Veille stratégique – Février 2023 1/2

FRANCE

Le Sénat valide les mesures de sécurité pour les JOP 2024

Mardi 31 janvier, le Sénat a adopté le projet de loi relatif aux Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de 2024. Alors que la Cour des Comptes alertait sur les lacunes du dispositif de sécurité des JOP dans un rapport publié début janvier, ce projet de loi, examiné en procédure accélérée, prévoit la mise en place de plusieurs mesures de sécurité. Parmi celles-ci, la vidéosurveillance intelligente par drones ou caméras (permettant de détecter des mouvements de foule) et l’utilisation de scanners corporels à l’entrée des structures accueillants les JOP pour pallier le nombre insuffisant d’agents de sécurité privée qui se profile. Le Sénat a néanmoins conditionné l’adoption de ces mesures à l’accompagnement de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) dans l’élaboration et l’évaluation des algorithmes utilisés pour la vidéosurveillance. Le texte doit désormais être discuté à l’Assemblée nationale.

  • La vidéosurveillance intelligente, inscrite dans l’article 7 du projet de loi, fait débat parmi les parlementaires et les associations de défense des libertés individuelles comme la Quadrature du Net. D’un côté, de nombreux élus de gauche dénoncent le champ d’application de la loi, qui s’étend bien au-delà des JOP (jusqu’au 30 juin 2025), qu’ils qualifient de « cheval de Troie sécuritaire ». De l’autre, les élus de droite considèrent que le dispositif ne va pas assez loin et qu’il devrait inclure des capacités de reconnaissance faciale.
  • Interrogé par les sénateurs le 24 janvier sur le projet de loi olympique, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a assuré que si les organisateurs des JOP ne parvenaient pas à recruter les 20 000 agents de sécurité nécessaires, l’intervention de l’armée ne serait pas exclue. Le gouvernement souhaite éviter un nouveau fiasco comme celui de la finale de la Ligue des champions de football, qui s’était tenue au Stade de France en mai 2022.

L’armée de Terre s’inquiète de son sort dans la future la LPM 2024-2030

Jeudi 2 février, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a tenu à rassurer l’armée de Terre dans un entretien accordé au Figaro, en déclarant qu’elle serait dotée de 18 milliards d’euros pour enclencher une « transformation profonde ». Celle-ci passera, entre autres, par la numérisation et la formation des soldats à de nouvelles compétences (cyber en particulier) et devrait permettre de moderniser les moyens de dissuasion et de la doter de nouvelles capacités comme les drones. La force opérationnelle terrestre, cœur des effectifs combattants de l’armée de Terre, sera maintenue à l’actuel chiffre de 77 000 militaires.

  • La LPM 2024-2030 est très orientée sur la montée en puissance de la Marine, en particulier dans les outre-mer et l’Indopacifique. L’armée de Terre craignait des arbitrages budgétaires défavorables en raison du retrait du Mali, ainsi que de la fin prochaine de l’opération Sentinelle (après les JOP 2024), laissant présager de potentielles baisses d’effectifs d’ici à 2030.
  • Le directeur du Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (IFRI), Elie Tenenbaum, considère que ce choix politique représente davantage un « lot de consolation » puisque les propositions de l’armée de Terre pour reprendre de l’importance au sein de l’OTAN dans le cadre du conflit en Ukraine n’ont pas encore été prises en compte.

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EUROPE

Sommet Ukraine-UE à Kiev sur le processus d’adhésion de l’Ukraine 

Vendredi 3 février 2023 s’est tenu à Kiev un sommet Ukraine-UE, le premier depuis le début de l’invasion russe et depuis que l’Ukraine dispose du statut de pays candidat à l’UE. Le président du Conseil européen Charles Michel, la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen ainsi que le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell ont rencontré le Président ukrainien Volodymyr Zelensky et ont réaffirmé leur soutien « face à l’agression injustifiée » de la Russie. Le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et les avancées institutionnelles de Kiev dans ce sens étaient au coeur des discussion, et les représentants européens ont « reconnu les efforts considérables que l’Ukraine a déployés ces derniers mois en vue d’atteindre les objectifs sous-tendant son statut de candidat à l’adhésion ». A l’issue de la réunion, le président du Conseil européen a affirmé que « le futur de l’Ukraine est avec l’UE » sans toutefois annoncer de calendrier.

  • La veille de ce sommet s’est tenue une réunion entre le gouvernement ukrainien et la Commission européenne durant laquelle ont été évoquées la poursuite de l’aide financière de l’UE en faveur de l’Ukraine, les réformes déployées par Kiev afin de s’aligner sur les exigences européennes en matière de protection des droits de l’Homme et de la lutte contre la corruption, ainsi que le renforcement de la coopération et la participation de l’Ukraine aux programmes européens. 
  • L’Ukraine dispose depuis le 24 juin 2022 du statut de candidate à l’adhésion à l’UE, mais le pays doit réaliser de profondes réformes pour  répondre aux conditions fixées par la Commission européenne. Le régime de Kiev souhaite entamer une procédure d’adhésion expresse dès la fin de l’année 2023, initiative soutenue par les pays baltes et la Pologne, tandis que de nombreux autres pays européens se montrent prudents et rappellent que le processus d’adhésion pourrait durer  plusieurs années. 
  • La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a également annoncé la mise en place prochaine d’une dixième salve de sanctions contre le régime de Moscou. De son côté, Josep Borrell a annoncé que les Européens porteront à 30 000 le nombre de soldats ukrainiens formés par les États membres, contre 15 000 précédemment. Le lundi 23 janvier, l’UE avait annoncé 500 millions d’euros pour des fournitures d’armements à l’Ukraine. Pour 2023, elle avait déjà budgété 18 milliards d’euros d’aides, après 19 milliards déjà versés depuis le début du conflit.

Nouvelles livraisons d’armement lourd par les alliés de l’Ukraine

Le mercredi 25 janvier, le chancelier allemand Olaf Scholz a donné son accord à l’envoi de 14 chars lourds Leopard 2 prélevés sur les stocks de la Bundeswehr (l’armée allemande), et autorisé ses alliés disposant de ces blindés de fabrication allemande à faire de même. Peu de temps après, le président américain Joe Biden a promis l’envoi de 31 chars Abrams. De son côté, le Royaume-Uni a annoncé la livraison de 14 chars Challenger 2. Le 31 janvier, suite à leur entretien à Paris, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, et son homologue ukrainien, Oleksiy Reznikov, ont également annoncé que la France fournirait 12 nouveaux canons Caesar à l’Ukraine. La France n’a pas exclu de livrer des chars Leclerc, mais ne s’y est pour l’instant pas décidée. Par ailleurs, 150 soldats français seront envoyés en Pologne pour assurer des missions de formation au profit de l’armée ukrainienne.

  • Ces nouvelles livraisons d’armement lourd sont un symbole fort et démontrent l’engagement toujours plus poussé dans le conflit russo-ukrainien de la part du camp occidental. Si l’Allemagne a hésité à livrer des chars et si les 31 Abrams M1 promis par l’occupant de la Maison blanche n’arriveront pas en Ukraine avant des mois, Washington offre “une couverture” à l’Allemagne et aux autres pays européens prêts à fournir des chars. 

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AMÉRIQUES

Nouveau souffle pour le projet d’union monétaire entre Brésil et Argentine : les États-Unis en ligne de mire

À l’occasion du sommet de la Communauté d’Amérique latine et des États caribéens (Celac) ayant eu lieu le 23 janvier à Buenos Aires, le président brésilien récemment élu Luiz Inácio Lula da Silva et son homologue argentin Alberto Fernandez ont annoncé vouloir “avancer dans les discussions sur une monnaie sud-américaine commune qui pourrait être utilisée autant pour les flux financiers que commerciaux, réduisant les coûts et [la] vulnérabilité externe” de leurs pays respectifs. Cette nouvelle monnaie, le “sur”, devrait être établie d’abord entre les deux pays mais aurait vocation à s’élargir à terme à d’autres pays de la région dans l’optique de donner naissance à une forme d’ “euro sud-américain”.

  • L’objectif direct de ce projet est de procéder à une forme de “dé-dollarisation” des économies latino-américaines : au sein du sous-continent, le dollar demeure en effet largement la monnaie de l’endettement étranger et des relations commerciales.La suprématie du dollar est perçue par les gouvernements de centre-gauche actuellement au pouvoir au Brésil et en Argentine comme l’instrument direct de l’hégémonie états-unienne en Amérique latine, dans la mesure où elle crée une relation de dépendance vis-à-vis de la politique monétaire américaine. 
  • Dès lors, le projet du “sur” pourrait constituer le premier signe d’une sortie du sous-continent de la sphère d’influence états-unienne, et d’une possible restructuration économique et stratégique de ce dernier autour d’une puissance régionale désormais établie : le Brésil. La faisabilité réelle de ce projet de long terme, mise en question par de nombreux économistes, reste cependant à démontrer.

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RUSSIE/NEI

Le président de la Rada ukrainienne réclame des avions de combat pour son pays

En visite à Paris le mercredi 1er février, le chef de la Rada (parlement monocaméral ukrainien) Ruslan Stefanchuk a demandé aux députés français d’accepter que la France fournisse à son pays des avions de combat.« Donnez-nous les ailes de notre victoire » a plaidé le chef du parlement monocaméral ukrainien, après avoir rencontré le président français la veille. Si les fronts stagnent depuis quelques semaines, les combats continuent de faire rage, en particulier pour la ville de Bakhmout, objet d’une violente bataille dans la région de Donetsk. Pour faire face aux offensives de la Russie – notamment la potentielle nouvelle offensive prévue au printemps – les Ukrainiens réclament des chasseurs-bombardiers et des missiles à longue portée.

  • Pour le moment, les Occidentaux hésitent à livrer à Kiev des avions de combat. Pour l’Allemagne, par exemple, le chancelier Olaf Scholz a indiqué que « la question ne se pose même pas ». D’autres pays y sont pourtant moins défavorables, comme les Pays-Bas ou la Pologne qui voulait envoyer ses MiG d’origine soviétique à l’armée ukrainienne en échange de F-16 américains. De leur côté, les États-Unis et la France ne sont pas encore décidés à accepter les demandes ukrainiennes en la matière.
  • La livraison d’avions de combat est conditionnée par la formation de pilotes ukrainiens, qui pourrait ne pas être suffisante pour l’instant. Par ailleurs, le camp occidental craint que cette livraison puisse revêtir une symbolique belliqueuse et qu’elle provoque une nouvelle escalade de violence entraînant potentiellement l’utilisation d’armes nucléaires par le Kremlin. De plus, les chasseurs et missiles longue portée fournis pourraient servir pour frapper la Russie, ce qui n’est pas envisageable pour les alliés de Kiev. 

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AFRIQUE

Retrait des forces spéciales françaises du camp de Kamboinsin, au Burkina Faso

Mercredi 25 janvier, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé le retrait de ses 400 soldats stationnés sur le territoire burkinabè et rattachés à la Task Force SABRE. Cette décision intervient à la suite de la réception officielle d’une « dénonciation [par la  junte burkinabè, ndlr] de l’accord de 2018 relatif au statut des forces françaises » présentes au Burkina Faso. Conformément aux textes, la France dispose d’un mois pour retirer ses troupes et jusqu’à fin avril pour retirer son matériel. Concomitamment à ces annonces, le Quai d’Orsay a réclamé le départ temporaire de Luc Hallade – actuel ambassadeur de France au Burkina Faso – en expliquant que « dans le contexte des derniers développements intervenus au Burkina Faso, nous avons décidé de rappeler notre ambassadeur à Paris, pour mener des consultations sur l’état et les perspectives de notre coopération bilatérale ».

  • Instituée en 2009, la Task Force Sabre (TF Sabre) a vocation à endiguer le développement de la menace terroriste au Sahel et à neutraliser des leaders des katibas sahéliennes – notamment l’Émir de l’organisation Al-Qaïda au Maghreb Islamique en 2020. Contrairement aux soldats rattachés à l’opération Barkhane au Mali, la TF Sabre n’intervenait pas auprès des forces armées burkinabè. En raison de la dégradation des relations politico-militaires entre Paris et Ouagadougou, l’État français n’a par ailleurs pas omis une possible suspension de l’aide française au développement au Burkina.
  • La fièvre anti-français ne cesse de monter au sein de la bande sahélo-saharienne et le Burkina Faso n’y fait pas exception (voir veille précédente). La junte burkinabè issue d’un coup d’État en octobre 2022 et actuellement dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, a témoigné de sa volonté de « diversifier » ses partenariats afin d’assurer « la restauration de la sécurité et de l’intégrité de notre territoire ». 
  • Ultime symptôme du rejet des forces armées tricolores, la junte burkinabè tend à se rapprocher de la Russie qui, selon le Premier ministre burkinabè, est « un choix de raison ». À cet égard, le président ghanéen Nana Akufo-Addo a confirmé la présence du groupe paramilitaire Wagner au Burkina Faso. 

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ASIE

Washington réaffirme son engagement auprès de ses alliés en Indopacifique

Le 31 janvier, le Secrétaire à la Défense américain Antony Blinken s’est rendu à Séoul pour échanger avec son homologue sud-coréen. A cette occasion, les deux ministres ont fermement condamné les provocations et les violations des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies par la Corée du Nord. Ils ont rappelé l’importance de l’alliance américano-sud-coréenne, notamment le partage d’informations, la planification et la conduite d’exercices conjoints ainsi que le renforcement des capacités de dissuasion. Par la suite, le numéro un du Pentagone s’est rendu à Manille pour réaffirmer l’engagement indéfectible des États-Unis envers la sécurité des Philippines. Dans un contexte de tensions avec la Chine, Lloyd Austin et Carlito Galvez ont convenu de relancer les patrouilles maritimes conjointes en mer de Chine méridionale. Dans le cadre de leur accord de coopération en matière de défense, les Philippines ont autorisé l’accès prochain des forces militaires américaines à quatre bases supplémentaires pour « la formation, le pré-positionnement d’équipements, l’utilisation de pistes et d’autres installations ».

  • L’annonce du renforcement de l’empreinte militaire américaine en Indopacifique fait suite à la volonté du président américain Joe Biden de renforcer les alliances et les partenariats dans la région. Si la localisation des accès aux bases philippines n’a pas encore été déterminée, Washington souhaiterait une présence sur l’île septentrionale de Luzon afin d’obtenir une position stratégique d’où elles pourraient monter des opérations en cas de conflit à Taïwan ou en mer de Chine méridionale.
  • Vendredi 3 février, le Secrétaire d’Etat américain, qui devait initialement se rendre à Pékin pour donner suite au calendrier convenu entre le président Biden et le président Xi en novembre à Bali, a déclaré qu’il reportait son déplacement. Antony Blinken a justifié cette décision par la présence d’un ballon de surveillance à haute altitude chinois dans l’espace aérien américain, abattu samedi 5 février par l’armée américaine au large de la Caroline du Sud. Cet acte, jugé « irresponsable », représente une « violation manifeste de la souveraineté des États-Unis et du droit international » selon le Département d’Etat. Le chef de la diplomatie américaine a toutefois souligné que les États-Unis restaient attachés à l’engagement diplomatique et au maintien de lignes de communication avec la Chine et qu’il se rendrait à Pékin « dès que les conditions le permettront ».

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AFRIQUE DU NORD/MO

Tensions et escalade de la violence en Israël : Netanyahou tente de rassurer la communauté internationale  

Après une conférence de presse avec le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken le 30 janvier, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s’est rendu à Paris le 2 février pour rencontrer Emmanuel Macron. Les discussions étaient principalement centrées sur le programme atomique et balistique de Téhéran, qui se rapproche de plus en plus du seuil de fabrication de l’arme nucléaire, auquel Washington et Tel Aviv s’opposent fermement. En outre, dans un contexte de vives tensions entre les forces armées israéliennes et les Palestiniens, le chef du Likoud a tenu à rassurer la communauté internationale. A cela, les Etats-Unis et la France ont souligné la volonté de bâtir un consensus et d’éviter les affrontements.

  • Depuis la mise en place du nouveau gouvernement Netanyahou et la visite à l’esplanade des Mosquées par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, Israël est sujet à de nombreuses tensions qui inquiètent la communauté internationale, concernant la résurgence des affrontements contre les Palestiniens, mais aussi face à la volonté gouvernementale de réduire drastiquement les pouvoirs de la Cour suprême.
  • L’escalade de la violence s’est surtout traduite à Jénine, le 26 janvier dernier, par un affrontement entre les forces armées israéliennes et des Palestiniens de Jordanie, ayant fait neuf morts du côté palestinien. En guise de représailles, un attentat ayant provoqué la mort de sept Israéliens et une fusillade ont eu lieu les jours suivants à Jérusalem. Selon le Hamas et le Jihad Islamique, ceci est une « réponse naturelle » aux « crimes de l’occupation ».

Veille rédigée par Camille, Baptiste, Elias, Simon, Léana, Pauline et Raphaëlle

Comité de rédaction

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