/2)

FRANCE 

Renforcements militaires au sein de l’OTAN

Le vendredi 25 février, le chef d’Etat a annoncé le renforcement de la contribution française à la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN dans le but d’exprimer la solidarité stratégique au sein de l’Alliance face à l’agression russe en Ukraine. Ainsi, la France assurera le rôle de nation cadre de la Force de réaction rapide de l’OTAN (VJTF) et déploiera prochainement un bataillon d’environ 500 hommes avec des véhicules blindés et des engins de combat en Roumanie. De plus, dans le cadre de la Force de présence avancée (eFP) en Estonie, la France maintiendra une compagnie de 200-250 militaires, aux côtés des Alliés danois et britanniques. Un déploiement en avance de phase de quatre chasseurs Mirages 2000-5 dans les Etats baltes est également prévu, ainsi que l’augmentation des patrouilles aériennes au-dessus de territoire polonais.

  • Cette annonce fait suite à la déclaration des chefs d’Etats et de gouvernements des membres de l’OTAN lors d’un mini-sommet virtuel. Pour la première dans le cadre de la défense collective, les Alliés ont validé l’activation des plans de défense, autorisant le déploiement d’éléments de la NATO Response Force. Dans ce cadre, le Commandant suprême des forces alliées (SACEUR) a sollicité le déploiement du bataillon “Spearhead” actuellement commandé par la France. Des discussions sont en cours pour déterminer avec précision les besoins supplémentaires.

Inauguration du “Campus cyber” à Paris, La Défense

Le mardi 15 février, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, accompagné de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, et du secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique ont inauguré le « campus cyber » dans la Tour Eria de La Défense (Paris). Ce site rassemblera en un même lieu les principaux acteurs du domaine cyber, nationaux et internationaux, privés et publics. A terme, ce sont plus de 1.600 personnes issues des groupes industriels privés, des services de l’Etat, des PME et start-up et des centres de recherche qui devraient être répartis sur les treize étages de cet espace. L’objectif est de créer un écosystème capable de développer des projets communs et d’innover dans ce secteur devenu stratégique, tout en renforçant la filière française en triplant le chiffre d’affaires et en doublant le nombre d’emplois. A ces fins, quatre piliers fondateurs devraient structurer les différentes actions menées : les opérations, la formation, l’innovation et l’animation. Dans un contexte de menace croissante, la complémentarité des acteurs devrait permettre d’accroître les compétences pour y faire face.

  • L’inauguration du « campus cyber » s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’encourager les collaborations entre les acteurs privés et les institutions publiques, un an après la présentation du plan national pour la cybersécurité. L’exécutif avait officiellement formulé le souhait de créer un tel projet à l’été 2019. Dès janvier 2020 et à la suite de plusieurs auditions avec les différents acteurs du secteur, Michel Van Den Berghe, ancien directeur général d’Orange cyberdéfense, avait remis au Premier ministre un document définissant les grandes lignes de la structure.
  • Cette initiative sera pilotée par une Société par Action Simplifiée (SAS) avec un capital qui devrait prochainement atteindre les  12 millions d’euros, détenue à 51% par le privé et 49% par l’Etat. D’autres ressources pourraient également provenir de la commercialisation de certaines prestations telles que l’accès à des bases de données ou la location de locaux.

La France présente sa stratégie de maîtrise des fonds marins

Lundi 14 février, la ministre des Armées Florence Parly a dévoilé devant un public d’industriels et de diplomates la stratégie française de maîtrise des fonds marins. Visant à garantir la liberté d’action des forces, à se montrer crédible et à protéger les intérêts stratégiques nationaux dans les fonds marins, cette stratégie s’articule autour de trois fonctions : « connaître », « surveiller » et « agir ». L’enjeu principal consiste à être en mesure d’atteindre les 6000 mètres de profondeur afin de couvrir 97% du fond des océans du monde. La Marine nationale possède déjà des capacités de guerre des mines et d’hydro-océanographie concourant à la maîtrise des fonds marins. Afin d’élargir ces capacités d’investigation et d’action, cette stratégie ministérielle prévoit de doter la France de capacités militaires grands fonds, composées de drones et de robots sous-marins.

  • Riches en ressources (énergétiques et halieutiques), les fonds marins abritent également des câbles sous-marins par lesquels transitent 98% des communications internationales, des tuyaux et pipelines transportant électricité, gaz et pétrole ainsi que des épaves militaires.  La France possédant la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) au monde, il convient donc de connaître et de protéger ses fonds hautement stratégiques. 
  • Les fonds marins constituent un nouveau milieu de conflictualité où se jouent des rapports de force tendus entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Les compétiteurs stratégiques s’emploient à y asseoir des stratégies de surveillance et d’interdiction sous-marines (cinétique et non-cinétique). Une stratégie de déni d’accès à l’information a notamment été mise en œuvre par la Russie en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. Moscou aurait coupé l’unique câble sous-marins de communication qui reliait ce territoire, l’isolant ainsi du reste du monde.

Retrouvez notre article détaillé sur la guerre des fonds marins !

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EUROPE

Sommet européen sur l’espace à Toulouse : l’UE cherche son autonomie stratégique spatiale

Une réunion informelle des ministres européens chargés de l’espace s’est tenue mercredi 16 février à Toulouse dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne (PFUE). Le président Emmanuel Macron y a décliné sa stratégie spatiale française et européenne, exhortant les pays membres de l’UE à « porter une vision ambitieuse pour la conquête spatiale ». Deux dossiers clés pour la souveraineté européenne dans le domaine spatial ont été au centre des attentions : la sécurisation d’Internet et des communications ainsi que la gestion du trafic spatial. Premièrement, la Commission européenne travaille actuellement au projet de lancement d’une constellation européenne. Cette idée évoquée en décembre 2021 par le Commissaire Thierry Breton, chargé de l’espace, prévoit le déploiement d’une constellation de 250 satellites d’ici 2028 afin d’améliorer l’autonomie stratégique européenne en matière de connectivité et de communications. Deuxièmement, l’Europe entend se doter d’une réglementation commune sur la gestion du trafic spatial, principalement concernant le suivi de l’évolution des débris en orbite qui menacent la sécurité spatiale. Une communication conjointe entre le Conseil et le Parlement européen a été publiée en ce sens le 15 février. 

  • Alors que de multiples acteurs à la fois privés et non-Européens développent des constellations de satellites de connectivité, à l’instar de Starlink d’Elon Musk, l’Europe ne peut pas être en reste afin d’assurer son autonomie stratégique. Une constellation européenne souveraine permettrait aux gouvernements européens d’échanger en sécurité partout dans le monde. Il est d’autant plus stratégique de se positionner dans ce domaine car la course à l’espace actuelle risque d’entraîner un encombrement des orbites basses (celles des satellites de connectivité) dans les prochaines années. Plus de 30 000 satellites devraient être lancés partout dans le monde.
  • Le projet d’une réglementation commune de la gestion du trafic spatial (Space Traffic Management) vise à réguler le côté « far west » de l’espace. A ce jour, plus de 34 000 débris sont recensés dans l’espace et leur nombre ne fera qu’augmenter, menaçant les satellites. En novembre 2021, la station spatiale internationale a été mise en alerte à cause d’un nuage de débris causés par un tir antisatellite russe, vivement dénoncé par les pays occidentaux. 

Sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine à Bruxelles

Le sixième sommet Europe-Afrique s’est tenu les 17 et 18 février à Bruxelles, autour de 80 chefs d’États et de gouvernements venus des deux continents. Après deux jours d’échanges, une déclaration politique finale a été adoptée à l’unanimité. Elle salue la naissance d’un « partenariat renouvelé » entre l’UE et l’UA au service d’une « vision commune ». L’UE y promet un « paquet d’investissement Afrique-Europe d’au moins 150 milliards d’euros » d’ici 2030. Elle réaffirme également son soutien à l’Afrique dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 : les Vingt-Sept auront livré environ 450 millions de doses de vaccins d’ici l’été 2022 et ils s’engagent à mobiliser 425 millions d’euros pour soutenir les campagnes de vaccination sur le continent africain. Il a été aussi annoncé que six pays africains ont été retenus par l’OMS pour fabriquer leur propre vaccin. Toutefois, certains présidents africains, à l’instar du sud-africain Cyril Ramaphosa, ont exprimé leur mécontentement quant au fait que les brevets des laboratoires pharmaceutiques ne soient pas levés. 

  • La promesse de 150 milliards d’euros d’investissement en Afrique s’inscrit pour partie dans la stratégie européenne Global Gateway. Ce plan de soutien au développement des infrastructures dans le monde, conçu en réponse à la Belt and Road Initiative de la Chine (aussi connue sous le nom des « nouvelles routes de la soie »), a été présenté par la Commission le 1er décembre 2021. Alors que la population africaine devrait doubler d’ici 2050, l’Afrique est source à la fois d’opportunités et de défis pour l’Europe.
  • Si ce sommet est vu comme une réussite, les promesses et déclarations d’intention doivent encore se traduire par des actes. 

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AFRIQUE

Fin des opérations Barkhane et Takuba au Mali

Jeudi 17 février, la France et ses partenaires européens ont annoncé la fin des opérations militaires Barkhane et Takuba au Mali à l’occasion d’un dîner de travail à l’Elysée auquel a pris part une trentaine de dirigeants africains et européens. Selon eux, les conditions juridiques, politiques et opérationnelles ne seraient plus réunies pour poursuivre un engagement militaire efficace “en raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes”. Un retrait “coordonné” avec les forces armées maliennes (FAMa) et la Mission de Nations unies au Mali se profile, en commençant par la fermeture des emprises de Gossi, de Ménaka et de Gao. Le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, précise que cette manœuvre prendra entre 4 et 6 mois. Toutefois, entre 2 500 et 3 000 soldats resteront déployés au Sahel après le retrait du Mali.  

  • L’opération Barkhane a débuté en 2014 en bande sahélo-saharienne pour lutter contre les groupes armés terroristes (GAT). Menée en concertation avec les cinq États de la zone (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad), elle a succèdé à l’opération Serval lancée en 2013 à la demande du Mali pour faire face à la menace djihadiste. Malgré les succès initiaux qui ont permis de stabiliser le nord du Mali, les GAT ont créé un nouveau foyer d’insécurité dans la zone dite des “trois frontières”, entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les succès tactiques obtenus par l’armée française depuis 2014 n’ont pas suffit à stabiliser la situation sécuritaire dans cette région, faute d’avancées parallèles sur les plans politique, économique et social. 
  • La task force Takuba est une coalition des forces spéciales européennes créée en mars 2020. Lancée à l’initiative de la France, elle traduisait la volonté française d’ “européaniser” les opérations au Sahel.
  • La junte malienne, engagée dans une surenchère verbale à l’encontre de la France, a demandé à la France de retirer ses soldats “sans délai” au lendemain de l’annonce de la fin de Barkhane. Mis en difficulté par les sanctions de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le gouvernement malien semble poursuivre sa stratégie de rapprochement avec la Russie. 800 mercenaires russes de la société Wagner seraient actuellement déployés sur le sol malien.

→ Pour plus d’informations sur le Mali et l’opération Barkhane, lire notre article “La Russie va-t-elle remplacer la France au Mali ? Réflexion sur le futur de l’influence russe au Mali à l’aune du cas centrafricain”.

La Côte d’Ivoire accueille l’édition 2022 de l’exercice multinational “Flintlock”

Du 20 au 28 février s’est déroulée l’édition 2022 de “Flintlock”, un exercice multinational de lutte contre le terrorisme organisé par l’US Africa Command (Africom). Il s’est tenu à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme de Jacqueville dans le sud ivoirien. Cet exercice a mobilisé plus de 400 militaires originaires de Côte d’Ivoire, Cameroun, Ghana, Niger, Canada, France, Pays-Bas, Norvège, Royaume-Uni et des États-Unis. Fondé sur un échange de compétences entre les forces spéciales des pays participants, “Flintlock” vise à lutter contre les activités malveillantes et l’extrémisme violent au Sahel, tout en renforçant  les partenariats entre les organisations militaires et policières africaines, américaines et internationales, afin d’accroître “l’interopérabilité pendant les crises et les opérations”. 

  • Initié par l’armée américaine depuis 2005, cet exercice annuel en Afrique de l’Ouest se tient pour la première fois en Côte d’Ivoire. Dans un contexte de menaces sécuritaires croissantes dans le Golfe de Guinée et du retrait des forces Barkhane et Takuba au Mali, la Côte d’Ivoire prend pleinement conscience de la menace terroriste qui pèse sur son pays. Le chef d’état-major général des armées ivoirien, le Général Lassina Doumbia, espère à l’issue de ces manœuvres conjointes une montée en puissance du dispositif de lutte contre le terrorisme. 
  • Au-delà d’un soutien logistique constant à l’opération Barkhane et de cet exercice annuel, l’armée américaine s’est montrée peu présente dans la région ces dernières années. 

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AMERIQUE

L’armée de Terre américaine publie sa stratégie climatique

Publiée le 8 février, la US Army Climate Change Strategy est la première stratégie climatique de l’armée de Terre américaine. Elle prévoit de réduire de 50% les émissions des armées d’ici 2030, d’électrifier tous les véhicules non-combattants d’ici 2034 et de développer des véhicules de combat électriques d’ici 2050, ainsi que de former la nouvelle génération d’officiers au combat dans un environnement climatique fortement dégradé. Le lien entre le réchauffement climatique et l’accroissement du risque de conflits armés est clairement reconnu dans la stratégie de l’armée de Terre : “The risk [of armed conflict] will rise even more where climate effects compound social instability, reduce access to basic necessities, undermine fragile governments and economies, damage vital infrastructure, and lower agricultural production”. Cette stratégie est déclinée en trois axes : un axe portant sur l’amélioration de la durabilité et de la résilience des infrastructures, un axe portant sur l’amélioration des capacités opérationnelles et de la résilience climatique via un travail sur les acquisitions et la logistique, et un axe, enfin, portant sur la formation des forces armées à remplir leur missions dans monde au climat altéré.  

  • La publication de cette stratégie s’inscrit dans le cadre de la politique de lutte contre le changement climatique entamée par le président Joe Biden depuis son élection à la Maison Blanche. Elle intervient après la publication de rapports déjà très alarmants sur les conséquences du changement climatique sur la sécurité nationale américaine par le Pentagone et le bureau du Directeur du renseignement national (Office of the Director of National Intelligence).
  • Le ministère de la Défense représente 56% de l’empreinte carbone du gouvernement fédéral américain, et 52% de sa consommation d’électricité. Travailler à rendre plus respectueux de l’environnement le fonctionnement des armées est donc un élément essentiel de la stratégie climatique du gouvernement américain. 

Les Etats-Unis, l’UE, le Royaume-Uni, le Japon et le Canada déclarent conjointement de nouvelles sanctions économiques envers la Russie et la Biélorussie

Dimanche 27 février, le président des Etats-Unis, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE, en coordination avec le Royaume-Uni, le Japon, le Royaume-Uni et le Canada, ont annoncé de nouvelles sanctions contre la Russie dans une déclaration conjointe. Les mesures contraignantes adoptées par ces pays comprennent désormais la restriction de l’accès aux marchés financiers pour de nombreuses banques et entreprises russes, des sanctions personnelles à l’encontre de plusieurs hauts responsables russes (dont la saisie de leurs avoirs, des interdictions de voyages ou de visa pour le président russe et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov), le gel de plus de la moitié des réserves de la Banque centrale russe (ces réserves sont conservées dans des établissements des pays du G7) dès l’ouverture des marchés et l’exclusion de la Russie du système Swift. Les sanctions économiques incluent plus largement la fermeture de l’espace aérien de l’UE aux avions russes, le bannissement des médias d’Etat Russia Today et Sputnik, l’interdiction d’exportation des technologies de pointe ou de produits liés à l’aviation, l’interdiction d’importation du pétrole russe dans l’Union européenne, la suspension de la mise en service du gazoduc Nord Stream 2 en Allemagne.

La Biélorussie est également sujette aux sanctions européennes. Celles-ci visent non seulement les exportations dans certains des plus importants secteurs économiques, tels que les hydrocarbures, le tabac ou encore le ciment ; mais aussi les responsables biélorusses ayant aidé la Russie.

  • Swift (Society for WorldWide Interbank Financial Telecommunication) est une société créée en 1973 basée en Belgique. Elle a développé le réseau de messagerie ultra-sécurisée dédié aux opérations financières le plus utilisé au monde. Swift permet ainsi de transmettre les ordres de virements. L’exclusion des banques russes de ce système pourrait amputer le PIB russe de 7%.

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ASIE

La Chine et l’Inde refusent de condamner l’offensive russe en Ukraine

Le vendredi 25 février, la Chine et l’Inde se sont abstenues lors du vote d’une résolution du conseil de sécurité de l’ONU « déplorant l’agression contre l’Ukraine » de la Russie, après une première version « condamnant » l’invasion russe mais bloquée par le véto de Pékin. Les raisons pour lesquelles les deux puissances d’Asie ne reconnaissent pas officiellement une invasion russe sur le territoire ukrainien proviennent en partie de leurs alliances respectives avec Moscou. En outre, le gouvernement chinois accuse Washington d’être responsable de cette crise, en raison de sa volonté d’élargissement de l’OTAN et de son mépris pour le président Poutine. Pékin a ainsi dit comprendre « les préoccupations de sécurité légitimes de la Russie », tout en assurant, comme l’Inde, souhaiter la paix et une résolution rapide du conflit par voie diplomatique.

  • La Chine et la Russie coopèrent régulièrement depuis la fin de la guerre froide, et leur déclaration commune du 4 février 2022, affirmant « l’entrée des relations internationales dans une nouvelle ère », dans un monde « post-occidental », témoigne de leur proximité (voir veille du 14/02/2022).
  • L’Inde et la Russie sont partenaires depuis le milieu de la guerre froide. En outre, New Delhi dépend en grande partie des armes de Moscou pour faire face à la Chine dans l’Himalaya. L’Inde acquiert régulièrement des armes russes, comme les systèmes de défense antiaériens de longue portée S-400 Triumph, achetés en 2018 pour 5,5 milliards de dollars.
  • Néanmoins, bien que la Russie reconnaisse l’Inde comme une grande puissance et un allié sûr, Narendra Modi se retrouve dans un dilemme diplomatique dans le cadre de la crise ukrainienne. Si la Russie est une alliée de longue date, New Delhi repose aussi sur les armes vendues par les occidentaux ainsi que sur leurs appuis dans l’indopacifique (Quad) pour faire face à la Chine. Or, en ne condamnant pas l’attaque russe sur le territoire ukrainien, Narendra Modi prend le risque d’apparaître comme un allié peu fiable aux yeux des Occidentaux.

Le soutien discret de Moscou et Pékin à la junte militaire au pouvoir en Birmanie

Publiée mercredi 22 février, une enquête du rapporteur spécial pour la Birmanie au Conseil des droits de l’homme de l’ONU souligne les liens étroits qu’entretiennent la Chine et la Russie avec la junte militaire birmane qui a pris le pouvoir en février 2021. Si la vente d’armes chinoises au régime birman n’est pas une nouveauté et s’est maintenue même après le coup d’Etat, l’assistance de la Russie est plus récente. En effet, Moscou soutient la junte depuis l’accession de cette dernière au pouvoir, à travers la livraison de commandes faites par l’ancien gouvernement démocratique, mais aussi en signant de nouveaux contrats d’armement ou en entraînant les troupes birmanes sur place. La valeur totale des transferts d’armes vers la Birmanie depuis le coup d’Etat est estimée de 500 millions à 1,3 milliard de dollars selon le think tank United States Institute for Peace (USIP).

  • Le 15 décembre 2021, pour le 74e anniversaire de l’armée de l’Air birmane, plusieurs dizaines d’avions sont entrés en service, comme les six Yak-130 russes, les quatre chasseurs chinois K-8, des avions de transports chinois Y-12 et un avion de transport ATR 72-600 russe.
  • De nouveaux contrats d’armements entre la Russie et la junte birmane ont été signés lors du salon de l’armement Army 2021 à Moscou en août dernier, puis lors des jeux olympiques militaires russes Army Games 2021. En outre, alors que les combats se sont intensifiés entre la junte et les groupes rebelles dans l’État de Kayah en janvier 2022, une délégation russe de 24 experts s’est installée à Mandalay pour former les militaires sur la base aérienne de Meiktila.

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RUSSIE/NEI

Cette veille a été rédigée dimanche 27 dans la journée. Elle pourrait ne pas refléter les dernières évolutions du conflit en Ukraine.

Guerre entre l’Ukraine et la Russie

Après plusieurs mois de tensions, la Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine et les troupes russes ont pénétré en territoire ukrainien sur plusieurs fronts.

Le 21 février, Vladimir Poutine a annoncé que la Russie reconnaissait l’indépendance et la souveraineté des républiques populaires autoproclamées de Donetsk (DNR) et de Lougansk (LNR). Situés dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, une partie de ces territoires est contrôlée depuis 2014 par les forces séparatistes soutenues par la Russie.  Cependant, Moscou a reconnu la souveraineté de ces républiques selon leurs frontières administratives, qui dépassent largement les zones contrôlées par les séparatistes. De plus, la Russie a signé avec elles un « accord d’amitié et d’entraide » prévoyant notamment que les forces armées russes y assument les fonctions de maintien de la paix, modifiant ainsi largement les rapports de force.

Trois jours plus tard, le 24 février tôt dans la matinée, le président russe a annoncé dans une adresse à la nation le lancement d’une « opération militaire spéciale » visant à la « démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine » ainsi qu’à la « protection des peuples qui subissent les insultes et un génocide de la part du régime de Kiev », débutant ainsi une guerre de facto contre l’Urkaine. 

Quelques minutes après la diffusion de l’allocution, la Russie a réalisé des frappes de missiles sur des infrastructures militaires situées sur l’ensemble du territoire ukrainien, touchant Kiev, Kharkiv ou encore Odessa. Selon le ministère russe de la Défense, les tirs avaient pour objectif la neutralisation des moyens de défense antiaérienne et des aérodromes militaires ukrainiens, préalable à une intervention militaire d’ampleur terrestre et aérienne. En réaction, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré l’état d’urgence militaire dans tout le pays.

Après les frappes aériennes, des troupes motorisées ont pénétré le territoire ukrainien. Trois fronts semblent se dessiner : à l’est depuis les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, au sud depuis la Crimée et au nord avec une percée vers la capitale ukrainienne Kiev depuis la Biélorussie et vers Kharkiv, la deuxième ville du pays depuis la Russie. Selon plusieurs experts, cette stratégie pourrait viser dans un premier temps à décapiter le gouvernement ukrainien (en prenant Kiev), puis à fusionner les fronts de Crimée et de l’est afin de bloquer l’accès à la mer d’Azov. Des combats sont en cours à proximité de Kiev et de Kharkiv et ces deux villes restent pour le moment revendiquées par les deux camps.

Le bilan humain reste pour le moment flou : un premier bilan annoncé par le président Zelensky au lendemain du premier jour de combat faisait état de 137 morts du côté ukrainien. Samedi 26, le ministère ukrainien de la Santé communiquait également sur la mort d’au moins 198 civils ukrainiens. Ces chiffres ont très certainement augmenté depuis et doivent évidemment être regardés avec circonspection. La Russie n’a pas pour le moment communiqué officiellement sur ses pertes pendant le conflit.

Des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine doivent se tenir dimanche 27 février à proximité de la frontière ukraino-biélorusse.

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

La Turquie condamne l’attaque de la Russie contre l’Ukraine

Jeudi 24 février, le président turc Recep Tayyep Erdogan a déclaré que la Russie avait violé l’intégrité territoriale de l’Ukraine en reconnaissant les régions de Donetsk et Lougansk comme indépendantes. La Turquie a notamment vendu des drones Bayraktar TB2 à l’Ukraine en vertu d’un accord signé en 2019. Dans l’hypothèse où la Turquie bloquerait les détroits des Dardanelles et du Bosphore, l’armée russe en Ukraine serait privée de soutien maritime. La Turquie a indiqué dimanche 27 février que “l’état de guerre” actuel ouvrirait la voie à un blocage. Néanmoins, seuls les navires russes qui ne sont pas  basés en mer Noire pourront être stoppés.

  • La libre circulation des navires en mer Noire et dans ses détroits est régie par la convention de Montreux de 1936. Officiellement appelée “Convention concernant le régime des détroits”,  cet accord lie différents États de la région, notamment la France et la Turquie mais aussi la Russie et l’Ukraine.
  • Une rupture des relations avec la Russie entraînerait une dégradation de la situation économique de la Turquie, déjà très instable en raison d’une forte inflation et d’une importante dévaluation de sa monnaie. La Turquie importe un tiers de son stock de gaz naturel de Russie, et est très dépendante de la Russie et de l’Ukraine pour ses importations de blé.

Le Qatar et l’Iran signent une dizaine d’accords bilatéraux

Lundi 21 février, le président iranien Ebrahim Raisi et l’émir qatari Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani ont signé quatorze accords bilatéraux à Doha. Ebrahim Raisi est le premier président iranien à visiter le Qatar depuis 11 ans. Les accords ont concerné de nombreux sujets, du tourisme à l’économie et le commerce en passant par une coopération maritime. Le président iranien aurait aussi rencontré des investisseurs qataris, après avoir signé un accord sur l’énergie entre l’entreprise iranienne Tavanir et la compagnie d’électricité et de l’eau du Qatar.

  • Les deux dirigeants ont aussi abordé le sujet de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien (JcPoA). Alors que les négociations à Vienne sur le JcPoA touchent à leur fin, l’Iran a annoncé être prêt à signer « immédiatement » un accord, à la condition que les puissances occidentales fassent « preuve de bonne volonté ».
  • Le rapprochement entre l’Iran et le Qatar s’est accéléré depuis la marginalisation de ce dernier en 2017. L’Arabie Saoudite, suivie d’autres pays arabes, avait alors lancé une campagne de boycott après avoir rompu toutes relations diplomatiques avec le Qatar. Si la crise entre les pays du golfe a été résolue en 2021, le Qatar a maintenu de bonnes relations avec l’Iran.

Cette veille a été rédigée par Pauline, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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