Les opérations d’influences chinoises – Un moment machiavélien (2024)
Paul Charon est directeur du domaine Influence et Renseignement de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM). Docteur en études politiques de l’EHESS, il possède également une formation en langue et civilisation chinoises, en rhétorique et en lettres modernes. Ancien analyste du renseignement et conseiller en prospective au ministère des Armées, il s’est spécialisé dans l’étude de la propagande et des stratégies informationnelles des États, notamment celles de la Chine. Ses travaux explorent la narratologie appliquée aux stratégies d’influence, ainsi que les activités de renseignement chinois.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer est philosophe, juriste et politologue. Il a été directeur de l’IRSEM de 2016 à 2022 et est actuellement ambassadeur de France au Vanuatu ainsi que membre du Academic Advisory Board du Collège de défense de l’OTAN. Docteur en études politiques de l’EHESS et en philosophie de l’Université de Montréal, il a également enseigné les relations internationales, l’éthique et le droit de la guerre dans plusieurs institutions prestigieuses. Ses recherches portent sur la guerre, les relations internationales et la sécurité. Auteur prolifique, il a publié de nombreux ouvrages, dont plusieurs sur les conflits contemporains et la manipulation de l’information
Premièrement publié en 2021 suite à 2 ans de recherches au sein de l’IRSEM, Les opérations d’influences chinoises – Un moment machiavélien a connu une réédition en 2024 avec une cinquantaine de pages de nouveau contenu afin d’actualiser ce dernier en ajoutant, notamment, les opérations dans le cadre de la guerre en Ukraine.
Ce livre est crucial aujourd’hui car il met en lumière une évolution stratégique majeure de la Chine, qui a des implications profondes pour la stabilité mondiale, les démocraties et l’ordre international. En analysant le « moment machiavélien » de Pékin, soit le passage d’une volonté d’être aimé à une volonté d’être craint, et la « russianisation » de ses opérations d’influence, il révèle comment la Chine a durci ses méthodes pour asseoir son pouvoir, influençant les institutions, les médias, les entreprises et les gouvernements étrangers avec méthode.
Dans un contexte de rivalité géopolitique croissante USA-Chine, d’élections influencées et de tensions commerciales accrues, comprendre ces mécanismes est essentiel pour préserver la souveraineté des États démocratiques et la liberté d’expression. Le livre offre ainsi des clés d’analyse indispensables pour les décideurs, chercheurs et citoyens soucieux de défendre des sociétés ouvertes face aux nouvelles stratégies d’ingérence et de désinformation.
Résumé
Ce livre analyse l’évolution des opérations d’influence de la Chine, marquant un tournant stratégique vers une approche plus coercitive et intrusive, inspirée des méthodes russes. Longtemps axée sur la séduction et la projection d’une image positive, la Chine adopte désormais des tactiques d’infiltration et de contrainte pour façonner l’opinion publique mondiale et défendre ses intérêts.
L’ouvrage explore les concepts clés de cette influence, comme le « Front uni », et détaille les acteurs impliqués, qu’ils soient issus du Parti communiste, de l’État, de l’Armée Populaire de Libération ou du secteur privé. Il met en lumière les actions menées dans des domaines variés – médias, économie, diplomatie, politique, éducation, culture – et montre comment Pékin utilise la désinformation, la diffamation, la coercition économique et la manipulation des institutions internationales pour asseoir son pouvoir. Avec clarté, il dresse un portrait des fils enfermant les acteurs dans l’autocensure et la complaisance, de peur des représailles chinoises, donnant vie ainsi, progressivement, aux revendications chinoises.
À travers des études de cas (Taïwan, Hong Kong, Canada, Suède, Covid-19 et guerre en Ukraine), il illustre concrètement cette stratégie et en évalue l’efficacité. Si cette approche permet des succès tactiques, elle s’avère contre-productive à long terme, nuisant à l’image et à l’influence de la Chine sur la scène mondiale, particulièrement dans le cas de la Diplomatie du Loup Guerrier.
Notre avis : un livre indispensable, compréhensible mais à traiter, de par sa taille, comme une encyclopédie plutôt qu’un essai
Les opérations d’influence chinoises – Un moment machiavélien et ses 730 pages constituent une contribution majeure à la compréhension de la guerre d’influence menée par la Chine contre l’Occident et le reste du monde. En détaillant avec rigueur les acteurs, les opérations et leur efficacité, les auteurs livrent un ouvrage d’une grande précision qui force le respect. Leur analyse met en évidence un tournant « machiavélien » dans la stratégie chinoise, révélant une vaste entreprise d’influence visant les États étrangers, avec pour objectif, du moins en théorie, d’imposer la vision chinoise. L’ouvrage se présente ainsi comme un appel clair à la vigilance et à la défense, difficile à ignorer.
Force et faiblesse à la fois, son niveau de détail est aussi précieux qu’exigeant. Si le livre reste accessible, l’avalanche de concepts et d’acronymes peut parfois dérouter. Il peut ainsi être plus pertinent de l’aborder comme une encyclopédie de la question plutôt que comme un essai classique, en le consultant selon les thématiques et études de cas, une fois les concepts clés maîtrisés.
Somme toute, Les opérations d’influence chinoises – Un moment machiavélien s’impose comme un ouvrage incontournable pour toute personne souhaitant étudier sérieusement la Chine et son influence. Cependant, bien que la réédition apporte quelques éclairages bienvenus sur la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, elle ne modifie pas fondamentalement l’ensemble de l’ouvrage.
