Veille stratégique – Septembre 2021 (2/2)

AMERIQUE

Etats-Unis : Les alliés du Quad font bloc contre la Chine

Dans la foulée de sa rencontre avec le premier ministre indien Narendra Modi le vendredi 24 septembre 2021, Joe Biden a réuni à la Maison Blanche ses alliés du Quad (dialogue quadrilatéral pour la sécurité) : l’Australie, l’Inde et le Japon. Il s’agit de la première réunion physique de ce groupe informel qui a pour objectif de promouvoir « une région indopacifique libre et ouverte ». De nombreux chantiers y ont été évoqués comme les approvisionnements en semi-conducteurs, la cybersécurité, les projets d’avenir, les enjeux environnementaux et la lutte contre la pandémie. Joe Biden, qui évite les confrontations directes avec Pékin, utilise ainsi le jeu des alliances pour contenir la Chine dans la région indopacifique.

  • Le Quad n’est pas une alliance militaire mais un groupe informel qui a été créé en 2004, après le tsunami qui avait touché l’Inde. Ce groupe s’est renforcé au fur et à mesure des années et s’est élargi pour inclure la Nouvelle-Zélande, le Vietnam et la Corée du Sud dans un format « Quad plus ». Par ailleurs, le Quad a participé à un exercice militaire naval conjoint organisé par la France en avril 2021 dans le golfe du Bengale, qui a été vivement critiqué par Pékin.
  • Le groupe Quad est complémentaire à l’alliance militaire Aukus dans la région indopacifique et entend y promouvoir  des « valeurs démocratiques » face aux velléités chinoises dans la zone.  

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AFRIQUE

Mali : des discussions entre la junte militaire et le groupe Wagner

Un accord entre la junte militaire malienne et la société de mercenariat russe Wagner est actuellement en discussion. Selon les informations révélées par l’agence Reuters, celui-ci porterait sur le déploiement d’un millier de mercenaires russes – certaines sources évoquent un chiffre inférieur – pour un montant de 6 milliards de francs CFA par mois (soit environ 9,15 millions d’euros) et un possible accès à trois gisements miniers. Wagner serait chargée de la protection de hautes personnalités ainsi que de la formation des forces armées maliennes (FAMa). 

  • Cela fait plusieurs mois que Wagner multiplie les approches pour s’implanter au Mali, espérant profiter de la transformation du dispositif militaire français au Sahel annoncé par Emmanuel Macron en juin dernier, qui prévoit la fin de l’opération Barkhane, la fermeture de trois bases françaises dans le nord du pays (Kidal, Kessalit, Tombouctou) et la réduction des troupes françaises de 5 000 hommes actuellement à 2 500-3 000 d’ici 2023. Cette décision française est critiquée par le gouvernement malien qui dénonce un « abandon en plein vol » et justifie ainsi un rapprochement avec d’autres partenaires, dont la Russie fait partie. 
  • Le société militaire privée Wagner, qui appartient à un homme d’affaires proche de Vladimir Poutine, Evgueni Prigojine, s’est illustrée sur plusieurs théâtres tels que l’Ukraine, la Libye ou la Centrafrique. Elle est accusée d’exactions et de pillage des ressources minières et douanières dans ce dernier pays.
  • La France a jugé un recours à Wagner par les autorités maliennes « incompatible » avec le maintien au Mali des troupes françaises. Douze autres pays européens, pour certains impliqués dans la coalition de forces spéciales « Takuba », ont également jugé une telle implication inacceptable. La ministre française des Armées, Florence Parly, s’est rendue à Bamako le 20 septembre pour réaffirmer la volonté française de poursuivre la lutte contre le terrorisme aux côtés des forces maliennes tout en affirmant qu’une cohabitation avec les mercenaires de Wagner n’était pas envisageable.

Un article d’analyse sur la fin de l’opération Barkhane et les conditions d’un engagement russe au Mali sera publié prochainement sur notre site. 

Sahel : annonce de l’élimination d’Al-Sahraoui, chef de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS)

Jeudi 16 septembre, la France a annoncé avoir neutralisé le chef de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), Adnan Abou Walid Al-Sahraoui, lors d’une frappe de la force Barkhane en août dernier. Repéré dans une aire boisée du Liptako malien, dans la région des trois frontières, à cheval sur le Mali, le Niger et le Burkina Faso, il a été frappé par un drone Reaper le 17 août alors qu’il circulait sur une moto comme passager. Un commando constitué d’une vingtaine de soldats a pu constater dans la foulée son décès.

  • L’EIGS est à l’origine d’attaques meurtrières conduites ces derniers mois dans la région des trois frontières. Selon le ministère français des Armées, ce groupe, qui est l’un des deux plus importants au Sahel avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) – affilié à Al-Qaida –, est à l’origine de la mort de 3 000 civils.  L’EIGS est aussi à l’origine de nombreuses pertes chez les armées sahéliennes. Al-Sahraoui était personnellement impliqué dans l’assassinat de six travailleurs humanitaires français et de leur guide et leur chauffeur nigériens au Niger en août 2020.
  • Sa neutralisation est un succès important pour la France au Sahel, qui affaiblit un peu plus l’EIGS en neutralisant ses cadres. Ce succès opérationnel est une aubaine pour Paris après l’annonce de la fin de Barkhane, qui s’annonce délicate. Le président Macron a annoncé poursuivre le combat avec les partenaires « africains, européens et américains ». 

Soudan : une tentative de coup d’État déjouée

Mardi 21 septembre, les autorités soudanaises ont annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’État des partisans de l’ancien président, Omar Al-Bachir, actuellement en prison. Les troupes loyalistes, déployées le matin dans Khartoum, ont mis en échec cette tentative de putsch et arrêté plusieurs officiers des forces armées et de civils issus de l’ancien régime.

  • Après trente ans de pouvoir islamiste et affairiste, Omar Al-Bachir avait été destitué en avril 2019 à la suite d’importante manifestations et d’une entente inédite entre une partie de l’armée et la population. Un gouvernement de transition comprenant militaires et civils avait alors été mis en place. Au cours des derniers mois, les pro-Bachir ont multiplié les tentatives de déstabilisation afin de revenir au pouvoir : manipulation des prix des denrées de base, organisation de pénuries, manifestations de sympathisants ; alors que la situation économique et sociale du Soudan est critique.
  • La coalition de transition placée à la tête du Soudan pour trente-neuf mois semble donc tenir bon. Un jalon important de la transition soudanaise devrait être posé en février 2022, avec le transfert du pouvoir exécutif d’un militaire à un civil. 

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ASIE

Iran: Le pays devient officiellement membre de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS)

Lors du dernier sommet de l’OCS, qui a eu lieu au Tadjikistan le 17 septembre, Xi Jinping a amorcé la procédure pour faire entrer l’Iran au sein de l’organisation. Le processus d’adhésion pourrait durer entre 1 et 2 ans. Cette première victoire diplomatique pour le nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi, est vue comme un premier pas vers la fin de l’isolement de l’Iran sur la scène internationale. L’Iran avait en effet cherché à rejoindre l’OCS dès 2008, mais les sanctions imposées par les Etats-Unis, ainsi que son développement nucléaire depuis 2018, avaient freiné ses ambitions. Immédiatement après l’annonce de l’adhésion, Vladimir Poutine et les premiers ministres indiens et pakistanais ont salué la décision.

  • L’OCS est une organisation intergouvernementale créée par la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan en 2001. L’Inde et le Pakistan sont devenus membres en 2017, alors qu’ils avaient reçu le statut d’observateur au même moment que l’Iran. Couvrant les trois cinquièmes du continent eurasien, il s’agit de la plus grande organisation régionale au monde en termes de population.
  • Cette décision de l’OCS s’explique aussi par le retrait américain d’Afghanistan, puisque l’Iran possède une grande influence dans cette région qui pourrait être bénéfique aux pays frontaliers du régime des Talibans. Le fonctionnement de l’OCS, qui constitue un forum de discussion basé sur le consensus, permettrait à l’Iran d’avoir un nouveau point de pression face aux Occidentaux, notamment sur le nucléaire.

Indopacifique : L’Australie annonce un nouveau partenariat stratégique avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne

Mercredi 15 septembre, l’Australie a rompu le contrat conclu avec la France pour la fabrication de douze sous-marins à propulsion conventionnelle. En effet, la première initiative de cette nouvelle coopération stratégique tripartite, dont la France est exclue, est la commande australienne aux Etats-Unis de huit sous-marins à propulsion nucléaire. L’accord signé entre les trois pays couvrirait un grand nombre de sujets, allant de la cybersécurité à l’intelligence artificielle. Le contrat français avait été signé en 2016 avec Naval Group. D’une valeur de 31 milliards d’euros à l’époque de sa signature, les dépassements de coûts et d’effets de change ont porté la valeur de ce contrat à 56 milliards. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé qu’il s’agissait d’un « coup dans le dos ». Le 17 septembre, Emmanuel Macron a pris la décision de rappeler les ambassadeurs à Washington et à Canberra. Directement visé par ce nouveau partenariat stratégique, le porte-parole du gouvernement chinois, Zhao Lijan, a déclaré le 16 septembre que la coopération « mettait sérieusement en danger la paix et la stabilité de la région, tout en intensifiant la course à l’armement ».

  • Le gouvernement australien affirme avoir toujours informé la France de ses inquiétudes sur l’exécution du contrat. En 2020, un audit australien pointait la « profonde préoccupation » du ministère de la Défense, notamment sur des retards de calendriers qui mettraient en danger la capacité sécuritaire du pays. 
  • La rupture du contrat avec l’Australie, qui constituait la pierre angulaire de la stratégie française dans la zone indopacifique, peut expliquer la colère française. Avec environ 1.6 millions d’habitants répartis dans 7 des 13 collectivités d’outre mer, et 7000 troupes, la France a des ambitions diplomatiques et stratégiques importantes dans la région. Les négociations entre les Etats-Unis, l’Australie et la Grande Bretagne sont restées secrètes pendant des mois, la France n’a été prévenue que quelques heures avant l’annonce officielle de la rupture du contrat. Néanmoins, peu de pays européens se sont exprimés à ce sujet. Ursula Von der Leyen s’est contentée de déclarer que la France avait été traitée de manière « inacceptable » par l’Australie.
  • Le nouveau contrat de l’Australie avec les Etats-Unis ne constitue pas uniquement un changement technologique. En termes stratégiques, cela signifie que l’Australie serait en mesure non seulement de mener des missions de renseignement, mais surtout de tenir en respect la flotte chinoise. Il existe d’une part une différence de projection importante entre les sous-marins dit conventionnels et ceux à propulsion nucléaire. D’autre part, ces derniers ont la capacité de lancer des missiles de longue portée, avec par exemple la possibilité d’atteindre l’intérieur de la Chine en étant situé à l’est des Philippines.
  • Ce changement de partenaire marque une rupture avec la stratégie militaire australienne amorcée depuis les années 2000. Le contrat français constituait en effet un transfert de technologie et de compétences, puisqu’une grande partie  des sous-marins devait être construite en Australie. Au contraire, l’apport du nouveau partenariat à la souveraineté technologique de l’Australie semble moins évident. Cette dépendance militaire de l’Australie permet aux Etats-Unis de disposer dans les faits d’une base importante dans la zone indopacifique, et de s’opposer frontalement à la Chine.
  • Ce transfert de technologie nucléaire crée un précédent face à la Chine, puisque le risque de prolifération nucléaire est bien réel. Les Etats-Unis ont ouvert la voie, ce qui pourrait amener la Chine et la Russie à distribuer à leur tour ce type de technologie à leurs alliés. Il est probable que les futurs réacteurs australiens utilisent de l’uranium hautement enrichi comme combustible. Bien que l’utilisation de l’uranium comme combustible est autorisée par le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, l’Australie constituerait un cas unique, ouvrant potentiellement la voie à des abus par d’autres pays. La Corée du Sud a par exemple démontré pouvoir être en mesure d’envoyer un missile balistique d’un sous-marin, compétence auparavant réservée aux puissances nucléaires. 

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RUSSIE/NEI

Victoire du parti présidentiel aux élections législatives russes

Les élections législatives russes se sont tenues les 17, 18 et 19 septembre selon un format permettant d’étaler le vote sur plusieurs jours afin d’éviter les contaminations au coronavirus, et utilisé pour la première fois en 2020. Au total, 14 partis ont obtenu l’autorisation de participer au vote, une partie de l’opposition dénonçant néanmoins un filtrage préalable qui avait écarté une partie des candidats. Ainsi, l’ancien candidat du parti communiste à la présidentielle de 2018, Pavel Groudinine, ou les soutiens de l’opposant Alexeï Navalny, n’ont pas été autorisés à participer. La campagne a par ailleurs été émaillée de tensions entre le gouvernement et l’opposition. Celle-ci a en effet dénoncé  des mesures gouvernementales, telles que le retrait des caméras dans certains bureaux de vote (qui permettent de s’assurer de l’absence de fraude) ou encore les pressions sur les entreprises numériques pour bloquer l’accès au système de « vote intelligent » introduit par l’équipe de l’opposant Navalny.

Le parti présidentiel, Russie Unie, a remporté la victoire avec 49,82 % des voix, suivi du  parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) avec 18,93 % des voix,  du parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) avec 7,55 % des voix, puis de « Russie Juste » avec 7,56 % des voix et enfin, nouvel entrant à la Douma, le parti « Nouvelles personnes » avec 5,32 % des voix. Avec un taux de participation s’élevant à 51,68%, ces élections permettent à Russie Unie d’asseoir une majorité constitutionnelle dans la chambre basse du parlement russe avec 324 sièges sur 450.

Certains observateurs ont repéré des irrégularités dans la tenue du vote. L’OSCE n’avait cependant pas envoyé de mission d’observation en Russie en raison des limitations imposées par Moscou. Si la Russie se targue d’avoir accueilli plusieurs dizaines d’observateurs étrangers, il s’agit principalement de personnes venues de leur propre initiative, sans représenter leur pays. Les interrogations se portent sur le vote électronique, en vigueur dans plusieurs régions. En effet, les résultats de Moscou, traditionnellement moins en faveur du parti gouvernemental, n’ont pas été publiés avant plusieurs heures, ce qui a attiré les critiques de l’opposition.

  • Les 450 députés de la Douma sont élus selon un mode de scrutin mixte. 225 sont élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour, tandis que l’autre moitié est élue au scrutin plurinominal avec un seuil électoral de 5 %. C’est principalement grâce au scrutin proportionnel que les partis autres que Russie Unie ont pu gagner des députés : l’immense majorité des députés élus directement appartiennent au parti présidentiel.
  • Comme lors de plusieurs scrutins précédents, l’équipe de l’opposant Alexeï Navalny a mis en place le système dit de « vote intelligent ». Il s’agit d’un site internet qui indique aux électeurs le candidat ayant le plus de chance de battre le candidat de « Russie Unie ». Toutefois, le gouvernement russe a déclaré qu’un tel système – produit par une organisation considérée comme extrémiste en Russie – était illégal. En conséquence, le site du vote intelligent a été retiré des résultats Google et Yandex (moteur de recherche russe) ainsi que de l’Apple Store et du Play Store.

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AFRIQUE DU NORD/MOYENT-ORIENT

L’Algérie interdit le survol de son espace aériens aux avions militaires et civils marocains

Mercredi 22 septembre 2021, le Haut Conseil de sécurité algérien a annoncé l’interdiction pour les avions civils et militaires marocains de survoler son espace aérien. Cet événement intervient dans un climat de tensions accrues entre les deux pays ces derniers mois dû à la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental ainsi qu’au rapprochement diplomatique entre le Maroc et Israël.

Depuis le 24 août 2021, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec son voisin, accusant les services de sécurité et de propagande de ce dernier de « mener une guerre ignoble contre l’Algérie, son peuple et ses dirigeants ». C’est la seconde fois après 1976 que les liens diplomatiques entre les deux pays sont rompus. Par cette manœuvre, l’Algérie cherche à s’affirmer comme leader régional, rôle qu’elle se dispute avec son voisin marocain.

La fermeture de son espace aérien aux appareils marocains vise directement à affecter l’économie du pays. Dans cette guerre économique que semblent se livrer les deux pays, la Présidence algérienne avait déjà décidé début septembre de ne pas renouveler le contrat de transit concernant le gazoduc Maghreb-Europe, privant le Maroc de gaz algérien pour ses centrales électriques et d’un droit de passage de plusieurs dizaines de millions d’euros. 

  • Ancienne colonie espagnole jusqu’en 1976, le Sahara occidental est revendiqué par le Maroc et par la République arabe sahraouie démocratique du Front Polisario, mouvement soutenu par l’Algérie et qui réclame l’indépendance du Sahara occidental. Ce territoire, classé « territoire non autonome » par l’ONU,  n’a pas de statut juridique fixe depuis 1976 et cristallise les tensions entre le Maroc et l’Algérie.
  • La reconnaissance de la souveraineté marocaine par les Etats-Unis sur le Sahara occidental, en contrepartie d’un rapprochement entre Rabat et Tel Aviv  a relancé les tensions avec Alger  qui soutient fermement la cause palestinienne. En août dernier, le ministre des Affaires étrangères israélien s’était rendu en représentation diplomatique au Maroc, une première depuis 2003. L’utilisation du logiciel israélien Pegasus dans des opérations de surveillance de journalistes et de personnalités politiques a également suscité la crainte pour Alger d’être victime de manœuvres conjointes de la part du Maroc et d’Israël. 

Libye : Montée des tensions politiques à trois mois du double scrutin national

Mercredi 22 septembre, le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’auto-proclamée Armée nationale libyenne (ANL) gouvernant l’est du pays, s’est officiellement retiré provisoirement de ses fonctions militaires. Annonçant la nomination d’un remplaçant provisoire, Abdelrazzak al-Nadhouri, à la tête de l’ANL jusqu’au 24 décembre, sa candidature aux élections présidentielles libyennes prévues le même jour ne fait plus aucun doute. En effet, cette annonce coïncide avec l’adoption d’une loi électorale il y a deux semaines qui lui permet de se porter candidat à la présidentielle et dans le même temps de retrouver son poste militaire en cas d’échec. Sans être soumise au vote, cette loi a été ratifiée par le chef du Parlement, Aguila Saleh, allié de poids du chef de l’ANL. Accueilli par un déluge de critiques de la part de députés et d’autres instances écartées du processus législatif, ce texte a provoqué une montée des tensions à trois mois du double scrutin national.

  • Cette annonce s’oppose aux propositions de report d’un an du scrutin présidentiel, faute de consensus sur la loi électorale. Cette idée a été émise à la fois par la ministre des Affaires étrangères Naila al-Mangoush fin août, et par le Haut Conseil d’Etat libyen (HCE), instance faisant office de Sénat, lundi 20 septembre.
  • La veille de l’annonce, le Parlement avait voté une motion de censure contre le gouvernement d’union siégeant à Tripoli. Selon le Parlement, le cabinet actuel ne sera pas remplacé mais devient un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes. Parrainée par l’ONU, la formation de ce gouvernement unifié et transitoire après la fin des combats entre camps rivaux en mars avait offert une lueur d’espoir au pays.
  • Le même jour s’est tenue une réunion à huis clos co-animée par les ministres des Affaires étrangères français, allemand et italien afin de faire le point sur la situation en Libye. Ne mentionnant ni la demande du HCE de reporter les élections d’un an, ni la motion de défiance du gouvernement, et encore moins la déclaration du général Haftar, ils ont indiqué que leur priorité restait la mise en œuvre des élections le 24 décembre.
  • Le 12 novembre prochain, une conférence internationale sur la Libye devrait se tenir à Paris, à un mois des élections générales censées mettre fin à une décennie de conflit.

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EUROPE

Première réunion du Conseil de commerce et de technologie

La première réunion du Conseil du commerce et de la technologie (CCT) se tiendra le 29 septembre à Pittsburgh, en Pennsylvanie. pour objectif « d’étendre et d’approfondir les échanges et les investissements transatlantiques et d’actualiser les règles régissant l’économie du XXIe siècle », le Conseil du commerce et de la technologie est une initiative proposée par l’Union européenne en décembre, à l’occasion de l’élection du président Joe Biden, et formalisée en juin lors d’un sommet entre l’UE et les Etats-Unis. Ses groupes de travail doivent travailler, entre autres, sur « la coopération en matière de normes technologiques, la sûreté de la chaîne d’approvisionnement, la sécurité et la compétitivité des technologies de l’information, la gouvernance des données et les plateformes technologiques, l’usage abusif de la technologie menaçant la sécurité et les droits de l’homme, les contrôles des exportations, le filtrage des investissements et l’utilisation des technologies par les petites et moyennes entreprises ».  

  • L’institution d’un Conseil du commerce et de la technologie entre les Etats-Unis et l’UE s’inscrit dans le cadre d’un ensemble d’initiatives visant à dessiner les contours d’une coopération technologique entre démocraties. La déclaration commune des dirigeants du G7 publiée en juin, qui aborde les enjeux de l’intelligence artificielle et d’établissement de normes communes, ou la mise en place par l’OTAN d’un nouveau mécanisme et d’un nouveau fonds de coopération technologique, s’inscrivent dans cette lignée.
  • La première réunion du CCT, cependant, est vouée à être négativement affectée par les tensions et dissensions qui ont émergées entre les partenaires sur plusieurs enjeux fondamentaux. Tandis que les Etats-Unis conçoivent le Conseil comme une plateforme permettant de construire un front de démocraties unies face à la Chine, l’UE se montre très réticente à s’opposer à Pékin.
  • Par ailleurs, l’Union européenne insiste pour que les discussions sur la régulation des flux de données soient menées indépendamment de celles s’inscrivant dans le cadre du CCT. Or, depuis l’invalidation par la Cour de justice de l’Union européenne du régime de transferts de données entre l’Union européenne et les États-Unis dit « Privacy Shield » en juillet 2020, les Etats-Unis n’ont eu de cesse de tenter d’associer les négociations portant sur le régime légal devant remplacer celui du « Privacy Shield » à celles du CCT. Au contraire, pour la Commission européenne, dans la mesure où ces négociations engagent des enjeux trop importants en matière de droit des citoyens européens, elles doivent être traitées dans un cadre qui leur est uniquement dédié.

L’UE se retourne contre la Russie après les attaques cyber menées contre des responsables politiques allemands

« Certains États membres de l’UE ont observé des cyberactivités malveillantes, collectivement désignées sous le nom de Ghostwriter, et les ont associées à l’État russe », a annoncé le chef de la diplomatie européenne dans un communiqué diffusé au nom des 27 membres de l’Union européenne et publié ce vendredi 24 septembre. « Ces activités sont inacceptables, car elles cherchent à menacer notre intégrité et notre sécurité, les valeurs et les principes démocratiques et le fonctionnement fondamental de nos démocraties (…) notamment en permettant la désinformation et la manipulation de l’information », a-t-il mis en garde. Cette prise de parole intervient après l’accusation portée par l’Allemagne contre la Russie, lui reprochant d’être derrière les attaques cyber menées par le groupe Ghostwriter à l’encontre des membres des parlements régionaux et fédéraux en pleine campagne électorale.   

  • Le groupe Ghostwriter avait déjà fait parler de lui en provoquant la fuite d’emails personnels de haut responsables politiques polonais – et notamment du Premier ministre Mateusz Morawiecki – au début de l’été, et en orchestrant une campagne de désinformation sur les activités de l’OTAN dans les pays baltes.
  • Contrairement à d’autres groupes de hackers, Ghostwriter a pour spécificité de ne pas exploiter les vulnérabilités des softwares, mais de tromper les responsables politiques afin d’obtenir l’accès à des informations confidentielles puis de les faire fuiter, et de mener des campagnes de désinformation. 

Cette veille a été rédigée par Claire, Théo, Rhéa, Maëlle, Corentin, Baptiste, Camille et Rose.

Comité de rédaction

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