Veille stratégique – Janvier 2023 2/2

FRANCE

L’avenir très incertain de la présence française au Burkina Faso 

Mardi 10 janvier, la secrétaire d’État auprès de la ministre française des Affaires étrangères Chrysoula Zacharopoulou a rencontré Ibrahim Traoré, le président de transition du Burkina Faso. Dans un contexte marqué par la dégradation des rapports entre Paris et Ouagadougou, la représentante française a réaffirmé l’engagement de la France aux côtés du Burkina Faso en tenant compte des griefs exprimés par la junte militaire. Interrogée sur les rumeurs grandissantes d’une intervention du groupe paramilitaire Wagner au Burkina Faso, la secrétaire d’État française a simplement rappelé que “chaque choix a ses conséquences” et que la France “restera présente aussi longtemps que sa présence sera souhaitée”. Le 21 janvier 2023, l’Agence d’information du Burkina Faso a affirmé que le gouvernement burkinabè a demandé le départ des troupes françaises de son sol dans un délai d’un mois, mettant fin à l’accord de 2018 autorisant les 400 militaires français sur place à stationner sur le territoire du Burkina Faso. 

  • Le Burkina Faso est en proie depuis 2016 aux groupes terroristes qui sévissent au Sahel. Cette instabilité est source de troubles politiques. Le pays a subi en 2022 deux coups d’État militaires, en janvier puis en septembre. Pour répondre à l’impératif sécuritaire réclamé par sa population, le nouveau régime en place cherche à présent à diversifier ses partenaires et semble se tourner vers Moscou. 
  • L’engagement de la France aux côtés de l’armée burkinabè au sein de la force Sabre est de plus en plus décrié et jugé inefficace par la société civile. Des manifestations hostiles à la présence française dans le pays ont régulièrement lieu.  En octobre 2022, l’ambassade française au Burkina Faso ainsi que deux instituts français ont été incendiés. Vendredi 20 janvier, plusieurs centaines de burkinabè ont manifesté à Ouagadougou en faveur du départ de l’ambassadeur Luc Hallade et ont réclamé la fermeture de la base de l’armée française à Kamboinsin au nord de la capitale.

Les grandes lignes de la loi de programmation militaire 2024-2030 dévoilées

Le vendredi 20 janvier, à l’occasion de la présentation de ses vœux aux forces armées, le président de la république française Emmanuel Macron a dévoilé les grandes orientations de la future loi de programmation militaire pour la période 2024-2030. Le chef des armées a annoncé une augmentation conséquente du budget alloué à la Défense, passant de 295 milliards d’euros pour la période précédente à 413 milliards d’euros pour les sept années à venir, afin de « transformer » l’armée française. 

  • La précédente LPM, pour la période 2019-2025, avait mis fin à des années de coupes budgétaires dans les armées. Dans un contexte marqué par le retour des conflits de haute intensité, le président de la République a réaffirmé la nécessité pour la France « d’avoir une guerre d’avance » et d’être prête « à des guerres plus brutales et ambiguës ».   
  • Parmi les composantes les plus concernées par cette hausse de moyens, le chef de l’état a annoncé une augmentation de 60% du budget consacré au renseignement : le budget alloué à la Direction du renseignement militaire (DRM) et de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) seront doublés. De plus, le gouvernement souhaite renforcer les capacités de défense sol-air et la recherche dans les drones tout en accélérant le passage « au tout-Rafale » grâce à la commande de nouveaux appareils à Dassault dès cette année. 
  • La nouvelle enveloppe budgétaire devrait toutefois se voir tempérée par l’inflation et l’explosion des coûts de l’énergie. La future loi de programmation militaire devrait être soumise au vote du Parlement d’ici à l’été 2023.

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EUROPE

Renforcement de la coopération UE-OTAN sur la question de la résilience et des infrastructures critiques

Le 11 janvier dernier, l’Otan et l’Union Européenne ont annoncé la création d’un groupe de travail sur la résilience et les infrastructures critiques. Cette décision, qui fait directement suite au sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 en septembre 2022, vise selon Ursula von der Leyen à “identifier les principales menaces pesant sur nos infrastructures critiques et à examiner les vulnérabilités stratégiques dont nous disposons”. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est également félicité de l’intensification de la coopération avec l’Union Européenne sur ces sujets, rendue impérative selon lui par la “militarisation de l’énergie par le président Poutine”.

  • Le terme d’infrastructures critiques regroupe l’ensemble des “systèmes essentiels à la fourniture de fonctions économiques et sociales vitales”, relevant de secteurs aussi variés que ceux de la santé, de l’alimentation, le transport, l’énergie, ou l’information. La destruction d’une infrastructure critique peut ainsi “gravement obérer le potentiel militaire ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la nation ou mettre gravement en cause la santé ou la survie de la population”.
  • À la suite des incidents Nord Stream, la Commission européenne avait déjà établi fin octobre une proposition de recommandation visant à réaliser des “tests de résistance”, des infrastructures critiques en coopération avec l’Otan : l’annonce du 11 janvier vient ainsi répondre directement à cette recommandation.
  • Il est important de souligner que les propositions établies par le groupe de travail ne seront pas contraignantes : leur portée réelle reste donc à déterminer.

Lancement d’un nouveau projet européen de reconnaissance des menaces pour les systèmes de combat terrestres

L’Agence européenne de défense a annoncé le 13 janvier le lancement d’un projet de recherche industrielle visant à améliorer la reconnaissance, l’identification et le ciblage automatiques des menaces pour les systèmes de combat terrestres. Le programme ATRIT (“Automatic target/threat recognition, identification and targeting for land systems)”, qui s’inscrit dans la continuité du projet MGCS de “char du futur européen”, devrait à terme permettre à un blindé d’identifier et engager des cibles au moins trois fois plus rapidement qu’actuellement. Coordonné par l’entreprise allemande Rheinmetall et doté d’un budget initial de 2 millions d’euros, le développement du programme devrait suivre une organisation en deux temps, avec une conception initiale de l’architecture du système d’ici 2024 suivie du développement de démonstrateurs avant 2026.

  • Au sein du consortium d’entreprises coordonné par Rheinmetall seront mis à profit des savoir-faire issus d’entreprises allemandes mais aussi françaises (Safran, Thalès), grecques (ISD SA), polonaises (PCO) et néerlandaises (TNO).
  • Si le programme ATRIT prévoit de faire appel à l’intelligence artificielle pour “aider à détecter, suivre, hiérarchiser et sélectionner des cibles”, la décision de faire feu ne fera elle pas l’objet d’une automatisation.

La France et l’Allemagne réaffirment leur unité à l’occasion du 60e anniversaire du Traité de l’Elysée

Dimanche 22 janvier, le président français Emmanuel Macron a reçu son homologue allemand Olaf Scholz à l’occasion du 60e anniversaire du Traité de l’Elysée, le pacte de réconciliation franco-allemande. Cette rencontre a été l’occasion pour les deux premières puissances de l’Union européenne d’afficher leur unité après certaines divergences sur des sujets stratégiques ces derniers mois. Concernant la guerre en Ukraine et la défense européenne, le chancelier allemand a assuré que les deux pays continueraient de soutenir l’Ukraine “aussi longtemps que nécessaire afin de défendre un projet de paix européen”.

  • La dernière rencontre entre le chancelier allemand et le président de la République française du 26 octobre 2022 avait été marqué par des désaccords profonds sur les thématiques à l’ordre du jour, tel que le plafonnement du prix du gaz, les plans de relance respectifs des deux pays ainsi que le projet de défense aérienne européen SCAF. Le Conseil des ministres commun franco-allemand initialement prévu avait été annulé à la dernière minute et reporté au 22 janvier 2023.
  • L’Allemagne fait actuellement face aux critiques de certains de ses partenaires européens pour son refus de livrer des chars blindés Leopard II à l’Ukraine malgré les demandes répétées du régime de Kiev. Ce refus bloque l’envoi par d’autres pays, notamment la Pologne et la Finlande, de ce type de véhicule de fabrication allemande. 

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AMÉRIQUES

Washington accroît son soutien financier et militaire à l’Ukraine

Ce vendredi 20 janvier, s’est tenu, sur la base américaine de Ramstein, en Allemagne, un rassemblement d’une quarantaine de pays réunis par les Etats-Unis pour coordonner l’aide militaire à l’Ukraine et accroître ses défenses aériennes face aux bombardements russes. Alors que Washington demeure jusqu’alors le premier soutien financier humanitaire et militaire de l’Ukraine , l’administration Biden a incité avec succès les pays occidentaux à accroître leur aide, notamment par la livraison conjointe de missiles à longue portée, une première depuis le début de la guerre.

  • En quinze jours, les Etats-Unis ont approuvé une aide supplémentaire de 5,5 milliards de dollars. Le 6 janvier dernier, l’administration Biden avait réalisé la plus importante livraison d’armes depuis le 24 février 2022 avec 3 milliards de dollars d’armes,50 véhicules de combat d’infanterie Bradley et une artillerie d’obusiers motorisés. Selon le Washington Post, les responsables américains sont convaincus que la guerre entre dans une phase « qui obligera les unités ukrainiennes à attaquer les forces ennemies » nécessitant une aide additionnelle de 2,5 milliards, comprenant des véhicules de transport, dont 100 Strykers. 
  • Lors du Forum économique de Davos qui s’est tenu quelques jours auparavant, la question du soutien était l’une des principales thématiques abordées. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg y a affirmé que « le message principal sera un soutien accru avec des armes plus lourdes et plus modernes ». En visioconférence, Volodymyr Zelensky a réclamé encore plus d’armes, dans le dessein de reprendre la Crimée, annexée par la Russie en 2014. 

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RUSSIE/NEI

Le week-end du Nouvel An orthodoxe marqué par des frappes russes particulièrement meurtrières

Le Nouvel An orthodoxe, célébré samedi 14 janvier, aura été marqué par l’une des frappes russes les plus meurtrières pour les civils ukrainiens depuis le début du conflit. Un missile Kh-22 s’est abattu sur un immeuble habité de la ville de Dnipro, faisant au moins 40 morts, plusieurs dizaines de blessés et plusieurs centaines de sans-abris. Pour cette seule journée, l’état-major de l’armée ukrainienne a précisé que les forces russes avaient procédé à trois frappes aériennes ainsi qu’à une cinquantaine de tirs de missiles. La veille, le ministère russe de la Défense avait annoncé la prise de la ville de Soledar dans le Donbass, après des semaines de combats intenses. Si cette victoire permet aux forces russes d’obtenir de nouveaux points d’appui d’artillerie pour conduire des attaques vers Bakhmout, elle ne devrait toutefois pas changer le cours de la bataille à l’est de l’Ukraine et s’avère davantage symbolique que stratégique. Un porte-parole de l’armée ukrainienne a par ailleurs démenti les propos russes en précisant que l’armée ukrainienne détenait une partie de la ville et que les combats étaient toujours en cours malgré un renforcement significatif des effectifs russes dans la zone.

  • Peu de temps après l’annonce officielle du ministère russe de la Défense sur la « victoire » de Soledar, un haut cadre de la société militaire privée Wagner a accusé le Kremlin de s’attribuer le crédit et a ajouté que la ville était aux mains des mercenaires. Ces accusations publiques mettent en avant les désaccords qui persistent entre l’armée russe et la SMP Wagner. Cette dernière continue de recruter activement des prisonniers pour augmenter le nombre de combattants engagés en Ukraine. Au cours du mois de janvier, la SMP a également diffusé une vidéo de recrutement en Serbie, rapidement dénoncée par le président serbe Aleksandar Vucic.
  • Les Nations Unies ont confirmé, lundi 16 janvier, la mort de plus de 7 000 civils ukrainiens dont 398 enfants depuis le 24 février 2022. Plusieurs observateurs ont ajouté que le bilan complet était largement supérieur à ces chiffres. Suite aux multiples frappes russes en profondeur sur le territoire ukrainien, plusieurs infrastructures énergétiques ont été endommagées, privant des milliers d’habitants d’électricité, de chauffage et d’eau.

Rencontres diplomatiques de haut niveau entre ukrainiens et américains

La semaine du 9 janvier, le directeur de la CIA, William Burns, se serait rendu à Kiev pour échanger avec le président ukrainien ainsi qu’avec des représentants des services de renseignement ukrainiens. D’après de hauts fonctionnaires américains, ce déplacement avait pour objectif d’évoquer le « renforcement du soutien à l’Ukraine » mais portait également sur les « échanges d’informations » entre les deux pays. Lundi 16 janvier, une délégation composée entre autres de la Secrétaire d’Etat adjointe, Wendy Sherman, du conseiller adjoint à la sécurité nationale, Jon Finer et du sous-secrétaire à la politique de Défense, Colin Kahl, a également rencontré le président Volodymyr Zelensky. Le jour suivant, le général américain Mark Milley, Chairman of the Joint Chief of Staff, a rencontré pour la première fois en personne son homologue ukrainien, le général Valery Zaluzhny pour évoquer en détail la défense ukrainienne.

  • Ces visites de haut fonctionnaires américains effectuées en parallèle du renforcement de l’aide militaire apportée à l’Ukraine constituent une démonstration symbolique et s’inscrivent dans un moment important de la guerre. Kiev cherche en effet à obtenir davantage d’armes lourdes occidentales et les combats de position perdurent sans gain majeur pour l’un ou l’autre des partis. 
  • Le Kremlin a, dans le même temps, procédé à un changement du commandant des opérations russes en Ukraine. Le général Valery Guerassimov a ainsi été nommé en remplacement du général Sourovikine. Ce changement est le deuxième en moins de trois mois, soulignant les difficultés de la chaîne de commandement dans la conduite de l’effort de guerre et les contraintes opérationnelles auxquelles l’armée russe est confrontée sur le théâtre ukrainien.

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AFRIQUE

Pas d’apaisement à l’horizon entre Kinshasa et Kigali

Lundi 9 janvier, le président rwandais Paul Kagame a déclaré que son pays arrêtait d’accueillir les réfugiés congolais fuyant les affrontements dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). En réponse, mercredi 10 janvier, Kinshasa a dénoncé « l’indécence » et l’instrumentalisation des réfugiés congolais à des fins politiques. Depuis, dans des communiqués publiés les 18 et 19 janvier, les gouvernements congolais et rwandais se sont accusés mutuellement de non-respect des accords de paix de Luanda, établis en novembre 2022. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le groupe M23 (à l’origine des affrontements à l’est de la RDC) et a déclaré que « la RDC […] se défendra par tous les moyens », ce que Kigali a interprété comme une menace d’attaque imminente.

  • Kinshasa est aux prises depuis un an avec le Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu, à l’est de la RDC et à la frontière avec le Rwanda. Ce groupe, composé d’insurgés congolais issus des communautés rwandophones du pays, accuse Kinshasa de marginaliser les tutsis.
  • Ces affrontements attisent les tensions entre la RDC et le Rwanda, qui est accusé de soutenir le M23 en raison de la proximité ethnique. Des pourparlers de paix avaient été organisés sous l’égide de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC) et avaient débouché sur les accords de Luanda, prévoyant le retrait du M23 du Nord-Kivu d’ici au 15 janvier. Si le groupe perd du territoire, il reste néanmoins très actif dans la région.
  • Ces affrontements ont causé le départ de plus de 521 000 réfugiés, provoquant une situation sanitaire et environnementale critique : l’aide humanitaire étant insuffisante, une épidémie de choléra s’est déclarée dans le camp de Kanyaruchinya et de nombreux réfugiés recourent à la vente de makala (charbon de bois) issu du parc naturel Virunga pour pouvoir se nourrir. En moins de deux mois, 200 hectares de végétation ont disparu.

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ASIE

Corée du Sud : le président émet l’hypothèse d’un réarmement nucléaire

Le 11 janvier 2023, le chef de l’Etat conservateur de la Corée du Sud Yoon Seok-youl a déclaré envisager doter son pays de l’arme nucléaire, en réaction à la menace nucléaire nord-coréenne. Lors d’un briefing mené avec le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères, Yoon Seok-youl a déclaré : « Maintenant que le problème est devenu plus sérieux, nous pouvons déployer des armes nucléaires tactiques ici en Corée, ou posséder nos propres armes nucléaires ». Il a toutefois souligné privilégier un « moyen réaliste » et pourrait demander à Washington de déployer ses ogives.

  • En 2017, la Corée du Nord reprenait son programme balistique, conduisant à un regain de tension dans la péninsule. Alors qu’en Corée du Sud, une partie de la presse a mené une campagne en faveur de la nucléarisation du pays, le précédent président sud-coréen Moon Jae-in avait confirmé en 2017 son attachement à la « déclaration conjointe de dénucléarisation de la péninsule coréenne proclamée par les deux Corées » de 1992. Cependant, les tensions dans la péninsule ont été exacerbées  ces derniers mois par la multiplication des essais balistiques lancés par la Corée du Nord et par la déclaration de Kim Jong-un en janvier 2023, annonçant « une hausse exponentielle » de l’arsenal nucléaire de son pays.
  • La Corée du Sud a été dénucléarisée à la fin de la Guerre froide. Mises en place dans les années 50, les armes nucléaires tactiques américaines ont été retirées en 1991. Washington ne s’est depuis jamais engagé à employer ses armes nucléaires pour protéger son allié sud-coréen. 
  • La Corée du Sud est membre du Traité sur la Non-Prolifération nucléaire (TNP) conclu en 1968 qui autorise seulement 5 Etats à détenir l’arme nucléaire. S’en retirer, à l’instar de la Corée du Nord en 2003, exposerait le pays à des sanctions internationales. En août 2022, le président Yoon fraîchement arrivé au pouvoir avait affiché son attachement au traité.

Le Japon et l’Inde lancent leur premier exercice militaire aérien commun baptisé Veer Guardian-23 

Le 16 janvier 2023, le Japon et l’Inde ont débuté leur premier exercice militaire aérien commun. Pendant onze jours, 150 membres de l’Indian Air Force (IAF) doivent effectuer des manœuvres conjointes avec les Forces japonaises d’autodéfense (JSDF) près de Tokyo, autour de la base aérienne de Hyakuri. Huit avions de combat F-2 et F-15 japonais s’entraînent entre autres aux côtés de quatre avions de chasse Su-30MKI, vendus par Moscou à New Delhi.

  • Avec ces exercices aériens, prévus en novembre 2019 mais reportés à cause de la pandémie, Tokyo et New Delhi renforcent leur accord de sécurité commune conclu en 2008. Les deux pays avaient déjà réalisé des exercices terrestres conjoints en février dernier et des exercices navals dans la baie du Bengale en 2020.
  • Les deux puissances régionales font partie du QUAD (Quadrilateral Security Dialogue), une alliance informelle réactivée en 2017, qui inclut les Etats-Unis et l’Australie. Souvent qualifié d’ « OTAN asiatique » par Pékin, le Quad vise notamment à contrecarrer la puissance chinoise en Indo-Pacifique.
  • En réaction aux tensions régionales croissantes, le Japon actualise ainsi sa position de défense et renforce ses alliances. En outre, le 11 janvier 2023, Tokyo et Washington ont annoncé étendre leur accord de défense au domaine spatial.

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AFRIQUE DU NORD/MO

L’adhésion de la Suède à l’OTAN retardée par des tensions avec Ankara

Le mardi 17 janvier, la Turquie a annulé la visite prévue de longue date du président du Parlement suédois, Andreas Norlén, après avoir convoqué l’ambassadeur de Suède à Ankara Staffan Herrström, en raison de l’incident du 11 janvier à Stockholm, considéré comme une « provocation » du côté turc. Alors que la Suède s’était engagée à considérer le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) comme un mouvement terroriste afin d’obtenir le vote de la Turquie pour son adhésion à l’OTAN, des sympathisants kurdes ont manifestés devant l’hôtel de ville de Stockholm le 11 janvier et y auraient pendu par les pieds un mannequin à l’effigie du président turc, Recep Tayyip Erdogan. En outre, la Suède avait récemment laissé entendre son mécontentement face à l’hésitation et aux exigences de la Turquie, six mois après avoir présenté sa candidature d’accession à l’OTAN.

  • L’accord unanime des Etats déjà membres de l’OTAN est nécessaire à l’adhésion de nouveaux membres. Lors du sommet de l’Otan organisé à Madrid en juin 2022, la Turquie, la Finlande et la Suède avaient signé un accord censé débloquer la situation. Ayant confirmé considérer le PKK comme un mouvement terroriste, Stockholm et Helsinki se sont engagés à ne fournir aucun soutien aux Kurdes syriens. De plus, les autorités scandinaves ont accepté de traiter les demandes d’extradition de personnes soupçonnées de terrorisme adressées par la Turquie. Aujourd’hui, Ankara ne considère pas que ses conditions ont été remplies. La Hongrie doit aussi ratifier l’accession de la Suède à l’OTAN courant février.
  • Exclue par l’administration Trump du programme F-35 pour avoir acquis des systèmes russes de défense aérienne S-400, la Turquie a demandé aux États-Unis de lui livrer 40 chasseurs-bombardiers F-16 « Viper ». La Turquie faisait partie du programme en tant que partenaire et pourrait voir cette demande acceptée par les Etats-Unis afin de favoriser l’accord du pays ottoman en faveur de l’adhésion de la Suède et de la Finlande. Dans le même temps, l’administration Biden souhaite livrer 30 F-35A à la Grèce, dont les relations avec la Turquie sont particulièrement sujettes aux tensions.

Israël : nouveau chef d’état-major des armées sur fond de discorde politique

Le lundi 16 janvier, le général de division promu général de corps d’armée Herzi Halevi a été investi chef d’état-major de l’armée israélienne pour un mandat de trois ans. Il remplace Aviv Kochavi, en poste depuis 2019. « Nous préparerons l’armée pour la guerre sur des fronts proches et lointains » a déclaré Herzi Halevi lors de sa cérémonie d’investiture. Ancien chef du renseignement militaire, il a également été responsable des opérations de répression contre les mouvements palestiniens dans la bande de Gaza et est donc aligné avec la vision politique et militaire du nouveau gouvernement d’extrême-droite de l’Etat hébreu. Aviv Kochavi, remercié, déplore la proposition du gouvernement de restructurer le ministère de la Défense, en transférant le contrôle de l’administration civile (gérant les affaires courantes des Palestiniens dans les territoires occupés) au ministre des finances, suprémaciste juif pro-annexion.

  • 23e chef de l’armée israélienne, Herzi Halevi a été nommé à la tête du renseignement militaire en 2014, puis quatre ans plus tard à la direction du commandement Sud,  avant d’être promu l’an dernier numéro deux de l’armée. 
  • Quelques jours plus tôt, le samedi 14 janvier, la plus importante mobilisation de ces dernières années enregistrait 70 000 manifestants dans les rues de Tel-Aviv pour exprimer leur mécontentement quant à la politique du nouveau gouvernement d’extrême droite de l’Etat hébreu. Les manifestants protestaient notamment contre la réforme de la justice, dévoilée le 4 janvier par le garde des sceaux, Yariv Levin. Pour beaucoup, le gouvernement souhaite affaiblir le pouvoir de la Cour suprême sur les lois votées par les députés de la Knesset. 

Veille rédigé par Baptiste, Elias, Raphaëlle, Pauline, Camille, Lylou et Simon.

Comité de rédaction

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